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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°48 du 29
août 2004
Et
la grandeur,
Excellence ?
Au
lendemain du
forcing syrien en
faveur du maintien
d'Emile Lahoud à
la présidence,
les événements
se sont précipités
au cours des dernières
heures, toute la République
ou presque
retenant son
souffle pour
savoir ce que
Rafic Hariri
comptait faire.
L'affaire était
entendue : le
Premier ministre a
signé samedi
matin, au cours
d'un Conseil des
ministres sans
ordre du jour
convoqué en
urgence, le projet
de loi visant à
amender la
Constitution pour
permettre une
prorogation de
trois ans "à
titre
exceptionnel"
du mandat présidentiel
en cours. L'accélération
des événements
est intervenue immédiatement
après une cascade
de déclarations
occidentales, émanant
de Washington,
Paris, Londres et
Berlin (ce qu'a
exprimé le
ministre allemand
des Affaires étrangères,
Joschka Fischer,
en visite vendredi
à Beyrouth),
toutes hostiles à
une ingérence étrangère
dans la présidentielle
ainsi qu'à une
reconduction du
mandat de M.
Lahoud. Muet tout
au long de la
journée, M.
Hariri qui, selon
son entourage,
aurait subi de
fortes pressions,
s'est alors rendu
en soirée à
Chtaura, dans la
plaine de la Békaa,
pour y rencontrer
le général
syrien Rustom
Ghazalé.
Et
la grandeur,
Excellence ?
Lettre
ouverte au président
Emile Lahoud
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le
Jour le 28 août
2004
- J’appelle
pour vous remercier
de votre éditorial
de ce matin. Je
ferai de mon mieux
pour être à la
hauteur des espérances.
- Les espérances
sont grandes en
effet, Monsieur le
Président, et vous
avez droit d’emblée
aux vœux de succès,
au soutien de tous
les Libanais. Cela
dit, il n’y a pas
lieu de remercier,
je ne fais rien
d’autre que
coucher sur le
papier mes
convictions.
- C’est chose bien
connue. Et je vous y
engage vivement, ne
changez surtout pas
!
(15 octobre 1998)
Monsieur
le président,
Ces aimables propos
que j’ai précieusement
gardés en mémoire,
vous m’en faisiez
l’honneur au téléphone
le jour même de
votre triomphale élection.
Et c’est parce que
je ne crois pas
avoir trop changé,
c’est parce que
tant de choses en
revanche ne sont
plus ce qu’elles
étaient que je me résous
à vous adresser
respectueusement
cette lettre
ouverte. Au
terme d’un long
silence qui en réalité
ne trompait
personne, et dans un
subit accès de
transparence, vous
venez de confirmer
ce que tout le monde
pressentait : à
savoir que vous vous
portez volontaire
pour un nouveau
mandat. Mieux, et
pour la première
fois dans les
annales, vous
n’avez même pas
attendu pour cela,
comme le veut
l’hypocrite usage,
que se soit prononcée
en votre faveur une
majorité
parlementaire : ce
qui, en apparence du
moins, ne vous eut
laissé d’autre
choix que de vous
incliner. Mieux
encore, vous avez
paru inciter à se
mettre en besogne
une Assemblée figée
dans l’attente de
la consigne.
Malgré toutes ces
singulières
innovations, il était
grand temps,
Monsieur le Président,
que vous vous décidiez
à dévoiler vos
batteries. Car dans
ce climat
d’incertitude
savamment entretenu
depuis des mois, le
pays, qui allait déjà
bien mal, se
trouvait frappé
chaque jour un peu
plus de paralysie.
Force est de
constater toutefois
que le pays ne se
porte guère mieux,
qu’il n’est pas
près de jeter au
loin ses béquilles,
maintenant qu’il
est fixé sur vos
dispositions et
intentions. Ce qui
aggrave le mal
libanais, c’est le
décevant bilan de
ces six dernières
années ; et ce qui
effraie, abat et déprime
les Libanais,
c’est la
perspective des années
à venir durant
lesquelles vous vous
promettez - et
promettez aux
sceptiques que nous
sommes, ou sommes
devenus - de
remplir enfin les
clauses demeurées
inappliquées du
contrat qui vous
liait au peuple.
Bilan et
perspectives : en
politique comme en
affaires, ce sont là,
Monsieur le Président,
les deux paramètres
de base de toute
gestion saine. Et
sans évidemment que
votre personne soit
mise en cause, ils
ne plaident ni
l’un ni l’autre
pour une réédition
à grands frais -
et même au prix
fort - d’une
expérience qui a
largement montré, hélas,
ses limites.
Devant vos visiteurs
mardi, vous avez tiré
fierté
d’accomplissements
"stratégiques"
qui reposent
invariablement,
tous, sur l’axiome
d’un amarrage sans
faille à la Syrie.
Et force est de
reconnaître que sur
ce plan, vous avez
effectivement réussi
au-delà de toute
espérance :
syrienne,
s’entend. Votre régime
aura vu, c’est
vrai et c’est
admirable, la libération
du Liban-Sud,
premier territoire
arabe qu’Israël
ait jamais évacué
sous la pression des
armes : libération
qui n’a
heureusement pas été
ternie par les règlements
de comptes et autres
séquelles
sanglantes notées
en Europe à la fin
de la Seconde Guerre
mondiale. Mais
a-t-il réellement réintégré
la République, ce
territoire cédé en
concession à une
milice décidant à
sa guise de la température
à la frontière et
sensible aux
souhaits de Téhéran
comme de Damas, mais
certes pas des
"stratèges"
de Beyrouth ?
C’est dire,
Monsieur le Président,
que vous n’avez
jamais convaincu vos
concitoyens que tout
ce qui est bon pour
la Syrie est forcément,
nécessairement,
invariablement bon
pour le Liban,
dussent en souffrir
la légitime quête
de souveraineté, le
sentiment national,
nos traditions démocratiques
et notre
respectabilité
internationale.
C’est néanmoins
sur ce capital de
fidélité
"stratégique"
que vous misez
surtout pour vous
rendre irremplaçable
aux yeux de Damas.
Mais ne serait-il
pas extraordinaire,
énorme, accablant
qu’après trois décennies
de mainmise, les
Syriens se
retrouvent à court
d’amis
inconditionnels, au
point qu’un seul
homme, en
l’occurrence
vous-même, soit jugé
digne de leur
confiance ?
Plus
nuancée mais non
moins sujette à
discussion,
Monsieur le Président,
aura été votre
évaluation de la
situation interne.
Vous n’avez pas
manqué de courage
en reconnaissant
que de nombreux
points de votre
ambitieux
programme de
gouvernement étaient
demeurés lettre
morte, et que les
trois présidences
en portent
conjointement la
responsabilité.
C’est un fait
que votre régime,
pas plus que celui
qui l’a précédé,
n’a réalisé
une réconciliation
nationale véritable
et entière ; que
nombre de Libanais
continuent de n’être
pas
authentiquement
représentés au
Parlement, en
raison de lois électorales
scélérates ; que
les tiraillements
sectaires se sont
aggravés, attisés
qu’ils étaient
par les rivalités
politiciennes et
les prosaïques
conflits d’intérêts
; que l’Etat de
droit reste une
chimère; que les
libertés
publiques sont
trop souvent bafouées
; que les ingérences
des services
occultes vont
jusqu’à
compromettre le
bon fonctionnement
de la justice ; et
que la corruption
des dirigeants et
de leurs proches
n’a jamais été
plus insolemment
affichée.
Mais au nom de
quelle logique un
échec consommé,
avéré, un échec
à moitié (ou même
au tiers) avoué
ouvrirait-il la
voie à une
nouvelle chance,
à une session de
rachat en
septembre ou
octobre ? De
combien de décennies
de présidence
ininterrompue
faudrait-il alors
récompenser les
mandats réussis,
les parcours sans
faute ? Que
fait-on de la règle
de l’alternance,
pilier essentiel
de toute démocratie
quand bien même
serait-elle aussi
approximative que
la nôtre ?
N’avez-vous pas
déjà bénéficié,
Monsieur le Président,
d’une
prorogation
exceptionnelle de
votre commandement
militaire puis
d’un premier
amendement de la
Constitution qui
vous a catapulté
sans transition de
Yarzé à Baabda ? A
multiplier de la
sorte, à des fins
personnelles, les
atteintes à la
loi fondamentale
dont vous êtes le
gardien, ne
finit-on pas par désacraliser
celle-ci jusque
dans ses clauses
fondamentales,
mettant en péril
ainsi le principe
du refus de
l’implantation
des réfugiés
palestiniens ? Et
quelle sollicitude
internationale -
matérielle ou
morale - le
Liban pourra-t-il
encore s’attirer
en faisant fi des
puissances qui,
sans relâche, lui
prêchent le
respect de la
Constitution ?
Monsieur le Président,
C’est fort
surtout de vos
amitiés d’outre-frontière,
dont vous
escomptez
qu’elles se répercuteront
immanquablement
place de l’Etoile,
que vous briguez
en ce moment une
extension de
mandat : démarche
dont vous savez
parfaitement
qu’elle suscite
l’hostilité
latente, rentrée,
ravalée ou
proclamée
d’importantes
forces politiques
locales et
instances
religieuses. Vous
serez inévitablement
attaqué pour cela
si vous êtes réélu,
et vous devrez
vous défendre
avec les armes du
bord : ce qui
augure d’une ère
d’instabilité
à laquelle le
dispositif qui
vous entoure ne
saurait répondre
autrement que par
l’imposition
d’un ordre musclé.
Ce serait la
militarisation à
outrance du système,
la fin de la démocratie
libanaise.
Au brillant
officier de marine
que vous avez été,
Monsieur le Président,
il serait bien prétentieux
de prodiguer des
conseils de
navigation. Même
un moussaillon
cependant vous
dirait qu’en ce
moment, seules
deux routes
s’offrent à
vous ; et à nous
tous avec vous, dérivant
sur la même galère.
La première
route, que vous
avez entrepris
d’écumer déjà,
est semée d’écueils
; c’est la porte
étroite, et il
faut se faire tout
petit pour s’y
glisser. L’autre
voie, c’est
celle du grand
large : elle
consisterait pour
vous à répudier
une aventure aussi
gratuite que chargée
de périls. A
dire merci, mais
c’est non merci. A
endosser la même
dimension
historique que
votre propre modèle,
le général-président
Fouad Chéhab,
qui, au terme de
son mandat, se
refusa à une
rallonge requérant
un amendement de
la Constitution et
qui lui était
offerte sur un
plateau
d’argent. Et
qui, parce qu’il
le jugeait
politiquement
inopportun,
dangereux, néfaste,
dédaigna six années
plus tard un
retour, pourtant
assuré et
parfaitement
conforme aux
textes
constitutionnels
cette fois. Pour
vous-même, pour
la place qui sera
la vôtre dans
l’histoire, pour
le Liban, pour son
peuple martyrisé
par la guerre et
trahi par l’après-guerre
: pour tout cela
et pendant qu’il
en est encore
temps, jouez donc
la grandeur,
Monsieur le Président
!
Damas
provoque pour
maintenir Lahoud
au pouvoir
paru dans le
Nouvel Observateur
le 28 août 2004
L
a Syrie s'est livrée
samedi 28 août à
un coup de force
politique au Liban
pour garantir le
maintien au
pouvoir du président
Emile Lahoud, en dépit
des mises en garde
américaine,
britannique,
allemande et française.
Le gouvernement
libanais a adopté
un projet
d'amendement de
l'article 49 de la
Constitution qui
permet une
prorogation de
trois ans du
mandat du président
Lahoud et décidé
l'ouverture dès
lundi d'une
session
parlementaire spéciale
pour finaliser
l'amendement. Le
processus a en
fait été engagé
jeudi à Damas
lorsque le président
syrien Bachar
al-Assad a littéralement
convoqué le
Premier ministre
libanais, Rafic
Hariri, pour
l'informer que
Damas avait fait
son choix.
"Le président
Assad a signifié
à M. Hariri qu'il
avait tranché,
que M. Lahoud
devait être
maintenu au
pouvoir, et il a
sommé M. Hariri
de prendre
position pour ou
contre la
Syrie", selon
le quotidien
d'opposition
libanais An-Nahar.
Comble de
l'ironie, M.
Hariri, qui avait
déclaré préférer
"se
suicider"
(politiquement)
plutôt que de se
plier aux
desiderata
syriens, a été
contraint de présider
la séance et a
lui-même voté en
faveur de
l'amendement.
Condamnations
Avant le vote, M.
Lahoud a remercié
les ministres
"pour
la confiance"
qu'ils allaient
lui accorder et
s'est retiré prétextant
un rendez-vous,
laissant à M.
Hariri le soin de
présider la séance.
Reprenant les mêmes
arguments que M.
Lahoud, avec
lequel il est à
couteaux tirés,
M. Hariri a déclaré
que "la
situation régionale
délicate nécessite
des mesures
exceptionnelles"
et a demandé aux
ministres
d'adopter le
projet. Seuls
trois ministres,
membres du bloc
parlementaire du
chef druze Walid
Joumblatt, Ghazi
Aridi, Marouane
Hamadé et
Abdallah Farhat,
ont voté contre
le projet, qui
doit encore être
entériné par le
Parlement à une
majorité des deux
tiers des députés.
Une figure de
proue de
l'opposition, le député
Nassib Lahoud, a
aussitôt réagi,
tirant à boulets
rouges sur la
Syrie. "La décision
syrienne est une
atteinte à la
souveraineté du
Liban et un manque
de respect pour
les Libanais
qu'elle veut
maintenir sous sa
tutelle. Elle aura
des incidences économiques
et politiques désastreuses",
a-t-il affirmé
dans un communiqué.
Le patriarche
maronite Nasrallah
Sfeir, chef de la
principale
communauté chrétienne
libanaise, est également
farouchement opposé
à l'amendement
constitutionnel et
a accusé la Syrie
d'ingérence dans
les affaires intérieures
du Liban.
Respecter la
Constitution
Selon une source
diplomatique
arabe, Damas a mis
les bouchées
doubles après
avoir constaté
une identité de
vues entre
Washington et
l'Union européenne
sur le dossier
libanais et que
Washington eut
fermé la porte à
toute négociation.
Washington, qui
impose depuis juin
des sanctions économiques
à la Syrie,
appelle au retrait
du corps expéditionnaire
syrien, estimé
actuellement à
20.000 hommes, déployé
au Liban depuis 28
ans. Selon la
presse de
Beyrouth, les
ambassadeurs
libanais et syrien
à Washington,
Farid Abboud et
Imad Moustapha,
ont été convoqués
vendredi par le département
d'Etat. La Maison
Blanche avait
auparavant exhorté
la Syrie à ne pas
s'ingérer dans l'élection
présidentielle
libanaise. Emboîtant
le pas à
Washington, le
gouvernement
britannique a
demandé au
parlement libanais
de manifester
"l'indépendance"
du pays, visant la
Syrie sans la
nommer. Le président
français Jacques
Chirac a souligné
que la prochaine
élection
"d'un nouveau
président"
libanais devait se
faire
"conformément
à la Constitution
actuelle"
dans le
"plein
respect de la
souveraineté et
de l'indépendance"
de ce pays.
S'alignant sur
Washington,
Londres et Paris,
le chef de la
diplomatie
allemande, Joschka
Fisher a souhaité
vendredi à
Beyrouth que la
prochaine présidentielle
se fasse dans le
respect de la
Constitution, de
l'indépendance et
de la souveraineté
du Liban.
La
présidentielle
libanaise se prépare
à Damas
Avant
le scrutin prévu
cet automne, les
tractations se
multiplient
par
SIBYLLE RIZK,
publié dans le
Figaro le 25 août
2004
L'échéance
présidentielle
cet automne au
Liban s'annonce
comme un véritable
test pour la
Syrie, faiseuse de
rois au pays du Cèdre,
qui est soumise à
des pressions sans
précédent de la
part des
Etats-Unis. L'un
des enjeux est de
savoir si le président
Emile Lahoud, dont
le mandat expire
le 24 novembre,
sera reconduit ou
non dans ses
fonctions. La
Constitution
interdit ce cas de
figure. L'obstacle
pourrait toutefois
être contourné
grâce à un
amendement ad
hoc. La désignation
du nouveau chef de
l'Etat qui doit
obligatoirement
appartenir à la
communauté
maronite revient
aux 128 députés
du Parlement, mais
c'est la Syrie qui
est le véritable
"grand électeur"
dans un pays dont
elle contrôle les
rouages
politiques. A
mesure que l'échéance
présidentielle
approche, on ne
compte plus les déplacements
des responsables
libanais qui
prennent le chemin
de Damas pour
s'informer des
intentions
"fraternelles"
des autorités
syriennes et la
presse locale se
perd en
conjectures sur le
profil idéal du
candidat, au sens
du président
Bachar el-Assad.
Le choix est de
fait limité à
des personnalités
"prosyriennes"
et les candidats
émanant des rangs
de l'opposition
chrétienne ont
des chances quasi
nulles de
victoire. Dans ce
cadre étroit,
Emile Lahoud a
l'avantage d'avoir
déjà fait la
preuve de sa
loyauté. Ancien
commandant en chef
de l'armée
libanaise, l'homme
est un allié indéfectible
de la diplomatie
syrienne fondée
sur la nécessité
de lier le sort du
Liban au sien dans
le conflit qui
l'oppose à Israël.
Damas réclame
depuis 1967 la
restitution du
Golan occupé et
annexé par Israël.
Une paix séparée
entre Beyrouth et
Tel-Aviv achèverait
de sceller
l'isolement de la
Syrie, qui estime
avoir été lâchée
par l'Egypte, la
Jordanie et même
les Palestiniens
à Oslo. De ce
point de vue,
Emile Lahoud a
donné toute
satisfaction en
maintenant la
stratégie de la
"concomitance
des volets"
syrien et libanais
face à Israël,
selon le jargon
diplomatique
libanais, en
refusant de déployer
l'armée libanaise
à la frontière
sud du Liban après
le retrait israélien
effectué en mai
2000 et en
soutenant le
Hezbollah.
Quelles que
soient ses préférences,
la Syrie doit
toutefois tenir
compte de la
nouvelle donne régionale
imposée par les
Etats-Unis dans
laquelle il y a désormais
peu de place à la
tractation. Habituée
depuis des années
à négocier avec
Washington (qui a
donné son feu
vert en 1989 à la
mainmise de Damas
au Liban), la
diplomatie
syrienne est
aujourd'hui déboussolée
par le ton nouveau
des Américains.
Poussé par le
Congrès, George
W. Bush a imposé
en mai dernier des
sanctions économiques
et commerciales à
la Syrie et les
autorités américaines
multiplient les
appels au départ
des troupes
syriennes du
Liban. Il est
"temps que
l'armée syrienne
se retire du Liban»
et que ce pays
«jouisse d'une
pleine souveraineté",
a ainsi déclaré
l'ambassadeur
sortant des
Etats-Unis à
Beyrouth, avant
son départ. Damas
veut toutefois
croire aux cartes
qu'elle conserve
en main, d'autant
que pour elle
l'enjeu du Liban -
poumon économique
et social pour la
Syrie -
au-delà de
l'enjeu régional
est crucial. Le régime
baasiste fragilisé
par la mort du président
Hafez el-Assad en
juin 2000 ne
survivrait pas à
un revers au
Liban, estiment
certains
analystes. L'évolution
de la situation en
Irak est donc la
principale préoccupation
des autorités
syriennes, car
c'est là qu'elles
peuvent éventuellement
se montrer "utiles"
aux Etats-Unis.
Damas multiplie
donc les signes
d'ouverture à
l'adresse de ceux
qui, au sein de
l'administration
américaine,
restent favorables
à un
"dialogue",
par opposition à
la méthode musclée
des faucons. Des
discussions
syro-américaines
sont annoncées
par la presse
libanaise en fin
de semaine à
Rome. Le choix du
président
libanais pourrait
donc s'inscrire
dans cette stratégie
d'ouverture,
d'autant que se
multiplient les
prises de position
au Liban contre la
reconduction du président
sortant.
L'hostilité des
chrétiens à
cette hypothèse
est la plus
grande, alimentée
par les candidats
potentiels à la
succession d'Emile
Lahoud, la
fonction étant réservée
aux maronites.
Mais elle est
surtout menée par
les opposants
antisyriens qui réitèrent
à l'occasion de
l'échéance présidentielle
leur appel au rétablissement
de la souveraineté
libanaise. "Les
concertations préparant
la grande échéance
présidentielle se
font en dehors de
nos frontières",
dénonce ainsi
le patriarche
maronite, Mar
Nasrallah Sfeir,
selon qui un
amendement
constitutionnel "anéantirait
le peu de démocratie
qui nous
reste".
L’échéance
automnale,
l’un des
points de
surenchères
entre Washington
et Damas
Le
dialogue syro-US
suspendu sur
fond de
divergences
portant sur le
Liban
par PHILIPPE
ABI-AKL, publié
dans l'Orient-le
Jour le 11 août
2004
Le
premier round
des discussions
américano-syriennes,
qui s’est tenu
au début du
mois à
Washington, a été
suspendu et
reporté à la
fin août en
raison de sérieux
différends
apparus entre
les deux parties
au sujet du
dossier
libanais.
C’est ce que
rapportent des
sources locales
dignes de foi,
sur base
d’informations
en provenance de
la capitale fédérale.
Les divergences
syro-US auraient
porté
essentiellement
sur la présence
syrienne au
Liban, la
situation des
camps
palestiniens
dans le pays,
ainsi que le
problème du déploiement
de l’armée
libanaise à la
frontière avec
Israël. Sans
compter, évidemment,
l’échéance
présidentielle,
Washington réaffirmant
à ce sujet la
position définie
à maintes
reprises par
l’Administration
Bush. Côté
syrien, le président
Bachar el-Assad
avait déjà
donné le ton
sur ce plan. Les
Libanais sont
libres de
choisir,
avait-il dit.
Pour enchaîner
tout de suite en
traitant de doux
rêveurs,
entendre de naïfs,
ceux qui mettent
en question
l’influence décisive
de la Syrie dans
ce pays. Richard
Armitage, numéro
deux du département
d’Etat US,
n’est pas en
reste. Alors que
Bush,
Condoleezza Rice
et Colin Powell
n’ont cessé
d’attaquer la
Syrie sur le
point de la présidentielle
libanaise, en
lui enjoignant
de ne pas s’en
mêler, Armitage
sème le trouble
par une petite
phrase
sibylline. Car
il soutient que
cette présidentielle
concerne en même
temps le
gouvernement
syrien et le
gouvernement
libanais. Pour
ajouter à la
confusion, il
somme la Syrie
de se retirer
d’ici. Et lui
adresse une
menace à peine
voilée, en lui
rappelant ce
qu’il est
advenu au Baas
en Irak...
Bien
entendu, à
Beyrouth, ce
petit jeu du
chat et de la
souris ne fait
qu’aggraver la
confusion
ambiante. Les
professionnels,
ne sachant plus
sur quel pied
danser, se
perdent en
conjectures. Que
veulent les
grands électeurs
? Mais il est
peut-être peu
pertinent de
vouloir en
sonder les
intentions. Car
si elles se
trouvent de la
sorte, et des
deux côtés,
dissimulées
derrière un écran
de fumée,
c’est pour une
bonne raison
partagée. A
savoir qu’au
stade présent,
la Syrie et les
Etats-Unis
amorcent une
difficile négociation
bilatérale. Il
est donc normal
qu’ils se
livrent réciproquement
à des surenchères
autour de ce
plateau commun
qu’est la scène
libanaise. Et
plus particulièrement
cette présidentielle
sur laquelle ces
protagonistes se
sont si souvent
entendus par le
passé. On
retiendra dans
cet ordre d’idées
les récentes
explications US
sur les déclarations
d’Armitage. On
y lit que ces
propos ne
traduisent pas
une position
nouvelle. Mais
veulent
signifier que
l’Amérique
n’est pas
concernée par
la présidentielle
libanaise comme
la Syrie peut
avoir
l’impression
de l’être.
Autrement dit,
Washington fait
savoir aux
Syriens qu’ils
ne doivent pas
se fatiguer à
tenter
d’utiliser la
présidentielle
libanaise comme
un levier de
pression. Parce
que, pour sa
part, il n’est
pas du tout intéressé.
De plus,
indiquent les
commentaires US,
Damas doit se
rappeler ce que
Bush, Rice et
Powell lui ont
dit : pas
d’immixtion,
cette fois, dans
la présidentielle
libanaise, et
d’une.
Alternance à la
tête de l’Etat
libanais, et de
deux. Retrait
militaire
rapproché, et
de trois.
En
fait, Armitage
est spécialement
qualifié pour
s’adresser aux
Syriens. Car
c’est lui qui
a conduit la délégation
US aux
pourparlers qui
ont eu lieu avec
les Syriens au début
du mois en cours
à Washington.
Des échanges
qui se sont arrêtés
le 7 août mais
qui devraient
reprendre dans
deux semaines,
quelque part en
Europe. Bien
entendu, les
deux parties
n’ont rien
laissé filtrer
des entretiens.
Mais la sortie
d’Armitage
laisse penser
qu’il n’y a
pas eu de détente,
de progrès
effectué. Et ce
serait normal :
le contentieux
est aussi lourd
que tendu. On
sait en effet
que l’Amérique
exige de la
Syrie une
attitude plus
claire, plus
positive, moins
infiltrée, en
Irak. Un désengagement
vis-à-vis des
organisations
palestiniennes hébergées
à Damas. Une
neutralisation
du Hezbollah. Un
nettoyage des
camps
palestiniens du
Liban, pour que
le contrôle en
soit remis aux
autorités
libanaises.
Cette question
devient
pratiquement la
plus importante
pour les Américains,
parce que, dans
leur hantise de
la lutte contre
le terrorisme,
ils pensent que
les camps
palestiniens du
Liban
constituent un
refuge, un antre
de terroristes
internationaux.
Ils réclament
enfin un retrait
des troupes
syriennes
cantonnées dans
ce pays.
La
Syrie, bombardée
d’exigences
aussi pointues,
profite sans
doute de
l’avantage que
lui donne
l’entrée en
campagne présidentielle
des Etats-Unis.
En principe,
d’ici à l’élection,
Washington ne
devrait pas
prendre à son
encontre de
mesures
dramatiques. Du
même coup,
estiment les
professionnels
libanais, la
Syrie garde une
assez large
marge de manœuvre
en terme de présidentielle
libanaise. Mais
du fait même
qu’elle est en
train de négocier,
il est peu
probable
qu’elle opte
pour des choix
qui
provoqueraient
une rupture avec
les Etats-Unis.
En même temps,
il est également
peu
vraisemblable
qu’elle laisse
Armitage la
menacer
ouvertement sans
réagir quelque
part. Donc, on
en est
pratiquement
entre deux
chaises. Et, répétons-le,
il serait vain
de spéculer sur
les intentions
des uns ou des
autres en ce qui
concerne notre
présidentielle.
Tant que toutes
les cartes
n’ont pas été
abattues sur la
table des
pourparlers.
Le président
libanais brigue
un second mandat
Anticonstitutionnelle,
la reconduction
d'Emile Lahoud a
l'appui de
l'occupant
syrien.
par CHRISTOPHE
AYAD, publié dans
Libération le 26
août 2004
L'automne
s'annonce chaud au
Liban. Le président
Emile Lahoud s'est
déclaré hier
candidat à un
nouveau mandat de
six ans. L'annonce
a suscité une levée
de boucliers dans
l'opposition chrétienne
antisyrienne. La
Constitution
libanaise interdit
en effet à un Président
de se représenter
au terme de son
mandat. Une
reconduction d'Emile
Lahoud nécessiterait
donc un amendement
de la Constitution
par une majorité
de députés. Il y
a déjà eu un précédent
: Elias Hraoui, le
prédécesseur de
Lahoud, avait été
reconduit en 1995
pour un
demi-mandat.
Servile
Le Président -
forcément
maronite -
étant désigné
par les députés
et non au
suffrage
universel
direct, les jeux
seront faits
lorsque le
Parlement se réunira
en novembre. Les
députés se
contenteront en
fait d'entériner
le choix de
Damas. Jusqu'à
présent, la
Syrie, qui
exerce un véritable
protectorat sur
le Liban et y
entretient
20.000 soldats,
avait laissé
toutes les
options
ouvertes. La déclaration
d'intention d'Emile
Lahoud ne peut
qu'avoir reçu
le feu vert de
Damas et
pourrait donc
signifier que le
président
syrien Bachar
al-Assad a fait
son choix. Emile
Lahoud s'est
montré un allié
fidèle, voire
servile, allant
ainsi jusqu'à
boycotter
l'enterrement du
roi Hussein de
Jordanie en
1999, pensant
faire plaisir à
son homologue
syrien... qui
l'a pris à
contre-pied en
s'y rendant au
dernier moment.
Son alignement
inconditionnel
sur les
positions
syriennes a
irrité plus
d'une fois la
diplomatie américaine,
ouvertement
hostile à un
deuxième mandat
de Lahoud. Si la
pression
devenait trop
forte, Damas
pourrait changer
de candidat.
Mais, les
dirigeants
syriens comptent
sur le fait que
la Maison
Blanche ne veut
pas de vagues au
Proche-Orient en
pleine présidentielle.
Ebullition
L'opposition
antisyrienne au
Liban, elle, est
en ébullition. "La
Constitution
n'est pas une
loi ordinaire
que l'on peut
modifier comme
bon nous
semble",
a déclaré le
patriarche
maronite
Nasrallah Sfeir
dans le
quotidien Al-Nahar,
qui a activement
mené campagne
contre Lahoud
ces dernières
semaines.
Liban
- Le président
Lahoud accusé de
"crime
constitutionnel"
paru
dans Courrier
International le
27 août 2004
L’annonce faite
mardi 24 août
par le président
libanais Emile
Lahoud, dont le
mandat expire le
24 novembre,
de son éventuelle
candidature à la
prochaine élection
présidentielle a
fait l’objet de
vives critiques de
la part des
responsables
politiques du
pays. Le quotidien
The Daily Star
indique en
effet que
"cette
nouvelle
candidature nécessite
la modification de
l’article 49
de la Constitution
libanaise, qui
doit être votée
par le
Parlement".
Approuvée au
moment des accords
de Taëf, qui ont
mis fin, en 1989,
à quinze années
de conflit, la
Constitution
interdit le
renouvellement du
mandat présidentiel.
Sa modification
fait craindre que
le fragile équilibre
entre les
communautés
religieuses ne
soit affecté.
"Les leaders
des principales
confessions du
pays se sont
prononcés contre
un amendement de
la
Constitution",
note à ce propos L’Orient-Le
Jour.
"Les
plus violentes réactions
ont été celles
des députés de
Baabda et de Zahlé",
relève le Daily
Star. "Le
député Bassem
Sabaa a accusé le
chrétien Emile
Lahoud de préparer
un 'crime
constitutionnel',
alors que Nicolas
Fattouche s’est
inquiété qu’un
renouvellement de
mandat 'ne réveille
la guerre civile
dans le
pays'."
D’après The
Daily Star, "de
nombreux opposants
à Lahoud estiment
cette candidature
injustifiée,
compte tenu de
l’échec
politique et économique
de son premier
mandat". Le
président est également
suspecté d’être
le candidat favori
du voisin syrien,
qui dispose encore
d’un contingent
de 20.000 hommes
au Liban.
"Peut-être
s’agit-il
d’une réponse
[négative] de la
Syrie aux
sommations américaines
et françaises",
s’interroge L’Orient-Le
Jour. Les
Etats-Unis ont
tenu à souligner,
par la voie du
porte-parole
adjoint du département
d’Etat, que
"la décision
de choisir qui
doit être élu président
du Liban revenait
au peuple
libanais, et non
aux Américains ou
à qui que ce soit
d’autre".
Présidentielle
libanaise :
convergence
islamo-chrétienne
contre la
reconduction de
Lahoud
publié
par l'AFP le 24 août
2004
La possibilité
d'une reconduction
du président
Emile Lahoud
promue par la
Syrie, maître du
jeu au Liban, a été
rejetée par des
personnalités chrétiennes
et musulmanes,
politiques et
religieuses, phénomène
unitaire très
rare. Les muftis
Rachid Kabbani,
sunnite, et Abdel
Amir Kabalan,
chiite, ont créé
la surprise lundi
en soulignant,
dans un communiqué
commun,
"l'importance
de respecter la
Constitution en ce
qui concerne l'élection
du président de
la République",
notamment. Les
deux dignitaires
ont en outre émis
l'espoir que
"les résultats
de l'élection présidentielle
expriment la
volonté des
Libanais et
renforcent l'union
nationale".
Ils ont ainsi
rejoint dans leur
refus d'amender la
Constitution le
patriarche chrétien
maronite,
Nasrallah Sfeir,
chef de la
communauté de
laquelle est issue
le chef de l'Etat.
Le cardinal Sfeir
avait clairement
condamné
dimanche, les
appels "à la
réélection à la
magistrature suprême
de la même
personne pour une
durée indéfinie,
à l'instar de ce
qui se passe dans
les (pays) qui
nous
entourent".
"Le communiqué
des deux muftis a
montré que la
société
libanaise évolue
dans un sens
unitaire et que
les Libanais n'ont
plus besoin de
tutelle extérieure
pour gérer leurs
affaires", a
déclaré à
l'AFP, Samir
Frangié, figure
de proue de
l'opposition chrétienne.
Selon lui, le
texte est d'autant
plus important que
les deux muftis
avaient rejeté un
appel, en
septembre 2000,
des évêques
maronites pour un
retrait du corps
expéditionnaire
syrien stationné
au Liban.
Mais la rare
convergence
islamo-chrétienne
n'a pas résisté
aux pressions.
"Damas est mécontente
d'une prise de
position musulmane
qui va à
l'encontre de son
jeu et de ses intérêts",
a estimé un autre
opposant chrétien
sous le couvert de
l'anonymat.
En effet, une
nouvelle mouture
du communiqué
commun a été
distribuée, amputée
de la référence
au respect de la
Constitution, après
que la première
version eut circulé
pendant cinq
heures sur les
ondes des médias
audio-visuels.
" 'Des
parties inconnues'
sont intervenues
pour retirer le
communiqué de
Kabbani et Kabalan",
titre en une le
quotidien libéral
an-Nahar.
Ignorant cette péripétie,
le quotidien
d'expression française
L'Orient-Le Jour
écrit en Une:
"Au-delà des
pressions,
convergence
islamo-chrétienne
sur le respect de
la
Constitution".
En vertu de la
Constitution, le
président en
exercice ne peut
briguer un second
mandat successif.
Mais l'article 49
de la Constitution
a été violé à
deux reprises, le
Parlement libanais
ayant été forcé,
sous pression de
la Syrie, de
l'amender.
La première fois
en 1995 pour
prolonger de trois
ans le mandat du
président Elias
Hraoui, un homme
lige de Damas et
une deuxième
fois, en 1998,
pour ouvrir la
voie à l'élection
de M. Lahoud,
alors commandant
en chef de l'armée
qui n'avait pas démissionné
dans le délai réglementaire
pour devenir éligible.
La possibilité
d'une réélection
d'Emile Lahoud ou
la prorogation de
son mandat de six
ans qui expire le
24 novembre a été
avancée par des
hommes politiques
libanais
pro-syriens ayant
rencontré le président
syrien Bachar
al-Assad.
Cette possibilité
a été retenue
par la Syrie alors
que son influence
au Liban est
remise en cause
par une loi, adoptée
fin 2003 par le
Congrès, la
"Syrian
Accountability Act",
prévoyant un
recouvrement de la
souveraineté du
Liban.
Allié difficile
de Damas, le chef
druze, le député
Walid Joumblatt,
avait lancé le
premier la
campagne. "La
reconduction
suscitera la déprime",
a-t-il dit,
soulignant que
"l'homme n'a
aucune valeur s'il
n'a pas la liberté
de choisir".
Farouchement
hostile à la
reconduction mais
contraint dernièrement
au silence, le
Premier ministre
Rafic Hariri,
sunnite, doit
rencontrer
aujourd'hui Mgr
Sfeir.
La
reconduction à
titre définitif,
un piège lourd de
conséquences
Washington
n’ayant pas
d’emprise sur
les députés,
Damas devra peser
les risques d’un
choix monochrome
pour la présidentielle
par MICHEL
TOUMA, publié
dans l'Orient-le
Jour le 23 août
2004
La
libanisation de
l’élection présidentielle
signifie donc des
concertations
entreprises... à
Damas par le président
syrien ! Une réalité
amère qui a au
moins pour
avantage (une
sorte de lot de
consolation) de
nous rappeler à
nos tristes réalités.
Et qui permet
surtout de faire
apparaître au
grand jour les
choses comme elles
sont, sans trop
s’encombrer des
apparences,
souvent
trompeuses. Compte
tenu de la caste
politico-sécuritaire
en charge du pays
depuis près de
quinze ans, nul ne
se faisait en
effet
d’illusions sur
la tournure que
prendrait l’échéance
automnale. Une
"petite"
inconnue reste
toutefois à éclaircir
: la décision
dans le choix du
président
serait-elle
exclusivement
syrienne ou plutôt
syro-américaine,
ou aussi syro-américano-française
? Dans l’attente
de pouvoir
apporter une réponse
à cette question,
force est de
relever qu’à
l’évidence,
Washington n’a
pratiquement
aucune emprise (ou
en tout cas très
peu) sur le corps
électoral des 128
députés appelé
à mettre en scène
la désignation du
successeur du général
Emile Lahoud. Si
le profil et
l’identité du
prochain locataire
de Baabda revêtent
réellement pour
l’Administration
US une quelconque
importance -
pour des considérations
clairement régionales -
les Américains
devraient donc négocier
ce point précis
avec Damas. Ce qui
les placerait en
position de
demandeurs.
Eventualité très
peu probable, car
pour eux, même si
le choix du futur
chef de l’Etat
s’inscrit dans
le cadre de leur
vision stratégique
régionale,
portant sur le rôle
et le poids de la
Syrie dans le
nouveau
Moyen-Orient, il
ne constitue peut-être
pas un enjeu
suffisamment
crucial pour
qu’ils
s’engagent dans
un jeu de
concessions réciproques
à ce propos avec
Damas.
Dans
l’incapacité
donc de peser
directement sur le
cours de la présidentielle,
Washington semble
se contenter de définir
une position de
principe, conforme
à ses objectifs
globaux, sans trop
rentrer dans les détails.
Cela revient à
faire parvenir à
qui de droit des
messages plus ou
moins fermes,
suivant
l’importance que
revêt l’échéance
pour la
superpuissance.
"Les choses
ne sont plus
aujourd’hui ce
qu’elles étaient
il y a quinze ou
vingt ans", a
souligné sans
ambages le nouvel
ambassadeur américain,
Jeffrey Feltman,
quelques heures
avant son arrivée
à Beyrouth. En
clair : fini le
temps où l’Administration
US marchandait le
nom du président
avec le régime
syrien. Cette
fois-ci,
Washington a fait
connaître
publiquement son
point de vue. Il
revient à Damas
de peser les
risques que
comporterait une décision
non conciliatoire.
Au plan
strictement local,
cette éventuelle
décision
monochrome
pourrait se
traduire, entre
autres, par un
amendement du
fameux article 49
de la
Constitution, de
manière à
permettre soit la
prorogation soit
la reconduction
pure et simple du
mandat du président
Lahoud. Pour faire
avaler la pilule,
et afin de ne pas
paraître modifier
la loi
fondamentale au
profit d’une
personne, il
serait question de
reformuler
l’article 49 en
stipulant que désormais
le mandat du chef
de l’Etat
pourrait être
renouvelé de façon
permanente.
Une
telle mesure
constituerait un véritable
piège qui serait
beaucoup plus
grave et aurait
des retombées de
loin plus sérieuses
qu’une
prorogation
conjoncturelle
"pour une
seule fois et à
titre
exceptionnel",
comme ce fut le
cas en 1995 avec
le président
Elias Hraoui. Car
dans le seul but
de permettre le
maintien du général
Lahoud à Baabda,
on aurait modifié
profondément la
nature même du
système politique
en place, ou tout
au moins le
rapport de forces
entre les pôles
du pouvoir censés
représenter, au
niveau étatique,
les principales
composantes
communautaires du
pays. Prévoir définitivement
un possible
renouvellement du
mandat présidentiel
reviendrait en
effet à affaiblir
encore plus la
première
magistrature en
hypothéquant
l’action du chef
de l’Etat.
Celui-ci se
verrait contraint
d’amadouer en
permanence aussi
bien les fractions
locales que les décideurs
étrangers afin
d’assurer sa
reconduction. Cela
diminuerait
d’autant sa
marge de manœuvre,
déjà
sensiblement réduite
depuis Taëf.
Certains
observateurs
continuent d’espérer
que la présidentielle
fournira
l’occasion aux décideurs
(syriens)
d’adresser un
message fort à
Bkerké, en
favorisant le
choix d’un
candidat qui bénéficierait
de la confiance du
patriarche
maronite et qui
serait par conséquent
crédible aux yeux
de l’opinion chrétienne.
Un candidat qui
n’aurait pas
pour seul et
unique atout le
soutien de Damas,
mais qui serait
aussi capable
d’adopter des
mesures concrètes
pour rétablir
l’équilibre
national en
initiant le
chantier du
dialogue interne,
des réformes, de
la réconciliation
et de l’entente
véritables. Un
nouvel
affaiblissement de
la position du président
de la République -
par le biais
d’un amendement
piégé de
l’article 49 -
aurait pour conséquence
d’approfondir
encore davantage
le sentiment de
marginalisation
que ressent la
collectivité chrétienne.
C’est en définitive
à ce dossier précis -
le rétablissement
de l’équilibre
interne - que
devrait
s’atteler le
futur chef de l’Etat.
Si ce critère de
choix est
primordial dans le
contexte présent,
c’est qu’il y
va dans une large
mesure de la
sauvegarde des spécificités
du Liban. Et donc
de la raison d’être
et des fondements
de l’entité
libanaise.
Réactions
locales
Le
patriarche
maronite le
cardinal Nasrallah
Sfeir
"Le chômage
est un fléau pour
la réduction ou
l’éradication
duquel les
gouvernements du
monde entier déploient
tous les efforts
possibles et
imaginables. Ce chômage
est un signe
patent de régression
et de perdition,
alors que les
offres d’emploi
sont synonymes
d’évolution et
de prospérité.
Si nous prenons le
chômage comme référent,
nous nous rendons
compte que nous
sommes en train,
au Liban, de régresser
et de nous perdre. A
l’heure,
notamment, où
l’on nous occupe
avec des sujets
qui ne sont plus
à notre portée,
mais au-dessus de
nos moyens ; à
l’heure où les
concertations préparant
la grande échéance
libanaise se font
en dehors de nos
frontières, comme
si nous avions désormais
définitivement
perdu la
souveraineté sur
notre territoire,
l’indépendance
dans le choix de
nos leaders et la
liberté de décider
à propos de tout
ce qui touche à
nos propres
affaires. Plus
loin encore : des
voix s’élèvent
pour appeler à un
amendement définitif
de la
Constitution, afin
de permettre la réélection
d’une même
personne ad vitam
aeternam à la
première
magistrature,
comme cela se
passe autour de
nous dans la région,
là où les
peuples
s’opposent à
leurs gouvernants
parce qu’ils
n’ont pas le
droit de décider
de leur propre
destin. Ce
faisant, nous
aurions fini par
assassiner le peu
de démocratie qui
nous reste et à
propos de laquelle
nous continuons de
nous enorgueillir.
Sachant que les médias
continuent d’évoquer
des plans visant
à créér au
Proche-Orient des
systèmes démocratiques,
à l’instar des
démocraties
occidentales qui
permettent au
peuple d’avoir
le dernier
mot."
La députée
Nayla Moawad
"Porter
atteinte à la
Constitution,
c’est nuire au régime
démocratique. Les
propos de Mgr
Sfeir étaient très
alarmants, et
j’appuie ce
qu’il a dit, pas
parce que je me
suis portée
candidate à la présidence
de la République,
mais pour deux
raisons
principales :
d’abord, porter
atteinte à la
Constitution,
c’est nuire au régime
démocratique au
Liban. Ensuite, il
est dangereux d’ébranler
les constantes de
l’entente
nationale, parce
qu’elles représentent
un consensus qui a
coûté cher au
Liban. Ces
constantes représentent
une entente qui
n’est pas
seulement à la
base de
l’existence du
Liban, mais qui a
également mis un
terme à la guerre
et qui a permis de
reconstruire le
pays. Nous sommes
garants de
l’existence de
ce consensus, nous
l’avons payé
trop cher et nous
ne pouvons pas le
mettre en
danger."
Le député
Nassib Lahoud
"Il est temps
de tourner la page
de l’amendement
constitutionnel,
de la prorogation
et de la
reconduction du
mandat actuel. Un
mois avant le début
de la période
constitutionnelle
pour l’élection
du président de
la République, le
pays se retrouve
perdu dans des
futilités qui
sortent l’échéance
de son contexte,
l’éloignent et
le font dévier de
son cadre
constitutionnel et
démocratique,
notamment en ce
qui concerne
l’alternance du
pouvoir et le
renouvellement de
la vie politique. Les
tentatives
d’utiliser l’échéance
présidentielle
pour réaliser des
objectifs servent
exclusivement les
intérêts des détenteurs
du pouvoir et
n’ont aucun
rapport avec les
prétextes invoqués
sur le plan
national ou avec
les grands slogans
brandis. Il est
temps que ces
tentatives désespérées
et inutiles
prennent fin, et
que la page de
l’amendement
constitutionnel,
de la prorogation
et de la
reconduction soit
définitivement
tournée, afin que
les Libanais et
les différentes
forces politiques
assument enfin
leurs
responsabilités
et surpassent les
obstacles et les
barrages qui sont
dressés et imposés.
J'appelle à des
concertations et
des débats sérieux
sur la prochaine
étape et ses défis,
afin de pouvoir
mettre au point
les éléments
principaux d’un
programme de réforme
pour sauver le
pays. Un programme
dont le prochain
président de la République
doit assurer le
parrainage et dont
le succès dépend
du large consensus
qu’il parviendra
à créer au sein
des forces
politiques
principales du
pays."
Le député Farès
Souhaid
"Nous vivons,
sur la scène
libanaise, au sein
d’une
contradiction qui
dépasse tout
entendement. D’un
côté, il y a la
société civile
qui a réalisé
son unité
islamo-chrétienne
et qui appelle à
l’application de
la loi et de la
Constitution. De
l’autre, il y a
le pouvoir
politique et ceux
qui le protègent,
qui plaident en
faveur de la
violation de la
loi et de la
Constitution. Les "convocations"
à Damas sont
humiliantes pour
la dignité
nationale. Nul au
Liban n’accepte
que le président
de la République
libanaise soit élu
ou désigné hors
des frontières
nationales. Ils
sont en train de
faire la plus
grande faveur aux
opposants. Je
n'irais pas à
Damas parce que
les Syriens
n’ont pas besoin
que quelqu’un
leur raconte ce
qui se produit au
Liban et quelle
est la position de
l’opposition. La
position du
patriarche
maronite est
historique. Il est
constant dans ses
positions. Il est
contre
l’amendement de
la Constitution,
et il l’avait déjà
dit lors de sa
visite en France
en février
2004."
Réaction
internationale
Le président
français Jacques
Chirac
Comme tous les
ans, la réunion
des ambassadeurs
de France à
Paris, qui s'est
achevée vendredi
27 août, a été
l'occasion pour le
président de la République
d'une présentation
générale de sa
politique étrangère.
A propos du Liban,
Jacques Chirac a
estimé que l'élection
présidentielle
devait avoir lieu "conformément
à la Constitution
actuelle",
désavouant ainsi
le président
Emile Lahoud,
soutenu par la
Syrie, qui cherche
à se maintenir au
pouvoir au moyen
d'une révision de
la Constitution.

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