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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°45 du 27
mai 2004
La
vie et les rêves de
Sophia Azzi brisés
à Roissy
Elle
s’était mariée
avec Dany
Abou-Jaoudé le
dimanche 16 mai à
l'église
Notre-Dame de
Falougha (Metn,
Mont-Liban). Une
semaine après, le
dimanche 23 mai,
sa vie et ses rêves
se brisent dans
l'effondrement du
terminal 2E de
Roissy. Sophia
Azzi avait 29 ans,
un sourire
magnifique, et
s’en allait de
Beyrouth à New
York, via Paris,
poursuivre son
stage en médecine.
Parmi
les victimes du
drame de Roissy,
la Libanaise
Sophia Azzi
Abou-Jaoudé
Une
semaine jour pour
jour après son
mariage et en
repartant vers les
Etats-Unis
par
ELIE MASBOUNJI,
publié dans
l'Orient-le Jour le
27 mai 2004
Au
moment où ils se
disaient oui devant
Dieu et les hommes
en ce dimanche 16
mai sous la nef de
l’église
Notre-Dame de
Falougha, Dany
Abou-Jaoudé et
Sophia Azzi ne se
doutaient pas un
seul instant
qu’une semaine
plus tard, leur
bonheur serait anéanti
et que leur union se
terminerait dans le
sang et la mort.
Dimanche dernier, au
petit matin, dans le
hall du terminal 2E
de Roissy où elle
attendait un vol
d’Air France AF004
en partance pour
l’aéroport de
Newark, près de New
York, la belle mariée
trouvait la mort
suite à
l’effondrement de
la toiture de l’aérogare,
jusqu’ici fierté
des "Aéroports
de Paris",
entreprise qui conçoit
et réalise des aéroports
aux quatre coins du
monde. Le Dr Sophia
Azzi (29 ans), médecin,
poursuivait, en même
temps que son nouvel
époux, un stage de
spécialisation aux
USA, qu’elle
regagnait après son
mariage. Elle venait
de débarquer du vol
MEA/AF en provenance
de Beyrouth (le
premier des trois
vols directs
quotidiens) et
attendait dans le
hall de transit
l’embarquement sur
le vol d’Air
France pour
poursuivre son
voyage vers les
Etats-Unis. Les
jeunes mariés
avaient interrompu
leur stage pour se
marier au Liban et
partager ces moments
de joie avec leurs
familles et leurs
amis. Le nouveau
marié, le Dr Dany
Abou-Jaoudé, était
resté au Liban.
"Juste pour
quelques jours,
a-t-il promis à sa
nouvelle épouse, le
temps d’accomplir
sur place quelques
formalités inhérentes
au mariage"...
Il ne savait pas
alors que
lorsqu’il
prendrait l’avion
de Beyrouth ce mardi
25 mai, ce serait
pour identifier à
la morgue de Roissy
le corps mutilé de
celle qu’il s’était
choisie comme épouse,
après huit années
de camaraderie et de
profonde estime lors
de leurs études
communes à la
faculté de médecine
de l’Université
Libanaise.
Les
autorités françaises,
alertées par
l’entremise du
consulat de France
à Beyrouth, puis
par l’ambassade du
Liban à Paris,
continuaient
jusqu’à hier
matin de nier la présence
d’une Libanaise
parmi les cadavres
trouvés sous les décombres
du terminal 2E,
alors que, selon la
famille de la
victime, le
passeport de la mariée
avait été récupéré
près du corps et
que la photo
permettait de
reconnaître Sophia
Azzi Abou-Jaoudé,
dont le visage était
resté intact. Dans
le "lobby"
du Sofitel St-Honoré,
rue Boissy d’Anglas,
le Dr Abou-Jaoudé,
son père M. Maroun
Abou-Jaoudé, venu
avec lui de
Beyrouth, deux de
ses oncles accourus
de New York et de
Marseille nous
accueillent et
relatent les
circonstances du
drame. Seul le
visage (portant des
traces de saignement
du nez et des
oreilles) a été
montré à l’époux
qui a insisté pour
voir l’ensemble de
la dépouille,
faisant valoir en
vain son statut de médecin.
La tête était également
cachée,
probablement en
raison des effets
d’un coup reçu
lors de
l’accident. Selon
le Dr Abou-Jaoudé,
le corps a été
probablement écrasé
par la chute de
poutrelles métalliques
provenant de la
structure du toit de
l’aérogare, et
c’est pour cela
qu’il n’a pu
voir l’état dans
lequel se trouvait
le cadavre.
La colère du mari
Au-delà
de sa douleur, le
jeune marié se révolte
et crie sa colère. "Le
consulat de France
au Liban ne nous a
donné aucune
information alors
que, selon la
police, le passeport
avait été trouvé
près du corps
depuis le drame,
permettant une
identification
facile grâce à la
photo. L’organisme
directement
responsable du
drame, les ADP (Aéroports
de Paris), a attendu
notre arrivée en
France par nos
propres moyens (les
tickets ayant été
payés au plein
tarif au comptoir
d’Air France à
l’AIB) pour nous
accueillir, plutôt
froidement, et nous
héberger, pour une
seule nuitée...
alors que tout le
monde sait que les
formalités de
rapatriement d’un
corps peuvent durer
plusieurs
jours." Il a
ajouté qu’il
portera plainte
contre les ADP, et a
consigné ce fait
dans sa déposition
sur le drame au
poste de police de
Bobigny qui est
chargé de l’enquête.
"Les services
du consulat et de
l’ambassade du
Liban nous ont
rassurés quant à
une assistance qui
s’est concrétisée
par ailleurs auprès
de nous par le
magnifique travail
accompli par le
directeur et le chef
d’escale de la MEA
à Paris
(respectivement
Pierre Massamiri et
Mohammed Cherkaoui)." "C’est
M. Cherkaoui qui a
obtenu la
prorogation de notre
séjour à l’hôtel
aux frais de sa
compagnie, qui
assume ainsi des
responsabilités en
lieu et place des
responsables
juridiques du
drame." Sur le
rapatriement de la dépouille
de son épouse, le
Dr Abou-Jaoudé a
estimé que cela
aurait lieu samedi
par le vol MEA/AF,
ajoutant que le président
de la MEA, M.
Mohammed el-Hout,
l’avait
personnellement
contacté pour
l’assurer du
soutien moral et matériel
de la compagnie face
à cette douloureuse
épreuve.
Ruptures
par
JEAN-MICHEL
THENARD, publié
dans Libération
le 25 mai 2004
Un
toit s'effondre et
c'est toute l'économie
du transport aérien
français qui
s'inquiète.
L'accident tombe
mal pour Aéroports
de Paris qui se préparait
à ouvrir son
capital, l'an
prochain. Si les
enquêtes
concluaient à sa
responsabilité,
l'entreprise
devrait ajouter au
coût de la
non-exploitation
du terminal 2E
celui des travaux
de reconstruction.
Elle perdrait
surtout en image
et en crédibilité
auprès de ses
clients étrangers.
Pour Air France,
l'événement est
aussi lourd de
conséquences. Le
terminal 2E est
son avenir. Une pièce
maîtresse de son
"hub",
cet indispensable
système aéroportuaire
dont se sont dotées
toutes les grandes
compagnies pour
augmenter leur
trafic et réduire
leurs coûts. Le
transporteur
national se
retrouve freiné
dans son développement
au moment où il
vient de racheter
son concurrent néerlandais,
KLM.
Ses
partenaires,
membres de
l'alliance Skyteam,
sont eux aussi
handicapés
puisqu'ils opéraient
pour la plupart au
terminal 2E.
Enfin, ce terminal
était surtout
censé accueillir,
fin 2006, le futur
avion géant
d'Airbus, l'A380.
"Personne
ne peut imaginer
que, dans
l'intervalle, tout
ne sera pas
totalement réparé",
a expliqué, hier,
le PDG d'Air
France. Et
pourtant la chose
est envisageable.
Si les experts
concluent qu'il
vaut mieux raser
la structure
existante, il
faudra alors tout
reconstruire. Cela
prendra-t-il moins
de temps que pour
l'actuel ouvrage,
dont les délais
de fabrication -
quatre ans -
sont au coeur de
la polémique ? Si
Air France ne peut
faire atterrir ses
A380, Airbus devra
à son tour
s'inquiéter.
Comme quoi, il
suffit bien qu'un
toit s'effondre
pour que le
transport aérien
français se
retrouve à
craindre la
rupture de charge.
Accident
de Roissy - Soupçons
de malfaçons sur
le terminal 2E
ADP
conteste que la
qualité des
travaux a pâti
d'un manque de
moyens
par
ASTRID DE LARMINAT,
publié dans le
Figaro le 27 mai
2004
Les révélations
sur les différents
avatars qu'a
connus le terminal
2E, dont une
partie de la
"jetée"
d'embarquement
s'est écroulée
dimanche, se succèdent
: tirants métalliques
posés entre les
éléments
porteurs, cerclage
de carbone autour
des piliers. Ces
aménagements
apportés au
terminal 2E en
cours de chantier
sont bien, selon
un expert
technique, "le
signe qu'il y
avait un défaut
de structure et de
solidité
connu". Quand
aux fuites d'eau
dues à une
rupture de
canalisation près
de la gare TGV à
300 mètres de
l'accident, si
elles ne sont évidemment
pas à l'origine
de l'effondrement,
elles sont là
encore, "par
une réaction en
chaîne, liées à
une faiblesse de
la solidité, révélatrices
d'une malfaçon",
selon la même
source. Chez ADP,
on minimise : "Au
terminal 2F, ainsi
qu'à Orly, il y a
sans arrêt des
fuites. C'est inévitable
avec des kilomètres
de
canalisations",
remarque le
porte-parole d'ADP
qui nie que la
direction ait été
avertie que des
particules de
poussière
inhabituelles
tombaient du toit
depuis quelque
temps, comme l'a déclaré
un délégué
syndical au Parisien.
S'agissant du délai
de trois ans
accordé aux
entreprises pour
construire le bâtiment,
la revue Le
Moniteur s'étonnait,
en octobre 2001,
qu'il soit deux
fois moins long
que celui alloué
à la construction
du terminal 2F. Ce
dernier,
d'architecture
certes plus
complexe, avait
rencontré
d'ailleurs de
nombreuses
vicissitudes dont
un rapport de la
Cour des comptes,
publié en janvier
2003, avait fait
état. François
Ecalle, l'un des
auteurs du
rapport, reconnaît
que "la
conception du
terminal F était
tellement
novatrice qu'ADP
avait pris des
risques. On n'était
pas sûr que tout
cela pourrait
tenir
longtemps." Les
responsables d'ADP
avaient alors
assuré à la Cour
des comptes qu'ils
essaieraient de
tirer les leçons
de ce chantier
difficile en
faisant plus
simple pour le 2E
dont la
construction était
déjà en cours.
Cette remontrance
de la Cour, qui
jugeait le coût
du terminal F
disproportionné,
a obligé ADP à
faire des économies
sur le 2E. "Pour
le 2E, ADP était
pris entre ses
ambitions
architecturales
toujours fortes et
les pressions économiques",
admet François
Ecalle. Paul
Andreu affirme au
contraire que ce
chantier n'était
pas plus "contraint"
qu'un autre
par les coûts et
les délais. "Actuellement,
il n'y a pas un
chantier qui ne
soit pas pressé
par les délais",
a-t-il expliqué
sur TF1.
L'architecte
assure également
que ce genre de
chantier est
soumis à "beaucoup
de contrôles"
et que, par
conséquent, "s'il
y a eu des
erreurs, ce n'était
pas par
laisser-aller".
A quoi,
l'expert technique
répond que "le
contrôleur
technique fait en
fonction des
moyens qui lui
sont donnés".
Parallèlement
à l'information
judiciaire qui a
été ouverte,
Gilles de Robien a
annoncé, hier, la
constitution d'une
commission d'enquête
administrative
dont la présidence
a été confiée
à Jean Berthier,
professeur à l'Ecole
nationale des
ponts et chaussées
et spécialiste
des ouvrages
d'art. En ce qui
concerne le contrôle
des passagers et
des bagages, le
ministre des
Transport a affirmé
que "grâce
à la mobilisation
de tous les
acteurs, et en
particulier du
personnel d'ADP,
l'ensemble des
vols est assuré
dans un respect
total des normes
de sûreté en
vigueur". De
son côté, le PDG
d'Air France,
Jean-Cyril
Spinetta, a indiqué,
hier, que la
fermeture du
terminal 2E ne
remettait pas en
cause ses
objectifs de résultats.
Air France
ambitionne pour
2004-2005 un résultat
d'exploitation en
forte progression
et une
augmentation
moyenne de l'offre
de 5% sur
l'exercice précédent.
Il a néanmoins
reconnu qu'ADP
devait "réfléchir
à la manière
dont Roissy va
fonctionner tant
que le terminal 2E
sera fermé".
ADP assurait,
hier, que la
plupart des 2.500
employés du 2E étaient
en train d'être
redéployés sur
les autres
terminaux. Les 600
employés des
boutiques
concessionnaires
se trouvent, en
revanche, sans
activité.
Le
"hub"
d'Air France amputé
de sa pièce maîtresse
A
travers le monde,
les plates-formes
de correspondance
sont devenues
indispensables aux
grandes compagnies
par
PIERRE HASKI (à Pékin)
et LAURENT MAURIAC,
publié dans Libération
le 24 mai 2004
La concurrence
aérienne se joue
désormais à
terre. Agrandir
les aéroports, c'était,
dans les années
90, une nécessité
pour suivre
l'explosion du
trafic. En période
de crise, depuis
2001, cet impératif
n'est pas abandonné,
au contraire. En
concentrant le
transfert de leurs
passagers dans un
seul aéroport,
les grandes
compagnies font
coup double. Plutôt
que de multiplier
les dessertes
entre les villes,
elles mobilisent
moins d'appareils
et obtiennent un
meilleur taux de
remplissage. Elles
réduisent également
leurs coûts en
centralisant la
maintenance de
leur flotte.
Chaque grande
compagnie à
vocation
internationale
possède son
"hub",
sa plate-forme de
correspondances à
partir de laquelle
elle organise son
réseau. Sur cette
plaque tournante,
elle regroupe un
maximum de
passagers avant de
les acheminer vers
leur destination
finale. Un système
qui se veut
efficace et
lucratif, avec la
multiplication des
centres
commerciaux et des
boutiques de luxe duty
free. C'est
ainsi qu'Air
France a élu
domicile à
Roissy-Charles-de-Gaulle
pour son trafic
international,
tandis qu'Orly
tend à se spécialiser
dans les
"navettes"
vers les villes de
province. La
compagnie doit,
pour une large
part, ses bonnes
performances au développement
de son hub. D'où
son souhait d'étendre
son emprise sur
l'aéroport
parisien - dont
elle contrôle déjà
55 % des créneaux
- et d'en faire la
plus puissante
plate-forme
d'Europe. Le
nouveau terminal
2E, avec une
capacité de 10
millions de
passagers par an
à compter de
2005, incarne
cette stratégie.
Le phénomène
du hub est né aux
Etats-Unis, à
Chicago (American
Airlines et United
Airlines), puis à
Atlanta (Delta).
Dans la capitale
de la Géorgie,
l'aéroport
atteint un tel
gigantisme qu'il
faut parfois
emprunter un métro
en quittant
l'avion pour
rejoindre la salle
où l'on récupère
ses bagages.
Depuis les années
80, le système
s'est étendu à
tous les
continents : en
Europe (Londres
Heathrow pour
British Airways,
Francfort pour
Lufthansa,
Amsterdam pour KLM),
en Asie
(Singapour,
Hongkong). A Dubaï,
Emirates se développe
à marche forcée
grâce à son hub.
De même, la Chine
a réorganisé son
trafic aérien
autour de ses
trois plus grandes
villes, dotées
d'aéroports
nouveaux ou en
cours d'extension,
et abritant les
trois grandes
compagnies
chinoises avec
lesquelles ont été
contraintes de
fusionner la
vingtaine de
compagnies
existant il y a
encore un an. Air
China à Pékin,
China Eastern à
Shanghai et China
Southern à Canton
ont ainsi organisé
le maillage de
l'immense
territoire
chinois. Paul
Andreu,
l'architecte du
hub de Roissy, a
contribué à ce développement
en concevant le
nouvel aéroport
international de
Shanghai. La
construction aéronautique
n'échappe pas au
phénomène. Avec
son projet d'avion
géant, l'A380,
Airbus mise sur le
développement des
liaisons "de
hub à hub".
Le
défi
architectural met
les matériaux à
rude épreuve
L'an
dernier, le
concepteur de
Roissy se souciait
de la qualité du
béton
par
PATRICE LANOY et
ASTRID DE LARMINAT,
publié dans le
Figaro le 25 mai
2004
Le
25 avril 2003,
interrogé par le
journal Le
Moniteur à
propos de la
tendance
croissante des
architectes à
dissimuler le béton
derrière d'autres
matériaux, Paul
Andreu, le
concepteur de
Roissy, dressait
un constat
pessimiste :
"... la
qualité de mise
en oeuvre (du
béton, ndlr) risque
à tout moment de
se dissoudre dans
la mauvaise qualité
des méthodes et
le renouvellement
permanent des équipes".
Conséquence ?
"Des
contentieux...
l'architecte doit
répondre à des
expertises sans
fin". L'amoureux
des structures bétonnées
se félicite
pourtant alors de
la réalisation du
terminal 2E de
Roissy par la société
GTM. Au lendemain
du drame, ce qui
frappe au premier
abord certains
experts, c'est la
netteté de la
cassure. "A
voir les images,
on pourrait
presque
reconstruire les
anneaux, mettre un
joint et voilà...
Il est étonnant
qu'il n'y ait pas
eu d'effondrement
en domino, de
fracture plus hachée...",
estime ainsi
un architecte
familier des
grands bureaux d'études.
Selon lui, le
responsable sera
difficile à
identifier.
L'attribution des
trois rôles
fondamentaux
d'architecte, de
maîtrise
d'ouvrage et de
conception
structurale à une
seule entité, à
savoir ADP, la
multiplicité des
sous-traitants
(plus de 400)
rendent le contrôle
de réalisation très
difficile.
Par ailleurs,
l'architecture
n'est pas une
science exacte, il
y a des
fourchettes, des
compromis, des
marges de sécurité,
des approximations
empiriques. C'est
tout le
savoir-faire d'un
bon architecte.
Les calculs sont réservés,
avec des marges de
sécurité. "Le
fait qu'ADP gère
l'ensemble des
responsabilités
augmente les
performances et la
fluidité des
projets, mais ce
n'est pas très
sain si l'on fait
des choses un peu
extrêmes. Il n'y
a pas de
confrontation
d'opinions... On
peut être amené
à mésestimer
certains paramètres",
précise ce spécialiste.
La demande d'ADP
était une zone
sans colonnes ni
piliers de soutien
au centre, sans
cloisons, dans le
but de faciliter
les mouvements
rapides et massifs
des passagers. La
réponse la plus
simple : un long
tube-échangeur,
avec une trentaine
de passerelles,
dont certaines
pour les avions géants
Airbus A380.
Cette jetée
d'embarquement,
longue de 650 mètres
et large de 33, a
été
techniquement conçue
comme un tunnel
sous une montagne.
Le voile de béton,
c'est cette chape
que l'on peut voir
lorsque l'on
emprunte un tel
tunnel. Des éléments
préfabriqués qui
viennent s'emboîter.
Mais en l'absence
de montagne, il
fallait créer une
compression extérieure
pour stabiliser
cette voûte.
C'est là le rôle
des arcs métalliques
qui ceinturent le
dispositif, avec
des tirants répartissant
le poids de
l'immense verrière
de 36.000 mètres
carrés. La lumière
étant distribuée
par de petites
ouvertures carrées
dans le béton. La
voûte, plus précisément
l' "arc en
plein cintre
outrepassé"
de Roissy 2E, a
une portée de 30
mètres et repose
à ses deux extrémités
sur des blocs de béton
qui forment des
pilotis. 450 éléments
de béton ont été
réalisés,
regroupés par
structures de 4 mètres
de large. Chaque
arc en béton pèse
de 30 à 60 tonnes
et il est
recouvert à l'extérieur
de verre, d'inox
et de différents
éléments d'étanchéité.
A l'intérieur, du
bois habille en
partie la voûte.
Novateur. Une
"Atex"
(appréciation
technique d'expérimentation)
a dû être réalisée
avec le Centre
scientifique et
technique du bâtiment
(CSTB).
"Ce qui
complique la
chose, c'est que
le tunnel est une
banane", poursuit
notre architecte.
Vu d'avion, il
s'agit d'un arc de
cercle. Et les
contraintes mécaniques
sont très différentes
sur les deux
bords, intérieur
et extérieur.
"Un
tunnel incurvé,
avec en outre une
attache centrale,
comme ici, est
franchement
complexe à réaliser."
Quant aux contrôles
de chantier, trop
souvent, le maître
d'ouvrage
choisirait le
bureau d'études
chargé de vérifier
l'application des
normes "sur
des critères
exclusivement
financiers, au détriment
de la qualité de
la
prestation", affirme
un expert joint
par Le Figaro. A
titre d'exemple,
le bureau Veritas
en charge du
chantier de Roissy
2E se trouve être
50% moins cher que
ses concurrents.
Autre souci : le
contrôle après
livraison.
Jean-François
Sageau, président
de l'association
des inspecteurs de
structure,
regrette que les
contrôles de
suivi soient aussi
rares en France : "Les
propriétaires ont
l'impression qu'on
leur livre une
structure inaltérable,
inusable. Si
Beaubourg avait été
inspecté, on
aurait évité de
lourdes réparations.
Les tours de la Défense
ne sont pas
surveillées de près
non plus." Et
pourtant, elles
aussi
vieillissent.
De
multiples contrôles
garantissent la
fiabilité de
telles structures
par
SIBYLLE VINCENDON,
publié dans Libération
le 25 mai 2004
Un bâtiment
vitrine, le
terminal 2E de
Roissy
Charles-de-Gaulle,
publié dans la
presse
architecturale du
monde entier. Une
entreprise, Aéroports
de Paris (ADP),
connue pour son
savoir-faire en
matière d'ingénierie,
royaume des
X-Ponts, cette
technostructure à
la française qui
a construit le
pays parfois sans
poésie mais
toujours avec
efficacité. Et un
pays, justement,
connu pour sa réglementation
qui a permis d'éviter
jusqu'à présent
tout sinistre
majeur dans des établissements
recevant du
public. Tout cela
mis bout à bout
explique l'incrédulité
qui régnait hier
dans les milieux
du bâtiment et de
la construction.
Signes
avant-coureurs
L'accident, en
soi, est
rarissime.
Philippe Bisch,
professeur à l'Ecole
nationale des
Ponts et Chaussées,
ne voit guère que
la rupture du
barrage du
Malpasset, en
1959, qui ait eu
une brutalité
comparable. "En
général, les
accidents sur les
structures préviennent.
Il y a des détériorations,
des phénomènes
visibles se
produisent. On
expertise et on
prend des mesures.
Cela ne va
pratiquement
jamais jusqu'à
l'effondrement."
D'autant plus
que de nombreux
contrôles ont
lieu tout au long
du processus. Les
bureaux de contrôle
du type Véritas
(en cause ici) ou
Socotec, qui sont
les deux plus gros
de la place,
visent les plans
en amont, puis les
plans d'exécution.
"La
structure, c'est
la mission de base
des bureaux de
contrôle, ce
qu'on appelle la
mission solidité",
explique
l'architecte Denis
Valode. Le bureau
participe aux réunions
de chantier,
surveille les
mises en oeuvre
avec ses propres
stratégies de
contrôle. Il émet
des réserves au
fur et à mesure
de ce qu'il
constate mais n'a
pas le pouvoir
d'arrêter le
chantier. Ses
rapports seront
toutefois remis à
la commission de sécurité
qui, elle,
intervient lors de
la réception des
travaux et peut
empêcher la mise
en service.
Classique
Mais en cours
de construction,
c'est au maître
d'ouvrage, le
client, de choisir
s'il continue, répare,
modifie des façons
de faire. Il
dispose pour cela
de tout l'apport
des bureaux d'étude.
ADP, qui est à la
fois le maître
d'ouvrage et le
concepteur de l'aéroport,
a les siens ; les
grandes
entreprises de BTP
ont aussi les
leurs. "Les
plans sont faits
cinq à six fois
au cours du
chantier, dit
l'architecte
Franck Hammoutène.
A chaque fois,
tout est revu, revérifié
par l'entreprise,
les bureaux d'étude
du maître
d'oeuvre, de
l'entreprise, et
il faut que tout
le monde se mette
d'accord." Evidemment,
on ne peut pas
exclure que tout
le monde se trompe
en choeur sur une
étape de la
conception. "Les
lois de la
physique
s'appliquent même
aux entreprises
les plus
prestigieuses",
rappelle un
expert, qui
souligne par
ailleurs que "la
forme de cet
ouvrage n'a rien
de spécialement
audacieux". Reste
qu'aucune procédure
ne place un
inspecteur derrière
chaque ouvrier.
Est-il possible,
simplement, que le
travail ait été
mal fait ? Les
professionnels
insistent à
nouveau sur
l'effet vitrine
d'un tel chantier,
où les
entreprises
placent plutôt
leurs meilleures
équipes. Mais
admettent d'une même
voix que
l'incroyable s'est
quand même
produit.
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Copyright 2004 RJLiban
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