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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°50  du 9 octobre 2004

 

Nouvelle ère pour le Liban, après 15 ans de guerre et 15 ans de paix sous occupation   
 

par NAJI FARAH, directeur de la rédaction

 

Quoique l'on dise, la volonté d'aider le Liban à recouvrer sa souveraineté entraîne une variation brusque du climat sécuritaire imposé au pays depuis 15 ans. La paix syro-américaine dont le Liban "bénéficie" depuis les accords de Taëf - mis à part l'épisode des bombardements israéliens d'avril 1996 ponctués par le massacre de Cana le 18 avril - est aujourd'hui remise en question par les grandes puissances, et à leur tête les Etats-Unis et la France. Ainsi, la résolution 1559, votée le 2 septembre 2004 par les Nations unies, somme les troupes d'occupation syriennes de se retirer du Liban, conformément aux accords de Taëf, signés le 22 octobre 1989. On peut se demander, à juste titre, pourquoi la communauté internationale a mis tout ce temps pour réagir en faveur du Liban. En effet, un comité tripartite, dirigé par le diplomate algérien Lakhdar Ibrahimi, avait bien été formé par l'Arabie Saoudite, le Maroc et l'Algérie, sous l'égide des puissances occidentales, afin de veiller à l'application des accords de Taëf. Ces accords avaient mis fin à 15 ans de guerre dite "civile" au Liban, laissant le front du Sud sous occupation embrasé - malgré la résolution 425 votée le 19 mars 1978 stipulant un retrait militaire israélien "sans délai" du Liban ! -, jusqu'à la victoire historique, le 24 mai 2000, de la résistance libanaise, conduite par le Hezbollah, contre Israël. Mais, moins de deux ans plus tard, ce comité s'était volatilisé, permettant au gouvernement libanais pro-syrien de voter un traité de "fraternité, coopération et coordination" régissant depuis le 22 mai 1991 les relations libano-syriennes et plaçant le Liban sous le joug de la Syrie.
 
La résolution 1559 des Nations unies apparaît donc plus comme étant une action dirigée contre la Syrie qu'une action en faveur du Liban, dans un contexte régional brûlant qui profite particulièrement à Israël. En effet, l'Etat sioniste, jetant sa force de feu sur Gaza, continue de s'approprier de nouveaux territoires palestiniens garantis durablement par un "Mur de sécurité". Ces exactions se développent parallèlement à celles de la guerre en Irak, dont les affres sont calquées sur celles qu'ont vécues les Libanais. De plus, l'implantation palestinienne au Liban devient un fait accompli. Les Etats-Unis et la France permettront-ils à l'armée libanaise, une fois le retrait syrien obtenu, de pénétrer dans les camps palestiniens - notamment celui de Aïn-el-Héloué à Saïda -, où sévissent des milliers de miliciens palestiniens en possession d'armes lourdes ? L'avenir du Liban et du Proche-Orient, relié au conflit en Palestine, apparaît de plus en plus compromis. Seul un règlement juste du contentieux israélo-palestinien, qui semble bien loin, permettra à notre peuple et ses voisins arabes de vivre dans la paix à laquelle nous aspirons depuis toujours.
 
Note sur les otages français en Irak
Selon une source parisienne confirmée, "les journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot sont actuellement détenus, depuis le 20 août, au sud de Bagdad, à une quarantaine de kilomètres, par un groupe de salafistes qu'on appelle l'armée islamique. Cette armée islamique est composée de deux tendances, une tendance irakienne, et une tendance dite internationaliste : en fait, elle regroupe des islamistes venus d'Algérie, d'Afghanistan, du Yémen, d'Arabie saoudite, elle regroupe des gens venus de tout le Moyen-Orient. Les ravisseurs irakiens s'étaient très vite aperçus qu'ils avaient fait une erreur, ont voulu relâcher les otages, la France a immédiatement pris contact avec la résistance armée irakienne, c'est-à-dire les anciens soldats de Saddam Hussein, la libération a failli avoir lieu, vraiment on est passé à deux heures près, mais le gouvernement irakien et surtout les Américains ont fait en sorte que ça échoue en bombardant la région, parce que les Français ne sont pas passés par le gouvernement officiel irakien, et que c'était quelque chose d'inadmissible pour les Irakiens.
 
Depuis, on est dans la situation suivante : les otages sont donc aux mains de l'armée islamique, dans un village à une quarantaine de kilomètres de Bagdad, tout autour, la résistance armée a tressé un tissu de protection et de pression, et tout autour il y a les Américains et les Irakiens qui bombardent, et la situation s'est aggravée depuis, parce que dans le contexte actuel, Washington ne peut accepter la libération d'otages français vivants alors que leurs otages ont été exécutés. Il n'y a aucun contact entre Français et Américains sur ce sujet. J'espère de tout mon coeur que les otages resteront là où ils sont au moins jusqu'aux élections, parce que s'ils sortaient aujourd'hui, ça créerait aux Etats-Unis un séisme politique qui risque de faire basculer les élections, quand on connaît l'émotionnel américain dans ce genre d'affaires. Mais les otages, on le sait, sont vivants, bien traités, et paradoxalement protégés par leurs ravisseurs. Ce qui paraît un peu fou, mais au Moyen-Orient, rien n'est comme ailleurs, et parfois les situations sont beaucoup plus complexes qu'on le dit".
 
 
Rappel à l'ordre sanglant au Liban
 
par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 2 octobre 2004
 
Le rappel à l'ordre a été sanglant : Marwan Hamadé, ministre démissionnaire de l'Economie et député, a échappé de peu, vendredi 1er octobre à Beyrouth, à un attentat à la voiture piégée qui a tué son garde du corps et blessé son chauffeur. Légèrement atteint au visage, ce proche du leader druze Walid Joumblatt est l'un des quatre ministres qui ont quitté leurs fonctions pour protester contre un amendement constitutionnel imposé par Damas autorisant le chef de l'Etat, Emile Lahoud (allié de la Syrie), à prolonger son mandat de trois ans en dépit d'un avertissement solennel du Conseil de sécurité. L'attentat a mis en émoi la montagne druze du Chouf, où écoles et commerces ont fermé, et Joumblatt a dû lancer un appel au calme. Devant l'hôpital américain de Beyrouth, des Druzes ont conspué le vice-président syrien, Abdel Halim Khaddam, venu rendre visite au ministre blessé. Damas est en effet montré du doigt dans cet attentat qui survient peu avant une nouvelle résolution visant à nouveau la Syrie. Le secrétaire général du PSP, le parti de Joumblatt, Charif Fayyad, a déclaré que " les opposants ont reçu clairement le message" qui leur était adressé à travers cet attentat. Il intervient au lendemain d'une visite du Premier ministre libanais à Paris où il a rencontré Chirac. Rafic Hariri doit en principe annoncer la semaine prochaine la démission de son gouvernement.
 
 

D’eau, de sable et de sang

 

par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 9 octobre 2004

 

De l’histoire, on a pu dire tout à la fois qu’elle se répète et même qu’elle se plagie : ou bien, tout au contraire, qu’elle ne repasse jamais le même plat. A quoi l’on pourrait ajouter que si l’histoire insiste tout de même parfois à recourir à des remakes, c’est parce que, dans leur folie destructrice, les hommes n’ont rien compris, rien appris. Quoi qu’il en soit, c’est un retour à la guerre sans frontières initiée à la fin des années soixante que semblent annoncer les attentats de jeudi contre trois stations balnéaires du Sinaï fréquentées par des touristes israéliens : opérations survenant dans un contexte régional et mondial que le phénomène Ben Laden rend plus que jamais explosif. A cette époque, les territoires occupés de Cisjordanie et Gaza somnolaient encore sous l’occupation car c’est le plus souvent hors de Palestine qu’opéraient les divers mouvements de fédayine, soumis ou non à l’autorité de l’OLP. C’était le temps des détournements d’avions, des sanglantes prises d’otages, notamment au village olympique de Munich ; c’était le temps aussi des funestes et folles théories voulant que la route de Jérusalem passe par Amman puis par Beyrouth, et même jusque par Jounieh. Israël n’était pas en reste, qui, non content de bombarder sauvagement les populations des camps de réfugiés, envoyait ses tueurs liquider des chefs palestiniens dans des capitales arabes et européennes. 

Le réveil des Territoires a fini par avoir lieu avec les premières intifadas, lesquelles ont fait prendre conscience à nombre d’Israéliens de l’urgence absolue d’un règlement. Il y eut le miracle de l’accord d’Oslo ; et de là où il s’engageait publiquement à "briser les os" des jeunes lanceurs de pierres, Yitzhak Rabin en venait à échanger avec Yasser Arafat une poignée de main qualifiée alors d’historique. Mais la pression conjuguée - et objectivement complice - des extrémismes a fait rebrousser chemin à l’histoire. A l’image de ce monstrueux serpent qui n’en finit pas de dévorer sa propre queue, le vieux conflit fait rage de nouveau sans même que puisse se concevoir l’ombre d’une issue militaire. Depuis des années, c’est la guerre en Palestine, et singulièrement dans cette même bande de Gaza que promet d’évacuer pourtant Sharon en n’y laissant pas, du train où vont les choses, pierre sur pierre. Et c’est une autre guerre, non moins lourde de conséquences, qui vient peut-être de commencer hors de Palestine : à ce détail essentiel près qu’elle ne met pas aux prises, semble-t-il, les seuls Israéliens et Palestiniens. 

C’est en effet la marque d’el-Qaëda que croient relever les autorités tant égyptiennes qu’israéliennes dans les sanglants attentats de Taba et Ras Chaïtan, lesquels ont fait l’objet de plus d’une et fumeuse revendication. Ces soupçons ne tiennent pas seulement à la remarquable simultanéité des trois attaques ou à la manière de procéder mettant en jeu, comme à l’hôtel Hilton de Taba, des véhicules-béliers bourrés d’explosifs et des commandos-suicide. Car après tout, l’Egypte est autant visée qu’Israël par cette vaste opération qui porte un grave coup à son industrie touristique à peine remise de précédentes actions terroristes : l’Egypte amie des Etats-Unis et explicitement menacée déjà dans un passé récent par des lieutenants de Ben Laden ; l’Egypte qui s’active enfin pour dégager un consensus entre les diverses fractions palestiniennes sur le projet de retrait israélien de Gaza.

Toujours est-il que si la piste d’el-Qaëda se trouvait vérifiée, cela voudrait dire que cette tentaculaire organisation a repris à son compte - sur le terrain, et non plus seulement dans ses manifestes et communiqués - le juste combat des Palestiniens. Ce serait énorme. Ce serait catastrophique aussi : surtout s’il devait s’avérer que dans le désespoir auquel on les pousse sans relâche, certains Palestiniens avaient rejoint avec armes et bagages les invisibles mais terriblement efficaces légions d’Oussama Ben Laden. Comment oublier en effet qu’à peine retombée la poussière du World Trade Center, Sharon, soucieux de s’enrôler dans le combat planétaire de George W. Bush, s’empressait de désigner en Arafat le Ben Laden d’Israël ? Ce même processus d’assimilation n’explique-t-il pas d’ailleurs l’incroyable parti pris de l’Administration US pour le plus outrancièrement belliqueux des gouvernements israéliens ? Comment perdre de vue en outre que si la guerre sans frontières est de retour, c’est aussi parce qu’Israël lui-même a pris l’initiative d’étendre son champ d’opérations en perpétrant dernièrement des assassinats à la voiture piégée à Beyrouth puis à Damas ?

Terroristes, les attentats du Sinaï l’étaient assurément, et pas seulement parce qu’ils ont fauché des dizaines de civils, israéliens et égyptiens. Le pire qui pourrait encore arriver à une cause palestinienne déjà bien mal en point, c’est d’être réduite à l’atterrante condition d’otage. Aux mains de ces sulfureux, de ces faux amis.

 
 
Irritée par la France, la Syrie-a-t-elle décidé de jouer un jeu trouble ?
 
par MICHEL BOLE-RICHARD, publié dans le Monde du 5 octobre 2004
 

La Syrie a-t-elle tenté de court-circuiter la diplomatie française en favorisant l'initiative privée du député Didier Julia ? Quel a été le jeu véritable de Damas dans ce qui s'est révélé être une mascarade ? Telles sont les questions qui se posent après l'entrée en scène de Damas dans les tractations pour libérer les journalistes français enlevés en Irak. Il apparaît en tout cas que le régime de Bachar Al-Assad a tiré les ficelles de cette rocambolesque affaire. S'agissait-il de démontrer à la France - avec laquelle les relations se sont dégradées depuis l'adoption, le 2 septembre, de la résolution 1559 des Nations unies - que Damas reste un acteur important sur la scène proche-orientale ? Cette résolution, votée à l'initiative de Paris et de Washington, exige le respect de la souveraineté et de la Constitution libanaises, la non-ingérence dans les affaires intérieures de ce pays et le départ des troupes étrangères de son territoire, sans mentionner expressément la Syrie. Mais la condamnation est implicite puisqu'il reste toujours 15.000 soldats syriens au pays du Cèdre après l'achèvement du retrait, le 29 septembre, de 3.000 hommes. Il s'agissait du cinquième redéploiement qui a réduit le contingent syrien de 35.000-40.000 hommes à la fin de la guerre à son niveau actuel.

En recevant le premier ministre libanais, Rafic Hariri, le 30 septembre, Jacques Chirac a redit "la volonté de la France de voir appliquer la résolution 1559 et son attachement à l'indépendance, à l'intégrité territoriale et à la souveraineté du Liban". Le chef de l'Etat n'a guère apprécié la modification de la Constitution qui va permettre au président Emile Lahoud, allié de Damas, de prolonger son mandat de trois ans alors que cet ancien chef de l'armée n'était pas rééligible. Pour corser le tout, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan a, le 1er octobre, rappelé Damas à l'ordre, dans un rapport où il est précisé : "Il est temps pour les parties concernées, quatorze ans après la fin des hostilités et quatre ans après le retrait d'Israël du Liban, de se débarrasser des derniers vestiges du passé. Le retrait des forces étrangères, le démantèlement et le désarmement des milices mettraient fin à ce triste chapitre de l'histoire du Liban". M. Annan fait remarquer que les seules forces présentes au Liban au 30 septembre 2004, à part celle de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban), sont "syriennes". Pour le moment, Damas n'a fourni aucun plan de retrait de ses troupes, ni manifesté l'intention de réduire plus avant son contingent. L'argument est toujours le même : les forces syriennes sont au Liban "à l'invitation du gouvernement libanais". "Le gouvernement m'a informé qu'il ne pouvait fournir ni de calendrier, ni de chiffres", note M. Annan.  

 

Vive protestation
Le jour même de la publication de ce rapport, Marwan Hamadé, ancien ministre de l'économie et député druze, échappe de peu à un attentat. Son garde du corps est tué et son chauffeur blessé par l'explosion d'une voiture piégée à proximité de son domicile alors qu'il venait de monter dans sa propre voiture. Proche de Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste (PSP), M. Hamadé, 65 ans, est l'un des trois ministres du bloc parlementaire de M. Joumblatt qui avaient démissionné du gouvernement, le 6 septembre, pour protester contre l'amendement constitutionnel qui, sous la pression de Damas, va permettre à M. Lahoud de prolonger son mandat présidentiel. Cet attentat contre M. Hamadé, une personnalité modérée et respectée, a provoqué une forte émotion dans les milieux diplomatiques occidentaux à Beyrouth. La France a élevé une vive protestation. Le vice-président syrien, Abdel Halim Khaddam, qui a rendu visite à l'ancien ministre, légèrement blessé, à été conspué à son arrivée à l'hôpital. Pour les Libanais, le message des auteurs de l'attentat est clair : si la Syrie s'en va, ce sera le chaos.

La pression sur Damas, maître du jeu au Liban, s'accroît. Et le régime de Bachar Al-Assad, déjà soumis à des sanctions américaines en raison de son soutien au Hezbollah et aux organisations radicales palestiniennes, n'a guère apprécié que Paris se joigne à Washington pour accroître cette pression. Ce n'est un secret pour personne que Paris a été "déçu" par Bachar Al-Assad, dans lequel beaucoup d'espoirs avaient été placés lorsqu'il a succédé à son père, en juin 2000. Il avait été chaleureusement reçu à Paris en juin 2001. Depuis, le président Chirac estime que le changement tant attendu ne s'est pas produit. Même si Damas manifeste aujourd'hui quelques signes de bonne volonté, notamment en acceptant de renforcer les contrôles à la frontière irakienne, comme l'a annoncé le département d'Etat américain le 29 septembre, Washington ne ménage pas ses critiques à l'encontre du régime baasiste de Damas. Le fait d'avoir trouvé un allié en la personne de la France n'a guère été du goût des autorités syriennes. De là à dire que ce pays a joué un rôle moteur dans cette pantalonnade, rien ne le prouve. Mais ce qui est sûr, désormais, c'est que Damas est devenu un acteur central dans ce dossier au détriment d'Amman.

 
 
Liban : L'ONU dénonce la mainmise de Damas

Le président Jacques Chirac a reçu hier à l'Elysée le premier ministre libanais Rafic Hariri à la veille de la remise aux membres du Conseil de sécurité du rapport de Kofi Annan prévu par la résolution 1559. Celle-ci invite la Syrie à ne pas s'ingérer dans les affaires libanaises, à retirer ses troupes du pays, et appelle au respect de la Constitution du pays
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans le Figaro le 1er octobre 2004

 

Les Libanais attendent avec fébrilité le rapport du secrétaire général de l'ONU, les uns pour se réjouir des pressions internationales pour que cesse la mainmise syrienne au Liban ; les autres avec la crainte que ces pressions entraînent une déstabilisation du pays. Avec l'adoption le 2 septembre par le Conseil de sécurité de la résolution 1559 sur le Liban, c'est la première fois depuis l'accord de Taëf de 1989 - qui était destiné à mettre fin à la guerre - que la question libanaise est à nouveau "internationalisée". Cette résolution invite la Syrie, sans la nommer, à ne pas s'ingérer dans les affaires libanaises, notamment pour l'élection présidentielle, à retirer ses troupes, elle réclame le désarmement de l'ensemble des milices présentes sur le territoire, visant implicitement le Hezbollah mais aussi les camps palestiniens. Le rapport de Kofi Annan est censé évaluer la situation un mois plus tard. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a déclaré qu'il souhaitait une position "dure" des Nations unies envers la Syrie. Si la question de la présidentielle relève désormais du passé, le Parlement libanais ayant, dès le lendemain de l'adoption de la résolution, amendé la Constitution pour proroger de trois ans le mandat d'Emile Lahoud, à la demande de Damas, les autres exigences sont autant de couleuvres à avaler pour la Syrie. Le rapport de Kofi Annan prévoirait, selon la presse libanaise, un calendrier précis pour l'exécution des demandes onusiennes dont le respect serait contrôlé par un comité international.

Accusé de soutenir le terrorisme, le régime de Bachar el-Assad est soumis à des pressions croissantes de la part des Etats-Unis depuis la chute de Bagdad en mai 2003. Ces pressions ont pris la forme de sanctions économiques adoptées en mai dernier, puis tout récemment de la résolution 1559 de l'ONU à laquelle s'est ralliée la France, exaspérée par l'attitude syrienne de défi immobile. Dans son bras de fer avec Washington, Damas tente de montrer patte blanche sans céder sur l'essentiel : renoncer à la carte libanaise et au pouvoir dissuasif du Hezbollah reviendrait à capituler face à Israël qui occupe le plateau du Golan depuis 1967. La diplomatie syro-libanaise fait donc valoir que le retrait des troupes syriennes du Liban est lié à la conclusion d'une paix régionale. En signe de bonne volonté, la Syrie a procédé dans l'urgence au redéploiement de 3.000 hommes vers la plaine de la Békaa, proche de sa frontière ; elle a conclu un accord avec les Etats-Unis sur la protection de la frontière syro-irakienne ; elle a cessé d'abriter le dirigeant du Hamas Khaled Mechaal tandis qu'un autre dirigeant islamiste palestinien a été assassiné à Damas, dans un attentat attribué à Israël ; elle se pose enfin en garante de la sécurité au Liban face à la montée du péril islamiste sunnite. Face aux pressions américaines, la Syrie est bien isolée. Elle est désormais privée du soutien de la France qui, après avoir tablé sur l'ouverture du régime syrien, a manifesté son dépit en soutenant la résolution 1559.

 

Joumblatt : "Résister au clonage du régime syrien au Liban"


Le chef druze Walid Joumblatt est le principal opposant à la prorogation du mandat du président libanais imposée par Damas.
- Vous êtes opposé à la prorogation du mandat du président Lahoud orchestrée par la Syrie, alors que vous restez attaché à une alliance stratégique du Liban avec Damas, comment expliquez-vous cette nuance ? 
Ma position est celle d'un patriote libanais, pas d'un agent américain. Mon opposition à la reconduction du président Lahoud n'a rien à voir avec les pressions américaines contre la Syrie. Je suis contre l'ingérence des services de renseignement syriens dans tous les aspects de la vie politique et publique libanaise. Un Liban démocratique, libéral et multiconfessionnel est une nécessité pour la Syrie et pour le monde arabe. La Syrie a décidé de prolonger le mandat de Lahoud, enfreignant toutes les règles, car il est le meilleur moyen d'instaurer un régime sécuritaire. Nous ne voulons pas que le Liban devienne comme les autres régimes arabes. Cela étant dit, nous ne pouvons pas nous permettre de mauvaises relations avec la Syrie. La géopolitique l'interdit.

- Etes-vous d'accord avec la stratégie adoptée par les Etats-Unis et la France à travers l'ONU ?
Les Américains n'ont pas intérêt à déstabiliser la Syrie. Je suis en désaccord avec plusieurs points de la résolution de l'ONU : je ne suis pas de ceux qui réclament le désarmement du Hezbollah qui est un atout face à l'expansionnisme israélien. J'ai toujours estimé que la résistance armée était l'un des moyens de libérer une partie de la Palestine. En revanche, je crois que les Palestiniens au Liban n'ont pas besoin de leurs armes qu'ils utilisent surtout pour des querelles internes. En échange, il faudrait leur donner les droits civils dont ils sont privés et en finir avec l'apartheid auquel ils sont soumis. Enfin, je suis favorable au positionnement stratégique de forces syriennes dans la Békaa, conformément à l'accord de Taëf, en attendant une paix entre Israël et la Syrie. Le char syrien ne me pose pas de problème, c'est comme si un Allemand se plaignait de la présence militaire américaine dans le cadre du dispositif de l'Otan. Notre objectif est de résister à la tentative de clonage du régime syrien au Liban.
 
 
Le président "syriennement" réélu du Liban
 
par JALAL EL-AHDAB, publié dans le Monde du 23 septembre 2004
L'auteur est avocat aux barreaux de Beyrouth et de Paris
 
La crise politique actuelle au Liban se résume ainsi : voilà six ans, le général Emile Lahoud avait été intronisé président de la République libanaise par un vote quasi unanime du Parlement et avec la bienveillante bénédiction de la Syrie. Cette "élection" avait déjà nécessité la révision ("exceptionnelle", disait-on), de la Constitution, puisque celle-ci interdisait qu'un chef de l'armée puisse devenir chef de l'Etat. A l'heure de la fin de son mandat, le barrage constitutionnel n'apparaissant manifestement pas rédhibitoire pour les maîtres du pays du Cèdre, ces derniers voyaient bien le président reconduit pour trois ans, au mépris, encore une fois, de la Constitution, qui interdit à un chef de l'Etat de briguer deux mandats successifs. Qu'à cela ne tienne : il n'y a qu'à modifier "exceptionnellement" (décidément !) la Loi suprême, comme on modifierait une circulaire administrative, et le président sera "légalement", en tout cas "syriennement" réélu. C'est précisément ce qui s'est produit le 3 septembre : les députés ont adopté par 96 voix contre 23 le projet de réforme constitutionnelle soumis dans la plus grande des précipitations par le gouvernement en place.

Pour tenter de prévenir cette méthode peu démocratique et ses fâcheuses conséquences - l'omnipotence syrienne, sans cesse croissante, sur le Liban -, la France, associée aux Etats-Unis, avait pris l'initiative quelques heures plus tôt d'une résolution aux Nations unies qui insistait sur la nécessité que le scrutin présidentiel ait lieu de façon "libre et équitable, selon les règles constitutionnelles libanaises établies sans interférence étrangère" et appelait "à un strict respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, de l'unité et de l'indépendance politique du Liban" ainsi qu' "au démantèlement et au désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises". Manifestement, l'appel n'a donc pas été suivi. En revanche, Georges Corm, ancien ministre libanais, l'a bien entendu (Le Monde du 15 septembre), mais pour s'offusquer de cette position française qu'il a jugée pour le moins surprenante. Sa logique est simple, pour ne pas dire simpliste : pêle-mêle, des arguments qui ont trop souvent été rabâchés pour rester crédibles : sans la Syrie, c'est le chaos (le "suicide" même) et le retour à une profonde division (comme si elle avait un jour disparu !) entre chrétiens et musulmans ; la Syrie, ami "privilégié" du Liban, n'est pour rien dans les maux dont celui-ci souffre aujourd'hui, contrairement à Israël, qui, même militairement retiré, continue d'être le seul pays à qui l'on devrait rappeler les règles du droit international ; la France doit être (et rester) ce pays qui a soutenu financièrement le pays du Cèdre, mais certainement (et étrangement) pas celui, mu par un prétendu réflexe colonial, qui devrait rappeler le Liban au respect des règles démocratiques et constitutionnelles les plus élémentaires.

Dépassons quelques instants ces prétextes et intéressons-nous au fond du débat : quel intérêt, au travers du maintien du général Lahoud au pouvoir, le Liban aurait-il à demeurer sous la botte syrienne ? Très sincèrement, il est difficile d'en trouver un seul. Car le bilan de presque quinze années d'occupation syrienne au sortir d'une guerre qui a duré tout aussi longtemps est plus qu'accablant. Sur le plan social, c'est l'évaporation lente mais certaine de la laïcité républicaine, la seule de toute la région (Israël compris) ; des tensions interconfessionnelles toujours plus intenses, que le grand frère syrien prend bien soin d'exploiter ; une situation explosive et inquiétante des camps de réfugiés palestiniens ; une paupérisation croissante de la classe moyenne et une élite (quelques pour cent de la population) de plus en plus riche et dont les moyens exorbitants sont totalement déconnectés de la réalité sociale.

Sur le plan économique, c'est une fuite préoccupante des cerveaux et de la main-d'œuvre qualifiée, incapables de trouver un emploi dans une économie en quasi-stagnation depuis plus de quatre ans ; une dette extérieure de plus de 30 milliards de dollars et dont le service absorbe chaque année près de 20 % du PIB national ; une reconstruction anarchique et déséquilibrée qui s'est concentrée sur une vitrine, le centre-ville de Beyrouth, qui a d'ailleurs coûté affreusement (et trop) cher aux Libanais, laissant de côté la réfection de certaines infrastructures indispensables au pays ; une corruption qui atteint des proportions jamais égalées, et à tous les niveaux de responsabilité. Enfin, sur le plan politique, c'est une présidence, un gouvernement et une écrasante majorité de la classe politique (laquelle se pérennise, pour l'essentiel, depuis plus de trente ans) totalement inféodés, et de façon humiliante, au bon-vouloir du parti Baas syrien ; des médias muselés (une des plus importantes chaînes de télévision nationales, jugée trop critique vis-à-vis du pouvoir, a même été, il y a deux ans, tout bonnement fermée !) ; des manifestations de jeunes étudiants constamment et violemment réprimées ; une militarisation impressionnante de la société et du pouvoir, ce qu'incarne d'ailleurs parfaitement le général Lahoud, et a fortiori son maintien au pouvoir.

Je brosse un portrait noir, mais ô combien réaliste, du paysage libanais. A qui la faute ? Selon M. Corm, certainement pas à la Syrie. L'ancien ministre des finances a bien raison de souligner que la responsabilité en revient d'abord aux Libanais eux-mêmes. Certes, la société libanaise, comme presque tous les pays arabes, fait preuve d'une anémie et d'une soumission décourageantes vis-à-vis du pouvoir en place. Mais comment arriver à cette exigence démocratique et faire que les citoyens libanais imposent au gouvernement qu'il leur rende des comptes, lorsque dans le même temps le jeu politique est totalement biaisé par la présence (peut-être vaudrait-il mieux parler d'occupation ?) d'une force étrangère dans le pays, qui s'est enracinée dans toutes les sphères - militaire, politique et économique - du pays ? Comment se révolter lorsque ses gouvernants ne présentent à leurs administrés qu'une seule alternative : craindre ou être l'obligé de l'occupant ? Comment peut-on raisonnablement soutenir qu'il est possible de lutter contre la corruption généralisée et plus globalement de mener une politique de réforme dans un Etat qui n'est pas souverain et dont les intérêts seront, de toute façon, toujours supplantés par ceux de la puissance occupante ?

S'il semble qu'une autocritique soit indispensable parmi les Libanais, c'est bien leur classe politique qui devrait commencer ce travail. Or, en la matière, s'il faut suivre une voie, c'est bien le modèle de ces quelques ministres qui ont eu le courage de démissionner pour marquer leur désaccord vis-à-vis de la reconduction, faussement imposée, du président sortant, et non le chemin de certains anciens responsables qui, en plein dérapage des finances publiques, sont restés accrochés à leur ministère sans vouloir endosser une quelconque responsabilité politique. Cette responsabilité-là, qui est d'abord collective, c'est à tous les Libanais de l'assumer, guidés d'ailleurs en cela par la France : il faut cesser de se voiler la face, reconnaître que le Liban est encore aujourd'hui occupé et dominé par les forces syriennes et affirmer que la seule issue possible, aussi périlleuse soit-elle, réside dans leur retrait total. 

 

 
Kofi Annan : Les exigences de la résolution 1559 n’ont pas été satisfaites
 
Le texte intégral du rapport du secrétaire général de l’Onu
 
publié dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2004

 

Comme prévu, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a rendu public hier le rapport qu’il a rédigé autour des suites de la résolution 1559 du Conseil de sécurité, quasiment à la fin du délai de trente jours fixé par ce texte approuvé par neuf voix et six abstentions le 2 septembre dernier. Un constat s’impose en premier lieu. Contrairement aux diverses affirmations qui ont émané de diverses sources au cours des derniers jours, le rapport se contente dans sa version définitive de rapporter, point par point, ce qui a été appliqué ou non des diverses clauses de la résolution, sans se prononcer sur les mesures à prendre ou à ne pas prendre à l’égard des parties concernées. En somme, Kofi Annan a fait son métier, laissant au Conseil de sécurité, qui doit incessamment se pencher sur ce rapport, le soin de faire le sien en décidant de prendre les mesures qu’il jugerait utiles. Et éventuellement adopter une nouvelle résolution créant une commission de contrôle sur l’application de la 1559, comme cela a été évoqué ces derniers jours, y compris par le vice-président du Conseil, Issam Farès. Après un historique de la situation libanaise, M. Annan expose dans son texte les données en sa possession au sujet de chacune des clauses de la 1559. A ce sujet, il relève que "les exigences présentées aux différentes parties par la résolution 1559 n’ont pas été satisfaites".

Sans mentionner nommément la Syrie, la résolution la visait bel et bien puisque elle est désormais considérée par la communauté internationale comme étant le seul pays à avoir encore des troupes en territoire libanais. M. Annan rappelle d’ailleurs à cet égard le désaccord existant entre le Liban et l’Onu au sujet des fermes de Chebaa. "A part la Finul (Force intérimaire de l’Onu au Liban), les seules forces étrangères significatives déployées au Liban à la date du 30 septembre 2004 sont syriennes", relève le secrétaire général de l’Onu, ajoutant que la Syrie a refusé de fournir un calendrier pour son retrait définitif. Peu après la publication du rapport, un haut fonctionnaire de l’Onu, parlant à la presse sous couvert d’anonymat, a précisé que la Syrie n’avait manifesté "aucune volonté de donner (à l’Onu) le moindre plan" de retrait de ses forces du Liban. Affirmant qu’une large partie de l’opinion libanaise est d’avis que l’application complète de la résolution 1559 serait "non seulement dans l’intérêt du Liban, mais aussi de la Syrie et de la communauté internationale", M. Annan a appelé, en termes diplomatiques, Beyrouth et surtout Damas à passer à l’acte. "Il est temps pour toutes les parties concernées, 14 ans après la fin des hostilités et quatre ans après le retrait d’Israël du Liban, de se débarrasser des derniers vestiges du passé. Le retrait des forces étrangères et la dissolution et le désarmement des milices mettraient fin à ce triste chapitre de l’histoire du Liban", écrit-il.

Rapport du sécrétaire général des Nations unies Kofi Annan préparé conformément à la résolution 1559 du Conseil de sécurité

I. Introduction

1. Le présent rapport est soumis conformément à la résolution 1559 adoptée le 2 septembre 2004 par le Conseil de sécurité. Dans le paragraphe 7 de la résolution, le Conseil a demandé que je rapporte dans les trente jours sur l’exécution par les parties de cette résolution.

II. Historique

1. De 1975 à 1990, le Liban a connu une guerre civile tragique et sanglante qui a eu comme conséquence la mort de 120.000 personnes environ. Une grande partie des combats a été le fait de milices qui représentaient les communautés confessionnelles du Liban. Les divers groupes militants palestiniens ont également participé à la violence.
Au cours des années, à des périodes différentes, la France, l’Italie, la Libye, le Yémen, l’Arabie saoudite, le Soudan, la Syrie, les Emirats arabes unis, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont déployé des forces au Liban à la demande de son gouvernement pour mettre fin aux combats et stabiliser la situation.
Israël a effectué des opérations militaires fréquentes pendant cette période, y compris des bombardements, des attaques aériennes, deux incursions à grande échelle et une occupation de la partie méridionale du pays.
2. Le Conseil de sécurité s’est impliqué dans le problème depuis 1978 et a adopté 76 résolutions qui ont réclamé entre autres la fin de la violence, la protection des civils, le respect de la souveraineté libanaise, le retrait des forces israéliennes du territoire libanais et la restauration de l’autorité libanaise sur l’ensemble du territoire.
3. La Syrie a déployé la première fois des troupes au Liban en mai 1976, à la demande du président libanais Sleimane Frangié. En octobre 1976, la Ligue arabe a établi la Force de dissuasion arabe (FDA) pour maintenir la paix au Liban. Au sein de cette force, la Syrie a été rejointe par la Libye, le Yémen, l’Arabie saoudite, le Soudan et les Emirats arabes unis. Les forces syriennes ont constitué la majorité des troupes au sein de la FDA, soit quelque 27.000 des 30.000 soldats de cette force.
4. Après une attaque palestinienne dans le nord d’Israël qui a entraîné la mort de plus de 30 civils, Israël a mené une opération militaire importante au Liban-Sud en mars 1978. Le Conseil de sécurité a alors adopté la résolution 425 appelant Israël à mettre immédiatement fin à son action militaire contre l’intégrité territoriale du Liban et à retirer immédiatement ses forces de tout le territoire libanais.
En outre, en mars 1978, conformément aux résolutions 425 et 426, la Force intérimaire des Nations unies au Liban-Sud (Finul) s’est déployée avec trois objectifs définis dans la résolution 425 : a) confirmer le retrait des forces israéliennes ; b) restaurer la paix et la sécurité internationales ; et c) aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans le secteur. Le mandat de la Finul a été régulièrement renouvelé depuis, le plus récemment le 29 juillet 2004 par le biais de la résolution 1553 du Conseil de sécurité.
5. En juin 1982, Israël a envahi le Liban à la suite d’une tentative d’assassinat de l’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni. Les Etats-Unis ont pris en main la situation en parvenant à imposer un accord en août 1982 pour l’évacuation des forces palestiniennes de Beyrouth et le déploiement d’une Force multinationale (FM) pour surveiller leur départ. La France, l’Italie et les Etats-Unis ont fourni des troupes à la FM, et l’évacuation a été achevée en septembre 1982. La FM s’est retirée du Liban ultérieurement en septembre. 
6. Après l’assassinat du président libanais élu Béchir Gemayel à la mi-septembre 1982, qui a été suivi d’une incursion israélienne à Beyrouth-Ouest et du massacre criminel des Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila par des milices phalangistes, la FM est retournée au Liban. Des troupes du Royaume-Uni ont rejoint les trois membres originaux de la Force multinationale. 
Le 17 septembre 1982, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 520 condamnant l’incursion israélienne à Beyrouth, exigeant un retour aux positions occupées par Israël avant le 17 septembre et réclamant le respect strict de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du Liban sous l’autorité unique et exclusive du gouvernement du Liban par le déploiement de l’armée libanaise sur l’ensemble du territoire libanais.
En mai 1983, des représentants d’Israël, du Liban et des États-Unis ont conclu un accord destiné à aboutir au retrait des forces israéliennes et à l’établissement d’une "zone de sécurité" au Liban-Sud.
Le 23 octobre 1983, 241 Marines américains et 56 parachutistes français ont été tués dans deux attentats-suicide. Dans un contexte de violence grandissante, le gouvernement du Liban a abrogé son accord avec Israël en mars 1984. La Force multinationale s’est retirée en avril de cette même année. 
7. Le 22 octobre 1989, suite aux efforts de la Ligue arabe, des membres de la Chambre libanaise des députés, réunis en Arabie saoudite, sont parvenus à l’accord de Taëf. L’accord a appelé à la réconciliation nationale et à "étendre la souveraineté du Liban sur tout son territoire", par le biais d’un plan étalé sur un an et stipulant la "dissolution de toutes les milices, libanaises et non libanaises". Les armes des milices devaient être "livrées à l’Etat libanais dans un délai de six mois". Dans cet accord, le Liban remercie la Syrie de l’aide fournie par ses forces pour permettre au gouvernement libanais d’étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire "au cours d’une période définie n’excédant pas deux ans". A la fin de cette période, les deux gouvernements étaient censés décider du redéploiement des forces syriennes dans la région de la Békaa jusqu’à la ligne Hammana-Mdeirej-Aïn Dara et, en cas de besoin, à d’autres sites à déterminer par un comité militaire commun libano-syrien.
Les deux gouvernements devaient également signer un accord "déterminant la taille et la durée de présence des forces syriennes dans ces secteurs et définissant les relations entre les autorités libanaises et ces forces là où celles-ci sont présentes". Le Traité de coopération libano-syrien de mai 1991 a réitéré cette disposition.
8. Au cours des années, le Conseil de sécurité a maintenu son engagement à l’égard de l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance du Liban. Le secrétariat général a travaillé pour persuader Israël de se retirer du Liban-Sud. En avril 2000, j’ai reçu l’acte de notification du gouvernement israélien qu’il retirerait ses forces du Liban durant le mois de juillet 2000.
Le 25 mai 2000, le gouvernement d’Israël m’a informé que l’État hébreu avait redéployé ses forces conformément aux résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité. Le 16 juin, j’ai rapporté au Conseil de sécurité qu’Israël avait retiré ses forces selon les résolutions 425 et 426 et avait répondu aux exigences présentées dans mon rapport du 22 mai au Conseil de sécurité.
J’ai informé le Conseil que le Liban avait commencé à rétablir son autorité dans le secteur et considérait déployer ses forces armées au Liban-Sud. Le 18 juin, le Conseil de sécurité a accueilli favorablement mon rapport et a confirmé mes conclusions. 

III. Résolution 1559 (2004) du Conseil de sécurité 

10. Le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1559 qui réitère le soutien du Conseil à l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban. La résolution invite toutes les parties concernées à coopérer entièrement et instamment avec le Conseil pour la pleine exécution de ceci et d’autres résolutions appropriées du Conseil de sécurité au sujet de la restauration de l’intégrité territoriale, de la pleine souveraineté et de l’indépendance politique du Liban. 
En outre, la résolution 1559 : a. invite toutes les forces étrangères toujours présentes à se retirer du Liban ; b. réclame la dissolution et le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises ; c. soutient l’extension de l’autorité du gouvernement du Liban sur tout le territoire libanais ; d. déclare son soutien à un processus électoral libre et juste dans le cadre de l’élection présidentielle qui était alors à venir, conformément aux règles constitutionnelles libanaises sans interférence ou influence étrangère.
Le Conseil de sécurité a également réitéré son appel au strict respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité, et de l’indépendance politique du Liban sous l’autorité unique et exclusive du gouvernement du Liban sur l’ensemble de son territoire.
11. Les gouvernements du Liban et de la Syrie ont soumis au président du Conseil de sécurité et à moi-même les lettres (A/58/879 - S/2004/699 et A/58/883-S/2004/706, respectivement) concernant la résolution. 

a. Forces étrangères déployées au Liban

12. La résolution 1559 appelle au retrait de toutes les forces étrangères toujours présentes au Liban. Hormis la Finul, et autant que nous puissions en juger, les seules forces étrangères significatives déployées au Liban, au 30 septembre 2004, sont syriennes. 
13. Ainsi que je l’ai décrit, la Syrie a maintenu des forces au Liban depuis 1976. Les troupes ont été initialement déployées à la demande du président Frangié. Ce déploiement a été transformé en une FDA avalisée par la Ligue arabe, à la demande du gouvernement du Liban, à laquelle se sont jointes des troupes d’autres pays arabes.
Les gouvernements du Liban et de la Syrie m’ont dit que les forces syriennes présentes au Liban - qui, à un certain moment s’élevaient à 40.000 hommes, selon le gouvernement libanais - y sont à l’invitation du Liban et que leur présence est donc d’un commun accord.
Elles seraient déployées conformément à l’accord de Taëf de 1989 et au Traité de coopération libano-syrien ratifié par les deux pays en 1991. Autant que je puisse en juger, les deux gouvernements n’ont pas jusqu’ici signé l’accord supplémentaire visant à "déterminer la taille et la durée de la présence des forces syriennes" qui avait été prévu dans les deux instruments précités. 
14. En plus des forces armées en uniforme que la Syrie a déployées au Liban, le gouvernement syrien a informé les Nations unies de la présence importante de fonctionnaires en civil des services de renseignements militaires, présentés comme étant des composantes ordinaires des unités militaires. Ces fonctionnaires, ainsi que les forces en uniforme, constituent l’ensemble des forces syriennes.
15. L’appareil militaire et de renseignements de la Syrie au Liban n’a pas été retiré au 30 septembre 2004. Cependant, selon des annonces faites par les gouvernements libanais et syrien, la Syrie a, au cours des dernières semaines, redéployé approximativement 3.000 de ses soldats présents auparavant au sud de Beyrouth. Il n’est pas clair aux yeux des Nations unies si ce redéploiement a été confiné aux troupes régulières ou bien s’il a inclus des fonctionnaires des services de renseignements en civil et si tous les soldats redéployés ont regagné la Syrie. Selon les parties, c’est le cinquième redéploiement depuis la signature de l’accord de Taëf.
16. Le gouvernement syrien m’a indiqué qu’au total, quelque 14.000 militaires syriens sont toujours présents au Liban. Il a affirmé qu’une majorité de ces forces se trouve maintenant basée près de la frontière syrienne et qu’elles ne sont pas présentes en profondeur au Liban. 
Les gouvernements libanais et syrien m’ont dit que le timing de retraits ultérieurs serait déterminée par la situation de la sécurité au Liban et dans la région et par le comité militaire commun établi conformément à l’accord de Taëf.
17. Le gouvernement du Liban m’a informé de plus que la situation fragile actuelle dans la région, et son souci concernant des risques potentiels pour par la stabilité intérieure du Liban, rendent difficile l’établissement d’un calendrier pour un retrait total des forces syriennes. Le gouvernement du Liban m’a déclaré que son but ultime était le retrait total de toutes les forces étrangères du territoire libanais. 
De plus, les deux gouvernements m’ont dit qu’ils discutaient activement de la nature et de l’ampleur de l’actuel déploiement des forces syriennes au Liban. Dans ce contexte, le gouvernement syrien m’a informé qu’il ne peut pas me fournir des chiffres et des calendriers pour un quelconque retrait futur.

b. Milices libanaises et non libanaises

18. La résolution 1559 du Conseil de sécurité prévoit la dissolution et le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises. Depuis la fin de la guerre civile, le gouvernement du Liban a fait de grands pas en réduisant de manière significative le nombre de milices présentes au Liban.
Néanmoins, au 30 septembre 2004, plusieurs éléments armés demeurent au Liban-Sud. Le gouvernement du Liban m’a dit qu’il prévoyait que tous les groupes armés irréguliers soient en fin de compte dissous et désarmés.
19. Le groupe armé le plus significatif est le Hezbollah. Le gouvernement libanais s’oppose à la définition du Hezbollah comme étant une milice libanaise et se rapporte à elle en tant que "groupe de résistance nationale" qui a pour but de défendre le Liban face à Israël jusqu’au retrait des forces israéliennes du sol libanais, à savoir des fermes de Chebaa.
Le Liban maintient que les fermes de Chebaa sont un territoire libanais, non syrien. Cependant, dans mon rapport du 16 juin 2000, j’avais confirmé qu’Israël avait rempli à cette date les exigences des résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité réclamant "le retrait immédiat de ses forces de tout le territoire libanais".
Le 18 juin 2000, le Conseil de sécurité avait approuvé cette conclusion dans la déclaration faite au nom du Conseil par son président. Tout en maintenant sa position selon laquelle les fermes de Chebaa sont libanaises, le gouvernement libanais avait confirmé qu’il respecterait la ligne bleue telle que définie par les Nations unies. Le Conseil de sécurité a noté cela dans la déclaration faite par son président le 18 juin 2000, et a invité le Liban, dans cette déclaration et dans les résolutions ultérieures, à respecter l’engagement qu’il a donné pour le respect total de cette ligne.
20. Au 30 septembre 2004, le personnel des Nations unies sur le terrain n’avait décelé aucun changement du statut du Hezbollah depuis l’adoption de la résolution 1559. A cet égard, le gouvernement du Liban m’a informé que la situation fragile de la sécurité dans la région, le risque pour la stabilité du Liban et l’absence d’un processus global de paix dans la région rendraient difficile la mise en application de la résolution immédiatement et entièrement. 
21. Concernant les groupes armés palestiniens, le gouvernement du Liban m’a donné des assurances que les militants palestiniens n’étaient pas autorisés à quitter leurs camps de réfugiés avec des armes. Le personnel des Nations unies dans la région a indiqué que le gouvernement du Liban a placé des forces armées libanaises en dehors des camps, dans le but apparent d’appliquer cette politique. Le gouvernement m’a dit que vu la situation de la sécurité dans les camps, il est déconseillé aux forces armées libanaises d’y pénétrer pour désarmer les militants.
Le gouvernement du Liban exprime une préoccupation particulière concernant la présence d’une grande population de réfugiés palestiniens sur son territoire et le débat public libanais soulève régulièrement des craintes d’une implantation permanente de cette communauté au Liban. Le gouvernement insiste sur le fait qu’un règlement final au Proche-Orient devrait comprendre des dispositions pour le retour de ces réfugiés. 

c. Extension du contrôle du gouvernement libanais sur l’ensemble de son territoire

22. La résolution 1559 du Conseil de sécurité déclare son soutien à l’extension du contrôle du gouvernement du Liban sur l’ensemble de son territoire. Depuis la fin de la guerre civile, le Liban a déployé des forces de sécurité dans la partie méridionale du pays, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité sur ce sujet et à l’accord de Taëf. Cependant, au 30 septembre 2004, le gouvernement du Liban n’avait pas encore étendu son contrôle sur tout le territoire. 
23. Bien que le Liban ait tenu des élections municipales dans le sud du pays en mai 2004, la situation dans le secteur autour de la ligne bleue demeure tendue. Le calme qui a suivi le retrait (israélien) a été trop souvent perturbé par des actes de violence. L’armée libanaise ne s’est pas déployée le long de la ligne bleue. La Finul a signalé des violations des deux côtés de cette ligne ; du côté libanais, le Hezbollah et les groupes palestiniens en sont responsables. Les opérations du Hezbollah ont fréquemment violé la ligne bleue. On affirme généralement que les opérations du Hezbollah se font en dehors du contrôle ou des sanctions du gouvernement libanais. J’ai précédemment pressé le gouvernement du Liban de contrôler l’utilisation de la force sur son territoire, afin d’empêcher toutes les attaques à partir de son sol le long de la ligne bleue.
24. Plus de quatre ans après le retrait israélien du Liban-Sud, l’activité dans la région demeure limitée. Le Hezbollah a établi des points de contrôle dans cette portion du territoire. Les activités des fonctionnaires libanais, du personnel de la Finul et des diplomates sont parfois entravées par les éléments armés. 
25. Le gouvernement du Liban m’a déclaré que sa capacité à déployer ses forces dans les régions du Liban-Sud est limitée par l’accord d’armistice israélo-libanais en date du 23 mars 1949, qui a défini le nombre et le type des forces militaires qui pourraient se déployer dans la région frontalière entre les deux pays. Selon le gouvernement, il a déployé dans la région la totalité des 1.500 militaires que lui permet l’accord. 

d. Processus de l’élection présidentielle

26. La résolution 1559 proclame l’appui du Conseil de sécurité à un "processus électoral libre et juste pour la présidentielle du Liban qui doit s’effectuer selon les règles constitutionnelles libanaises sans interférence ou influence étrangère". Le mandat du président Lahoud devait expirer en novembre 2004. Selon la Constitution libanaise, la Chambre des députés doit se réunir au moins un mois avant l’expiration du mandat présidentiel pour élire un successeur. La Constitution fixe une limite de six ans pour le mandat présidentiel, avec la possibilité d’une réélection après une alternance de six ans. 
27. Le 3 septembre 2004, moins de 24 heures après l’adoption de la résolution 1559, la Chambre des députés a approuvé la loi constitutionnelle 585 par 96 voix contre 29, et trois abstentions, qui prévoit une prorogation de trois ans du mandat de M. Lahoud. La loi en question précise que "pour une fois et exceptionnellement, le mandat du président actuel de la République sera prorogé de trois années et devrait se terminer le 23 novembre 2007". 
Le gouvernement du Liban m’a informé que cette loi a été adoptée selon les règles constitutionnelles libanaises. En 1947 et 1995, la Chambre des députés a voté pour permettre des prorogations des mandats des présidents en exercice. Cet amendement a été largement contesté au Liban et on a dit aux "sponsors" de la résolution 1559 que la prorogation du mandat du président Lahoud était le résultat d’une intervention directe du gouvernement syrien. Dix députés ont préparé un recours contre la prorogation du mandat du président Lahoud. Mais les gouvernements libanais et syrien ont nié l’influence syrienne dans l’adoption de l’amendement. 

e. La souveraineté, l’intégrité territoriale, l’unité et l’indépendance politique du Liban

28. Dans la résolution 1559, le Conseil de sécurité a réaffirmé son appel au respect strict de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du Liban, sous l’autorité unique et exclusive de son gouvernement, sur l’ensemble de son territoire. 
29. Au Liban, beaucoup déclarent que la présence militaire syrienne, y compris celle des agents des renseignements en civil, permet à la Syrie d’exercer une influence considérable sur les affaires internes libanaises. Les gouvernements du Liban et de la Syrie ont toutefois nié, devant moi, ce fait, précisant que la Syrie n’intervient pas dans les affaires internes du Liban.
30. En dépit de l’étroitesse des liens officiels entre le Liban et la Syrie, on note que les deux pays n’ont jamais eu de relations diplomatiques officielles. Il n’y a aucune mission diplomatique libanaise à Damas ni une mission diplomatique syrienne à Beyrouth. 
31. Depuis octobre 2000, l’aviation israélienne a régulièrement violé la souveraineté libanaise en dépassant parfois la ligne bleue. Elle pénètre fréquemment en profondeur dans le territoire libanais et effectue des bangs supersoniques au-dessus des zones habitées. Le gouvernement israélien affirme que ces survols sont effectués pour des raisons de sécurité. La riposte antiaérienne du Hezbollah est tombée au-delà de la ligne bleue, en Israël, y faisant des blessés. 
32. Avec mes représentants dans la région, nous avons invité les parties à cesser les violations de la ligne bleue dans l’une ou l’autre direction et de s’abstenir de toute escalade qui pourrait faire des victimes des deux côtés de la frontière. Comme nous l’avons déclaré, une violation ne doit pas servir de prétexte à d’autres.

IV. Observations

33. La résolution 1559, sur base de laquelle ce rapport est rédigé, exige des actions spécifiques de la part des différentes parties. Ainsi qu’il ressort de ce rapport, je ne peux pas certifier que ces conditions ont été remplies. Alors que les critiques de la résolution sont bien connues, les gouvernements du Liban et la Syrie m’ont assuré de leur respect pour le Conseil de sécurité, et que, par conséquent, ils ne contesteront pas la résolution. Les parties concernées m’ont fourni des informations et m’ont donné certaines assurances précises. Je les ai notées et j’attends leur réalisation. J’ai demandé aux parties un calendrier pour leur exécution totale. 
34. En ce qui concerne le processus électoral, je suis depuis longtemps convaincu - et je l’ai rappelé dernièrement au sommet de l’Union africaine, en juillet de cette année - que les gouvernements et les chefs d’Etat ne devraient pas rester en fonction au-delà des limites prévues dans leurs Constitutions.
35. L’opinion publique libanaise semble divisée au sujet de la présence militaire syrienne sur son territoire et au sujet de l’amendement constitutionnel lié à l’élection présidentielle. Elle semble aussi divisée sur l’existence de groupes armés qui ne sont pas sous le contrôle direct du gouvernement. Mais beaucoup de Libanais estiment que l’exécution totale de la résolution 1559 serait dans l’intérêt non seulement du Liban, mais aussi de celui de la Syrie, de la région et de la communauté internationale en général. Il est temps, 14 ans après la fin des hostilités et quatre ans après le retrait israélien du Liban, que toutes les parties concernées se débarrassent des derniers vestiges du passé. Le retrait des forces étrangères, la dissolution et le désarmement des milices pourraient clore définitivement ce chapitre triste de l’histoire libanaise.
36. Comme je l’ai noté plus haut, les exigences prévues dans la résolution 1559 n’ont pas été encore satisfaites. A cet égard, je reste prêt à aider, si cela s’avère nécessaire, les parties qui doivent exécuter cette résolution du Conseil de sécurité dans sa totalité. Et, s’il y a lieu, je suis aussi prêt à tenir le Conseil de sécurité régulièrement informé des développements dans ce domaine.
37. Je continue à œuvrer dans le sens de la conclusion d’une paix juste, durable et globale au Proche-Orient."

 

Les points importants du rapport, selon un responsable de l’Onu,  par SYLVIANE ZEHIL

 

Les regards sont aujourd’hui tournés vers le Palais de Verre où le rapport Annan de 17 pages vient d’être publié. D’intenses "pressions" et contacts diplomatiques ont eu lieu dans les coulisses pour défendre la thèse libanaise, ses réserves émises au sujet de la résolution 1559 et ses appréhensions sécuritaires. Le secrétaire général de l’Onu, M. Kofi Annan, et son émissaire spécial pour le Moyen-Orient, M. Terjé Roed-Larsen, qui quitte bientôt ses fonctions pour aller à l’International Peace Academy, étaient "en conclave" pour "mettre la dernière touche" au rapport, rendu public vendredi après l’avoir "soumis aux différentes parties". Juste après la publication du rapport, un haut responsable de l’Onu, qui désire garder l’anonymat, a expliqué à la presse les points les plus importants du document : le rapport Annan ne contient aucune recommandation du secrétaire général. Il laisse au Conseil de sécurité le soin de s’en charger. Le rapport spécifie que la seule force présente sur le territoire libanais est syrienne, à l’exception de la Finul. Il estime le nombre des soldats syriens au Liban à 14.000. En outre, il précise que le redéploiement syrien de 3.000 soldats ne spécifie pas s’il "s’agit seulement de soldats en uniforme ou des personnes des services de renseignements. Il n’est pas non plus clair si ces forces sont retournées en Syrie ou si elles sont restées au Liban", explique cette haute personnalité onusienne. "Le statut des milices semble inchangé. Il n’y a pas eu de désarmement ni de réduction de leur nombre. Le rapport remarque aussi que le gouvernement libanais n’a pas étendu son contrôle sur tout son territoire comme il est spécifié par la résolution."

Concernant les élections présidentielles au Liban et la prorogation du mandat du président Lahoud, le secrétaire général a exprimé clairement son opinion lors de la conférence de l’Union africaine d’Addis-Abeba en juillet dernier. Il s’oppose à l’extension des mandats des leaders et des gouvernements au-delà des limites de leur mandat. Le rapport demande à toutes les parties concernées de coopérer pleinement avec lui et sans attendre afin d’appliquer intégralement la présente résolution et toutes les résolutions relatives au plein rétablissement de l’intégrité territoriale du Liban. Le secrétaire général est prêt à aider à mettre à exécution la résolution. Il restera constamment en contact avec le Conseil. Interrogé sur le calendrier pour l’application de cette résolution, le responsable onusien a dit qu’il "n’y en avait aucun pour l’instant. Ni les Syriens ni les Libanais ne l’ont établi. Les Syriens ont refusé de donner un calendrier de retrait de leurs troupes". Pour le directeur de la chaîne de télévision panarabe al-Arabia, "ce rapport est certainement positif pour ceux qui souhaitent le retrait total des forces non libanaises du Liban. Il y aura sans doute une autre étape qui sera enclenchée par le Conseil de sécurité, si les Français et les Américains veulent qu’un changement s’opère".

 

 
Le plus ancien prisonnier du monde est dans les geôles syriennes
 
par HODA SALIBY, publié dans Courrier International le 5 juillet 2004
 
Farhan el-Zoghbi est en prison depuis 1970. Sa femme, Sabah el-Turkmani, a affirmé dans un entretien téléphonique avec "Elaph" qu’elle avait l’espoir que son mari serait prochainement libéré. Elle a également souhaité saisir cette occasion pour lancer un appel au président syrien, Bachar el-Assad, pour solliciter la libération de son époux : “Tout homme a le droit de voir ses enfants de son vivant, d’autant plus s’ils se trouvent dans la même ville. Je fais appel à votre conscience et à votre sens de l’humanité en tant que médecin plutôt que chef d'Etat." Faisant l’éloge de son époux, “un ancien militaire des plus méritants au sein de l’armée syrienne”, l’épouse d’el-Zoghbi a également souligné que la mère du prisonnier, âgée de 104 ans, ne cesse depuis l’arrestation de son fils, il y a trente-quatre ans, d’espérer son retour, et “il ne se passe pas une journée sans qu’elle n’évoque son souvenir".
 
Arrêté en 1970 en Jordanie, Farhan el-Zoghbi a été incarcéré quatre ans en tant que prisonnier de guerre. En 1974, les autorités jordaniennes l’ont remis aux autorités syriennes. “Depuis cette date, on a perdu sa trace”, rappelle "Elaph". Néanmoins sa femme croit savoir qu’il est toujours en vie. Le cas d’El Zoghbi a très peu mobilisé les organisations de défense des droits de l’homme. Récemment, le groupe de travail sur la détention arbitraire du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait annoncé que son cas serait suivi à travers des contacts avec le gouvernement syrien. A ce propos, "Elaph" cite sans le nommer un Syrien activiste dans le domaine de la défense des droits de l’homme qui aurait appelé “les organisations de défense des droits de l’homme en Syrie à ne pas se réjouir de la libération d’el-Zoghbi - si jamais elle a lieu -, car ceux qui n’ont jamais condamné son emprisonnement et qui ne se sont jamais occupés de son cas feraient mieux de continuer à se taire."
 
 
Gaza : Kofi Annan demande à Israël de mettre fin à "Jours de pénitence"
 
paru dans le Monde le 3 octobre 2004
 
Le premier ministre israélien Ariel Sharon a annoncé, dimanche, une amplification de l'opération militaire "Jours de pénitence" en cours dans le nord de la bande de Gaza, et qui a coûté la vie à dix nouveaux Palestiniens dans la journée. Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a demandé, dimanche 3 octobre, à Israël de mettre fin à son opération militaire dans la bande de Gaza dans laquelle 66 Palestiniens ont été tués en cinq jours. "Le secrétaire général demande au gouvernement israélien de cesser ses incursions militaires dans la bande de Gaza, qui ont conduit à la mort de nombreux Palestiniens, parmi lesquels beaucoup de civils, dont des enfants", a dit son porte-parole Fred Eckhard dans un communiqué. "Le secrétaire général demande également à l'Autorité palestinienne d'agir pour empêcher les militants palestiniens d'envoyer des roquettes contre les cibles israéliennes. Il rappelle aux deux parties en conflit qu'elles ont obligation de protéger tous les civils", a ajouté M. Eckhard.

Le ministre palestinien chargé des Négociations, Saëb Erakat, avait précédemment exprimé sa déception vis-à-vis de "l'absence" de réaction internationale, ce qui a "encouragé Ariel Sharon à affirmer que l'opération allait continuer". Israël a été cependant la cible de vives critiques dans les pays occidentaux et arabes. La Ligue arabe, en particulier, a chargé le groupe arabe aux Nations unies de faire appel d' "urgence" à l'Assemblée générale ou au Conseil de sécurité de l'ONU "pour arrêter la guerre d'extermination israélienne contre le peuple palestinien", selon un communiqué publié à l'issue d'une réunion des délégués arabes au Caire, siège de la Ligue. Samedi, le cabinet palestinien avait décrété "l'état d'urgence" sur l'ensemble des territoires palestiniens "afin de venir en aide à la population de la bande de Gaza, victime d'horribles crimes commis par l'armée israélienne".

Satisfaction d'Ariel Sharon
De son côté, le premier ministre israélien Ariel Sharon avait annoncé une amplification de l'opération militaire "Jours de pénitence" en cours dans le nord de la bande de Gaza, et qui a coûté la vie à dix nouveaux Palestiniens dans la journée. Au total, depuis le lancement de cette opération il y a cinq jours, 66 Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne. Dimanche, 10 Palestiniens ont été tués par l'armée. Huit d'entre eux, dont trois adolescents, l'ont été dans le camp de réfugiés de Jabaliya, où l'armée israélienne a concentré ses attaques depuis le lancement, le 28 septembre au soir, de son offensive destinée officiellement à faire cesser les tirs de roquettes sur le territoire israélien ou les colonies juives de la bande de Gaza. Deux activistes palestiniens ont également été tués par un raid aérien israélien sur Beit Hanoun. Les deux hommes étaient membres des Brigades Salaheddine, branche armée des Comités de résistance populaires, selon un porte-parole de ce groupe radical issu du Fatah, le parti du dirigeant Yasser Arafat. Le raid s'est produit au moment où les activistes s'apprêtaient à tirer une roquette artisanale de type Qassam vers le territoire israélien.
 
"Elargir les zones d'opération"
De son côté, M. Sharon a annoncé dimanche à la radio militaire la poursuite et l'élargissement de l'opération. "Nous devons élargir nos zones d'opération pour éloigner les lance-roquettes afin que les localités juives au-delà de la frontière ne soient plus à leur portée. Il faut aussi agir pour que les terroristes ne puissent plus bombarder les implantations [israéliennes dans la bande de Gaza] maintenant et pendant l'évacuation" de cette région prévue l'an prochain, a affirmé M. Sharon. Mercredi, deux enfants israéliens ont été tués dans la ville de Sdérot au sud d'Israël par l'explosion d'une roquette Qassam tirée à partir du nord de la bande de Gaza. Ces engins de fabrication artisanale ont une portée de moins de 10 km. Depuis le lancement de l'opération "Jours de pénitence" l'armée israélienne a établi une "zone de sécurité" de 7 à 9 km de profondeur dans le nord de la bande de Gaza. Selon un haut responsable du ministère de la défense, Amos Gilad, "la majorité des Palestiniens tués jusqu'à présent sont des terroristes".

"L'opération progresse de façon satisfaisante, nos forces agissent de façon professionnelle et efficace", s'est félicité M. Sharon, selon qui "l'opération durera tant que cela sera nécessaire". Pourtant, quatre nouvelles roquettes palestiniennes, tirées à partir de la bande de Gaza, sont tombées dimanche sur le sud d'Israël, sans faire de dégâts, selon l'armée. Samedi, M. Sharon avait rejeté l'offre du Hamas, qui s'était dit prêt à cesser ses tirs de roquettes si l'armée mettait fin à son opération. Les morts de la journée portent à 4.422 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'Intifada, fin septembre 2000, dont 3.398 Palestiniens et 953 Israéliens.

 

 

 
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