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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°45  du 27 mai 2004  

 

La vie et les rêves de Sophia Azzi brisés à Roissy

 

Elle s’était mariée avec Dany Abou-Jaoudé le dimanche 16 mai à l'église Notre-Dame de Falougha (Metn, Mont-Liban). Une semaine après, le dimanche 23 mai, sa vie et ses rêves se brisent dans l'effondrement du terminal 2E de Roissy. Sophia Azzi avait 29 ans, un sourire magnifique, et s’en allait de Beyrouth à New York, via Paris, poursuivre son stage en médecine. 

 

 
Parmi les victimes du drame de Roissy, la Libanaise Sophia Azzi Abou-Jaoudé

Une semaine jour pour jour après son mariage et en repartant vers les Etats-Unis

 

par ELIE MASBOUNJI, publié dans l'Orient-le Jour le 27 mai 2004

 

Au moment où ils se disaient oui devant Dieu et les hommes en ce dimanche 16 mai sous la nef de l’église Notre-Dame de Falougha, Dany Abou-Jaoudé et Sophia Azzi ne se doutaient pas un seul instant qu’une semaine plus tard, leur bonheur serait anéanti et que leur union se terminerait dans le sang et la mort. Dimanche dernier, au petit matin, dans le hall du terminal 2E de Roissy où elle attendait un vol d’Air France AF004 en partance pour l’aéroport de Newark, près de New York, la belle mariée trouvait la mort suite à l’effondrement de la toiture de l’aérogare, jusqu’ici fierté des "Aéroports de Paris", entreprise qui conçoit et réalise des aéroports aux quatre coins du monde. Le Dr Sophia Azzi (29 ans), médecin, poursuivait, en même temps que son nouvel époux, un stage de spécialisation aux USA, qu’elle regagnait après son mariage. Elle venait de débarquer du vol MEA/AF en provenance de Beyrouth (le premier des trois vols directs quotidiens) et attendait dans le hall de transit l’embarquement sur le vol d’Air France pour poursuivre son voyage vers les Etats-Unis. Les jeunes mariés avaient interrompu leur stage pour se marier au Liban et partager ces moments de joie avec leurs familles et leurs amis. Le nouveau marié, le Dr Dany Abou-Jaoudé, était resté au Liban. "Juste pour quelques jours, a-t-il promis à sa nouvelle épouse, le temps d’accomplir sur place quelques formalités inhérentes au mariage"... Il ne savait pas alors que lorsqu’il prendrait l’avion de Beyrouth ce mardi 25 mai, ce serait pour identifier à la morgue de Roissy le corps mutilé de celle qu’il s’était choisie comme épouse, après huit années de camaraderie et de profonde estime lors de leurs études communes à la faculté de médecine de l’Université Libanaise.

Les autorités françaises, alertées par l’entremise du consulat de France à Beyrouth, puis par l’ambassade du Liban à Paris, continuaient jusqu’à hier matin de nier la présence d’une Libanaise parmi les cadavres trouvés sous les décombres du terminal 2E, alors que, selon la famille de la victime, le passeport de la mariée avait été récupéré près du corps et que la photo permettait de reconnaître Sophia Azzi Abou-Jaoudé, dont le visage était resté intact. Dans le "lobby" du Sofitel St-Honoré, rue Boissy d’Anglas, le Dr Abou-Jaoudé, son père M. Maroun Abou-Jaoudé, venu avec lui de Beyrouth, deux de ses oncles accourus de New York et de Marseille nous accueillent et relatent les circonstances du drame. Seul le visage (portant des traces de saignement du nez et des oreilles) a été montré à l’époux qui a insisté pour voir l’ensemble de la dépouille, faisant valoir en vain son statut de médecin. La tête était également cachée, probablement en raison des effets d’un coup reçu lors de l’accident. Selon le Dr Abou-Jaoudé, le corps a été probablement écrasé par la chute de poutrelles métalliques provenant de la structure du toit de l’aérogare, et c’est pour cela qu’il n’a pu voir l’état dans lequel se trouvait le cadavre.

La colère du mari

Au-delà de sa douleur, le jeune marié se révolte et crie sa colère. "Le consulat de France au Liban ne nous a donné aucune information alors que, selon la police, le passeport avait été trouvé près du corps depuis le drame, permettant une identification facile grâce à la photo. L’organisme directement responsable du drame, les ADP (Aéroports de Paris), a attendu notre arrivée en France par nos propres moyens (les tickets ayant été payés au plein tarif au comptoir d’Air France à l’AIB) pour nous accueillir, plutôt froidement, et nous héberger, pour une seule nuitée... alors que tout le monde sait que les formalités de rapatriement d’un corps peuvent durer plusieurs jours." Il a ajouté qu’il portera plainte contre les ADP, et a consigné ce fait dans sa déposition sur le drame au poste de police de Bobigny qui est chargé de l’enquête. "Les services du consulat et de l’ambassade du Liban nous ont rassurés quant à une assistance qui s’est concrétisée par ailleurs auprès de nous par le magnifique travail accompli par le directeur et le chef d’escale de la MEA à Paris (respectivement Pierre Massamiri et Mohammed Cherkaoui)." "C’est M. Cherkaoui qui a obtenu la prorogation de notre séjour à l’hôtel aux frais de sa compagnie, qui assume ainsi des responsabilités en lieu et place des responsables juridiques du drame." Sur le rapatriement de la dépouille de son épouse, le Dr Abou-Jaoudé a estimé que cela aurait lieu samedi par le vol MEA/AF, ajoutant que le président de la MEA, M. Mohammed el-Hout, l’avait personnellement contacté pour l’assurer du soutien moral et matériel de la compagnie face à cette douloureuse épreuve.

 

 
Ruptures
 
par JEAN-MICHEL THENARD, publié dans Libération le 25 mai 2004
 

Un toit s'effondre et c'est toute l'économie du transport aérien français qui s'inquiète. L'accident tombe mal pour Aéroports de Paris qui se préparait à ouvrir son capital, l'an prochain. Si les enquêtes concluaient à sa responsabilité, l'entreprise devrait ajouter au coût de la non-exploitation du terminal 2E celui des travaux de reconstruction. Elle perdrait surtout en image et en crédibilité auprès de ses clients étrangers. Pour Air France, l'événement est aussi lourd de conséquences. Le terminal 2E est son avenir. Une pièce maîtresse de son "hub", cet indispensable système aéroportuaire dont se sont dotées toutes les grandes compagnies pour augmenter leur trafic et réduire leurs coûts. Le transporteur national se retrouve freiné dans son développement au moment où il vient de racheter son concurrent néerlandais, KLM.

Ses partenaires, membres de l'alliance Skyteam, sont eux aussi handicapés puisqu'ils opéraient pour la plupart au terminal 2E. Enfin, ce terminal était surtout censé accueillir, fin 2006, le futur avion géant d'Airbus, l'A380. "Personne ne peut imaginer que, dans l'intervalle, tout ne sera pas totalement réparé", a expliqué, hier, le PDG d'Air France. Et pourtant la chose est envisageable. Si les experts concluent qu'il vaut mieux raser la structure existante, il faudra alors tout reconstruire. Cela prendra-t-il moins de temps que pour l'actuel ouvrage, dont les délais de fabrication -­ quatre ans ­- sont au coeur de la polémique ? Si Air France ne peut faire atterrir ses A380, Airbus devra à son tour s'inquiéter. Comme quoi, il suffit bien qu'un toit s'effondre pour que le transport aérien français se retrouve à craindre la rupture de charge.

 

 
Accident de Roissy - Soupçons de malfaçons sur le terminal 2E

 

ADP conteste que la qualité des travaux a pâti d'un manque de moyens

 

par ASTRID DE LARMINAT, publié dans le Figaro le 27 mai 2004

 

Les révélations sur les différents avatars qu'a connus le terminal 2E, dont une partie de la "jetée" d'embarquement s'est écroulée dimanche, se succèdent : tirants métalliques posés entre les éléments porteurs, cerclage de carbone autour des piliers. Ces aménagements apportés au terminal 2E en cours de chantier sont bien, selon un expert technique, "le signe qu'il y avait un défaut de structure et de solidité connu". Quand aux fuites d'eau dues à une rupture de canalisation près de la gare TGV à 300 mètres de l'accident, si elles ne sont évidemment pas à l'origine de l'effondrement, elles sont là encore, "par une réaction en chaîne, liées à une faiblesse de la solidité, révélatrices d'une malfaçon", selon la même source. Chez ADP, on minimise : "Au terminal 2F, ainsi qu'à Orly, il y a sans arrêt des fuites. C'est inévitable avec des kilomètres de canalisations", remarque le porte-parole d'ADP qui nie que la direction ait été avertie que des particules de poussière inhabituelles tombaient du toit depuis quelque temps, comme l'a déclaré un délégué syndical au Parisien.

S'agissant du délai de trois ans accordé aux entreprises pour construire le bâtiment, la revue Le Moniteur s'étonnait, en octobre 2001, qu'il soit deux fois moins long que celui alloué à la construction du terminal 2F. Ce dernier, d'architecture certes plus complexe, avait rencontré d'ailleurs de nombreuses vicissitudes dont un rapport de la Cour des comptes, publié en janvier 2003, avait fait état. François Ecalle, l'un des auteurs du rapport, reconnaît que "la conception du terminal F était tellement novatrice qu'ADP avait pris des risques. On n'était pas sûr que tout cela pourrait tenir longtemps." Les responsables d'ADP avaient alors assuré à la Cour des comptes qu'ils essaieraient de tirer les leçons de ce chantier difficile en faisant plus simple pour le 2E dont la construction était déjà en cours. Cette remontrance de la Cour, qui jugeait le coût du terminal F disproportionné, a obligé ADP à faire des économies sur le 2E. "Pour le 2E, ADP était pris entre ses ambitions architecturales toujours fortes et les pressions économiques", admet François Ecalle. Paul Andreu affirme au contraire que ce chantier n'était pas plus "contraint" qu'un autre par les coûts et les délais. "Actuellement, il n'y a pas un chantier qui ne soit pas pressé par les délais", a-t-il expliqué sur TF1. L'architecte assure également que ce genre de chantier est soumis à "beaucoup de contrôles" et que, par conséquent, "s'il y a eu des erreurs, ce n'était pas par laisser-aller". A quoi, l'expert technique répond que "le contrôleur technique fait en fonction des moyens qui lui sont donnés".

Parallèlement à l'information judiciaire qui a été ouverte, Gilles de Robien a annoncé, hier, la constitution d'une commission d'enquête administrative dont la présidence a été confiée à Jean Berthier, professeur à l'Ecole nationale des ponts et chaussées et spécialiste des ouvrages d'art. En ce qui concerne le contrôle des passagers et des bagages, le ministre des Transport a affirmé que "grâce à la mobilisation de tous les acteurs, et en particulier du personnel d'ADP, l'ensemble des vols est assuré dans un respect total des normes de sûreté en vigueur". De son côté, le PDG d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, a indiqué, hier, que la fermeture du terminal 2E ne remettait pas en cause ses objectifs de résultats. Air France ambitionne pour 2004-2005 un résultat d'exploitation en forte progression et une augmentation moyenne de l'offre de 5% sur l'exercice précédent. Il a néanmoins reconnu qu'ADP devait "réfléchir à la manière dont Roissy va fonctionner tant que le terminal 2E sera fermé". ADP assurait, hier, que la plupart des 2.500 employés du 2E étaient en train d'être redéployés sur les autres terminaux. Les 600 employés des boutiques concessionnaires se trouvent, en revanche, sans activité.  

 

 
Le "hub" d'Air France amputé de sa pièce maîtresse

 

A travers le monde, les plates-formes de correspondance sont devenues indispensables aux grandes compagnies

 

par PIERRE HASKI (à Pékin) et LAURENT MAURIAC, publié dans Libération le 24 mai 2004

 

La concurrence aérienne se joue désormais à terre. Agrandir les aéroports, c'était, dans les années 90, une nécessité pour suivre l'explosion du trafic. En période de crise, depuis 2001, cet impératif n'est pas abandonné, au contraire. En concentrant le transfert de leurs passagers dans un seul aéroport, les grandes compagnies font coup double. Plutôt que de multiplier les dessertes entre les villes, elles mobilisent moins d'appareils et obtiennent un meilleur taux de remplissage. Elles réduisent également leurs coûts en centralisant la maintenance de leur flotte. Chaque grande compagnie à vocation internationale possède son "hub", sa plate-forme de correspondances à partir de laquelle elle organise son réseau. Sur cette plaque tournante, elle regroupe un maximum de passagers avant de les acheminer vers leur destination finale. Un système qui se veut efficace et lucratif, avec la multiplication des centres commerciaux et des boutiques de luxe duty free. C'est ainsi qu'Air France a élu domicile à Roissy-Charles-de-Gaulle pour son trafic international, tandis qu'Orly tend à se spécialiser dans les "navettes" vers les villes de province. La compagnie doit, pour une large part, ses bonnes performances au développement de son hub. D'où son souhait d'étendre son emprise sur l'aéroport parisien - dont elle contrôle déjà 55 % des créneaux - et d'en faire la plus puissante plate-forme d'Europe. Le nouveau terminal 2E, avec une capacité de 10 millions de passagers par an à compter de 2005, incarne cette stratégie.

Le phénomène du hub est né aux Etats-Unis, à Chicago (American Airlines et United Airlines), puis à Atlanta (Delta). Dans la capitale de la Géorgie, l'aéroport atteint un tel gigantisme qu'il faut parfois emprunter un métro en quittant l'avion pour rejoindre la salle où l'on récupère ses bagages. Depuis les années 80, le système s'est étendu à tous les continents : en Europe (Londres Heathrow pour British Airways, Francfort pour Lufthansa, Amsterdam pour KLM), en Asie (Singapour, Hongkong). A Dubaï, Emirates se développe à marche forcée grâce à son hub. De même, la Chine a réorganisé son trafic aérien autour de ses trois plus grandes villes, dotées d'aéroports nouveaux ou en cours d'extension, et abritant les trois grandes compagnies chinoises avec lesquelles ont été contraintes de fusionner la vingtaine de compagnies existant il y a encore un an. Air China à Pékin, China Eastern à Shanghai et China Southern à Canton ont ainsi organisé le maillage de l'immense territoire chinois. Paul Andreu, l'architecte du hub de Roissy, a contribué à ce développement en concevant le nouvel aéroport international de Shanghai. La construction aéronautique n'échappe pas au phénomène. Avec son projet d'avion géant, l'A380, Airbus mise sur le développement des liaisons "de hub à hub".

 

 
Le défi architectural met les matériaux à rude épreuve

 

L'an dernier, le concepteur de Roissy se souciait de la qualité du béton

 

par PATRICE LANOY et ASTRID DE LARMINAT, publié dans le Figaro le 25 mai 2004

 

Le 25 avril 2003, interrogé par le journal Le Moniteur à propos de la tendance croissante des architectes à dissimuler le béton derrière d'autres matériaux, Paul Andreu, le concepteur de Roissy, dressait un constat pessimiste : "... la qualité de mise en oeuvre (du béton, ndlr) risque à tout moment de se dissoudre dans la mauvaise qualité des méthodes et le renouvellement permanent des équipes". Conséquence ? "Des contentieux... l'architecte doit répondre à des expertises sans fin". L'amoureux des structures bétonnées se félicite pourtant alors de la réalisation du terminal 2E de Roissy par la société GTM. Au lendemain du drame, ce qui frappe au premier abord certains experts, c'est la netteté de la cassure. "A voir les images, on pourrait presque reconstruire les anneaux, mettre un joint et voilà... Il est étonnant qu'il n'y ait pas eu d'effondrement en domino, de fracture plus hachée...", estime ainsi un architecte familier des grands bureaux d'études. Selon lui, le responsable sera difficile à identifier. L'attribution des trois rôles fondamentaux d'architecte, de maîtrise d'ouvrage et de conception structurale à une seule entité, à savoir ADP, la multiplicité des sous-traitants (plus de 400) rendent le contrôle de réalisation très difficile.

Par ailleurs, l'architecture n'est pas une science exacte, il y a des fourchettes, des compromis, des marges de sécurité, des approximations empiriques. C'est tout le savoir-faire d'un bon architecte. Les calculs sont réservés, avec des marges de sécurité. "Le fait qu'ADP gère l'ensemble des responsabilités augmente les performances et la fluidité des projets, mais ce n'est pas très sain si l'on fait des choses un peu extrêmes. Il n'y a pas de confrontation d'opinions... On peut être amené à mésestimer certains paramètres", précise ce spécialiste. La demande d'ADP était une zone sans colonnes ni piliers de soutien au centre, sans cloisons, dans le but de faciliter les mouvements rapides et massifs des passagers. La réponse la plus simple : un long tube-échangeur, avec une trentaine de passerelles, dont certaines pour les avions géants Airbus A380.

Cette jetée d'embarquement, longue de 650 mètres et large de 33, a été techniquement conçue comme un tunnel sous une montagne. Le voile de béton, c'est cette chape que l'on peut voir lorsque l'on emprunte un tel tunnel. Des éléments préfabriqués qui viennent s'emboîter. Mais en l'absence de montagne, il fallait créer une compression extérieure pour stabiliser cette voûte. C'est là le rôle des arcs métalliques qui ceinturent le dispositif, avec des tirants répartissant le poids de l'immense verrière de 36.000 mètres carrés. La lumière étant distribuée par de petites ouvertures carrées dans le béton. La voûte, plus précisément l' "arc en plein cintre outrepassé" de Roissy 2E, a une portée de 30 mètres et repose à ses deux extrémités sur des blocs de béton qui forment des pilotis. 450 éléments de béton ont été réalisés, regroupés par structures de 4 mètres de large. Chaque arc en béton pèse de 30 à 60 tonnes et il est recouvert à l'extérieur de verre, d'inox et de différents éléments d'étanchéité. A l'intérieur, du bois habille en partie la voûte. Novateur. Une "Atex" (appréciation technique d'expérimentation) a dû être réalisée avec le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

"Ce qui complique la chose, c'est que le tunnel est une banane", poursuit notre architecte. Vu d'avion, il s'agit d'un arc de cercle. Et les contraintes mécaniques sont très différentes sur les deux bords, intérieur et extérieur. "Un tunnel incurvé, avec en outre une attache centrale, comme ici, est franchement complexe à réaliser." Quant aux contrôles de chantier, trop souvent, le maître d'ouvrage choisirait le bureau d'études chargé de vérifier l'application des normes "sur des critères exclusivement financiers, au détriment de la qualité de la prestation", affirme un expert joint par Le Figaro. A titre d'exemple, le bureau Veritas en charge du chantier de Roissy 2E se trouve être 50% moins cher que ses concurrents. Autre souci : le contrôle après livraison. Jean-François Sageau, président de l'association des inspecteurs de structure, regrette que les contrôles de suivi soient aussi rares en France : "Les propriétaires ont l'impression qu'on leur livre une structure inaltérable, inusable. Si Beaubourg avait été inspecté, on aurait évité de lourdes réparations. Les tours de la Défense ne sont pas surveillées de près non plus." Et pourtant, elles aussi vieillissent.

 

 
Des accidents rarissimes

 

De multiples contrôles garantissent la fiabilité de telles structures

 

par SIBYLLE VINCENDON, publié dans Libération le 25 mai 2004

 

Un bâtiment vitrine, le terminal 2E de Roissy Charles-de-Gaulle, publié dans la presse architecturale du monde entier. Une entreprise, Aéroports de Paris (ADP), connue pour son savoir-faire en matière d'ingénierie, royaume des X-Ponts, cette technostructure à la française qui a construit le pays parfois sans poésie mais toujours avec efficacité. Et un pays, justement, connu pour sa réglementation qui a permis d'éviter jusqu'à présent tout sinistre majeur dans des établissements recevant du public. Tout cela mis bout à bout explique l'incrédulité qui régnait hier dans les milieux du bâtiment et de la construction.

Signes avant-coureurs

L'accident, en soi, est rarissime. Philippe Bisch, professeur à l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées, ne voit guère que la rupture du barrage du Malpasset, en 1959, qui ait eu une brutalité comparable. "En général, les accidents sur les structures préviennent. Il y a des détériorations, des phénomènes visibles se produisent. On expertise et on prend des mesures. Cela ne va pratiquement jamais jusqu'à l'effondrement." D'autant plus que de nombreux contrôles ont lieu tout au long du processus. Les bureaux de contrôle du type Véritas (en cause ici) ou Socotec, qui sont les deux plus gros de la place, visent les plans en amont, puis les plans d'exécution. "La structure, c'est la mission de base des bureaux de contrôle, ce qu'on appelle la mission solidité", explique l'architecte Denis Valode. Le bureau participe aux réunions de chantier, surveille les mises en oeuvre avec ses propres stratégies de contrôle. Il émet des réserves au fur et à mesure de ce qu'il constate mais n'a pas le pouvoir d'arrêter le chantier. Ses rapports seront toutefois remis à la commission de sécurité qui, elle, intervient lors de la réception des travaux et peut empêcher la mise en service.

Classique

Mais en cours de construction, c'est au maître d'ouvrage, le client, de choisir s'il continue, répare, modifie des façons de faire. Il dispose pour cela de tout l'apport des bureaux d'étude. ADP, qui est à la fois le maître d'ouvrage et le concepteur de l'aéroport, a les siens ; les grandes entreprises de BTP ont aussi les leurs. "Les plans sont faits cinq à six fois au cours du chantier, dit l'architecte Franck Hammoutène. A chaque fois, tout est revu, revérifié par l'entreprise, les bureaux d'étude du maître d'oeuvre, de l'entreprise, et il faut que tout le monde se mette d'accord." Evidemment, on ne peut pas exclure que tout le monde se trompe en choeur sur une étape de la conception. "Les lois de la physique s'appliquent même aux entreprises les plus prestigieuses", rappelle un expert, qui souligne par ailleurs que "la forme de cet ouvrage n'a rien de spécialement audacieux". Reste qu'aucune procédure ne place un inspecteur derrière chaque ouvrier. Est-il possible, simplement, que le travail ait été mal fait ? Les professionnels insistent à nouveau sur l'effet vitrine d'un tel chantier, où les entreprises placent plutôt leurs meilleures équipes. Mais admettent d'une même voix que l'incroyable s'est quand même produit.

 

 
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