Palestine, Liban,
Irak... Un même
sort, les mêmes
criminels. Le
Proche-Orient vient
de vivre une semaine
d'importance
historique capitale,
le souvenir du déclenchement
de la guerre du
Liban - le 13 avril
1975 - se répercutant
en Irak avec une
explosion de
violence interne
sans précédent, un
an après l'invasion
américaine.
Tranquillisé par la
déstabilisation de
ses voisins et
conforté
durablement par
l'appui inattendu
que vient de lui
accorder le président
Bush, le
gouvernement israélien
continue de
pourfendre la
population et le
territoire
palestiniens, entre deux
assassinats majeurs des
chefs fondateurs du
Hamas, celui de
Abdel-Aziz
al-Rantissi -
avant-hier (alors
qu'étaient réunis
en Irlande les
ministres européens
des Affaires étrangères)
- succédant à
celui de cheikh
Ahmad Yassine - le
22 mars dernier.
Analyses et
commentaires avec
les journalistes du
quotidien libanais
francophone
l'Orient-le
Jour.
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le Jour
le 17 avril 2004
Il
ne viendrait à l’idée
de personne, bien sûr,
de mettre en doute les
sympathies israéliennes
de la grande presse américaine.
Voilà pourtant que le
New York Times, le
Wall Street Journal et
USA Today
s’accordaient hier
à dresser un premier
bilan des graves périls,
avérés ou à venir,
que recèle la
position outrancière
affichée la veille
par George W. Bush à
propos du conflit de
Palestine. La seule
explication possible
à tant de parti pris
étant, à l’évidence,
la cour effrénée (et
probablement payante)
faite de la sorte à
l’électorat juif
qui, lors du scrutin
de l’an 2000 en
effet, n’avait que
chichement accordé
ses faveurs à
l’actuel président
des Etats-Unis. Au
nombre des dégâts
potentiels, les plus
prévisibles sont une
exacerbation des
sentiments anti-US au
sein du monde arabe et
une escalade de la
violence, en Irak
aussi bien qu’en
Palestine. Le
corollaire en est une
montée en puissance
de tous les extrémismes
: assiégé, bombardé,
humilié, ridiculisé,
menacé de liquidation
physique et finalement
grugé, Yasser Arafat
est en passe de
devenir la preuve
(encore) vivante de
l’échec fracassant
du pari de paix tenu,
au nom d’un
douloureux et tardif réalisme,
par les modérés
palestiniens.
Les contorsions sémantiques
auxquelles Bush
s’est livré hier
pour convaincre
qu’il n’avait présumé
en rien de la solution
finale ne peuvent
convaincre personne :
surtout quand le département
d’Etat admet pour sa
part, admirable
litote, que la "bombe"
présidentielle de
mercredi "va
peut-être influencer
la négociation".
Le mal est fait, et en
concédant d’autorité
à Sharon les gros
blocs de colonies
juives érigés en
Cisjordanie, Bush ne
fait que donner
funestement raison -
et vaste audience -
à tous les groupes
jusqu’au-boutistes
qui n’ont jamais cru
à une solution négociée
dans le cadre de
l’actuel rapport de
forces. Le vent de
folie soufflant de
Washington ne fera que
gonfler les voiles du
Hamas, ce qui signifie
un surcroît
d’attentats avec les
inévitables ripostes,
non moins barbares,
qu’ils entraînent
de la part d’Israël.
Dans ces conditions,
il va être encore
plus difficile pour
les dirigeants modérés
arabes d’assumer
leur fidélité sinon
leur vassalité à
Washington : et cela
au moment où celui-ci
en a précisément le
plus grand besoin dans
sa guerre planétaire
contre le terrorisme
islamiste.
George W. Bush
n’agresse pas
cependant les seuls
Arabes, et l’Amérique
elle-même n’échappe
pas à ses méfaits.
Avec ses mensonges sur
le terrifiant arsenal
de l’Irak et la
connexion de ce pays
avec Oussama Ben Laden,
la crédibilité de
l’unique
superpuissance
mondiale se trouvait déjà
bien fortement entamée.
Et c’est une fois de
plus au moment où
l’image (non plus
seulement arabe mais
universelle) des
Etats-Unis a le plus
grand besoin d’un
bon coup de brosse à
reluire que le chef de
la Maison-Blanche, qui
a mal potassé sa
Bible, entreprend de
jouer tour à tour les
Ponce Pilate et les
Salomon. Les résolutions
de l’Onu, la conférence
de Madrid, l’équation "la
terre contre la
paix", le tracé
des frontières et le
sort des réfugiés
fixés lors des négociations
finales comme le
stipulait sa propre "feuille
de route" ? Que
des vulgaires chiffons
de papier, même quand
certains portent la
griffe de son propre géniteur
qui avait été
jusqu’à geler les
crédits à Israël
pour arracher à
Yitzhak Shamir la
fallacieuse promesse
de geler, de son côté,
la colonisation.
Fallacieuse en effet,
tant il est vrai que
Washington n’est pas
particulièrement
connu pour veiller au
suivi, pour tenir
scrupuleusement ses
engagements, pour
honorer invariablement
sa parole. Mais du
moins en ce temps-là
y avait-il parole :
parole dûment codifiée,
officielle, énoncée
aussi clairement que
pouvaient le permettre
les arrière-pensées
et les classiques
contraintes
diplomatiques ; parole
engageant néanmoins
toutes les
Administrations, républicaines
ou démocrates, qui se
sont succédé depuis
la guerre des
Six-Jours de juin
1967. Et c’est ce
savant échafaudage
qu’a renversé
George W. Bush en
disposant impérialement
d’une terre qui
n’est pas sienne
pour l’offrir à la
plus puissante, la
plus nantie, la plus
inondée de dollars,
mais surtout la plus
ouvertement
annexionniste des deux
parties qui se
disputent la
Palestine.
Devant un monde
qu’effraient chaque
jour un peu plus l’unilatéralisme
américain et le démantèlement
de toutes les
dispositions régissant
les relations
internationales, le
chef de la
Maison-Blanche ne décline
rien d’autre
finalement que la loi
de la jungle, celle du
plus fort. Que la
patine du temps confère
légitimité à la
plus scandaleuse des
injustices, telle la
colonisation d’une
Cisjordanie dont il ne
resterait plus que
quelques éparses réserves
de Peaux-Rouges
locaux, quoi de plus
naturel pour ce président
qui a promu
"homme de
paix" le symbole
le plus odieux de
l’arrogance, de la
cupidité et de la
brutalité israéliennes
? C’est qu’à côté
de ses lectures
bigotes qui lui ont
inspiré un destin
quasi messianique,
l’homme doit adorer
les westerns racontant
la saga de ces colons
vaillamment partis à
la conquête de l’Ouest,
qu’il regarde les
week-ends de ranch
dans son Texas natal. Naguère
chapardé, comme de
juste, aux Mexicains.
13
avril - Mobilisation
de la société civile
pour les victimes de
la guerre
Meeting
à l’Unesco et
rassemblement place
des Martyrs
paru
dans l'Orient-le Jour
le 19 avril 2004
Pour
la vingt-neuvième
commémoration du début
de la guerre du Liban
et afin de
"rendre justice
aux victimes
permanentes de la
guerre" - en
l’occurrence les déplacés,
les handicapés de
guerre, les disparus,
les personnes enlevées,
les anciens détenus
et les proches des détenus -,
le Mouvement social a
organisé hier une
rencontre entre une
centaine de représentants
d’associations de la
société civile pour
initier une campagne
nationale sur les
victimes de la guerre.
La rencontre s’est déroulée
au palais de l’Unesco,
en présence notamment
de l’un des
directeurs de l’ONG "Hourriyat",
l’avocat Nizar
Saghiyeh, de la présidente
du comité des parents
de personnes disparues
et enlevées au Liban,
Wadad Halwani, de la
présidente du comité
des parents des détenus
libanais en Syrie,
Sonia Eid, de la
responsable du comité
de suivi de la
question des détenus
libanais en Israël,
Amal Khalil. MM. Fady
Abi Allam, responsable
du mouvement de la
Paix permanente, et
Fady Sayegh,
responsable de la Fédération
libanaise des handicapés,
étaient également présents,
ainsi que Mme Sabah
Badreddine, du
Mouvement social, qui
ont pris la parole à
cette occasion. A
l’issue de la
rencontre, le
Mouvement social a
publié un communiqué
comprenant une
douzaine de
recommandations. Parmi
celles-ci, la
publication immédiate
du rapport établi par
la commission chargée
de recueillir les
plaintes des proches
des personnes
disparues et enlevées
"quel que soit le
lieu où ils se
trouvent" pour
libérer ceux parmi
eux qui sont encore
vivants et établir
les preuves du décès
de ceux qui sont
morts. Les corps
devront être rapatriés.
Les
participants ont
proposé
l’initiation d’une
campagne fondée sur
le principe de la
dignité de l’homme
pour rendre justice à
ceux qui sont des
victimes permanentes
de la guerre. Ils ont
également appelé à
initier le processus
de "vérité et réconciliation",
à travers lequel les
responsables de crimes
de guerre seront obligés
de rendre justice aux
victimes et de préserver
leurs droits. Le
communiqué a également
préconisé
l’adjonction au code
pénal du concept de
"crimes de
guerre" et de
"crimes contre
l’humanité".
Ces crimes ne devront
pas bénéficier de
prescription, précise-t-il,
et le Liban devrait
ratifier la convention
de Rome qui a créé
le Tribunal pénal
international. Les
participants ont également
mis l’accent sur la
nécessité de
consacrer la culture
du dialogue pour
remplacer la culture
de la violence. Ils
ont également appelé
à la mise en place
d’un système visant
à permettre aux
victimes de la guerre
et à leurs proches
d’obtenir des
indemnités matérielles
et morales, à
l’instauration
d’un jour national
pour la mémoire et à
l’édification de
monuments commémoratifs
pour l’ensemble des
victimes de la guerre. Par
ailleurs, dans l’une
de ses
recommandations, le
communiqué appelle
les partis qui ont
participé à la
guerre à faire une
autocritique de leurs
pratiques devant
l’opinion publique.
Les dernières clauses
sont enfin consacrées
à la réinsertion
sociale des handicapés,
à la question des déplacés,
au développement de
la citoyenneté dans
les manuels scolaires
et à la rédaction
d’une histoire
objective de la
guerre. Un autre
rassemblement pour la
mémoire de la guerre
s’est tenu hier à
la place des Martyrs.
Plusieurs discours ont
été prononcés
durant le meeting. Les
participants tenaient
les portraits de leurs
proches disparus ou
enlevés. Des fleurs
blanches leurs ont été
distribuées.
Assassinat
de Rantissi - Lahoud
dénonce le
"terrorisme
d’Etat"
pratiqué par Israël
Du
Nord au Sud, des
dizaines de milliers
de Libanais et de
Palestiniens
manifestent leur colère
paru
dans l'Orient-le Jour
le 19 avril 2004
Le
chef de l’Etat,
Emile Lahoud, a
condamné
l’assassinat samedi
par Israël du
dirigeant du mouvement
islamiste palestinien
Hamas, Abdel-Aziz
al-Rantissi, dénonçant
le "terrorisme
d’Etat" pratiqué
par Israël. "Ce
crime barbare
constitue un maillon
de la chaîne du
terrorisme d’Etat
pratiqué par Israël,
qui a récemment
obtenu un
encouragement de
Washington pour
interdire aux
Palestiniens de
retourner dans leurs
foyers et qui,
aujourd’hui, tue
ceux qui sont restés
chez eux", a déclaré
Emile Lahoud dans un
communiqué distribué
par la présidence
dans la nuit de samedi
à dimanche. "Les
slogans de lutte
contre le terrorisme
prônés par Israël,
qui en use comme prétextes
pour perpétrer ses
crimes, poussent le
monde vers l’abîme
et le place au bord de
l’explosion. Cette
politique ne peut que
renforcer la détermination
de résister jusqu’à
la fin de
l’occupation",
a-t-il souligné. Le
locataire de Baabda a
invité les Etats
arabes à
"assumer leurs
responsabilités en
refusant de se
soumettre à la
politique de
menaces", sans en
préciser l’origine.
Il a appelé le secrétaire
général de la Ligue
arabe, Amr Moussa, à
fixer la date d’une
"Journée de la
colère arabe",
qui sera célébrée
dans tous les pays
arabes "pour
lancer un même
cri" destiné à
inciter "Israël
et ceux qui
l’appuient à revoir
leurs calculs pour une
unique et dernière
fois car les choses
ont dépassé toutes
les limites
permises".
Le
Premier ministre,
Rafic Hariri, qui se
trouve en visite
officielle à Paris, a
condamné "le
crime barbare"
perpétré par Israël
contr
e
Abdel-Aziz
al-Rantissi.
"Israël a prouvé
une nouvelle fois sa
capacité à fouler
aux pieds les usages
politiques, légaux,
humains et moraux.
L’Etat hébreu a
prouvé aussi que son
seul but est de pérenniser
la violence afin
d’empêcher toute
tentative qui viserait
à mettre un terme à
ses violations des
territoires arabes et
ses exactions contre
le peuple
palestinien", a
dit le chef du
gouvernement. Selon
lequel Israël, en
assassinant les
leaders palestiniens, "tue
tout espoir de
solution politique au
conflit, profitant de
chaque occasion pour
noyer les droits des
Arabes dans des océans
de sang". Pour
Rafic Hariri, ce crime
montre enfin une
nouvelle fois qu’il
est de plus en plus nécessaire
que la communauté
internationale
"redouble de
pressions sur Israël
afin qu’il privilégie
la logique de la légalité
internationale et des
principes de Madrid
plutôt que celle du
sang". Quant au
ministre des Affaires
étrangères, Jean
Obeid, il a estimé
que la première
manifestation concrète
du soutien américain
au Premier ministre
israélien Ariel
Sharon a été
l’assassinat de
Abdel-Aziz al-Rantissi.
"L’assassinat
de cheikh Yassine a
divisé les Arabes
avant même que le
sommet ne se tienne.
La mort de Rantissi
n’ajournera pas ce
sommet une nouvelle
fois, elle
l’annulera au lieu
de réunifier les
rangs arabes", a
regretté le chef de
la diplomatie.
Ajoutant que la liste
meurtrière israélienne
est
"ouverte" et
mettant en garde
contre une éruption
planétaire du volcan
de la violence.
Le
ministre de l’Information,
Michel Samaha, a
affirmé pour sa part
que le plan d’Ariel
Sharon et de
quelques-uns des
faucons néoconservateurs
de l’Administration
Bush équivaut
purement et simplement
à "la
liquidation de la
paix, qui a commencé
avec le sommet de
Madrid".
L’assassinat de
Abdel-Aziz al-Rantissi
s’inscrit dans le
cadre de "ces
crimes contre la
paix", a-t-il
dit, profitant pour
rappeler un autre
assassinat, celui de
l’ancien Premier
ministre israélien
Yitzhak Rabin, après
qu’il eut signé
l’accord d’Oslo
avec les Palestiniens.
Et parmi les autres réactions
de condamnation, tout
aussi véhémentes,
signalons celle de
l’ancien Premier
ministre Sélim Hoss ;
du mufti de la République
cheikh Kabbani ; du
vice-président du
Conseil supérieur
chiite cheikh Kabalan
; de l’uléma chiite
sayyed Fadlallah ; des
députés Ali
el-Khalil, Mohammed
Kabbani, Béchara
Merhej, Abdel-Rahman
Abdel-Rahman ainsi que
de nombreux partis,
dont le mouvement Amal,
qui a notamment appelé
les organisations
arabes à
"adopter une
position claire et
radicale face à
l’ennemi".
Le
Hezbollah
Quant
au Hezbollah, un des
principaux alliés du
Hamas, il a rendu hier
Washington
"directement
responsable" de
l’assassinat, la
veille, de Rantissi.
"L’Administration
américaine, qui
assure la couverture,
l’appui moral et
politique ainsi que le
soutien matériel au
gouvernement des
meurtriers de
Tel-Aviv, assume la
responsabilité
directe de ce
crime", a estimé
dans un communiqué le
parti de Dieu. Pour
qui "ce crime est
la suite pratique des
positions du président
américain"
George W. Bush, qui a
notamment exclu
mercredi dernier le
droit au retour des réfugiés
palestiniens sur les
terres dont ils
avaient été chassés
en 1948 et accepté le
principe du maintien
de colonies juives en
Cisjordanie. Ce crime
constitue en outre
"une gifle à
tous les régimes
arabes qui continuent
de croire aux
illusions du processus
de paix, et (que nous
invitons) à reprendre
conscience",
ajoute le communiqué.
Le Hezbollah a exhorté
"les forces
libres dans le monde,
qui ne sont pas
soumises au joug américain,
à appuyer le peuple
palestinien autrement
que par des dénonciations
et des condamnations
qui n’empêchent pas
les criminels
sionistes de
poursuivre leurs
crimes contre
l’humanité".
Placée par
Washington, comme le
Hamas, sur la liste
des organisations
"terroristes",
la formation de Hassan
Nasrallah se dit
persuadée que
"la résistance
armée est l’unique
voie pour venger le
sang des martyrs et
libérer la terre et
le peuple"
palestiniens.
"Nous pensons que
le Hamas et toutes les
autres formations de
la Résistance
continueront dans
cette voie, unis côte
à côte, jusqu’à
la victoire",
conclut le communiqué.
Les
manifestants par
milliers
D’autre
part, des milliers de
Libanais et de
Palestiniens sont
descendus hier dans
les rues au Liban pour
dénoncer
l’assassinat de
Abdel-Aziz al-Rantissi. A
Beyrouth, quelque 500
personnes se sont
rassemblées devant le
siège de l’Onu pour
crier leur colère
contre le Premier
ministre israélien
Ariel Sharon et le président
américain George W.
Bush. Le représentant
du Hamas au Liban,
Oussama Hamdane, a
harangué les
manifestants,
promettant la
vengeance et la
poursuite de la lutte
armée contre
"l’entité
sioniste". Au
Liban-Nord, près de
5.000 Libanais et
Palestiniens ont
manifesté à Tripoli,
à l’appel de la
Jamaa islamiya,
scandant des cris de
vengeance. "La
bataille est ouverte
sur tout le territoire
arabe, notamment en
Palestine et en Irak.
Ils ont voulu une
croisade au nom de la
lutte contre le
terrorisme. Nous
disons que ce sont eux
les terroristes et
nous allons leur
infliger une leçon
inoubliable", a
dit le responsable de
la Jamaa, l’ancien député
Assaad Harmouche. Et
dans le camp de réfugiés
palestiniens de Nahr
el-Bared, proche de
Tripoli, environ 4.000
personnes ont défilé
dans les ruelles pour
dénoncer
l’assassinat de
Rantissi. Au Liban-Sud,
une quinzaine de
milliers de
manifestants ont appelé
à la mort d’Ariel
Sharon. "Nous
voulons la peau de
Sharon. Vite, vite,
des opérations en
Israël",
scandaient des jeunes
qui menaient un défilé
de protestation fort
d’un millier de
personnes dans la
ville de Saïda. Dans
le camp de réfugiés
de Miyé-Miyé, dans
les faubourgs est de
la capitale sudiste,
environ trois mille
personnes ont manifesté.
Auparavant,
plus de 5.000 réfugiés
avaient défilé dans
le camp voisin de Aïn
el-Héloué. "O
musulman, tue tes
dirigeants traîtres,
tue les sionistes,
fais exploser des bus,
vengeance ! vengeance
!" martelaient
les manifestants, des
hommes et des femmes,
jeunes et moins
jeunes, toutes
tendances politiques
confondues, dans les
rues du camp, le plus
grand du Liban avec
plus de 60.000 réfugiés.
"Nous regagnerons
Jérusalem depuis Aïn
el-Héloué, bardés
d’explosifs",
assuraient-ils également. "O
Qassam, multiplie tes
attaques",
criaient-ils aussi en
appelant la branche
militaire du Hamas, le
groupe Ezzedine
al-Qassam, à
multiplier des
attaques-suicide
contre l’Etat hébreu.
En outre, plus de
4.000 Libanais et
Palestiniens, rassemblés
à l’appel de l’Organisation
de libération de la
Palestine (OLP) dans
la ville de Tyr, ont réclamé
la "vengeance des
martyrs".
"La politique des
assassinats confirme
le besoin d’une
protection
internationale pour
notre peuple",
pouvait-on lire sur
l’une des banderoles
brandies par les
manifestants. "Le
droit au retour (des réfugiés
palestiniens dans
leurs foyers) est un
droit sacré", était-il
écrit sur une autre.
Pour Fathi Abou
el-Ardate, membre du
Fateh du président de
l’Autorité
palestinienne Yasser
Arafat, et de la
direction de l’OLP
au Liban, le président
américain "est
responsable des conséquences
de son annulation du
droit au retour".
Signalons
que dès samedi soir,
à l’annonce de la
mort du dirigeant du
Hamas, des dizaines de
milliers de personnes
étaient descendues
dans les rues des
camps de réfugiés du
Liban, des rafales de
mitrailleuse ont même
été tirées en
l’air sans arrêt
pendant vingt minutes
à Aïn el-Héloué.
Dans les camps de
Rachidiyé, Bass et
Bourj el-Chémali,
autour du port de Tyr,
la population semblait
atteinte d’une véritable
hystérie. "Où
sont les Arabes ? Où
est Arafat ?"
criaient-t-ils.
Plusieurs milliers de
jeunes gens, torse nu
et le front ceint
d’un bandeau noir,
ont franchi le barrage
de l’armée
libanaise, à l’entrée
du camp de Bourj
el-Chemali, et se sont
dirigés vers le camps
de Bass. Là, l’imam
d’une mosquée,
cheikh Mohammed
Moujadri, a exhorté
les musulmans en
Egypte et en Jordanie
à brûler les
ambassades d’Israël
et des Etats-Unis. La
colère a également
éclaté dans les
camps de Beddaoui et
de Nahr el-Bared, au
Liban-Nord, dont les
mosquées ont annoncé
la mort du dirigeant
intégriste, diffusant
des versets du Coran.
L'avenir
est au pardon
par
FADY NOUN, publié
dans l'Orient-le Jour
le 19 avril 2004
Frère,
Dans tes yeux clairs
ne se reflétera plus
l’azur de la Méditerranée,
mais ton souvenir
restera parmi nous
comme un oranger amer
aux fleurs odorantes.
De là où ton âme
respire la paix, tu
prieras désormais
sans crainte pour ta
vie. Je ne sais
pourquoi ton nom et
tes yeux sont fixés
à jamais, pour moi,
dans ce pré aride de
Marj el-Zouhour, où
vous avez grelotté
tout un hiver, entre
la Palestine et le
Liban, indésirables
ici et là. C’est
encore une fois pour
la paix que je plaide
aujourd’hui devant
toi, et que je te
demande de plaider
devant le Très-Haut.
La rancune, la rancœur,
c’est comme si
l’on conduisait en
regardant en arrière.
La collision est assurée.
Les souvenirs, ce sont
des rétroviseurs qui
nous permettent de repérer
un espace, un champ
qui est devant nous.
Ce ne devrait jamais
être autre chose.
C’est en regardant
vers l’avenir
qu’il faut vivre,
non vers le passé.
Que ta mort le dise
une fois de plus aux
vivants. Pour ton
peuple et pour toi,
pour nos enfants et
les leurs, encore une
fois laisse-moi dire
que seul l’avenir
parviendra à nous
sortir de la prison du
passé, et que
l’avenir est au
pardon.
"Vengeance
! Vengeance !"
crie la foule de tes
frères. "Pardon
! Pardon !"
dis-je avec ceux qui
croient comme nous. La
vengeance ne fera que
renforcer le camp de
vos bourreaux.
Laissons faire le
jugement de Dieu, même
s’il tarde. Laissons
agir la colère,
c’est elle qui fera
justice. Oui, j’ose
le dire, ma douleur de
te savoir parti est
tempérée de savoir
que tu n’as pas tué.
Permets-moi d’être
heureux que les choses
se soient passées
ainsi. Maintenant,
c’est ton propre
sang qui a gagné en
audace et en éloquence.
Ce n’est plus une
lettre ouverte que je
t’adresse
aujourd’hui, mais
une prière qui s’élève
vers le Très-Haut et
que, mystérieusement,
je le crois, ses anges
te feront parvenir.
Repose en paix, et
qu’une brise d’air
pur nous vienne de
Palestine avec ton
souvenir.
Guerre
en Irak : au
commencement était
le pétrole
Les
USA s’inquiètent
de la raréfaction
de l’or noir et
remettent à jour
leur "théorie
de
conservation"
par
ROGER BARAKEH, publié
dans l'Orient-le
Jour le 19 avril
2004
Le
20 mars 2003, les
troupes américaines
envahissent l’Irak. Depuis,
l’Administration
Bush tente
officiellement de
mettre en exergue, par
tous les moyens, son rôle
"humanitaire", "pacificateur"
et "libérateur"
dans ce pays. Jeudi
dernier, le chef de
l’état-major
interarmes US, Richard
Myers, soutenait que
l’intervention américaine
en Irak est la
"guerre la plus
humaine de tous les
temps". Vendredi,
c’était au tour du
président George Bush
de réaffirmer pour la
énième fois, à côté
de Tony Blair, que
l’Amérique a
contribué à libérer
le peuple irakien
d’un régime
despotique. Mais pour
bon nombre
d’observateurs,
l’enjeu énergétique
serait la raison première
de la deuxième guerre
du Golfe. Jusqu’à
quel point cette théorie
est-elle valable ?
Un retour en arrière
s’impose si l’on
veut tenter de répondre
a cette question. Tout
a commencé en 1943,
lorsque le secrétaire
d’Etat américain
Harold L. Ickes lance
les prémices de ce
qui allait devenir
"la théorie de
la conservation"
: face à la
consommation
exponentielle du pétrole,
les Etats-Unis doivent
constituer des réserves
d’hydrocarbures à
l’étranger pour préserver
leurs propres
ressources. Deux années
plus tard, le président
Franklin Delano
Roosevelt signe avec
le roi Ibn Saoud,
fondateur de
l’immense royaume éponyme,
un accord historique
qui devra paver la
voie à une mainmise
américaine sur les
premières réserves
mondiales. Soixante
ans et trois crises pétrolières
plus tard, la
situation est la
suivante : les
Etats-Unis consomment
aujourd’hui 40 % de
la production mondiale
de brut dont ils
importent la moitié. A
ce rythme, ni les
gisements texans ou
alaskiens, ni l’Arabie
saoudite et les autres
pays du Golfe, ni même
la récente alliance
stratégique avec les
Russes ne pourront
assouvir la soif de
l’ogre américain
pour le pétrole. La
"civilisation de
l’automobile"
s’inquiète de la
raréfaction de l’or
noir : selon les
estimations les plus
optimistes, la
consommation de
combustible fossile
devra presque doubler
d’ici à 2050. Avec
le développement frénétique
des économies de pays
émergents comme la
Chine et l’Inde,
l’accroissement démographique
continu (7 à 9
milliards
d’habitants en 2050
contre 6 milliards de
Terriens
aujourd’hui, selon
les estimations de
l’Onu) et
l’absence
d’alternatives réelles
aux ressources énergétiques
fossiles, le monde de
demain sera de plus en
plus dépendant du pétrole.
Les réserves
"achetées"
en 1945 à l’Arabie,
pour quelques pièces
en or et en échange
d’une protection
militaire, ne sont
plus suffisantes.
Pire,
le Moyen-Orient, un
des points les plus
chauds de la planète,
n’est plus ce
qu’il était depuis
le traumatisme de la
guerre du Golfe quand,
en quelques jours,
l’armée de Saddam
Hussein a déferlé
sur le riche émirat
du Koweït, menaçant
du coup l’Arabie
saoudite, première réserve
en hydrocarbures
"extraterritoriale"
des Américains. Pis
encore, que faire si
le royaume wahhabite,
une des rares
monarchies absolues
existantes, est menacé
par une poussée
fondamentaliste qui
priverait les Américains
de leur réservoir à
essence ? Dix des 19
pirates de l’air du
11 septembre ne
sont-ils pas saoudiens
? Le royaume ne
fait-il pas face à
une menace terroriste
constante avec, à la
clé, des attentats et
des heurts entre
islamistes et forces
de l’ordre ? Le
fondateur d’el-Qaëda
n’appartient-il pas
lui-même à une
richissime famille
saoudienne proche des
Saoud ? L’Amérique
n’a pas non plus
oublié les
traumatismes des chocs
pétroliers. Il y a eu
d’abord le choc de
1973, lorsque les pays
de l’Opep, qui
concentrent
actuellement les trois
quarts de la
production mondiale,
ont voulu mettre fin
à l’hégémonie des
"Majors". Il
y a eu ensuite celui
de 1979, suite à la révolution
islamique en Iran et a
la perte d’un précieux
allié fournisseur des
Etats-Unis. Il y a eu
enfin la crise de
1989, consécutive à
la première guerre du
Golfe. L’Amérique
devait donc agir au
plus vite pour
remettre à jour sa
"théorie de
conservation".
C’est
ainsi qu’une étrange
alliance prend le
pouvoir à Washington
: une alliance entre
ce qu’il est convenu
d’appeler les néoconservateurs -
tels Wolfowitz,
Rumsfeld, Aschcroft ou
Perle - et des
grands noms du lobby pétrolier
: la famille Bush, père
et fils, propriétaire
de champs de
production au Texas,
et le vice-président
Richard Cheney, ex-PDG
de Halliburton, un des
leaders mondiaux en
fourniture de produits
et de services pour
l’industrie pétrolière.
Une firme où
Condoleezza Rice, la
conseillère présidentielle
pour la sécurité
nationale, a fait ses
preuves en tant que
cadre… Pour cette équipe
au pouvoir, la cible
est toute trouvée :
l’Irak, avec ses
deuxièmes réserves
mondiales prouvées,
sa position stratégique
face au géant
iranien, son brut de
bonne qualité
(presque identique à
la référence "Sweet
Light Arabian Crude")
et, surtout, sa vulnérabilité
politique après les
sanctions imposées
par l’Onu depuis
l’invasion du Koweït.
La proie est pour
ainsi dire trop
facile, surtout que,
depuis le 11 septembre
2001 et la mise en œuvre
de la politique dite
de "guerre préventive",
l’Amérique n’a
plus besoin de prétexte
majeur pour violer la
souveraineté d’un
pays : le régime de
Saddam Hussein
utilisait des armes
chimiques contre son
propre peuple et
constituait une menace
pour la région. Il
est antidémocratique,
dictatorial, etc. Et
si ces prétextes ne
suffisent pas, l’Administration
Bush va inventer deux
mensonges : le régime
de Saddam développe
des armes de
destruction massive et
entretient des
relations avec le réseau
el-Qaëda. Le 20 mars
2003, les troupes américaines
envahissent l’Irak…
Les
capacités irakiennes
Si
les réserves
irakiennes prouvées
atteignent environ 115
milliards de barils,
d’aucuns affirment
que le sous-sol mésopotamien
n’a pas encore révélé
toutes ses richesses.
Pas au point de dépasser
les énormes réserves
saoudiennes (265
milliards "prouvés"),
mais les spécialistes
avancent facilement le
chiffre de 200
milliards de barils au
minimum. Ajouter à
cela le fait que les
guerres répétitives
du régime de Saddam,
avec l’Iran
d’abord, puis
l’invasion du Koweït
suivie d’un embargo
de l’Onu (qui
limitait drastiquement
la production), n’a
fait qu’économiser
les réserves
irakiennes. De
l’aveu même des
autorités irakiennes
sous Saddam, seuls 24
des 73 gisements découverts
sont exploités. Par
ailleurs, treize années
d’embargo ont retardé
la prospection de
nouveaux gisements,
surtout dans le Sud et
le long de la frontière
saoudienne, où, au
dire des experts, un
vrai eldorado pétrolier
pourrait être découvert.
L’importance
du brut irakien ne
s’arrête pas à ces
faits : le coût
d’exploitation du pétrole
dans ce pays figure
parmi les moins chers
au monde, vu la
facilité d’accès
aux gisements, leurs
profondeurs
relativement faibles
et surtout la qualité
et la fluidité des
hydrocarbures tant
recherchées par les
compagnies pétrolières,
malgré
l’importance, à
court terme, des
investissements nécessaires
pour remettre à jour
les infrastructures de
production. Reste un
obstacle de taille,
l’enclavement de
l’Irak. En effet, la
production irakienne
mise théoriquement
sur cinq accès aux
marchés mondiaux :
l’oléoduc de
Kirkouk-Banias-Tripoli,
longtemps fermé à
cause des rivalités
avec la Syrie et
principale voie de la
contrebande sous
l’embargo de l’Onu. L’oléoduc
Kirkouk-Ceyhan
(Turquie), principale
voie actuelle, mais régulièrement
saboté par la guérilla. L’oléoduc
Kirkouk-Aqaba, dont
les travaux ont été
interrompus suite aux
pressions israélo-US
sur la Jordanie.
L’oléoduc
Bassora-Yanbu (Arabie
saoudite), fermé après
la guerre du Golfe.
Et, finalement, la "ligne
stratégique" qui
relie Haditha (au
nord-ouest de Bagdad)
au terminal pétrolier
de Fao sur le golfe
Arabo-persique, unique
porte d’ouverture
maritime de l’Irak.
Les
réserves mondiales
Chercher
à établir la quantité
des réserves
mondiales de pétrole
relève de
l’impossible. La
question est stratégiquement
importante au point
qu’elle relève
parfois du secret d’Etat.
Tous les pays, les
Etats-Unis en premier,
gardent jalousement
leurs chiffres et
manipulent leurs données
pour des questions de
haute politique. Washington
a ainsi minimisé à
maintes reprises les
estimations des réserves
irakiennes pour
prouver que son
intervention en Irak
n’est nullement
commandée par des
considérations
d’ordre énergétique.
Les instituts spécialisés
et autres compagnies pétrolières
s’accordent généralement
à dire que les réserves
actuelles prouvées
s’élèvent à
quelque 140 milliards
de tonnes, soit l’équivalent
de quarante-cinq ans
de production au
rythme actuel. Le
Proche-Orient possède
68 % des réserves
mondiales. Mais
ces chiffres ne
prennent pas en considération
les recherches à
venir et le développement
des méthodes de
prospection et
d’exploitation qui
peuvent augmenter
considérablement les
prévisions au fur et
à mesure que le progrès
technique permettra la
découverte de
nouveaux procédés.
Un
peu d’histoire
L’exploitation
du pétrole au
Moyen-Orient remonte
à 1912 quand Calouste
Sarkis Gulbenkian, un
homme d’affaires arménien
sujet de l’Empire
ottoman, créa la
Turkish Petroleum
Company (TPC) en
obtenant du sultan les
concessions se
trouvant de part et
d’autre de la ligne
de chemin de fer
Istanbul-Bagdad (le
"Bagdad Bahn").
Gulbenkian, connu sous
le fameux pseudonyme
de "Monsieur 5
%", réussit
ainsi à unir les intérêts
allemands (plus tard
saisis par les Français
au sein de la Société
française de pétrole,
ancêtre du groupe
TotalFinaElf),
britanniques et ceux
de la compagnie
anglo-néerlandaise
Royal Dutch Shell.
Gulbenkian imposa à
ses coactionnaires le
privilège de lui
accorder une part de 5
% des bénéfices,
ainsi qu’un accord,
dit de la "Ligne
rouge",
instituant le partage
de toutes les
richesses pétrolières
découvertes par les
partenaires dans la région
allant de la péninsule
arabique jusqu’à
l’Irak (alors
territoires
appartenant à l’Empire
ottoman). Un accord
qui sera dénoncé en
1948 par les Américains,
partenaires depuis
1928 de la TPC, et désormais
seuls bénéficiaires
des énormes gisements
qu’ils ont découverts
en Arabie saoudite. La
TPC va se transformer
en Iraqi Petroleum
Company (IPC) avec
l’avènement de la république
en Irak en 1958.
Celle-ci va être
complètement
nationalisée en 1972
au sein de l’Inoc,
la Iraqi National Oil
Company.
Le
fantôme errant de
Yitzhak Rabin
par
ZIYAD MAKHOUL, publié
dans l'Orient-le Jour
le 17 avril 2004
Seizième
semaine de 2004. Dans
un monde
arabo-musulman où se
côtoient avec une
presque confondante
similitude des Etats
qui ont fait de leur
ultraviolent antiaméricanisme
(de pure façade) un véritable
kit de survie
politique ; des
gouvernements qui ont
décidé une fois pour
toutes de se murer
dans un silence
assourdissant, l’équivalent
d’une franche et
complice caution à la
superpuissance yankee
postclintonienne ; et
des pays qui ont gagné,
à la sueur de leur
altruisme, de leur générosité
et de leur abnégation
en faveur des
Etats-Unis d’Amérique
leur place sur
Hollywood Boulevard
et, même, sur la
bannière étoilée,
il y a deux voix qui
continuent de s’époumoner
dans ce qui ressemble
de plus en plus à un
désert des Tartares :
les Palestiniens -
le contraire eût
relevé de la pure
science-fiction -
et les Libanais. Non
pas que ces Libanais
soient plus enclins au
masochisme, au dévouement,
au renoncement ou aux
sacrifices que leurs
cousins
arabo-musulmans du
Machrek, du Maghreb,
du Golfe, d’Asie
occidentale ou méridionale.
Non pas qu’ils
soient plus royalistes
que le roi, plus
palestiniens que les
Palestiniens eux-mêmes,
qu’ils ont pourtant
appris à connaître,
à soutenir, parfois,
dans leurs calvaires,
après les avoir
craints, naturellement
haïs, tués, après
s’être fait massacrés
par eux. Non pas que
les Libanais soient de
quelque manière que
ce soit enfermés,
emprisonnés dans une
burka sociale, économique
ou politique, qui les
ligote dans un antiaméricanisme
primaire et puéril,
qui leur fait oublier
qu’ils sont tout
simplement
antibushistes. Non.
C’est
que les Libanais ont réussi
à trouver depuis des
années leur plus éclatant
dénominateur commun,
le terreau sur lequel
ils sont à même de
commencer à
envisager, quelles que
soient leur communauté,
leur tendance
politique ou leur
appartenance
socioculturelle, cette
unité nationale qui,
souvent, leur fait méchamment
défaut : leur refus
viscéral,
inconditionnel, non négociable,
de l’implantation
des réfugiés
palestiniens. Plus que
le droit au retour et
les indemnités
auxquels ces apatrides
doivent prétendre,
plus que leur propre
lutte contre
l’occupation israélienne
ou la tutelle
syrienne, plus que
leurs tentatives désespérées
de vaincre la paupérisation,
la corruption, les
violations de la démocratie
et des libertés, les
Libanais sont obsédés
par ce qui pourrait
bien un jour venir
bousculer et fissurer
sur toute sa hauteur
le tout fragile édifice
de leur Etat :
l’implantation. Et
même si cette union
sacrée entre tous les
Libanais, et, surtout,
entre hommes
politiques loyalistes
et opposants, bute
parfois sur des vices
de fond (la présence
des réfugiés
palestiniens depuis
plus de soixante ans
devenant un bien
triste prétexte à la
pérennité de l’emménagement
des forces armées de
Damas, une
jurisprudence aux îlots
de non-droit, une
occasion presque trop
belle de renvoyer aux
calendes grecques
toute une série
d’urgences : le désarmement
du Hezbollah,
l’installation de
l’armée le long de
la ligne bleue, etc.),
force est de constater
la prééminence de la
loi du plus fort.
Sans
pétrole, endetté
jusqu’au cou, sous
tutelle, collé à
Israël, déchiré par
les querelles de
chiffonniers de ses
dirigeants, que peut
faire le Liban face
aux vilains jeux des
mains serrées de
Sharon et de Bush fils
? Que peut faire le
Liban lorsqu’un
locataire de la
Maison-Blanche pousse
à son paroxysme ses
fantasmes démiurgiques
en décapitant
tranquillement, dans
le concept comme sur
le terrain, des
multilatérales stérilisées
jusqu’à nouvel
ordre par les bons
soins d’Ariel
Sharon, en redessinant
avec le sourire des
frontières
internationales ? Un
président US qui
s’est employé à
commettre, en
assassinant le traité
de Madrid concocté
par son prédécesseur
de père, l’un des
plus ahurissants
parricides politiques
de l’histoire
contemporaine ; à
suicider, pour tenter
de conserver un bureau
ovale qu’il a
totalement discrédité
en trois ans de règne,
une "feuille
de route" dont il
est censé être
l’un des pères ; à
enterrer sans même un
simulacre de funérailles
la résolution 194 des
Nations unies -
qu’il risque
pourtant de supplier
un jour d’aller réparer
les dégâts qu’il a
commis en Irak. Que
peut faire le Liban ? Lorsque
l’on veut combattre
un ennemi, on le fait
de l’intérieur.
Avec intelligence,
pragmatisme et sens du
discernement, échelle
de valeurs. L’homme,
qui a signé avec l’OLP
entre 1993 et 1995
l’accord de
reconnaissance
mutuelle, la déclaration
sur l’autonomie des
territoires occupés,
l’accord intérimaire
israélo-palestinien
sur la Cisjordanie et
Gaza, et un traité de
paix avec la Jordanie,
s’appelle Yitzhak
Rabin. Il doit
certainement avoir, là-bas,
des héritiers
politiques.
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 16 avril
2004
Pauvre
George Babush, il en
avale des bretzels
depuis qu’il
barbote entre le
Tigre et
l’Euphrate. Les
agités du turban
champignonnent à
une telle vitesse
qu’il faudrait un
microscope laser
pour repérer les
deux ou trois
derniers Irakiens
encore en veston
cravate. Démocratiser
le Proche-Orient.
Vaste programme !
Avec, à la clé, la
fin d’un cloaque
de rêve : son sable
chaud, ses roitelets
de droit divin, ses
dictateurs microcéphales,
ses mollahs en
goguette. Ils nous
manqueront. Bonne
chance, Mister
President. Car il
lui en faut de la
chance, Dobelyou,
qui n’a pas été
gâté de ce côté-là.
En 2000 déjà, les
ordinateurs électoraux
avaient cramé quand
il a fallu le repêcher
face à Al Gore.
Quant à la
Maison-Blanche, véritable
lupanar du temps des
Clinton, il en a
fait une chapelle
ardente. Même au
rayon folâtreries,
il a réussi à
inverser les rôles
: une de ses
stagiaires, dit-on,
a démissionné
quand elle l’a
surpris en train
d’embrasser sa
femme.
Pas
de chance en
Afghanistan non
plus, où Oussama
Ben New York s’est
cassé avec quelques
milliards de dollars
dans ses guenilles.
La liberté n’a
pas de prix ! Aujourd’hui,
la guigne le
poursuit en Irak.
Après les
moustachus du Baas,
les barbus
d’Allah. La
compote explosive du
poil et du pétrole…
Le Doublevé texan a
pourtant tout essayé
: le chapelet piégé,
le désherbant dans
la barbe. Rien à
faire, le gazon
irakien est dur à
tondre. Quant aux
armes de destruction
massive, là encore,
tintin ! Avec cette
rage au cœur qui
n’en finit pas de
hanter le Phénix de
la Maison-Blanche :
l’Iran, la Corée
du Nord et la Syrie
qui en regorgent
auraient quand même
pu en refiler un
chouia aux Irakiens.
Mesquins, va ! Il
reste qu’à
quelques mois des élections,
notre ami tient
vaille que vaille
son morceau de Mésopotamie.
Courage George,
c’est en exerçant
des responsabilités
qu’on se crée un
destin. Ou un
passé.
Le
patriarche Sfeir :
"Il est
inacceptable de dénier
aux Palestiniens le
droit au
retour"
paru
dans l'Orient-le
Jour le 16
avril 2004
Lors
d’une audience
accordée hier à
une délégation du
"Comité de
boycott des produits
américains et des
sociétés soutenant
l’entité
sioniste", le
patriarche maronite,
le cardinal
Nasrallah Sfeir, a
affirmé qu’ "il
est inacceptable de
dénier aux réfugiés
palestiniens le
droit au retour,
d’un trait de
plume". Le prélat
faisait ainsi
allusion aux propos
tenus mercredi par
le président américain
George Bush à la
suite d’un
entretien avec le
Premier ministre
israélien, Ariel
Sharon. Auparavant
dans la matinée, le
cardinal Sfeir avait
reçu le ministre de
l’Industrie à la
tête d’une délégation
de Zahlé formée
d’édiles de
toutes les
confessions ; ce que
le patriarche n’a
pas manqué de
relever en faisant
à ce sujet le
commentaire suivant
: "D’aucuns
estiment que les
communautés
religieuses sont une
tare. Nous disons au
contraire que
c’est là une grâce
et l’existence de
ces communautés au
Liban réfute le
cliché du conflit
des religions et des
civilisations". "En
effet, a-t-il
poursuivi, musulmans
et chrétiens vivent
au Liban, et malgré
la diversité des
rites au sein de
chacune de ces
communautés,
l’entente règne,
en particulier à
Zahlé. Espérons
que Dieu vous
gardera unis et
solidaires pour que
nous puissions
recouvrer notre indépendance,
notre souveraineté
et notre libre décision".
Et Mgr Sfeir de
conclure en
affirmant : "Vous
devez rester
solidaires et rien
ne devrait vous
diviser, ni les
municipales ni les législatives,
car rien de tout
cela n’est plus précieux
que l’unité des
rangs."
Le
patriarche maronite
s’est entretenu
par la suite avec
l’ambassadeur des
Etats-Unis, Vincent
Battle, qui a déclaré
à sa sortie de
Bkerké :
"J’ai soulevé
avec le patriarche
différentes
questions qui
concernent le Liban
et les Libanais.
Quand je suis arrivé
à Bkerké, il y
avait un grand
nombre de jeunes
gens chez le
patriarche, et cette
ouverture est évidemment
une chose très
positive",
a-t-il ajouté.
Parmi les autres
visiteurs du
patriarcat, venus présenter
leurs vœux au
cardinal Sfeir à
l’occasion des fêtes
de Pâques : les
ministres Ghazi
Aridi et Marwan
Hamadé, le président
du Conseil supérieur
de la magistrature,
Tanios Khoury,
l’ancien Premier
ministre Rachid
el-Solh, le secrétaire
général des écoles
catholiques, le père
Marwan Tabet, les évêques
Youssef Béchara et
Boulos Matar, le député
Georges Frem, et le
président de la
Ligue maronite et
ancien ministre
Michel Eddé.
Pour
Washington, le Liban
ne doit plus se préoccuper
de la destination
finale des réfugiés
Malgré
les propos de Bush,
les Etats-Unis se
disent toujours
contre
l’implantation
par
ELIE FAYAD, publié
dans l'Orient-le
Jour le 16
avril 2004
Le
virage brutal pris
mercredi par le président
américain George W.
Bush au sujet du
conflit du
Proche-Orient a
provoqué un tollé
au Liban, où
notamment le chef de
l’Etat, Emile
Lahoud, a évoqué
un "choc
violent pour ceux
qui croient dans la
paix au
Proche-Orient".
L’ambassadeur des
Etats-Unis à
Beyrouth, Vincent
Battle, s’est
toutefois montré
rassurant au sujet
du sort des réfugiés
palestiniens présents
au Liban, soulignant
que les propos de M.
Bush ne signifient
nullement que
Washington est désormais
en faveur de leur
implantation dans ce
pays. Avec les
prises de position
de M. Bush, jugeant "irréaliste"
de revenir aux
frontières de 1949
dans le cadre de
tout accord de paix
entre Israéliens et
Palestiniens, les
Etats-Unis ont
clairement rompu
avec leur politique
traditionnelle
consistant à ne pas
se prononcer sur les
questions devant
faire l’objet du
statut définitif,
alors même que
Washington ne
reconnaît toujours
pas Jérusalem comme
étant la capitale
unifiée de l’Etat
d’Israël.
Mais
ce sont surtout les
propos de M. Bush au
sujet des réfugiés
palestiniens qui ont
provoqué des remous
dans les milieux
politiques libanais,
dont la focalisation
permanente autour de
ce dossier est toute
naturelle. Le président
américain a déclaré
que "la
question des réfugiés
palestiniens dans le
cadre d’un accord
définitif devra être
réglée à travers
l’établissement
d’un Etat
palestinien où
seront réinstallés
les réfugiés
palestiniens et non
pas en Israël".
Ces propos ont fait
craindre à beaucoup
une remise en
question du principe
du droit au retour
des Palestiniens et,
en conséquence, une
consécration dans
les faits de leur
implantation au
Liban. Cherchant à
rassurer l’opinion
libanaise sur ce
point,
l’ambassadeur des
Etats-Unis à
Beyrouth, qui a été
reçu hier à Baabda
par le président
Lahoud, a affirmé
à l’issue de
l’entretien que
son pays était
toujours en faveur
du droit au retour,
"dans le cadre
des grandes lignes définies
par le président
Bush". "Par
conséquent, les
Etats-Unis ne sont
pas favorables à
leur
implantation",
a ajouté M. Battle.
En
clair, cela signifie
qu’aux yeux de
Washington, le Liban
- comme d’ailleurs
les autres pays
d’accueil -
n’a pas à se préoccuper
de la destination
finale que prendront
les réfugiés
palestiniens -
Israël ou le futur
Etat palestinien -
puisque dans les
deux cas, ils seront
supposés avoir
quitté le
territoire libanais.
Il reste cependant
à convaincre des
responsables
libanais qui, pour
l’instant,
paraissent plutôt
sceptiques quant aux
intentions américaines.
Des sources
responsables, citées
par notre
correspondant au
palais Bustros
Khalil Fleyhane,
estiment en effet
que le Liban est le
principal lésé par
les prises de
position de M. Bush,
dans la mesure où
elles sont "en
contradiction"
avec le Préambule
de la Constitution
libanaise, qui
interdit
formellement
l’implantation. Si
M. Bush ne revenait
pas sur ses déclarations,
cela constituerait
"une menace réelle"
pour la paix au
Proche-Orient,
soulignent ces mêmes
sources, affirmant
que le Liban ne
saurait se taire sur "l’élimination"
du droit au retour
et l’impact négatif
que celle-ci
pourrait avoir sur
le plan interne.
Pour
le moment, le Liban
reste donc prudent
et hésite à entériner
le postulat d’un
retour des réfugiés -
y compris ceux de
1948 - dans le
seul futur Etat
palestinien. A
l’origine de cette
prudence, il n’y a
pas que des considérations
de principe. Il est
en effet depuis
longtemps évident
que l’entité
palestinienne,
quelle que soit la
superficie qui lui
sera finalement concédée,
sera dans
l’impossibilité
physique, matérielle,
géographique, démographique,
économique et même
politique
d’accueillir
davantage qu’un
nombre symbolique de
réfugiés. Autant
dire que les
assurances données
par M. Battle au
sujet du refus de
l’implantation
paraissent toutes théoriques.
Putsch
Bush
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le Jour
le 15 avril 2004
Il
y avait la déclaration
Balfour, il faudra
enseigner aussi à nos
écoliers la déclaration
Bush. Par la première,
chef-d’œuvre de
duplicité, la
Grande-Bretagne considérait
avec bienveillance, dès
1917, la création
d’un foyer national
juif en Palestine,
pourvu qu’il ne soit
pas porté atteinte
aux droits des Arabes
locaux. Par quel
prodige il se
proposait de concilier
l’eau et le feu, le
gouvernement de Sa Très
Gracieuse Majesté ne
le disait évidemment
pas. Ce serait présumer
bien généreusement
de sa sagacité
politique que d’évoquer,
en revanche, la
duplicité d’un président
américain aussi
manifestement, aussi
aveuglément engagé
aux côtés d’Israël
que l’est George W.
Bush ; le voilà
pourtant, qui après
avoir asséné le plus
rude des coups aux espérances
des Palestiniens,
trouve encore moyen de
leur faire miroiter
citoyenneté d’Etat,
bien-être, progrès
et développement, à
charge pour eux de
combattre le
terrorisme.
Oui
enthousiaste au plan
Sharon qualifié de
"courageux"
et d’ "historique",
pas de retour aux
anciennes frontières
car il faut tenir
compte des réalités
démographiques
apparues dans
l’intervalle sur le
terrain, pas de retour
des réfugiés
ailleurs que dans les
territoires qui leur
seront concédés :
tout cela, c’est du
jamais-vu à la
Maison-Blanche et
comme le fut naguère
la déclaration
Balfour, c’est dûment
consigné par écrit.
Et le président qui,
levant tous les
tabous, lance cette
stupéfiante volée de
bombes est celui-là même
qui reprochait à tous
ses prédécesseurs
d’avoir gaspillé
temps et énergie dans
leurs efforts de paix
au Proche-Orient,
allant durant ses
premiers mois de
pouvoir, jusqu’à
afficher la plus
totale indifférence
pour ce dossier. Les
attentats antiaméricains
du 11 septembre sont
venus tout changer, et
ce n’était
naturellement pas pour
le mieux. Le simple
bon sens commandait
aux Etats-Unis de
s’attaquer avec plus
de détermination que
jamais au cancer de
Palestine, ne fut-ce
que pour embrigader le
gros du monde
arabo-musulman dans
une légitime
offensive mondiale
contre le terrorisme
islamiste de Ben Laden.
La même logique
s’imposait de même
lors des préparatifs
de guerre contre l’Irak,
et c’est seulement
à l’insistante
initiative de son allié
Tony Blair que
Washington se résigna
à parrainer une "feuille
de route" pour la
paix en Palestine.
Mais il ne
s’agissait là que
d’un itinéraire
erratique ne pouvant
mener, comme en Irak,
qu’au chaos. Une Amérique
toujours prompte à dénoncer
les violences
palestiniennes et à
couvrir au contraire
celles commises par
Israël : la couleur
était annoncée, c’était
déjà Bush-Sharon même
combat.
Même
échange de bons procédés,
aussi. Bush a eu droit
hier (et pour cause !)
au titre de meilleur
ami d’Israël
qu’ait jamais abrité
la Maison-Blanche,
cadeau de prix pour
tout candidat à une
(ré)élection présidentielle
aux Etats-Unis.
Sharon, lui, gagne sur
tous les tableaux : il
n’abandonne le
coupe-gorge de Gaza
que pour mieux
s’incruster là où
cela compte réellement,
en Cisjordanie ; ce
n’est pas avec
Arafat qu’il menaçait
hier encore de faire
assassiner, mais avec
l’Amérique qu’il
a négocié et obtenu
satisfaction ; et fort
de cette victoire, il
est assuré de faire
taire les ultras du
Likoud qui lui
reprochaient d’évacuer
quelques arpents de
sable. C’est un
véritable séisme qui
a eu lieu hier, dont
les secousses se
feront sans doute
sentir longtemps
encore. En bénissant
d’avance l’intégration
à Israël des gros
centres de peuplement
juifs en Cisjordanie,
Bush ne fait autre
chose que reconnaître
la règle du fait
accompli et
qu’absoudre à
retardement
l’acquisition de
territoires par la
force militaire : on
peut parier que le précédent
sera invoqué pour les
hauteurs syriennes du
Golan ; et de manière
plus générale,
c’est une licence
d’occuper et
d’annexer que le
chef du "monde
civilisé" offre
objectivement à tous
les Etats en mal de
frontières, pour peu
qu’ils comptent
parmi les proches alliés
ou vassaux.
Par-delà
l’immense injustice -
une de plus ! -
infligée aux
Palestiniens, Bush
fait insulte à
l’intelligence du
monde entier en
ajoutant que ses vues
ne déterminent en
rien l’issue finale,
appelée en effet à
être déterminée par
voie de négociation
entre les parties. Il
fait offense à toutes
les résolutions de
ces mêmes Nations
unies, tenues en mépris
lors de son équipée
en Irak, mais dont il
réclame maintenant la
coopération pour
l’aider à se désembourber.
Il fait table rase
d’une doctrine
diplomatique américaine
constante depuis près
de quatre décennies
à quelques nuances près
et qui, malgré la
coupable passivité de
Washington, persistait
à voir dans la
colonisation un
obstacle à la paix.
Car non seulement le
principe de base de la
conférence de Madrid
initiée par son père
devient caduc, mais le
président des
Etats-Unis renie aussi
sa propre "feuille
de route", dont
il a l’outrecuidance
de soutenir qu’elle
se trouve revigorée,
au contraire, par le
plan Sharon. Le rêve
américain existe bel
et bien et le président
de guerre, comme il
aime se présenter aux
électeurs, est assuré
désormais d’entrer
dans l’histoire. Par
la petite porte, vu
l’énormité du gâchis.
Les
développements en
Irak : Ce
qu’ils en pensent
par
SCARLETT HADDAD,
publié dans
l'Orient-le Jour le
14 avril 2004
Le
Liban a passé le
week-end sous le
choc des derniers développements
en Irak. Au-delà
des mauvais
souvenirs que
l’enlèvement
d’otages
occidentaux ou
asiatiques peut
susciter chez nombre
d’entre nous,
c’est surtout le
terrible sentiment
de voir un pays frère,
sinon ami, sombrer
dans le chaos qui
bouleverse les
Libanais. Une fois
n’est pas coutume,
nous avons demandé
à deux personnalités
en vue ce qu’elles
en pensent.
Maan
Bachour, président
des ligues
populaires
-
Que pensez-vous de
la brève
arrestation par les
forces américaines
de l’un des représentants
de Moktada Sadr ?
"Il
est certain que les
Américains possèdent
une suprématie
militaire
incontestable, mais
ils ne cessent
d’accumuler les
fautes politiques.
Ils avaient commencé
par prétendre que
la résistance se
limitait au triangle
sunnite. Cela
s’est avéré
faux, puisqu’ils
ont aujourd’hui
des problèmes avec
les chiites et, en
fait, avec tous les
Irakiens. Ils ont
aussi prétendu que
la résistance était
le fait d’anciens
responsables du régime
de Saddam Hussein.
Or, Moktada Sadr est
à l’opposé de ce
profil. Enfin, par
leurs agissements,
ils sont en train de
se mettre à dos les
chiites et mettent
leurs alliés au
sein du Conseil
national provisoire
dans une situation
intenable. En Irak,
il y a désormais
une résistance qui
regroupe de plus en
plus de gens et une
intifada qui
mobilise toutes les
couches populaires.
Arrêter un des représentants
de Moktada Sadr à
Bagdad en pleine réunion
des chefs de tribu
ne pouvait
qu’enflammer
encore plus les
esprits."
-
Comment
expliquez-vous les
accusations lancées
par John Abizaid à
l’encontre de la
Syrie ?
"Ces
accusations
ressemblent à
celles portées il y
a quelques mois
contre la résistance
irakienne et qui prétendaient
que celle-ci était
le fait de courants
sunnites salafistes.
De plus, M. John
Abizaid a
suffisamment de
moyens pour contrôler
la frontière
syro-irakienne et y
empêcher le vol
d’un oiseau. A
mon avis, lancer ce
genre
d’accusations à
l’encontre de la
Syrie et de l’Iran
est l’expression
de l’échec des Américains
en Irak. Et chaque
fois que quelqu’un
doit faire face à
un échec, il préfère
en faire assumer la
responsabilité à
d’autres. La résistance
est irakienne et les
Irakiens sont un
peuple fier. De
plus, les
agissements des Américains
n’ont pas répondu
à l’attente de la
population qui se
sent occupée et dépossédée
de ses biens. En
fait, la politique
suivie par M. Bremer
est le véritable
allié de la résistance
en Irak."
- Que
pensez-vous de
l’expression "libanisation
de la situation en
Irak" ?
"Si,
par libanisation, on
entend unité contre
l’occupant, alors
cette expression est
justifiée. Les
derniers développements
ont montré que ce
qui unit les
Irakiens est bien
plus important que
ce qui les divise.
De plus, la
situation en Irak
influe sur le climat
interne aux
Etats-Unis : il y a
un an, 80 % de la
population appuyait
la politique de M.
Bush, aujourd’hui,
60 % de la
population y est
hostile."
- Selon
vous, quelles sont
les répercussions
de la situation en
Irak sur le Liban et
la Syrie ?
"Ce qui se
passe en Irak ne
peut que renforcer
la position du Liban
et de la Syrie par
rapport aux
pressions américaines."
Chebli
Mallat, avocat
international,
professeur et spécialiste
des chiites
-
Que pensez-vous de
l’arrestation
durant quelques
heures par les
soldats américains
de l’un des représentants
de Moktada Sadr ?
"Il me semble
que les règles du
jeu en Irak sont
aujourd’hui bien
plus graves
qu’elles ne l’étaient
auparavant.
Notamment il y a un
an lors de
l’assassinat de
l’imam Abdel Magid
el-Khoï à la mosquée
de l’imam Ali, à
Najaf. Les rapports
établis à cette époque
avaient été très
sévères à l’égard
de Moktada Sadr,
surtout au sujet de
son implication dans
cet assassinat. Ce
qui reste toutefois
incompréhensible,
c’est pourquoi les
Américains ont
attendu un an avant
de réagir contre
lui. Il aurait été
bien plus normal et
logique de prendre
les mesures qui
s’imposaient après
l’assassinat et
d’ouvrir une enquête
sérieuse sur cet
acte inacceptable,
qui ne pouvait être
passé sous silence.
Mais les Américains
n’ont rien fait et
ce n’est que la
mort de deux de
leurs soldats, il y
a un mois, qui les a
poussés à réagir
et à décider
qu’ils ne
pouvaient pas
traiter avec Moktada
Sadr."
-
Pensez-vous qu’il
existe un lien entre
Moktada Sadr, Hassan
Nasrallah et le
Hamas ?
"Il y a en tout
cas des éléments
de rencontre
objectifs. La haine
que Moktada Sadr
voue aux Américains
est essentiellement
motivée par le fait
qu’il a été écarté
du pouvoir. Alors
qu’il est le fils
d’un grand
ayatollah, tué par
Saddam Hussein en
1999. Chez Hassan
Nasrallah et le
Hamas, la haine a été
nourrie depuis des
années par
d’autres facteurs,
liés à l’appui
inconditionnel des
Américains à Israël.
Aujourd’hui, pour
des raisons différentes,
ces trois parties
considèrent les
Etats-Unis comme
leur bête noire.
Mais les choses sont
bien plus subtiles
qu’un simple
sentiment de
haine."
- Selon
vous, où va la
situation en Irak ?
"Hélas, je
dois dire qu’à
mon avis, on se
dirige vers une
confrontation encore
plus élargie. Il me
semble qu’il est
trop tard pour un
compromis : Moktada
Sadr ne peut pas
accepter moins que
son maintien en
liberté et les Américains
ne peuvent pas ne
pas chercher à
l’arrêter. La
situation est
devenue
inextricable..."
13
avril - Une mémoire
qui n’apporte pas
d’enseignement
Vingt-neuf
ans après, le séisme
laisse peu de
stigmates, mais des
séquelles énormes
par
PHILIPPE ABI-AKL,
publié dans
l'Orient-le Jour le
14 avril 2004
13
avril 1975 - La déchirure.
Le pays ne s’en
remet toujours pas.
Ou si mal. Le
centre-ville n’est
plus un creuset
chaleureux de
coexistence
conviviale. Mais
ainsi refaçonné,
il semble au moins
joli à voir. On ne
peut en dire autant
des comptes. Ou des
règlements de
comptes entre barons
de tutelle et autres
comtes vassaux.
Comme au tout
premier jour de la
signature des
accords salvateurs
de Taëf, nul ne
s’en dit content.
Toutefois au départ,
l’excuse était
absolue, irrécusable
: il fallait faire
taire le canon.
Assez vite
cependant, malgré
de bien regrettables
dérapages, il a été
établi que la paix
civile ne courait
plus de danger. Il
semble alors
difficile, pour tout
étranger, de
comprendre pourquoi
les Libanais ne
s’attellent pas à
réarranger un pacte
qui n’arrange
personne. Au point
que certains
censeurs sévères
estiment que la
crise intérieure,
plaquée maintenant
sur d’autres thèmes
de surface que la présence
palestinienne, en
est toujours au même
point qu’en 1975.
C’est-à-dire
qu’en retirant aux
uns ce que l’on a
donné aux autres
(ou même pas),
l’on n’a fait
qu’inverser, en
les rendant encore
plus compliquées,
les données du
problème. Qui se résume,
à la tête plutôt
qu’à la base, en
un mot :
cohabitation.
C’est
en effet une
lapalissade :
l’entente
nationale n’est
toujours qu’un
mirage. La réconciliation
politique véritable,
que réclament en
vain nombre de
forces politiques,
est reportée, dans
la meilleure des
hypothèses, pour le
prochain régime.
Quant à la
normalisation élémentaire,
entendre la récupération
de la souveraineté
comme de l’indépendance
du Liban, elle reste
liée à la
conclusion d’une
paix globale dans la
région. Et cela,
par le pouvoir
libanais, qui
devrait l’exiger
en premier ! Autre
difficulté :
beaucoup
d’opposants, la
plupart même,
soutiennent
qu’avant de songer
à changer de
Constitution, donc
de système, il faut
d’abord parachever
l’application de
Taëf. Ils exigent
certes, dans ce
cadre, le retrait
mais également une
loi électorale équilibrée,
accompagnée d’une
décentralisation
administrative et
d’un nouveau code
des naturalisations.
Mais
bien que des progrès
soient possibles par
rapport aux législatives
de l’an 2000, il
est évident que le
retour sur la scène
internationale
d’un Liban
vraiment indépendant
conditionne tout le
reste. On sait en
effet que sans une
telle évolution,
tout arrangement
aboutirait
fatalement au même
résultat que Taëf.
C’est-à-dire, se
trouvant vicié à
la base, il serait
inévitablement
tronqué, appliqué
en certaines parties
d’une manière
discriminatoire et
laissé lettre morte
en d’autres
tranches. Au seul
profit des franges,
ou des personnes,
soutenues, pour une
raison ou pour une
autre, par les décideurs.
Avec, en filigrane,
un chantage larvé,
des pressions plus
ou moins brutales,
plus ou moins
subtiles. Exercées
à travers
l’octroi ou le
refus de certaines
dispositions. Pour
faire fléchir les
fractions qui
militent, au-delà
du retrait des
forces syriennes,
pour l’indépendance
par l’arrêt des
immixtions,
politiques ou
autres, dans les
affaires intérieures
de ce pays. On
comprend dès lors
que l’Est demande
à la fois
l’application
exhaustive de Taëf
et sa rectification.
Walid Joumblatt
lui-même estime
qu’il est grand
temps de corriger
les innombrables
failles de cet
accord fondamental.
Il répète qu’il
faut assainir les
relations
libano-syriennes. Ce
dont le président
Bachar el-Assad a
lui-même convenu,
en soulignant que
ces rapports doivent
pouvoir servir de
modèle au monde
arabe. Promesse
faite sans que,
selon Bkerké,
l’on voie encore
des résultats
tangibles sur le
terrain.
En
marge de cette
question de fond,
Joumblatt (comme
bien d’autres pôles)
fustige les
prestations des
dirigeants, sinon du
pouvoir. Il n’apprécie
pas que l’on ait réprimé
la manifestation des
syndicats et des
formations de
gauche. Pour rester
logique avec lui-même,
il admet que les étudiants
ont eux aussi le
droit de manifester
contre la présence
syrienne. Ainsi que
contre
l’emprisonnement
de dizaines de
Libanais en Syrie.
Tout en indiquant
qu’il est prêt à
répondre aux
jeunes, démocratiquement,
en organisant de
massives
contre-manifs. Car,
à la lumière
notamment de la
guerre en Irak, le
leader progressiste
se raccroche de
nouveau, avec force,
à la présence
syrienne et au
jumelage siamois
avec Damas. Sur
lesquels il s’était
posé, un certain
moment (maintenant
lointain), autant de
questions que sur
l’utilité
d’institutions
nationales. De même,
il avait jadis dévidé
des interrogations,
discrètes mais
certaines, sur le
Sud. Et
aujourd’hui, il
est à fond pour la
Résistance, dont il
a visité le leader
récemment, tant
qu’Israël
continue à occuper
une portion du
territoire libanais
(Chebaa).
En
fait, Joumblatt,
comme l’opposition
toutes tendances
confondues, se
trouve forcé de réagir
aux éléments de
l’heure. Donc de
consacrer ses
commentaires
principalement à la
répression des
libertés publiques,
sous prétexte des
élections
municipales. On voit
ainsi que d’année
en année, les
Libanais se sont vus
confrontés à trop
de problèmes
ponctuels pour réfléchir
ensemble à
l’essentiel.
C’est-à-dire à
la relecture de Taëf. A
l’indépendance et
à la refondation du
système.