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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°41 du 8
janvier 2004
Le
triomphe du
fondamentalisme américain
Nous
vous souhaitons nos
Meilleurs Voeux pour
l'année 2004.
Deux
drames similaires
ont endeuillé le
Liban et la France
en ce début d'année,
avec la chute de
deux avions au décollage,
dans la mer, entraînant
la mort de plus de
cent Libanais à
Cotonou (le 25 décembre)
et cent Français à
Charm-el-Cheikh (le
3 janvier).
Cinquante
ans après son appel
à une
"insurrection de
la bonté" contre
la misère, l'abbé
Pierre, 91 ans, lance
un nouveau combat pour
arracher au dénuement
et à la détresse les
trois millions de
personnes mal logées
en France.
Les
Etats-Unis triomphent
avec une force inégalable,
qui leur aura permis
d'atteindre aussi bien l'Irak
que la planète
Mars.
Accident
de voeux
par
PIERRE MARCELLE,
publié dans Libération
le 5 janvier 2004
Et
vous, vos voeux,
vous les avez présentés
comment ? Coincés
entre attentats et
menaces contre des aéronefs,
tremblement de terre
lointain et séisme
social pour chômeurs
au coin de la rue,
les nôtres
manquent, cette année,
de cette conviction
chantante qui
appelle les
lendemains radieux.
Le délitement de
l'Europe dans la résurgence
de tous ses
nationalismes, si
exemplairement
illustrée par la
fortune électorale
du purificateur
ethnique Milosevic,
aura déprimé notre
somnolente vacance.
Sans même regarder
vers l'Orient qui brûle
avec constance, le
coeur n'est pas trop
à rire, ni l'esprit
à faire des bulles.
Il y eut pourtant,
venue d'Albion afin
de nous ravir la Noël,
une diversion que le
quotidien la
Montagne titra
plaisamment "Royal
drame - Accident
de chiens."
Y était relaté
comme le "puissant"
bull-terrier (marque
de chien) de Mlle
Anne, princesse
d'Angleterre, mordit
"sauvagement"
le "vieillissant"
corgi (autre marque
de chien) de Mme
Elisabeth, reine
d'Angleterre. Ainsi
Dottie fit-il passer
Pharos ad patres
canum ; de cet
anecdotique
incident, survenu le
24 décembre au château
de Sandrigham, on eût
aimé tirer plus : détailler
le jaillissement
hors la Bentley qui
l'amena, du clebs
princier fonçant
sus au clebs royal,
les glapissements de
loufiats impuissants
à empêcher que
celui-ci bouffât
celui-là, et le
sang sur la neige ;
revenir sur les antécédents
du cabot agresseur
(deux mômes déjà,
en avril 2002 dans
le parc de Windsor)
; analyser, peut-être,
le poids de la
querelle familiale
et subséquente sur
le devenir de la
Couronne...
L'atmosphère du
temps délétère
tua cette velléité.
C'est qu'en
s'attelant à ces
voeux de papier, on
se souvint que 2004
serait électorale.
Un cauchemar nous
projeta alors un
chien irruptant dans
ses scrutins comme
en un jeu de
quilles. Les quilles
y figuraient les
libertés démocratiques,
les acquis sociaux
et les lois de la République.
Le mâtin était
tatoué au jambon
d'une flamme
tricolore.
Le temps
du mépris
par BERTRAND
POIROT-DELPECH,
publié dans le
Monde du 7 janvier
2004
Longtemps après
la victoire
allemande de juin 1940,
des affiches
proclamaient
encore que nous
serions vainqueurs
parce que nous étions
"les plus
forts".
C'est dire que le
mensonge d'Etat ne
date pas d'hier.
Le citoyen est
traité en client
docile au
conditionnement.
Il semblait que
l'opinion américaine
faisait exception -
par atavisme
protestant, peut-être.
Les dirigeants
d'outre-Atlantique
pouvaient tout se
permettre, sauf de
tricher avec la vérité.
Récemment encore,
Clinton a fait les
frais de cette
exigence
puritaine, en se
cachant de ses
amours latérales
comme un gamin
surpris les doigts
dans la confiture.
Depuis lors, la Mecque
du trucage qu'était
Moscou a succombé
à ses menteries.
Tout s'est alors
passé comme si le
dernier géant
resté debout
pouvait tout se
permettre, y
compris trahir son
bon fond de loyauté.
Il pouvait
affabuler quant
aux motifs de la
guerre à Saddam,
enfreindre, à
Guantanamo, les
droits de l'homme
dont on le disait
la patrie, faire
sa banque sur le
dos des pauvres et
piller les
ressources
naturelles
communes, tout en
prônant le
partage, en se
donnant comme modèle
indépassable. La
terreur du déséquilibre
remplaçait en
douce l'équilibre
de la terreur. D'où
surgira l'ultime
contrepoids ?
Pour jouer ce rôle
vital, aura-t-il
manqué à
l'Europe une génération
supplémentaire
d'atermoiements ?
Au vrai, l'Amérique
n'est pas seule à
brader ses vertus.
La France, qui se
flattait de résister
mieux que d'autres
pays au bourrage
de crâne, s'est
engouffrée dans
le faux-semblant.
L'annonce y tient
lieu d'action,
l'euphémisme règne.
Qu'un drame
surgisse, et tous
les responsables
se disputent les
micros pour
plaider leur
innocence, leur
compassion, comme
si on allait voter
demain.
Les télescopages
du
"zapping"
encouragent toutes
les diversions,
qu'on dirait
orchestrées, au
nom de la modernité,
par nos nouveaux
princes, les
dir'com'. Le coq-à-l'âne
du "voile à
l'école"
masque à bon
compte la crise
des services
publics, comme
autrefois la
querelle sur le
sexe des anges,
ouverte en plein
vacillement
mondial, ou la
"campagne
anti-acridienne"
sur laquelle nos
proconsuls
"communiquaient"
en pleine bataille
d'Alger. Notre goût
pour les joutes théoriques
fait la part belle
aux alibis des débats
"majeurs",
des
"grandes"
lois, et autres
messages
"forts".
Médiatiseurs et médiatisés
se partagent le gâteau
de la parole
publique,
reconnaissables à
leur rabâchage de
l'expression
"c'est vrai
que". Les
mots n'ont plus de
valeur que
marchande, de
publicité déguisée,
de bouche-trous.
Prime absolue au
"dernier
album" de
chanteurs, aux
anecdotes de présentateurs.
Jusqu'au terme de
"réalité",
confisqué pour
couvrir le comble
de l'artifice
tarifé !
Restent les
signaux-lapsus échappés
aux stratagèmes
écervelants des
communicateurs. A
quelques "20 heures"
d'intervalle se
sont succédé sur
nos écrans le Queen-Mary-2,
paré comme une élégante
victorienne au
Derby d'Epsom -
preuve, par son
style nouille du Normandie,
que le nouveau siècle
n'est plus
porteur, sur mer
en tout cas, que
de nostalgie -, et
la dépouille du
porte-avions Clemenceau
renvoyée de
toutes les anses
européennes pour
recracher ses
amiantes et ses
rouilles.
Les vacanciers de
Charm el-Cheikh
n'avaient pas
encore vu la mort
exploser les
hublots vert
sombre de leur
"charter",
et les asphyxier
à prix
imbattables.
"
Nous
sommes des créateurs",
est venu dire un
voyagiste, gorge
serrée. Des créateurs
de... "
joie
de vivre !",
a-t-il précisé (
sic).
2004 commence
très fort dans
l'art de se foutre
du monde.
Serait-il venu, et
irrévocable, le
temps du mépris ?
Le pape dénonce
"la plaie du
terrorisme"
Dans son message
de Noël depuis
la place
Saint-Pierre
paru dans
Ouest-France le
27 décembre
2003
Fatigué mais déterminé,
le pape a demandé
jeudi à Dieu,
lors de sa
traditionnelle bénédiction
urbi et orbi, de
sauver l'humanité
du fléau du
terrorisme et des
guerres. 26e Noël
du pontificat de
Jean-Paul II. Le
vieux pape de 83
ans s'est exprimé
avec beaucoup de
difficultés,
hier, à midi,
pour sa bénédiction
de Noël et son
traditionnel
message "à
Rome et au
monde" (urbi
et orbi).
Au cours de la
messe de la
nativité, dans la
nuit de mercredi
à jeudi, il avait
semblé plus en
forme. Hier, il a
dû s'interrompre
plusieurs fois
pour reprendre son
souffle. En
particulier
lorsqu'il a, dans
62 langues différentes,
souhaité au monde
un joyeux Noël.
"Sauve-nous
des grands maux
qui déchirent
l'humanité en ces
premières années
du troisième millénaire",
a-t-il demandé à
Dieu depuis son siège
installé sur le
parvis de la
basilique
Saint-Pierre.
"Sauve-nous
des guerres et des
conflits armés
qui dévastent des
régions entières
du globe, de la
plaie du
terrorisme et des
nombreuses formes
de violences qui
atteignent
gravement des
personnes faibles
et sans défense",
a-t-il poursuivi,
devant des
milliers de fidèles
qui l'ont
interrompu à
plusieurs reprises
par leurs
applaudissements.
Jean-Paul II a par
ailleurs appelé
dans sa bénédiction
à la paix au
Proche-Orient.
"Sauve-nous
du découragement
dans notre marche
sur les chemins de
la paix [...]
surtout
sur la Terre où
tu es né, Toi,
Prince de la Paix."
Pour la première
fois depuis 1978,
le pape célèbre
Noël sans aucun
projet de voyages
pour l'année
2004, mais ce
n'est pas faute
d'avoir été
invité dans
plusieurs pays.
Pour autant, son
porte-parole,
Joaquim
Navarro-Vals, a
fait savoir que
Jean-Paul II
n'avait pas renoncé
à ses voyages.
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le
Jour le 7 janvier
2004
Coup
sur coup, les
catastrophes aériennes
de Cotonou et de
Charm el-Cheikh
ont fait surgir
deux problèmes
des plus préoccupants,
en cette ère de démocratisation
effrénée des
voyages et loisirs
: la fiabilité
des vols charters
et la
responsabilité
des autorités
pour ce qui a
trait à l’état
de vol des avions
exploités comme
à la
qualification réelle
de leurs équipages. Non
point évidemment
que charter soit
forcément
synonyme de médiocrité
ou, plus grave
encore, de précarité
et d’insécurité.
La formule reste
pain bénit pour
les millions de
voyageurs gagnant
tous les ans,
hiver comme été,
des sites de
tourisme ou de pèlerinage
rarement desservis
en direct par les
vols réguliers :
la programmation
précise des vols
et le coefficient
de remplissage élevé
permettant de
pratiquer des
tarifs qui défient
toute concurrence. Tout
se gâte cependant
dès lors que le
pire se mêle au
meilleur et que
l’on a affaire
à des opérateurs
douteux mettant en
service des avions
d’un autre âge,
sommairement
entretenus de
surcroît. De
telles lacunes ne
sont pas toujours
très apparentes hélas,
et même un pays
aussi strict en la
matière que la
France,
cruellement
endeuillée par
l’accident de
Charm el-Cheikh,
s’est vu donner
des leçons de
rigueur par la
Suisse, spécialiste
mondial en la matière
qui, elle, avait
refusé le survol
de son territoire
à la compagnie égyptienne
Flash. Mais
parfois aussi ces
lacunes sont si
flagrantes, si
criantes qu’il
faudrait être
sourd, d’une
criminelle surdité,
pour ne pas réagir
face à
l’inacceptable.
Tel semble bien
avoir été le cas
dans la tragédie
de Cotonou du 25 décembre
2003, qui a causé
la mort de
dizaines de nos
compatriotes, et
qui soulève une
foule de questions
qu’il serait
trop long d’énumérer
ici. Sans présumer
bien sûr du
cheminement de
l’enquête
actuellement menée
par les plus
hautes autorités
judiciaires
libanaises, on
reste stupéfait
devant la
complaisance dont
a pu longtemps bénéficier,
à l’Aéroport
de Beyrouth, la
compagnie UTA. Il
apparaît
aujourd’hui -
mais aujourd’hui
seulement ! -
que celle-ci est
soupçonnée
d’avoir maquillé
au départ ses
documents accréditifs,
ce qui porte
d’ailleurs le
procureur de la République
à saisir la
totalité du
dossier pour le
soustraire, selon
ses propres dires,
à d’éventuels
et tardifs rajouts
ou amputations. Il
est de même établi
que le Boeing 727,
vieux de quarante
ans desservant
Beyrouth,
souffrait de défaillances
suffisamment
graves pour être
constatées sur
place et pas assez
graves cependant,
faut-il croire,
pour que les
autorités locales
se donnent la
peine d’alerter
les organismes
internationaux ou
du moins les
passagers
potentiels. Pour
couronner le tout,
les organisateurs
du vol
Conakry-Cotonou-Beyrouth-Dubaï,
au mépris des règles
les plus élémentaires
de sécurité,
pratiquaient
couramment la
surcharge de
passagers et de
fret : lequel fret
ne se limitait
peut-être pas à
des lots de
mangues et de
papayes,
puisqu’il est
fortement question
aussi de
blanchiment
d’argent par
valises entières
bourrées de
billets de banque,
qui passaient sans
encombre le contrôle
de l’AIB. Le
plus préoccupant,
le plus révoltant,
est que toutes ces
lacunes et irrégularités
n’auraient pu se
produire et se
poursuivre
jusqu’au désastre
final si elles ne
bénéficiaient de
protections
exceptionnellement
agissantes.
Ya-t-il une chance
sur mille que
celles-ci soient démasquées,
que l’on ne se
contente pas comme
dans d’autres
scandales de jeter
quelque bouc émissaire
en pâture à
l’opinion ? De
voler très haut
sur la scène
politique locale,
aussi haut que
leurs cercueils
volants, suffit-il
pour placer les
protecteurs
au-dessus de la
loi ? L’ampleur
de la tragédie
exige pourtant que
toute la lumière
soit faite : car
venant s’ajouter
aux nombreuses
pertes de vies
humaines, le
scandale rejaillit
indirectement mais
très
effectivement sur
l’excellente
renommée des
ailes libanaises,
de même qu’il
porte un grand préjudice
aux très sérieuses
et performantes
agences de
tourisme locales
affrétant des
charters pour
transporter les
vacanciers. Pour
conclure, ce
n’est pas
pousser le bouchon
trop loin que de
rappeler que les
malheureuses
victimes ne
rentraient pas
d’un passionnant
et coûteux
safari-photo :
c’était des
expatriés partis
chercher en terre
africaine les
moyens de
subsistance que ne
peut plus leur
offrir leur pays
arraisonné, en
proie au marasme
économique,
ployant sous la
dette publique et
où prospère avec
insolence néanmoins
une caste
politique en tous
points privilégiée
qui s’ingénie
à boucher tous
les horizons face
aux jeunes
Libanais. Le
véritable drame
c’est
l’absence de
toute politique de
l’émigration,
constatait amèrement
il y a quelques
jours un élu.
Erreur, Monsieur
le député : elle
est bien là, "leur"
politique. Et elle
consiste très précisément
à fabriquer des
émigrés.
La
question d'Orient
par
JOSEPH MACE-SCARON,
publié dans le
Figaro Magazine du
3 janvier 2004
Pauvres chrétiens
d'Orient, si près
de Dieu et si loin
des Etats-Unis.
Qui s'intéresse
à eux ? Qui s'est
jamais intéressé
à eux autrement
que pour les
images esthétisantes
de leurs offices ?
Utilisés de temps
à autre, ignorés
le plus souvent,
ces marginaux de
l'histoire ont payé
très cher, tout
au long des siècles,
leur délicate
position à la
jointure de deux
mondes, Orient et
Occident, et de
deux
civilisations,
Islam et
christianisme.
Singulier destin
que celui des
Eglises de
l'aurore qui, les
premières,
accueillirent la
lumière de la Résurrection.
Certains de leurs
fidèles, comme Jésus
en son temps,
prient toujours -
c'est le cas en
Irak - en araméen,
langue
vernaculaire de
tout l'Orient au
tournant de notre
ère. D'autres
invoquent le
Seigneur en copte,
issu de l'égyptien
antique. Leurs
monastères et
leurs églises se
dressent depuis la
plaine de Mésopotamie
jusqu'aux hauts
plateaux d'Ethiopie...
Qui se souvient
que les chrétiens
orientaux, présents
depuis toujours
sur ces terres,
furent les
premiers à révéler
le message des
Evangiles ?
On cherchera en
vain, en Egypte,
toute trace de
"discrimination
positive".
Les sept millions
de chrétiens présents
ici depuis bientôt
deux millénaires
sont toujours des
citoyens de
seconde zone. Il y
a quelques jours,
j'ai pu constater
de visu que ce que
l'on appelle
pompeusement le
"quartier
copte", au
Caire, est en fait
un ghetto. Et que
les monastères de
Wadi Natroun, où
enseignèrent et
enseignent
toujours des pères
du désert, sont
sous protection
policière. Un
monastère comme
Deir Abou Makar
est une forteresse
assiégée. Les
cent moines qui y
résident sont étrangers
dans leur propre
pays. Et le fait
qu'une intense vie
spirituelle s'y développe,
notamment avec la
haute figure du père
Matta El-Maskîne,
digne fils de
saint Macaire, ne
fait qu'accroître
les haines. Et
pourtant, depuis
dix ans, les
autorités coptes
ont multiplié les
gestes de bonne
volonté. Elles
accueillent dans
les écoles 75% de
musulmans et leur
dispensent des
cours d'islam.
Comme tous les chrétiens
d'Orient, ils
cultivent un sens
du compromis poussé
jusqu'à la
mutilation. Les
coptes se sont même
voulus parfois
plus musulmans que
les musulmans.
Cette attitude les
conduisant à
d'inquiétantes dérives
lorsqu'ils
abordaient le
conflit israélo-palestinien.
L'oppression
commence toujours
par annihiler la
parole de la
victime. Malgré
tous leurs
efforts, la
question copte est
taboue en Egypte,
de même que celle
des chrétiens
d'Orient est
taboue dans
l'immense majorité
des pays
musulmans. Il ne
se passe pas un
mois sans qu'un
attentat soit
commis contre des
coptes : églises
et chapelles
profanées ou brûlées,
fidèles ou prêtres
tués dans la rue
ou dans leur
foyer, tirs
meurtriers sur les
processions,
pourtant organisées,
comme le veut la
loi musulmane,
dans une enceinte
close à cette
intention. Méprisés
par le pouvoir,
les coptes ne sont
jamais secourus
par leurs
compatriotes
musulmans. Un seul
le fit, comme l'a
rappelé
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
: l'écrivain Frag
Foda. Il fut
assassiné en
1992. Certes, on
ne doute pas qu'il
existe, qu'il a
toujours existé,
un islam tolérant
et modéré, mais
ce n'est pas,
aujourd'hui, celui
que l'on entend le
plus en Egypte. On
attend encore que
se construise la
nahdha, la vraie
renaissance arabe,
celle qui veut épouser
son temps. Avec
plus d'ingénieurs
que d'imams et
plus de
professeurs que de
guerriers. Sans
cette renaissance,
le Proche-Orient méditerranéen,
dont la fortune
fut attachée aux
brassages des
religions et des
ethnies, risque
d'avoir demain le
triste visage de
l'uniformité.
Cette sombre
situation des
coptes peut être
étendue aux
autres chrétiens.
Au Liban, ces
derniers étaient
répartis sur un
territoire de
10.000 kilomètres
carrés ; après
des années de
conflit, ils
vivent dans un réduit
(NDLR RJLiban
: en fait, depuis
la fin de la
guerre en 1990,
les chrétiens
libanais ont pu
regagner toutes
les régions où
ils vivaient avant
1975, dans un
même esprit de
coexistence ; l'émigration
a cependant touché
des dizaines de
milliers
d'habitants, les
chrétiens étant
plus nombreux que
les musulmans à
avoir quitté leur
pays). Un
confetti de pays.
C'est que notre mémoire
est décidément
bien sélective. Déraciné
et arraché à son
milieu naturel, le
christianisme
oriental, qui fête
la naissance du
Christ dans
quelques jours,
est en danger de
mort car la moitié
de ses fidèles se
trouvent
aujourd'hui en
dehors de leurs
pays natifs, disséminés
en Europe, aux
Etats-Unis, au
Canada ou en Amérique
latine. Peut-on
arrêter ce
massacre cultuel
et culturel ? On
peut, tout au
moins, tenter de
lever le voile qui
couvre le visage
des Eglises
d'Orient. Ce que
les chrétiens ont
gagné en
mondialisation, ne
risquent-ils pas
de le perdre en
catholicité ? Il
y a déjà plus
d'un quart de siècle,
un évêque
polonais tenait à
Rome une conférence
de presse.
Interrogé par un
journaliste sur
les Eglises du
silence, il eut
cette répartie
cinglante :
"Sachez,
Monsieur, qu'il
n'y a pas d'Eglise
du silence, il y a
des Eglises sur
lesquelles vous,
en Occident,
faites
silence." Ce
prêtre s'appelait
Karol Wojtyla.
Martyrology
of 2003 : 29
Catholic
Missionaries
Killed
published by
All Africa Global
Media on December
31, 2003
The Fides list
includes all
Catholics -
clerics, religious,
and laymen - who
are known to have
died while engaged
in missionary work.
As Fides explains,
the list includes
"not
missionaries ad
gentes in the
strict sense of
the term, but all
members of Church
personnel who
chose to risk
their lives rather
than give up their
mission and
apostolate : they
are 'martyrs of
charity,' as Pope
John Paul II
fondly calls them."
Fides points out
that this list is
not exhaustive ;
many other
Catholics may have
died for the
Gospel without
attracting public
notice. This
year's list of
slain missionaries
includes one
archbishop, 22
priests, one nun,
3 seminarians, and
2 lay missionaries.
For the first
time, an apostolic
nuncio is listed
in the year's
martyrology :
Archbishop Michael
Courtney, who died
in Burundi on
December 29.
Africa was once
again the
continent where
the greatest
number of
missionaries died
this year: 17
people were killed
there, including 6
in Uganda and 5 in
the Democratic
Republic of Congo.
The most deadly
nation in the
Western hemisphere
was Colombia,
where six
missionaries were
killed. The
overall number of
missionaries slain
in 2003 is similar
to that of
previous years. In
2002, 25 people
were listed in the
Fides martyrology.
In 2001 that
figure was 33, and
in 2000 it was 30.
The list of
missionaries slain
in 2003, according
to Fides, includes
:
Father Dieudonne
Mvuezolo-Tovo of
the Democratic
Republic of Congo,
killed in that
country on March
11.
Father Nelson
Gomez Bejarano of
Colombia, killed
there on March 22.
Father Martin
Macharia Njoroge
of Kenya, killed
in Nairobi on
April 11.
Father Raphel
Ngona of
Democratic
Republic of Congo,
killed there on
May 6.
Three students
from the minor
seminary in Lachor,
Uganda, who were
killed on May 10.
(Another 38
students from the
same institution,
kidnapped by
rebels, are
believed to still
be captives.)
Fathers Aime Njabu
and Francois
Xavier Mateso,
both of the
Democratic
Republic of Congo,
killed on May 10
along with several
parishioners.
Father Jairo
Garavito of
Colombia, killed
there on May 15.
Father Manus
Campbell OFM, an
Irish missionary
working in South
Africa, killed
near Durban on May
21.
Ana Isabel Sanchez
Torralba, a
Spanish mission
volunteer, killed
in Equatorial
Guinea on July 1.
Father George
Ibrahim of
Pakistan, killed
there on July 5.
Father Taddeo
Gabrieli, OFM Cap,
an Italian
missionary
stationed in
Brazil, killed
there on July 19.
Father Mario
Mantovani, an
Italian Comboni
missionary, killed
in Uganda on
August 14.
Brother Godfrey
Kiryowa, of
Uganda, killed
alongside Father
Mantovani on
August 14.
Father Alphones
Kavendiambuku of
the Democratic
Republic of Congo,
killed there on
August 26.
Father Lawrence
Oyuru of Uganda,
killed along with
25 other people in
a rebel attack on
September 1.
Father William de
Jesus Ortez and
Jaime Noel
Quintanilla of El
Salvador, killed
inside the
cathedral of
Santiago de Maria
diocese on October
5.
Annalena Tonelli,
an Italian medical
volunteer, killed
on October 5 at a
hospital in
Somalia.
Father
Sanjeevananda
Swami of India,
killed there on
October 7.
Father Saulo
Carreno and
Maritza Linares,
both of Colombia,
killed there on
November 3.
Father Henry
Humberto Lopez
Cruz of Lebanon,
killed in Colombia
on November 3.
Father Jose Rubin
Rodriguez of
Colombia, killed
there sometime
after being
kidnapped on
November 14. (His
body was
discovered on
November 21.)
Father Jose Maria
Ruiz Furlan of
Guatemala, killed
there on December
14.
Father Anton
Probst, a German
Claretian
missionary, killed
in Cameroon after
midnight Mass on
Christmas Day.
Archbishop Michael
Courtney, the
apostolic nuncio
in Burundi, killed
there on December
29.
Lugubre célébration
de Noël à Bethléem
Pour
la troisième année
consécutive, Israël
a interdit à
Yasser Arafat de
participer à la
messe de minuit en
l'église de la
Nativité
paru
dans le Figaro le
26 décembre 2003
La célébration
de Noël à Bethléem
a pris une
nouvelle fois des
accents lugubres
hier, l'espoir
peinant à se
frayer un chemin
vers la ville
natale de Jésus,
toujours encerclée
par l'armée israélienne.
Le patriarche
latin de Jérusalem,
Michel Sabbah, a
estimé que la
construction par
Israël d'une
barrière de sécurité
le séparant de la
Cisjordanie
nuisait aux
efforts de paix.
Des pèlerins étrangers
et des chrétiens
palestiniens sont
parvenus à
franchir les
barrages
militaires israéliens
pour se réunir
dans l'église de
la Nativité, afin
d'y célébrer la
messe de minuit.
Mais cette assemblée
semblait clairsemée
par rapport aux
milliers de pèlerins
qui venaient à
Bethléem pour fêter
Noël avant la
deuxième intifada,
en septembre 2000.
"La barrière
militaire est en
train de
transformer les
villes et les
villages
palestiniens en
une véritable
prison, tout en détruisant
(au passage) des
maisons et des
terrains cultivés",
a déclaré
Michel Sabbah, un
Palestinien, dans
son sermon de Noël.
Devant l'église
de la Nativité,
plusieurs façades
de la place de la
Mangeoire
arboraient des
banderoles
critiquant la
barrière de sécurité,
qui selon Israël
est indispensable
pour empêcher la
venue de kamikazes
en territoire israélien.
Côté
palestinien, on
estime que cette
construction
constitue une
expropriation déguisée
aux dépens des
habitants des
secteurs situés
sur son tracé,
dont les terres
devraient
appartenir à un
futur Etat
palestinien.
Pour la troisième
année consécutive,
Israël a interdit
au dirigeant
palestinien,
Yasser Arafat, de
participer comme
il avait coutume
de le faire à la
messe de minuit célébrée
en l'église de la
Nativité. Son siège
frappé d'une
plaque à son nom,
au premier rang,
est resté vide,
recouvert de l'un
de ses keffiehs.
Arafat, qui est de
confession
musulmane, s'est
contenté
d'illuminer un
arbre de Noël
dans ses locaux de
la Moukatta, à
Ramallah, où le
confine l'armée
israélienne
depuis 2001. Il a
déclaré qu'Israël
"avait
voulu entamer le
moral du peuple
palestinien" en
le maintenant
confiné dans son
quartier général.
Il a en outre
stigmatisé la
poursuite de la
construction de la
ligne de séparation,
qu'Israël compte
achever, pour la
plus grande
partie, en 2004. "C'est
un crime qui a été
condamné par la
communauté
internationale. En
dépit de la résolution
de l'ONU référant
la question à la
Cour
internationale de
justice (CIJ), ils
poursuivent leur
crime", a-t-il
dit. Pendant un
bref instant, le
conflit israélo-palestinien
est toutefois passé
au second plan.
Des chorales d'étudiants
palestiniens ont
donné de la voix
et un groupe de
pop sud-coréen a
offert un concert
sur la place de la
Mangeoire, où
l'on proposait sur
des stands du maïs
et des bonbons. Un
grand sapin de Noël,
scintillant,
dominait la place.
Israël affirme
avoir assoupli les
conditions de
passage aux
barrages ponctuant
les routes de
Cisjordanie, afin
d'aider les chrétiens
palestiniens et
les pèlerins étrangers
à gagner Bethléem.
"C'est la
foi qui nous a
guidés ici, explique
Eileen Dunne, une
retraitée
irlandaise venue
en pèlerinage. Nous
sommes ici pour
nous joindre à la
population." Les
Palestiniens
regrettent le
manque des pèlerins,
qui alimentaient
auparavant un
secteur
touristique représentant
une bouffée
d'oxygène pour l'économie
palestinienne. "Ces
gens ne viennent
que pour la messe.
Pas les touristes.
Ce n'est pas
vraiment Noël",
déplore pour
sa part Hussein
Agil Boucharigh,
montrant ses
colliers invendus
au passage de deux
nonnes au regard
évasif.
Le
triomphe du
fondamentalisme américain
Chaque
jour se dresse une
Amérique plus
puissante, plus
dure, religieuse,
puritaine et
nationaliste
par PATRICE
HIGONNET, publié
dans Libération
le 1er janvier
2004
L'auteur
est professeur
d'histoire française
à Harvard
L'Amérique, comme
la nostalgie,
n'est vraiment
plus ce qu'elle était.
Il faut voir ce
pays de l'intérieur,
allant
quotidiennement de
mal en pis, selon
une accélération
de l'histoire qui
donne le vertige.
L'Amérique
semblait en 1945
toute gagnée aux
Lumières. Nous la
découvrons
aujourd'hui
schizophrène,
libertaire sans
doute encore à
New York, Boston,
Seattle et San
Francisco, l'Amérique
des scientifiques
et des lettrés,
des théâtres,
des musées, des
happenings, des
grandes universités,
des mécènes et
des philanthropes
: en un mot, c'est
l'Amérique du New
Deal mâtinée de
postmodernisme. A
côté de cette Amérique
tocquevillienne,
si l'on peut
parler ainsi, se
dresse une autre
Amérique, sans
cesse plus
puissante, plus
dure, religieuse,
puritaine,
nationale et
nationaliste, une
Amérique
arrogante
qu'incarne George
Bush, président
que nous avons
tous sous-estimé,
hélas, et qui
incarne désormais
le mal profond, et
peut-être irréversible,
qui ronge les
Etats-Unis.
Sans doute, le
protestantisme des
"dissenters"
est depuis
toujours au coeur
de l'américanité.
L'Amérique de
John Locke et de
Thomas Jefferson a
dû cohabiter avec
celle des
Puritains. Et,
sans doute, ce
protestantisme
populaire a
toujours eu son côté
populiste, son
travers démagogique
: ce n'est ni aux
oulémas ou aux
kabbalistes que
nous devons
l'invention du
fondamentalisme,
qu'il s'agisse de
la chose en soi ou
du terme qui le désigne,
mais à cette Amérique
intégriste.
Rappelons en effet
que c'est en
Californie que
naquit en 1910
cette locution tirée
du titre d'une
revue, intitulée Fundamentals.
Et le Webster's
Dictionary de
1938 nous offre
comme définition
du terme : "Une
tendance récente
du protestantisme
américain, née
en réaction aux
mouvements de
modernisation de
la société."
Le Petit
Larousse, qui
ignorait ce terme
avant la Seconde
Guerre mondiale,
proposait quant à
lui en 1980 :
"tendance
conservatrice de
certains milieux
protestants,
notamment aux
Etats-Unis".
Cette religiosité
populiste - méthodiste
plutôt que
strictement
calviniste ou
presbytérienne,
baptiste plutôt
qu'anglicane -
fut pendant plus
de deux siècles
minoritaire et
assez souvent
positive : c'est
à ce courant que
nous devons par
exemple, vers
1850,
l'anti-esclavagisme
et le féminisme.
Mais aujourd'hui
ce courant
populiste s'est
figé, parce qu'en
son sein les
obscurantistes
l'emportent
largement sur les
universalistes,
mais aussi car
cette vision du
monde s'est raidie
par rapport aux
autres courants
culturels véhiculés
en Amérique.
Brusquement,
nous prenons
conscience que le
rapport de force,
vieux de près de
trois siècles,
entre le
protestantisme
populiste et le
protestantisme
libertaire, s'est
inversé. Nous
assistons donc
aujourd'hui,
quelque peu effarés,
à l'épanouissement
d'une tendance
ancienne en Amérique
qui croissait
souterrainement
(nous le
comprenons
maintenant mais
c'est un peu tard)
depuis cinq ou six
décennies. De ce
courant délétère,
George Bush est la
parfaite
expression. Que ce
courant
fondamentaliste
existât, nous le
savions tous, mais
sans nous en inquiéter
beaucoup, et de
fait il n'était
autrefois qu'assez
peu dangereux.
Ainsi, Lincoln,
simultanément
visionnaire et fin
politique, se
montra plein d'égards
pour les prédicants
protestants de son
temps, mais c'était
pour faire, et à
leurs dépens, de
l'émancipation
des Noirs une
cause millénariste
: comme le voulait
le Battle Hymn
of the Republic,
au son duquel les
Nordistes marchèrent
au combat, "comme
le Christ marcha
pour transformer
les hommes en
saints, marchons
pour rendre les
hommes
libres" !
Pour reprendre le
message de
Clemenceau lors de
l'armistice de
1918, "la
France, hier
soldat de Dieu
aujourd'hui soldat
de l'humanité,
sera toujours le
soldat de l'idéal",
c'était là
affirmer que l'Amérique
de Lincoln, soldat
de la liberté
religieuse en même
temps que de l'émancipation
des Noirs, serait
toujours le soldat
d'une liberté
quelconque.
Mais nous n'en
sommes plus là.
Certes, le parti républicain
n'est pas
uniforme. Comme
l'explique Kevin
Philips,
commentateur de
droite mais en
rupture de
fourneaux, la
coalition républicaine
actuelle réunit "Wall
Street, Big Energy,
multinational
corporations, the
Military
Industrial Complex,
the Religious
Right, the Market
Extremists think
tanks, et le Rush
Limbaugh
Axis" (Approximativement
: la Bourse et la
finance, le pétrole,
les
multinationales,
le complexe
militaro-industriel,
la droite
religieuse, les idéologues
de l'ultralibéralisme
et les grandes
gueules
populistes). Sans
doute, à ceci près
cependant qu'il
importe d'inverser
cet ordre : la
droite religieuse
est devenue, et de
loin, électoralement
surtout, la plus
conséquente.
C'est elle qui détermine
la sensibilité de
George Bush.
Rappelons que les "white
evangelical
protestants"
(un tiers de la
population américaine)
comptaient pour 15
% des électeurs
de Gore et plus de
40 % de ceux de
Bush. Cette
minorité
religieuse
agissante tire sa
force de son
nombre, de son
intransigeance idéologique,
et du fait que
George Bush
attribue la défaite
de son père au
manque de soutien
que lui apporta ce
milieu. Mais
surtout de la
nouvelle stratégie
du fondamentalisme
protestant. En
1958, par exemple,
ce fondamentalisme
protestant n'a pas
empêché l'arrivée
au pouvoir de
Kennedy,
catholique
doublement vulnérable
puisque démocrate
et licencieux ;
mais, quarante ans
plus tard, il a réussi
à porter George
Bush jusqu'à la
Maison Blanche.
Comment en
est-on arrivé là
? Pour les uns, il
faudrait remonter
à
l'anticommunisme
des années 40 et
50 qui fut, pour
des millions d'Américains
- les
catholiques
surtout -, la
victoire
enthousiasmante
non pas du
capitalisme sur le
socialisme, ou de
la liberté sur la
dictature, mais de
la religion sur l'irreligion.
D'autres insistent
sur l'effet sur
les "petits
Blancs" (le Southern
White Trash),
pendant les années
60, de l'accès
aux urnes des
Afro-Américains,
un désarroi
collectif récemment
recyclé par l'
"affirmative
action"
qui impose des
quotas de Noirs
dans les
administrations ou
les universités.
On peut aussi évoquer
un rejet généralisé
de la libéralisation
des moeurs, de la
tolérance de
l'homosexualité,
du féminisme,
c'est-à-dire de
toutes les
manifestations
culturelles du
postmodernisme,
haines diverses
dont le dénominateur
commun serait le mépris,
et parfois même
la haine, du
gouvernement fédéral
et de tout type
d'ingérence économique
ou culturelle
issue de
Washington. Le chômage
ne se résorbe pas
malgré la reprise
? La faute en est
au Congrès qui
tolère
l'importation de
produits
mexicains. Le
crime, la
pornographie, les
évêques
homophiles : rien
de cela ne serait
si le gouvernement
fédéral ne
subventionnait pas
les universités
(trop coûteuses),
les arts
(corrompus) ou
l'enseignement de
Darwin sur l'évolution,
telle est la
litanie que l'on
peut entendre dans
leurs bouches.
L'explication
passe aussi par
les chemins plus
obscurs du
traditionalisme et
de ses atavismes :
ainsi, une majorité
d'Américains
croit aux
miracles, la moitié
aux fantômes, un
tiers à
l'astrologie. On
en saurait
davantage, sans
doute, si les
historiens américains
n'avaient pas négligé
l'étude de cette
religiosité généralement
méprisée.
Quoi qu'il en
soit, cet esprit,
dur, puritain,
intransigeant et
nationaliste, est
devenu la toile de
fond de la
politique de
George Bush, comme
la grande pensée
de son frère Jeb,
actuellement
gouverneur de
Floride. Le Texas,
la Floride : on en
revient toujours
à cela. Car ce
sont les
vingt-deux Etats
de l'ancienne Confédération
sudiste qui
semblent gouverner
actuellement l'Amérique.
De la guerre de Sécession
jusqu'à
l'effondrement du
New Deal, la
hargne raciste et
le fondamentalisme
des anciens
Sudistes furent
contenus par
l'alliance bizarre
qui, au sein du
parti démocrate,
liait les
immigrants du
Nord-Est et les
petits Blancs du
Sud. Mais les
temps ont changé.
En 1955, les républicains
l'avaient emporté
dans 10 des 120
circonscriptions
du Sud. Dès 1995,
ils en contrôlaient
la grande majorité.
Les
circonscriptions
du Sud et de
l'Ouest sont désormais
largement
majoritaires dans
ce parti, alors
qu'elles ne représentaient
que le quart du
total au Congrès
il y a un demi-siècle.
Il existe donc
en Amérique une
"radicalisation
fondamentaliste",
qui se double
d'une "régionalisation"
du jeu politique,
ce qui creuse le
fossé culturel
entre les deux Amériques,
la religieuse et
la laïque. A ce
niveau, le
contraste entre
les Etats-Unis et
l'Europe est assez
saisissant. Alors
qu'en France la Révolution
est finie et que
les combats idéologiques
d'antan entre frères
ennemis
catholiques et
communistes ne
sont plus que de
vagues souvenirs,
l'Amérique,
malade, est sur
une trajectoire
historique
inverse, où les
enjeux idéologiques
et religieux sont
de plus en plus
prononcés.
Bizarrement, dans
une société ou
20 % de la
population n'a pas
d'assurance
maladie, les
grands enjeux du
jour sont la tolérance
pour
l'homosexualité,
le féminisme, et
la sécularisation
de la vie
publique,
uniquement des débats
remis au goût du
jour par les
fondamentalistes.
Car, au fond, ce
qui distingue le
programme de
George Bush de
celui des imams
wahhabites serait
non pas le rejet
des Lumières -
tous sont d'accord
sur ce point. Il réside
surtout en ce que
les uns, les
wahhabites,
envisagent leur
fondamentalisme
primitif dans le
contexte d'une
indigence matérielle
totale, et les
autres, le clan
Bush, dans celui
de l'ostentation
des richesses.
Télé
Lumière rapatrie
160 prisonniers
soudanais
publié
dans l'Orient-le
Jour le 30 décembre
2003
A l’occasion
des fêtes de Noël
et du Nouvel An,
qui coïncident
avec la Journée
mondiale de la
paix, la télévision
libanaise Télé
Lumière et sa chaîne
satellite Nour Sat
ont pris
l’initiative de
rapatrier, hier,
160 ressortissants
soudanais
emprisonnés au
Liban, affrêtant,
pour l’occasion,
un charter spécial.
Des membres du
conseil
d’administration
de la chaîne, présidés
par l’évêque
maronite Roland
Abou Jaoudé, ont
accompagné les
prisonniers relaxés
jusqu’à
Khartoum. Ces
prisonniers
soudanais
croupissaient
toujours en
prison, alors
qu’ils avaient
purgé leur peine,
car ils
n’avaient pas
les moyens de
payer leur billet
de retour. Réagissant
à l’indifférence
des instances
officielles et à
l’impossibilité
des associations
d’assumer les
frais de
rapatriement des
prisonniers, Télé
Lumière a pris
cette initiative
humanitaire, malgré
ses moyens limités,
véhiculant ainsi
"un message
de paix, d’amour
et de dialogue
entre les peuples,
les pays et les
religions".
La
position de l’Eglise
catholique sur la
peine de mort
par P. FADI
DAOU (Conseil
culturel
catholique), publié
dans l'Orient-le
Jour le 18 décembre
2003
La
question de la
peine de mort
resurgit ces
derniers jours, et
le débat sur son
application ou son
abolition anime
actuellement
certaines tranches
de la société
libanaise. Le présent
texte ne prétend
pas apporter une
solution définitive
et exhaustive à
l’ensemble du
problème posé.
Il veut uniquement
présenter
quelques
clarifications au
sujet de la
position
officielle de l’Eglise
catholique par
rapport à la
peine de mort et
enlever ainsi une
ambiguïté à ce
sujet qui s’est
propagée ces
derniers jours.
Rappelons pour
commencer les
principes
bibliques et théologiques
de
l’enseignement
de l’Eglise
concernant la
peine de mort. Le
premier principe
est que Dieu est
le créateur de
l’univers et de
l’homme (Genèse
1, 1-27), et donc
qu’Il est
l’unique maître
de la vie en
chacun de nous et
dont nous ne
sommes que les
intendants. Le
second principe
complète le
premier et lui
donne plus de
sens, car il confère
à la vie humaine
sa dignité inaliénable.
Dieu a en effet créé
l’homme, non
comme toutes les
autres créatures,
mais Il l’a créé
"à son image
et selon sa
ressemblance"
(Genèse 1,
26-27). Ce qui
signifie que la
dignité humaine
qui vient du fait
que nous sommes à
l’image de Dieu
ne dépend pas de
raisons extérieures,
personnelles ou
sociales, ni des
actes qu’on fait
ou on ne fait pas.
Tout être humain,
indépendamment
des conditions de
sa vie et de son
histoire
personnelle,
depuis sa
conception
jusqu’à sa
mort, porte en lui
donc cette dignité
inaliénable d’être
créé par Dieu,
à son image et
appelé à être
son fils. Le
troisième
principe est que
ce Dieu Créateur
est aussi le Dieu
Sauveur qui, malgré
le péché de
l’homme, ne désespère
pas de lui et ne détruit
pas son image en
lui, mais vient la
restaurer par l’œuvre
de salut accomplie
en Jésus-Christ.
A partir
de ces trois
principes, quelle
est donc la
position de l’Eglise
catholique par
rapport à la
peine de mort ?
L’enseignement
de l’Eglise à
ce sujet s’est
toujours inscrit
dans le cadre de
la problématique
du devoir de défendre
sa vie et celle
des autres. Le
cinquième
commandement du décalogue
donné par Dieu à
Moïse, "Tu
ne tueras
pas" (Exode
20, 13) implique
aussi le devoir
d’empêcher
quelqu’un de me
tuer ou de tuer
autrui. C’est
pourquoi le catéchisme
de l’Eglise
catholique
enseigne que "la
légitime défense
peut être non
seulement un
droit, mais un
devoir grave pour
qui est
responsable de la
vie d’autrui. La
défense du bien
commun exige que
l’on mette
l’injuste
agresseur hors
d’état de
nuire" (n°
2265). Dans ce
sens, le même catéchisme
reconnaît que
l’enseignement
traditionnel de
l’Eglise
n’exclut pas le
recourt à la
peine de mort, si
celle-ci est
l’unique moyen
praticable pour
protéger
efficacement de
l’injuste
agresseur la vie
d’êtres humains
(n° 2267). Or, le
texte précise
aussitôt que, par
opposition aux
conditions qui ont
amené jadis l’Eglise
à avoir ce
discours
traditionnel,
aujourd’hui, étant
donné les
possibilités dont
l’Etat dispose
pour réprimer
efficacement le
crime en rendant
incapable de nuire
celui qui l’a
commis, sans lui
enlever définitivement
la possibilité de
se repentir, les
cas d’absolue nécessité
de supprimer le
coupable
"sont désormais
assez rares, sinon
même pratiquement
inexistants"
(n° 2267 ; voir
aussi : Jean-Paul
II, Evangelium
vitae, n° 56).
Nous concluons de
cet enseignement
deux choses. En
premier lieu, l’Eglise
pense le problème
de la peine de
mort uniquement
dans les termes de
légitime défense
de soi et de la
société par
rapport à
l’agresseur. En
second lieu,
jamais l’Eglise
n’a dit ou
accepté de dire
que la peine de
mort peut être
appliquée comme
une vengeance des
victimes et de
leurs familles ou
comme une punition
exemplaire qui
aurait une valeur
dissuasive pour
les autres
criminels
possibles.
En
revanche, l’Eglise
espère et œuvre
dans le sens de la
conversion du
criminel, d’un côté -
et les exemples ne
manquent pas -, et
le pardon de la
part des familles
et proches des
victimes, de
l’autre - là
aussi les exemples
héroïques et
saints existent.
Par ailleurs, ces
dernières années,
l’Eglise
catholique a
franchi encore un
pas et s’est
engagée pour
l’abolition définitive
de la peine de
mort. A Rome,
la Communauté San
Egidio a lancé
une campagne
internationale
pour l’abolition
de cette peine
capitale. Pour sa
part, et lors de
sa participation
au 1er Congrès
mondial contre la
peine de mort à
Strasbourg en
2001, Mgr Richard
Gallagher,
observateur
permanent du
Saint-Siège au
Conseil de l’Europe,
a ainsi résumé
la position de
l’Eglise
catholique en
disant : "Le
Saint-Siège a
constamment
recherché
l’abolition de
la peine de mort,
et le pape
Jean-Paul II a,
personnellement et
sans
discrimination
aucune, demandé,
à de nombreuses
reprises, que de
telles sentences
soient commuées
en un moindre châtiment,
qui puisse donner
au coupable le
temps et le
courage de
s’amender,
permettre à
l’innocent
d’espérer et
sauvegarder le
bien-être de la
société civile
et des personnes
qui, sans
l’avoir choisi,
se retrouvent étroitement
liées au destin
des condamnés à
mort." Et il
ajoute : "Là
où la peine de
mort est un signe
de désespoir, la
société civile
est invitée à
affirmer sa foi en
une justice qui
sauve l’espérance
menacée par les
maux dont notre
monde est envahi.
L’abolition
universelle de la
peine de mort réaffirmerait,
de manière
courageuse, la
conviction que
l’humanité peut
réussir à
traiter le problème
de la criminalité,
ainsi que notre
refus de succomber
au désespoir face
à de telles
forces. Cela
ferait renaître
une nouvelle espérance
en notre propre
humanité"
(Documentation
catholique, n°
2259, p. 1029).
En
définitive,
c’est non la
mise en
application de la
peine de mort,
mais son abolition
qui serait la
meilleure leçon
à donner à ceux
qui osent mettre
en péril et voler
la vie des
innocents. Le
grand courage que
cela nous demande
ne peut
qu’interpeller
le cœur de tout
homme, et peut-être
l’aiderait à
prendre conscience
de la valeur
inestimable et
inaliénable de la
vie, même celle
du criminel le
plus cruel. Aussi
espérons-nous que
le sang des
victimes
innocentes ne
serait plus jamais
un cri de
vengeance, mais un
cri pour la vie.
L'espoir
en questions
par
JEAN DE BELOT,
publié dans le
Figaro le 5
janvier 2004
Le
traditionnel
marathon des vœux
n'est pas achevé
que, déjà - Charm
el-Cheikh après
Bam -, le
sort rappelle son
implacable loi.
L'heure reste
pourtant aux
espoirs.
"Cinquante
questions pour
2004",
propose "le Figaro".
Quelle sera l'année
? Le siècle qui
s'ouvre devait,
dans la foulée de
1989, de la chute
du Mur et des
blocs communistes,
de l'ouverture du
monde, instaurer
une ère de paix
et de prospérité.
En trois ans,
trois coups,
l'attente a été
sévèrement déçue.
2001, d'abord,
avec le terrorisme
frappant au cœur
même de la ville
phare, rappelant
qu'il n'est pas de
monde en paix ;
2002, ensuite,
avec la
multiplication des
scandales
financiers,
ruinant la
confiance placée
dans les règles
du jeu économique
moderne ; 2003,
enfin, avec le
recours à la
guerre pour
imposer, sans
assurance, le modèle
démocratique.
L'ensemble
aboutissant à
saper chacune des
certitudes héritées
de la fin du siècle
dernier. Il ne
faut pas confondre
la mondialisation
et ses promesses.
Le modèle n'est
pas universel ; la
guerre contre le
terrorisme ne se
terminera pas
demain. La guerre
économique peut
certes créer des
richesses mais
elle reste une
guerre. Un monde
plus ouvert n'est
pas un monde sans
nations. Les
ambitions
ressurgissent là
où elles étaient
bafouées, et les
nationalismes
reviennent là où
on ne les
attendait plus,
jusqu'au sein de
la "vieille
Europe". L'époque,
en effet, attise
la course au
leadership.
Puisque Chine,
Inde, Russie, Brésil,
seront parmi les
grands à
l'horizon 2020,
les Etats-Unis
redoublent d'énergie.
La réélection
probable de George
W. Bush se
fera sur un
programme d'Etat
impérial. Et dans
une hiérarchie
mondiale en
mouvement accéléré,
c'est la place de
l'Europe qui se
joue. Nain
politique,
handicapé économique
: l'année 2004
sera pour l'Union
celle d'un sursaut
ou de la poursuite
du plongeon.
De tous les pays
européens, c'est
la France qui a le
plus besoin
d'Europe. La
Grande-Bretagne a
une vocation
historique propre
; la réunification
et l'élargissement
replacent
l'Allemagne au cœur
du continent ;
l'Espagne, grâce
à sa langue,
cultive des
ambitions
multiples. Le thème
européen est au
contraire le seul
vrai dessein
offert aux Français
depuis plusieurs
années. Son
contour était
flou. Il est
devenu incertain.
Et Paris, après
l'affaire d'Irak,
reste en première
ligne face à
l'adversité de
Washington. Avec
un risque
d'isolement. L'euro,
fort pour de
mauvaises raisons,
contrariera-t-il
la croissance
venue
d'outre-Atlantique
? De celle-ci dépend
pour partie le résultat
du cycle électoral
qui s'ouvre dans
moins de trois
mois avec les régionales.
Et pour partie
aussi le niveau de
croissance dont
manque
structurellement
notre économie.
Mais qu'il
s'agisse d'intégration,
de finances
publiques, de réformes
de l'Etat, de l'école
ou de l'hôpital,
c'est un très
lourd programme
que la France doit
lancer dès cette
année pour espérer
rompre avec la
spirale du déclin.
Pour espérer,
surtout, casser ce
discours qui
consiste à penser
que les clés de
notre destin sont
ailleurs qu'en
nous-mêmes. Et
faire, dès 2004,
que les
enseignements de
2003 ne soient pas
vains.
par
PHILOMENE BOUILLON (Val
d'Oise), GWENAELLE
MOULIN
(Montpellier),
JEAN-LUC POUSSIER
(Rennes), FRANCOIS
VAYNE (Lourdes),
publié dans la
Croix du 27 décembre
2003
Quatre prêtres,
tous ordonnés en
1954, témoignent
de l'impact de la
figure de l' ABBE
PIERRE et
de l'évolution
que le sacerdoce a
connu en cinquante
ans
Ordonnés
prêtres en 1954,
ils incarnent une
Eglise catholique
dont le visage
s'est transformé
radicalement en
seulement cinq décennies.
Et un Concile... "Il
faut se remettre
dans le contexte.
Dans ces années-là,
le catholicisme était
très en vogue,
fougueux, témoigne
le P. René
Guignot, 74 ans,
prêtre à Nîmes
(Gard). On nous
disait d'être
conquérant, qu'il
fallait y aller,
que tout était
beau. On était
porté à
l'apostolat de
plein-vent. On
nous poussait à
aller vers le
peuple." Le
P. Guignot est
aujourd'hui
archiviste de l'évêché
de Nîmes et aumônier
du clergé. Il est
entré au séminaire
à 16 ans et fut
ordonné à 23
ans. "A l'époque,
continue-t-il, on
était surtout
formé à la théologie,
très peu à la
pastorale."
Sentiment partagé
par le P.
Jean-Baptiste
Abadie, 76 ans,
ordonné prêtre
en cette même année
1954, Missionnaire
de l'Immaculée
Conception. Cette
figure du diocèse
de Tarbes et de
Lourdes, qui sait
parler le patois
bigourdan confirme
: "Nous étions
formés pour
devenir des curés
à la mode du
temps passé. Nous
sortions de la
guerre et cette
expérience nous
avait permis
d'entrevoir les
changements qui
s'imposaient dans
l'Eglise pour
rejoindre ceux qui
ne viendraient
plus jamais à nos
messes du
dimanche. Enfermés
et isolés jusqu'à
l'âge de
l'ordination - 27
ans pour moi -
nous lisions
beaucoup et
partagions les
intuitions de
l'abbé Godin,
considérant que
notre pays était
redevenu terre de
mission. Nous
voulions annoncer
l'Evangile aux
pauvres, aller
vers la classe
ouvrière..."
Une
sensibilité que
l'appel de l'abbé
Pierre a comme
cristallisée. Le
P. Charles Mullier,
salésien, encore
actif à mi-temps
à
Enghien-les-Bains
(Val-d'Oise) - 82
ans le 4 janvier
prochain ! - se
souvient de cet
appel : "En
1954, lorsque j'ai
été ordonné prêtre
à
Issy-les-Moulineaux,
j'avais entendu
parler de l'abbé
Pierre et de son
appel pour les
sans-abris. Je m'étais
dit :
"Ce n'est pas
un message, c'est
un cri". Cela
m'avait frappé.
Je n'étais pas
directement dans
le caritatif mais
on ne pouvait plus
être prêtre de
l'Eglise
catholique et ne
pas s'intéresser
au monde des
pauvres quand on
voit le Christ
dans l'Evangile."
Le P. Abadie
confirme cet
impact :
"L'exemple de
l'abbé Pierre
nous a marqués.
Il manifestait en
réalité la
volonté de
beaucoup de prêtres
d'aller vers les
pauvres, de vivre
avec eux-mêmes
si, regrette-t-il,
certains confrères
qui se sont ainsi
engagés, ont
tellement voulu être
comme tout le
monde qu'ils se
sont mariés, ont
adhéré à la CGT
et au Parti
communiste... Leur
sacerdoce a perdu
sa substance, ils
n'étaient plus
"tout à
tous".
Equilibre pas
facile à trouver
entre le ministère
traditionnel en
paroisse et
l'annonce de l'Evangile
aux pauvres."
Un équilibre que
le Concile Vatican
II a tenté
d'apporter une
dizaine d'années
plus tard, comme
le résume le P.
Guignot :
"Avec le
Concile Vatican
II, certains prêtres
ont pris un virage
à 180 degrés !
Ce fut une vraie
bouffée de fraîcheur.
Nous étions une génération
qui avait hâte de
changement et le
Concile nous a
encore davantage
poussés vers
l'ouverture."
Vicaire
épiscopal en
charge de la
formation des prêtres
dans le diocèse
de Rennes, le P.
Bernard Poirier,
75 ans l'an
prochain, également
ordonné en 1954,
apporte l'image
saisissante de
cette révolution
: "La théologie
de l'Eglise que
j'ai apprise
pendant ma
formation était
celle de Vatican I
et non celle de
Vatican II même
si cette dernière
s'amorçait.
Lorsque vous
regardez les
chiffres, vous
vous rendez compte
que les deux tiers
des prêtres en
activité sont
encore dans ce
cas. Pour Vatican
I, l'Eglise est
une société inégale.
Les évêques sont
les préfets de
Rome et, dans les
paroisses, le prêtre
dirige tout. Avec
Vatican II, c'est
une rupture
totale. L'Eglise
devient un peuple
de frères tous égaux.
Les pasteurs ont
à reconnaître
les ministères et
les grâces
propres aux laïcs.
Confrontés à ces
changements,
beaucoup de prêtres
ont peur de perdre
leur identité et
leur pouvoir. Or,
aujourd'hui, le rôle
du prêtre est de
veiller au cap, de
ne pas prendre
toute la place et
d'aider les autres
à grandir."
Un changement
radical dont le P.
Mullier rappelle
l'amplitude :
"Les prêtres
de ma génération
ont encaissé un
certain nombre de
chocs. En 1963, on
a eu le Concile,
qui a été un événement
très marquant
pour nous. Il a précédé
les événements
de 1968 qui ont
marqué un
bouleversement
profond. Cette année-là,
j'ai été nommé
curé de
Cormeilles-en-Parisis
et aumônier de
lycée. J'avais un
séminariste qui
venait célébrer
la messe avec moi
le matin, ensuite
nous prenions le
petit déjeuner
ensemble. Je me
souviens qu'il
posait son casque
sur la table car
le soir il
participait à la
manifestation. Il
allait se trouver
en face des CRS !
Globalement, tous
ces événements
montrent que l'Eglise
a quand même été
ouverte à des
changements
importants et
qu'on est resté
fidèles à notre
mission pastorale,
qui s'est exercée
de plus en plus
avec la
participation des
laïcs."
Mais qu'en est-il
de cet engagement
et de cette
capacité
d'interpeller,
cinquante ans plus
tard ? "On a
au moins un prophète
qui se lève comme
l'abbé Pierre,
constate le P.
Mullier. Ce n'est
plus tellement
dans l'air du
temps.
L'interpellation
du pouvoir
politique est
forte aujourd'hui
quand elle vient
du corps épiscopal
qui a vu sa
responsabilité
reconnue et accrue
avec le
Concile."
Mais le prêtre
doit toutefois
"rester un éveilleur,
un interpellateur,
insiste le P.
Guignot. Il ne
doit pas être
tout seul pour que
cela porte ses
fruits. Il doit
pouvoir s'appuyer
sur toute l'église
militante, les laïcs
et les groupes
catholiques avec
lesquels il
travaille. Même
si le prêtre
n'est pas là pour
se substituer aux
conseillers généraux,
aux maires ou à
tout autre élu,
notre rôle est
d'intervenir quand
il y a une
situation de
crise."
Pas facile
pourtant
d'interpeller, même
si, estime le P.
Poirier,
"c'est là
que la société
l'attend".
L'opinion publique
rend parfois cette
expression
difficile et il
faut du courage
pour faire
entendre sa voix.
Le P. Abadie
conclut pourtant :
"Ce que les
gens acceptent,
c'est que le prêtre
organise la charité,
et ainsi il donne
bonne conscience
à un grand
nombre. S'il se mêle
de vouloir aller
à l'origine du
mal, sur des
questions qui
touchent à
l'organisation de
la vie politique,
il est rejeté."
Ces prêtres de la
génération 54 en
souffrent et le
regrettent. Comme
si l'opinion, nous
disent-ils,
acceptait un abbé
Pierre mais pas
trop d' "abbés
Pierre".
Le
nouvel appel de l’abbé
Pierre
A
Gênes, au sanctuaire
Notre-Dame de la
Garde, le
12 décembre 2003
publié
dans la Croix du
27 décembre 2003
Henri
Grouès dit l'abbé
Pierre, né le
5 août 1912 à
Lyon dans une
famille aisée et
pieuse de sept
enfants. Prêtre
catholique,
responsable de la
Résistance
pendant la deuxième
guerre mondiale
puis député MRP
(démocrates chrétiens),
il fonde le
mouvement Emmaüs
en 1949. Dans les
années 90, il
manifeste en
faveur des immigrés
(régularisation
de leur situation,
logement ...).
L'abbé Pierre en
quelques dates :
1931, Moine
capucin après
avoir renoncé à
tout héritage ;
devient frère
Philippe
1938, Ordonné prêtre
six ans après être
entré au cloître
au couvent de
Crest
1942-1945, Résistant,
il prend le nom
d'abbé Pierre
dans la
clandestinité ;
en 1944, il passe
en Espagne puis
rejoint le général
de Gaulle à
Alger.
1945-1951, Député
de
Meurthe-et-Moselle, il
fait vivre des
pauvres sur son
indemnité
parlementaire.
1949-1954, Premières
communautés Emmaüs.
1954,
"Insurrection
de la Bonté"
(appel radio de
l'abbé Pierre en
faveur des
sans-logis) ;
depuis il n'a cessé
d'être le
porte-parole le
plus célèbre des
exclus.
1958, Expansion
mondiale des
Chiffonniers
d'Emmaüs.
1981, Il est nommé
officier de la Légion
d'honneur.
1986, Après le
premier hiver des
Restos du Cœur,
Coluche offre à
l'abbé Pierre les
sommes qui n'ont
pas été dépensées.
1987, Création de
la Fondation Abbé-Pierre
pour le logement
des défavorisés.
1988, Il se retire
à l'abbaye de
Saint-Wandrille.
Depuis l'âge de
70 ans, il s'est démis
de ses
responsabilités.
"Pour vaincre
le malheur, osons
ouvrir les yeux et
combattre. Le
monde est
malheureux. Pour
ceux d'entre nous
qui ne sont pas
affamés, ni sans
travail, ni sans
logis,
saurons-nous vivre
ce que la détresse
implacable des
autres réclame de
nous ? Le monde
est malheureux.
Probablement plus
que jamais. Il
l'est à l'échelle
du monde entier
car il y a
l'aveugle refus de
chefs d'Etat de
mettre un frein à
la pollution -
dont
s'enrichissent les
chefs d'industrie
- tandis qu'elle détraque
irrémédiablement
notre terre, comme
le crient les
inondations
survenant à tour
de rôle dans tous
les continents. Et
on nous dit que ce
n'est qu'un début.
Réagissons, il
est encore temps !
Réagissons pour
vaincre le malheur
qui se répand
avec les écarts
scandaleux entre
ce que l'on gagne
dans les pays
pauvres et dans
les pays riches,
provoquant l'irrésistible
émigration de
ceux qui ont pu
acquérir un compétence
universitaire.
Et encore le
malheur ! Avec
l'immigration
toujours
croissante de ceux
qui ne veulent pas
désespérer. Et
ce n'est qu'un début.
Peut-on prévoir
ce que cela sera
bientôt si on est
attentif à l'éveil
d'un million et
demi de Chinois et
un million
d'Indiens ? Quant
au malheur français,
on le voit dans la
manière de vivre
de ces 200.000
familles ruinées
chaque année et
privées de tout,
par la faillite
qui frappe chaque
année 200.000
entreprises,
abattant un
million de
personnes.
Voudrait-on que l'Etat
réduise les
budgets de l'éducation,
de la santé ou
autres ? Nous ne
saurions nous
arracher de nos
malheurs par
quelques grands
travaux comme le
firent les
dictatures. Réagissons,
il est encore
temps !
C'est la guerre !
Car qui
accepterait de
voir annuler ses
allocations de
survie, alors
qu'en France plus
de trois millions
de personnes sont
indignement mal
logées ? Nous
savons tous que la
France, comme
l'Allemagne, parmi
d'autres nations
européennes,
passe par un temps
de restrictions de
moyens. Un à un
tous les budgets
sont rognés.
Refusons
à tous ceux qui décident,
élus et ministre
du logement, le
droit de diminuer
le budget
logement. Deux
millions de Français
sont encore mal
logés ou dans des
gîtes inhumains
surpeuplés.
50.000 sans logis
grelottent dans le
froid, ou meurent
écrasés de
chaleur dans les
canicules. Cette réalité
ne peut que
pousser la
jeunesse au désespoir
ou à la délinquance.
Nous qui sommes
logés, que
serions-nous si,
dans notre
enfance, nous
avions dû grandir
dans cette détresse
? Où en serait
notre santé ?
Qu’aurait été
notre scolarité ?
Oui, il
faut le crier
: Assez d'indifférence
ou d’aveuglement
! Agissons tous, où
que nous soyons,
pour interdire que
soit encore, cette
année, réduite
la construction de
logements et
sauvons par
priorité les
logements sociaux
à la portée des
plus démunis.
Et n’oublions
pas l’Eternel.
La science est
certes
merveilleuse. Mais
elle n’a pas réponse
à tout. Dans son
expérience intérieure,
la personne
humaine peut
rencontrer la présence
de l’Eternel.
Dans son livre, Le
Hasard et la Nécessité,
Jacques Monod nous
éclairait sur "le
comment" de
toute chose. Mais
après ? Ou plutôt
avant ? Je veux
dire : sur
"l’Etre"
de ce tout, le
livre est aveugle
! Peut-on vraiment
saisir l’Eternel
à force de
grossir la
petitesse des
atomes, comme les
astronautes
enfantins riant de
ne l’avoir
pas vu dans la démesure
de l’espace
?
A vouloir écouter
la musique avec
les yeux ou
respirer les
couleurs ou
entendre les
parfums, on peut
sincèrement
enseigner que
n'existent ni
musique, ni
couleur, ni
parfum. Mais on se
trompe ! Le
microscope ne
saisit pas l'Eternel
! Ni rien ne le
saisit... Mais
celui qui dit
"non" à
l'injustice...
mais celui qui va,
par "vrai
amour", à
rebours de tout
profit pour que
soit servi en
premier le plus
petit... dans la
saveur
inexprimable qui
jaillit en lui, il
sait bien que l'Eternel
insaisissable le
saisit et,
minuscule étincelle
de liberté, juste
assez pour être
capable d'aimer,
il sait bien que,
dans ce
commencement
d'amour, il est
aimé par
l'Aimable infini,
dont tout en lui
était autant
signe, en creux,
qu'impatientes
faim et soif.
N’ayons
pas peur. A
l'heure de mourir,
n'ayons pas peur !
Nous nous verrons
en pleine lumière
devant Notre Père
avec les péchés
de notre vie. Mais
Notre Dame, la
Vierge Marie, aux
côtés de Jésus
Notre Seigneur
dira au Père :
"Oui, il ou
elle a été pêcheur.
Mais, Père,
regarde comme il
ou elle a vécu
pour les pauvres
avec les pauvres,
pour leur redonner
leur pain et leur
dignité."
Alors Jésus dira
: "Père,
oui, celui-ci ou
celle-là sont de
mes amis." Et
notre Père dira :
"Merci
d'avoir aimé
comme vraiment un
de mes fils, pour
rendre croyable
que je suis Amour,
malgré tout ce
qui, dans la
Nature et dans
l’Histoire,
semble le nier.
Entre
dans la pleine
Vie, et Paix, et
Joie éternelle"."