Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°41  du 8 janvier 2004  

 
Le triomphe du fondamentalisme américain
 
Nous vous souhaitons nos Meilleurs Voeux pour l'année 2004.
 
Deux drames similaires ont endeuillé le Liban et la France en ce début d'année, avec la chute de deux avions au décollage, dans la mer, entraînant la mort de plus de cent Libanais à Cotonou (le 25 décembre) et cent Français à Charm-el-Cheikh (le 3 janvier).
 

Cinquante ans après son appel à une "insurrection de la bonté" contre la misère, l'abbé Pierre, 91 ans, lance un nouveau combat pour arracher au dénuement et à la détresse les trois millions de personnes mal logées en France.

 

Les Etats-Unis triomphent avec une force inégalable, qui leur aura permis d'atteindre aussi bien l'Irak que la planète Mars.

 
 
Accident de voeux
 
par PIERRE MARCELLE, publié dans Libération le 5 janvier 2004
 
Et vous, vos voeux, vous les avez présentés comment ? Coincés entre attentats et menaces contre des aéronefs, tremblement de terre lointain et séisme social pour chômeurs au coin de la rue, les nôtres manquent, cette année, de cette conviction chantante qui appelle les lendemains radieux. Le délitement de l'Europe dans la résurgence de tous ses nationalismes, si exemplairement illustrée par la fortune électorale du purificateur ethnique Milosevic, aura déprimé notre somnolente vacance. Sans même regarder vers l'Orient qui brûle avec constance, le coeur n'est pas trop à rire, ni l'esprit à faire des bulles. Il y eut pourtant, venue d'Albion afin de nous ravir la Noël, une diversion que le quotidien la Montagne titra plaisamment "Royal drame ­- Accident de chiens." Y était relaté comme le "puissant" bull-terrier (marque de chien) de Mlle Anne, princesse d'Angleterre, mordit "sauvagement" le "vieillissant" corgi (autre marque de chien) de Mme Elisabeth, reine d'Angleterre. Ainsi Dottie fit-il passer Pharos ad patres canum ; de cet anecdotique incident, survenu le 24 décembre au château de Sandrigham, on eût aimé tirer plus : détailler le jaillissement hors la Bentley qui l'amena, du clebs princier fonçant sus au clebs royal, les glapissements de loufiats impuissants à empêcher que celui-ci bouffât celui-là, et le sang sur la neige ; revenir sur les antécédents du cabot agresseur (deux mômes déjà, en avril 2002 dans le parc de Windsor) ; analyser, peut-être, le poids de la querelle familiale et subséquente sur le devenir de la Couronne... L'atmosphère du temps délétère tua cette velléité. C'est qu'en s'attelant à ces voeux de papier, on se souvint que 2004 serait électorale. Un cauchemar nous projeta alors un chien irruptant dans ses scrutins comme en un jeu de quilles. Les quilles y figuraient les libertés démocratiques, les acquis sociaux et les lois de la République. Le mâtin était tatoué au jambon d'une flamme tricolore.
 
 
Le temps du mépris
 
par BERTRAND POIROT-DELPECH, publié dans le Monde du 7 janvier 2004
 
Longtemps après la victoire allemande de juin 1940, des affiches proclamaient encore que nous serions vainqueurs parce que nous étions "les plus forts". C'est dire que le mensonge d'Etat ne date pas d'hier. Le citoyen est traité en client docile au conditionnement. Il semblait que l'opinion américaine faisait exception - par atavisme protestant, peut-être. Les dirigeants d'outre-Atlantique pouvaient tout se permettre, sauf de tricher avec la vérité. Récemment encore, Clinton a fait les frais de cette exigence puritaine, en se cachant de ses amours latérales comme un gamin surpris les doigts dans la confiture. Depuis lors, la Mecque du trucage qu'était Moscou a succombé à ses menteries. Tout s'est alors passé comme si le dernier géant resté debout pouvait tout se permettre, y compris trahir son bon fond de loyauté. Il pouvait affabuler quant aux motifs de la guerre à Saddam, enfreindre, à Guantanamo, les droits de l'homme dont on le disait la patrie, faire sa banque sur le dos des pauvres et piller les ressources naturelles communes, tout en prônant le partage, en se donnant comme modèle indépassable. La terreur du déséquilibre remplaçait en douce l'équilibre de la terreur. D'où surgira l'ultime contrepoids ? Pour jouer ce rôle vital, aura-t-il manqué à l'Europe une génération supplémentaire d'atermoiements ? Au vrai, l'Amérique n'est pas seule à brader ses vertus. La France, qui se flattait de résister mieux que d'autres pays au bourrage de crâne, s'est engouffrée dans le faux-semblant. L'annonce y tient lieu d'action, l'euphémisme règne. Qu'un drame surgisse, et tous les responsables se disputent les micros pour plaider leur innocence, leur compassion, comme si on allait voter demain.
 
Les télescopages du "zapping" encouragent toutes les diversions, qu'on dirait orchestrées, au nom de la modernité, par nos nouveaux princes, les dir'com'. Le coq-à-l'âne du "voile à l'école" masque à bon compte la crise des services publics, comme autrefois la querelle sur le sexe des anges, ouverte en plein vacillement mondial, ou la "campagne anti-acridienne" sur laquelle nos proconsuls "communiquaient" en pleine bataille d'Alger. Notre goût pour les joutes théoriques fait la part belle aux alibis des débats "majeurs", des "grandes" lois, et autres messages "forts". Médiatiseurs et médiatisés se partagent le gâteau de la parole publique, reconnaissables à leur rabâchage de l'expression "c'est vrai que". Les mots n'ont plus de valeur que marchande, de publicité déguisée, de bouche-trous. Prime absolue au "dernier album" de chanteurs, aux anecdotes de présentateurs. Jusqu'au terme de "réalité", confisqué pour couvrir le comble de l'artifice tarifé ! Restent les signaux-lapsus échappés aux stratagèmes écervelants des communicateurs. A quelques "20 heures" d'intervalle se sont succédé sur nos écrans le Queen-Mary-2, paré comme une élégante victorienne au Derby d'Epsom - preuve, par son style nouille du Normandie, que le nouveau siècle n'est plus porteur, sur mer en tout cas, que de nostalgie -, et la dépouille du porte-avions Clemenceau renvoyée de toutes les anses européennes pour recracher ses amiantes et ses rouilles.
 
Les vacanciers de Charm el-Cheikh n'avaient pas encore vu la mort exploser les hublots vert sombre de leur "charter", et les asphyxier à prix imbattables. "Nous sommes des créateurs", est venu dire un voyagiste, gorge serrée. Des créateurs de... " joie de vivre !", a-t-il précisé (sic). 2004 commence très fort dans l'art de se foutre du monde. Serait-il venu, et irrévocable, le temps du mépris ?
 
 
Le pape dénonce "la plaie du terrorisme"
Dans son message de Noël depuis la place Saint-Pierre
paru dans Ouest-France le 27 décembre 2003
 
Fatigué mais déterminé, le pape a demandé jeudi à Dieu, lors de sa traditionnelle bénédiction urbi et orbi, de sauver l'humanité du fléau du terrorisme et des guerres. 26e Noël du pontificat de Jean-Paul II. Le vieux pape de 83 ans s'est exprimé avec beaucoup de difficultés, hier, à midi, pour sa bénédiction de Noël et son traditionnel message "à Rome et au monde" (urbi et orbi). Au cours de la messe de la nativité, dans la nuit de mercredi à jeudi, il avait semblé plus en forme. Hier, il a dû s'interrompre plusieurs fois pour reprendre son souffle. En particulier lorsqu'il a, dans 62 langues différentes, souhaité au monde un joyeux Noël. "Sauve-nous des grands maux qui déchirent l'humanité en ces premières années du troisième millénaire", a-t-il demandé à Dieu depuis son siège installé sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. "Sauve-nous des guerres et des conflits armés qui dévastent des régions entières du globe, de la plaie du terrorisme et des nombreuses formes de violences qui atteignent gravement des personnes faibles et sans défense", a-t-il poursuivi, devant des milliers de fidèles qui l'ont interrompu à plusieurs reprises par leurs applaudissements. Jean-Paul II a par ailleurs appelé dans sa bénédiction à la paix au Proche-Orient. "Sauve-nous du découragement dans notre marche sur les chemins de la paix [...] surtout sur la Terre où tu es né, Toi, Prince de la Paix." Pour la première fois depuis 1978, le pape célèbre Noël sans aucun projet de voyages pour l'année 2004, mais ce n'est pas faute d'avoir été invité dans plusieurs pays. Pour autant, son porte-parole, Joaquim Navarro-Vals, a fait savoir que Jean-Paul II n'avait pas renoncé à ses voyages. 
 

 

Air Massacre

 
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 7 janvier 2004
 
Coup sur coup, les catastrophes aériennes de Cotonou et de Charm el-Cheikh ont fait surgir deux problèmes des plus préoccupants, en cette ère de démocratisation effrénée des voyages et loisirs : la fiabilité des vols charters et la responsabilité des autorités pour ce qui a trait à l’état de vol des avions exploités comme à la qualification réelle de leurs équipages. Non point évidemment que charter soit forcément synonyme de médiocrité ou, plus grave encore, de précarité et d’insécurité. La formule reste pain bénit pour les millions de voyageurs gagnant tous les ans, hiver comme été, des sites de tourisme ou de pèlerinage rarement desservis en direct par les vols réguliers : la programmation précise des vols et le coefficient de remplissage élevé permettant de pratiquer des tarifs qui défient toute concurrence. Tout se gâte cependant dès lors que le pire se mêle au meilleur et que l’on a affaire à des opérateurs douteux mettant en service des avions d’un autre âge, sommairement entretenus de surcroît. De telles lacunes ne sont pas toujours très apparentes hélas, et même un pays aussi strict en la matière que la France, cruellement endeuillée par l’accident de Charm el-Cheikh, s’est vu donner des leçons de rigueur par la Suisse, spécialiste mondial en la matière qui, elle, avait refusé le survol de son territoire à la compagnie égyptienne Flash. Mais parfois aussi ces lacunes sont si flagrantes, si criantes qu’il faudrait être sourd, d’une criminelle surdité, pour ne pas réagir face à l’inacceptable.
 
Tel semble bien avoir été le cas dans la tragédie de Cotonou du 25 décembre 2003, qui a causé la mort de dizaines de nos compatriotes, et qui soulève une foule de questions qu’il serait trop long d’énumérer ici. Sans présumer bien sûr du cheminement de l’enquête actuellement menée par les plus hautes autorités judiciaires libanaises, on reste stupéfait devant la complaisance dont a pu longtemps bénéficier, à l’Aéroport de Beyrouth, la compagnie UTA. Il apparaît aujourd’hui - mais aujourd’hui seulement ! - que celle-ci est soupçonnée d’avoir maquillé au départ ses documents accréditifs, ce qui porte d’ailleurs le procureur de la République à saisir la totalité du dossier pour le soustraire, selon ses propres dires, à d’éventuels et tardifs rajouts ou amputations. Il est de même établi que le Boeing 727, vieux de quarante ans desservant Beyrouth, souffrait de défaillances suffisamment graves pour être constatées sur place et pas assez graves cependant, faut-il croire, pour que les autorités locales se donnent la peine d’alerter les organismes internationaux ou du moins les passagers potentiels. Pour couronner le tout, les organisateurs du vol Conakry-Cotonou-Beyrouth-Dubaï, au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité, pratiquaient couramment la surcharge de passagers et de fret : lequel fret ne se limitait peut-être pas à des lots de mangues et de papayes, puisqu’il est fortement question aussi de blanchiment d’argent par valises entières bourrées de billets de banque, qui passaient sans encombre le contrôle de l’AIB. Le plus préoccupant, le plus révoltant, est que toutes ces lacunes et irrégularités n’auraient pu se produire et se poursuivre jusqu’au désastre final si elles ne bénéficiaient de protections exceptionnellement agissantes.

Ya-t-il une chance sur mille que celles-ci soient démasquées, que l’on ne se contente pas comme dans d’autres scandales de jeter quelque bouc émissaire en pâture à l’opinion ? De voler très haut sur la scène politique locale, aussi haut que leurs cercueils volants, suffit-il pour placer les protecteurs au-dessus de la loi ? L’ampleur de la tragédie exige pourtant que toute la lumière soit faite : car venant s’ajouter aux nombreuses pertes de vies humaines, le scandale rejaillit indirectement mais très effectivement sur l’excellente renommée des ailes libanaises, de même qu’il porte un grand préjudice aux très sérieuses et performantes agences de tourisme locales affrétant des charters pour transporter les vacanciers. Pour conclure, ce n’est pas pousser le bouchon trop loin que de rappeler que les malheureuses victimes ne rentraient pas d’un passionnant et coûteux safari-photo : c’était des expatriés partis chercher en terre africaine les moyens de subsistance que ne peut plus leur offrir leur pays arraisonné, en proie au marasme économique, ployant sous la dette publique et où prospère avec insolence néanmoins une caste politique en tous points privilégiée qui s’ingénie à boucher tous les horizons face aux jeunes Libanais. Le véritable drame c’est l’absence de toute politique de l’émigration, constatait amèrement il y a quelques jours un élu. Erreur, Monsieur le député : elle est bien là, "leur" politique. Et elle consiste très précisément à fabriquer des émigrés.
 
 
La question d'Orient
 
par JOSEPH MACE-SCARON, publié dans le Figaro Magazine du 3 janvier 2004

Pauvres chrétiens d'Orient, si près de Dieu et si loin des Etats-Unis. Qui s'intéresse à eux ? Qui s'est jamais intéressé à eux autrement que pour les images esthétisantes de leurs offices ? Utilisés de temps à autre, ignorés le plus souvent, ces marginaux de l'histoire ont payé très cher, tout au long des siècles, leur délicate position à la jointure de deux mondes, Orient et Occident, et de deux civilisations, Islam et christianisme. Singulier destin que celui des Eglises de l'aurore qui, les premières, accueillirent la lumière de la Résurrection. Certains de leurs fidèles, comme Jésus en son temps, prient toujours - c'est le cas en Irak - en araméen, langue vernaculaire de tout l'Orient au tournant de notre ère. D'autres invoquent le Seigneur en copte, issu de l'égyptien antique. Leurs monastères et leurs églises se dressent depuis la plaine de Mésopotamie jusqu'aux hauts plateaux d'Ethiopie... Qui se souvient que les chrétiens orientaux, présents depuis toujours sur ces terres, furent les premiers à révéler le message des Evangiles ?
 
On cherchera en vain, en Egypte, toute trace de "discrimination positive". Les sept millions de chrétiens présents ici depuis bientôt deux millénaires sont toujours des citoyens de seconde zone. Il y a quelques jours, j'ai pu constater de visu que ce que l'on appelle pompeusement le "quartier copte", au Caire, est en fait un ghetto. Et que les monastères de Wadi Natroun, où enseignèrent et enseignent toujours des pères du désert, sont sous protection policière. Un monastère comme Deir Abou Makar est une forteresse assiégée. Les cent moines qui y résident sont étrangers dans leur propre pays. Et le fait qu'une intense vie spirituelle s'y développe, notamment avec la haute figure du père Matta El-Maskîne, digne fils de saint Macaire, ne fait qu'accroître les haines. Et pourtant, depuis dix ans, les autorités coptes ont multiplié les gestes de bonne volonté. Elles accueillent dans les écoles 75% de musulmans et leur dispensent des cours d'islam. Comme tous les chrétiens d'Orient, ils cultivent un sens du compromis poussé jusqu'à la mutilation. Les coptes se sont même voulus parfois plus musulmans que les musulmans. Cette attitude les conduisant à d'inquiétantes dérives lorsqu'ils abordaient le conflit israélo-palestinien.
 
L'oppression commence toujours par annihiler la parole de la victime. Malgré tous leurs efforts, la question copte est taboue en Egypte, de même que celle des chrétiens d'Orient est taboue dans l'immense majorité des pays musulmans. Il ne se passe pas un mois sans qu'un attentat soit commis contre des coptes : églises et chapelles profanées ou brûlées, fidèles ou prêtres tués dans la rue ou dans leur foyer, tirs meurtriers sur les processions, pourtant organisées, comme le veut la loi musulmane, dans une enceinte close à cette intention. Méprisés par le pouvoir, les coptes ne sont jamais secourus par leurs compatriotes musulmans. Un seul le fit, comme l'a rappelé Jean-Pierre Péroncel-Hugoz : l'écrivain Frag Foda. Il fut assassiné en 1992. Certes, on ne doute pas qu'il existe, qu'il a toujours existé, un islam tolérant et modéré, mais ce n'est pas, aujourd'hui, celui que l'on entend le plus en Egypte. On attend encore que se construise la nahdha, la vraie renaissance arabe, celle qui veut épouser son temps. Avec plus d'ingénieurs que d'imams et plus de professeurs que de guerriers. Sans cette renaissance, le Proche-Orient méditerranéen, dont la fortune fut attachée aux brassages des religions et des ethnies, risque d'avoir demain le triste visage de l'uniformité.
 
Cette sombre situation des coptes peut être étendue aux autres chrétiens. Au Liban, ces derniers étaient répartis sur un territoire de 10.000 kilomètres carrés ; après des années de conflit, ils vivent dans un réduit (NDLR RJLiban : en fait, depuis la fin de la guerre en 1990, les chrétiens libanais ont pu regagner toutes les régions où ils vivaient avant 1975, dans un même esprit de coexistence ; l'émigration a cependant touché des dizaines de milliers d'habitants, les chrétiens étant plus nombreux que les musulmans à avoir quitté leur pays). Un confetti de pays. C'est que notre mémoire est décidément bien sélective. Déraciné et arraché à son milieu naturel, le christianisme oriental, qui fête la naissance du Christ dans quelques jours, est en danger de mort car la moitié de ses fidèles se trouvent aujourd'hui en dehors de leurs pays natifs, disséminés en Europe, aux Etats-Unis, au Canada ou en Amérique latine. Peut-on arrêter ce massacre cultuel et culturel ? On peut, tout au moins, tenter de lever le voile qui couvre le visage des Eglises d'Orient. Ce que les chrétiens ont gagné en mondialisation, ne risquent-ils pas de le perdre en catholicité ? Il y a déjà plus d'un quart de siècle, un évêque polonais tenait à Rome une conférence de presse. Interrogé par un journaliste sur les Eglises du silence, il eut cette répartie cinglante : "Sachez, Monsieur, qu'il n'y a pas d'Eglise du silence, il y a des Eglises sur lesquelles vous, en Occident, faites silence." Ce prêtre s'appelait Karol Wojtyla.
 
 
Martyrology of 2003 : 29 Catholic Missionaries Killed
 
published by All Africa Global Media on December 31, 2003
 
The Fides list includes all Catholics - clerics, religious, and laymen - who are known to have died while engaged in missionary work. As Fides explains, the list includes "not missionaries ad gentes in the strict sense of the term, but all members of Church personnel who chose to risk their lives rather than give up their mission and apostolate : they are 'martyrs of charity,' as Pope John Paul II fondly calls them." Fides points out that this list is not exhaustive ; many other Catholics may have died for the Gospel without attracting public notice. This year's list of slain missionaries includes one archbishop, 22 priests, one nun, 3 seminarians, and 2 lay missionaries. For the first time, an apostolic nuncio is listed in the year's martyrology : Archbishop Michael Courtney, who died in Burundi on December 29. Africa was once again the continent where the greatest number of missionaries died this year: 17 people were killed there, including 6 in Uganda and 5 in the Democratic Republic of Congo. The most deadly nation in the Western hemisphere was Colombia, where six missionaries were killed. The overall number of missionaries slain in 2003 is similar to that of previous years. In 2002, 25 people were listed in the Fides martyrology. In 2001 that figure was 33, and in 2000 it was 30. The list of missionaries slain in 2003, according to Fides, includes :

Father Dieudonne Mvuezolo-Tovo of the Democratic Republic of Congo, killed in that country on March 11.
Father Nelson Gomez Bejarano of Colombia, killed there on March 22.
Father Martin Macharia Njoroge of Kenya, killed in Nairobi on April 11.
Father Raphel Ngona of Democratic Republic of Congo, killed there on May 6.
Three students from the minor seminary in Lachor, Uganda, who were killed on May 10. (Another 38 students from the same institution, kidnapped by rebels, are believed to still be captives.)
Fathers Aime Njabu and Francois Xavier Mateso, both of the Democratic Republic of Congo, killed on May 10 along with several parishioners.
Father Jairo Garavito of Colombia, killed there on May 15.
Father Manus Campbell OFM, an Irish missionary working in South Africa, killed near Durban on May 21.
Ana Isabel Sanchez Torralba, a Spanish mission volunteer, killed in Equatorial Guinea on July 1.
Father George Ibrahim of Pakistan, killed there on July 5.
Father Taddeo Gabrieli, OFM Cap, an Italian missionary stationed in Brazil, killed there on July 19.
Father Mario Mantovani, an Italian Comboni missionary, killed in Uganda on August 14.
Brother Godfrey Kiryowa, of Uganda, killed alongside Father Mantovani on August 14.
Father Alphones Kavendiambuku of the Democratic Republic of Congo, killed there on August 26.
Father Lawrence Oyuru of Uganda, killed along with 25 other people in a rebel attack on September 1.
Father William de Jesus Ortez and Jaime Noel Quintanilla of El Salvador, killed inside the cathedral of Santiago de Maria diocese on October 5.
Annalena Tonelli, an Italian medical volunteer, killed on October 5 at a hospital in Somalia.
Father Sanjeevananda Swami of India, killed there on October 7.
Father Saulo Carreno and Maritza Linares, both of Colombia, killed there on November 3.
Father Henry Humberto Lopez Cruz of Lebanon, killed in Colombia on November 3.
Father Jose Rubin Rodriguez of Colombia, killed there sometime after being kidnapped on November 14. (His body was discovered on November 21.)
Father Jose Maria Ruiz Furlan of Guatemala, killed there on December 14.
Father Anton Probst, a German Claretian missionary, killed in Cameroon after midnight Mass on Christmas Day.
Archbishop Michael Courtney, the apostolic nuncio in Burundi, killed there on December 29.
 
 
Lugubre célébration de Noël à Bethléem
 
Pour la troisième année consécutive, Israël a interdit à Yasser Arafat de participer à la messe de minuit en l'église de la Nativité
 
paru dans le Figaro le 26 décembre 2003
 
La célébration de Noël à Bethléem a pris une nouvelle fois des accents lugubres hier, l'espoir peinant à se frayer un chemin vers la ville natale de Jésus, toujours encerclée par l'armée israélienne. Le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, a estimé que la construction par Israël d'une barrière de sécurité le séparant de la Cisjordanie nuisait aux efforts de paix. Des pèlerins étrangers et des chrétiens palestiniens sont parvenus à franchir les barrages militaires israéliens pour se réunir dans l'église de la Nativité, afin d'y célébrer la messe de minuit. Mais cette assemblée semblait clairsemée par rapport aux milliers de pèlerins qui venaient à Bethléem pour fêter Noël avant la deuxième intifada, en septembre 2000. "La barrière militaire est en train de transformer les villes et les villages palestiniens en une véritable prison, tout en détruisant (au passage) des maisons et des terrains cultivés", a déclaré Michel Sabbah, un Palestinien, dans son sermon de Noël. Devant l'église de la Nativité, plusieurs façades de la place de la Mangeoire arboraient des banderoles critiquant la barrière de sécurité, qui selon Israël est indispensable pour empêcher la venue de kamikazes en territoire israélien. Côté palestinien, on estime que cette construction constitue une expropriation déguisée aux dépens des habitants des secteurs situés sur son tracé, dont les terres devraient appartenir à un futur Etat palestinien.
 
Pour la troisième année consécutive, Israël a interdit au dirigeant palestinien, Yasser Arafat, de participer comme il avait coutume de le faire à la messe de minuit célébrée en l'église de la Nativité. Son siège frappé d'une plaque à son nom, au premier rang, est resté vide, recouvert de l'un de ses keffiehs. Arafat, qui est de confession musulmane, s'est contenté d'illuminer un arbre de Noël dans ses locaux de la Moukatta, à Ramallah, où le confine l'armée israélienne depuis 2001. Il a déclaré qu'Israël "avait voulu entamer le moral du peuple palestinien" en le maintenant confiné dans son quartier général. Il a en outre stigmatisé la poursuite de la construction de la ligne de séparation, qu'Israël compte achever, pour la plus grande partie, en 2004. "C'est un crime qui a été condamné par la communauté internationale. En dépit de la résolution de l'ONU référant la question à la Cour internationale de justice (CIJ), ils poursuivent leur crime", a-t-il dit. Pendant un bref instant, le conflit israélo-palestinien est toutefois passé au second plan. Des chorales d'étudiants palestiniens ont donné de la voix et un groupe de pop sud-coréen a offert un concert sur la place de la Mangeoire, où l'on proposait sur des stands du maïs et des bonbons. Un grand sapin de Noël, scintillant, dominait la place.
 
Israël affirme avoir assoupli les conditions de passage aux barrages ponctuant les routes de Cisjordanie, afin d'aider les chrétiens palestiniens et les pèlerins étrangers à gagner Bethléem. "C'est la foi qui nous a guidés ici, explique Eileen Dunne, une retraitée irlandaise venue en pèlerinage. Nous sommes ici pour nous joindre à la population." Les Palestiniens regrettent le manque des pèlerins, qui alimentaient auparavant un secteur touristique représentant une bouffée d'oxygène pour l'économie palestinienne. "Ces gens ne viennent que pour la messe. Pas les touristes. Ce n'est pas vraiment Noël", déplore pour sa part Hussein Agil Boucharigh, montrant ses colliers invendus au passage de deux nonnes au regard évasif.
 

Le triomphe du fondamentalisme américain
 
Chaque jour se dresse une Amérique plus puissante, plus dure, religieuse, puritaine et nationaliste
 
par PATRICE HIGONNET, publié dans Libération le 1er janvier 2004
 
L'auteur est professeur d'histoire française à Harvard
 
L'Amérique, comme la nostalgie, n'est vraiment plus ce qu'elle était. Il faut voir ce pays de l'intérieur, allant quotidiennement de mal en pis, selon une accélération de l'histoire qui donne le vertige. L'Amérique semblait en 1945 toute gagnée aux Lumières. Nous la découvrons aujourd'hui schizophrène, libertaire sans doute encore à New York, Boston, Seattle et San Francisco, l'Amérique des scientifiques et des lettrés, des théâtres, des musées, des happenings, des grandes universités, des mécènes et des philanthropes : en un mot, c'est l'Amérique du New Deal mâtinée de postmodernisme. A côté de cette Amérique tocquevillienne, si l'on peut parler ainsi, se dresse une autre Amérique, sans cesse plus puissante, plus dure, religieuse, puritaine, nationale et nationaliste, une Amérique arrogante qu'incarne George Bush, président que nous avons tous sous-estimé, hélas, et qui incarne désormais le mal profond, et peut-être irréversible, qui ronge les Etats-Unis.

 

Sans doute, le protestantisme des "dissenters" est depuis toujours au coeur de l'américanité. L'Amérique de John Locke et de Thomas Jefferson a dû cohabiter avec celle des Puritains. Et, sans doute, ce protestantisme populaire a toujours eu son côté populiste, son travers démagogique : ce n'est ni aux oulémas ou aux kabbalistes que nous devons l'invention du fondamentalisme, qu'il s'agisse de la chose en soi ou du terme qui le désigne, mais à cette Amérique intégriste. Rappelons en effet que c'est en Californie que naquit en 1910 cette locution tirée du titre d'une revue, intitulée Fundamentals. Et le Webster's Dictionary de 1938 nous offre comme définition du terme : "Une tendance récente du protestantisme américain, née en réaction aux mouvements de modernisation de la société." Le Petit Larousse, qui ignorait ce terme avant la Seconde Guerre mondiale, proposait quant à lui en 1980 : "tendance conservatrice de certains milieux protestants, notamment aux Etats-Unis". Cette religiosité populiste ­- méthodiste plutôt que strictement calviniste ou presbytérienne, baptiste plutôt qu'anglicane -­ fut pendant plus de deux siècles minoritaire et assez souvent positive : c'est à ce courant que nous devons par exemple, vers 1850, l'anti-esclavagisme et le féminisme. Mais aujourd'hui ce courant populiste s'est figé, parce qu'en son sein les obscurantistes l'emportent largement sur les universalistes, mais aussi car cette vision du monde s'est raidie par rapport aux autres courants culturels véhiculés en Amérique.

 

Brusquement, nous prenons conscience que le rapport de force, vieux de près de trois siècles, entre le protestantisme populiste et le protestantisme libertaire, s'est inversé. Nous assistons donc aujourd'hui, quelque peu effarés, à l'épanouissement d'une tendance ancienne en Amérique qui croissait souterrainement (nous le comprenons maintenant mais c'est un peu tard) depuis cinq ou six décennies. De ce courant délétère, George Bush est la parfaite expression. Que ce courant fondamentaliste existât, nous le savions tous, mais sans nous en inquiéter beaucoup, et de fait il n'était autrefois qu'assez peu dangereux. Ainsi, Lincoln, simultanément visionnaire et fin politique, se montra plein d'égards pour les prédicants protestants de son temps, mais c'était pour faire, et à leurs dépens, de l'émancipation des Noirs une cause millénariste : comme le voulait le Battle Hymn of the Republic, au son duquel les Nordistes marchèrent au combat, "comme le Christ marcha pour transformer les hommes en saints, marchons pour rendre les hommes libres" ! Pour reprendre le message de Clemenceau lors de l'armistice de 1918, "la France, hier soldat de Dieu aujourd'hui soldat de l'humanité, sera toujours le soldat de l'idéal", c'était là affirmer que l'Amérique de Lincoln, soldat de la liberté religieuse en même temps que de l'émancipation des Noirs, serait toujours le soldat d'une liberté quelconque.

 

Mais nous n'en sommes plus là. Certes, le parti républicain n'est pas uniforme. Comme l'explique Kevin Philips, commentateur de droite mais en rupture de fourneaux, la coalition républicaine actuelle réunit "Wall Street, Big Energy, multinational corporations, the Military Industrial Complex, the Religious Right, the Market Extremists think tanks, et le Rush Limbaugh Axis" (Approximativement : la Bourse et la finance, le pétrole, les multinationales, le complexe militaro-industriel, la droite religieuse, les idéologues de l'ultralibéralisme et les grandes gueules populistes). Sans doute, à ceci près cependant qu'il importe d'inverser cet ordre : la droite religieuse est devenue, et de loin, électoralement surtout, la plus conséquente. C'est elle qui détermine la sensibilité de George Bush. Rappelons que les "white evangelical protestants" (un tiers de la population américaine) comptaient pour 15 % des électeurs de Gore et plus de 40 % de ceux de Bush. Cette minorité religieuse agissante tire sa force de son nombre, de son intransigeance idéologique, et du fait que George Bush attribue la défaite de son père au manque de soutien que lui apporta ce milieu. Mais surtout de la nouvelle stratégie du fondamentalisme protestant. En 1958, par exemple, ce fondamentalisme protestant n'a pas empêché l'arrivée au pouvoir de Kennedy, catholique doublement vulnérable puisque démocrate et licencieux ; mais, quarante ans plus tard, il a réussi à porter George Bush jusqu'à la Maison Blanche.

 

Comment en est-on arrivé là ? Pour les uns, il faudrait remonter à l'anticommunisme des années 40 et 50 qui fut, pour des millions d'Américains -­ les catholiques surtout -, la victoire enthousiasmante non pas du capitalisme sur le socialisme, ou de la liberté sur la dictature, mais de la religion sur l'irreligion. D'autres insistent sur l'effet sur les "petits Blancs" (le Southern White Trash), pendant les années 60, de l'accès aux urnes des Afro-Américains, un désarroi collectif récemment recyclé par l' "affirmative action" qui impose des quotas de Noirs dans les administrations ou les universités. On peut aussi évoquer un rejet généralisé de la libéralisation des moeurs, de la tolérance de l'homosexualité, du féminisme, c'est-à-dire de toutes les manifestations culturelles du postmodernisme, haines diverses dont le dénominateur commun serait le mépris, et parfois même la haine, du gouvernement fédéral et de tout type d'ingérence économique ou culturelle issue de Washington. Le chômage ne se résorbe pas malgré la reprise ? La faute en est au Congrès qui tolère l'importation de produits mexicains. Le crime, la pornographie, les évêques homophiles : rien de cela ne serait si le gouvernement fédéral ne subventionnait pas les universités (trop coûteuses), les arts (corrompus) ou l'enseignement de Darwin sur l'évolution, telle est la litanie que l'on peut entendre dans leurs bouches. L'explication passe aussi par les chemins plus obscurs du traditionalisme et de ses atavismes : ainsi, une majorité d'Américains croit aux miracles, la moitié aux fantômes, un tiers à l'astrologie. On en saurait davantage, sans doute, si les historiens américains n'avaient pas négligé l'étude de cette religiosité généralement méprisée.

 

Quoi qu'il en soit, cet esprit, dur, puritain, intransigeant et nationaliste, est devenu la toile de fond de la politique de George Bush, comme la grande pensée de son frère Jeb, actuellement gouverneur de Floride. Le Texas, la Floride : on en revient toujours à cela. Car ce sont les vingt-deux Etats de l'ancienne Confédération sudiste qui semblent gouverner actuellement l'Amérique. De la guerre de Sécession jusqu'à l'effondrement du New Deal, la hargne raciste et le fondamentalisme des anciens Sudistes furent contenus par l'alliance bizarre qui, au sein du parti démocrate, liait les immigrants du Nord-Est et les petits Blancs du Sud. Mais les temps ont changé. En 1955, les républicains l'avaient emporté dans 10 des 120 circonscriptions du Sud. Dès 1995, ils en contrôlaient la grande majorité. Les circonscriptions du Sud et de l'Ouest sont désormais largement majoritaires dans ce parti, alors qu'elles ne représentaient que le quart du total au Congrès il y a un demi-siècle.

 

Il existe donc en Amérique une "radicalisation fondamentaliste", qui se double d'une "régionalisation" du jeu politique, ce qui creuse le fossé culturel entre les deux Amériques, la religieuse et la laïque. A ce niveau, le contraste entre les Etats-Unis et l'Europe est assez saisissant. Alors qu'en France la Révolution est finie et que les combats idéologiques d'antan entre frères ennemis catholiques et communistes ne sont plus que de vagues souvenirs, l'Amérique, malade, est sur une trajectoire historique inverse, où les enjeux idéologiques et religieux sont de plus en plus prononcés. Bizarrement, dans une société ou 20 % de la population n'a pas d'assurance maladie, les grands enjeux du jour sont la tolérance pour l'homosexualité, le féminisme, et la sécularisation de la vie publique, uniquement des débats remis au goût du jour par les fondamentalistes. Car, au fond, ce qui distingue le programme de George Bush de celui des imams wahhabites serait non pas le rejet des Lumières -­ tous sont d'accord sur ce point. Il réside surtout en ce que les uns, les wahhabites, envisagent leur fondamentalisme primitif dans le contexte d'une indigence matérielle totale, et les autres, le clan Bush, dans celui de l'ostentation des richesses.

 
 

Télé Lumière rapatrie 160 prisonniers soudanais

 

publié dans l'Orient-le Jour le 30 décembre 2003

 

A l’occasion des fêtes de Noël et du Nouvel An, qui coïncident avec la Journée mondiale de la paix, la télévision libanaise Télé Lumière et sa chaîne satellite Nour Sat ont pris l’initiative de rapatrier, hier, 160 ressortissants soudanais emprisonnés au Liban, affrêtant, pour l’occasion, un charter spécial. Des membres du conseil d’administration de la chaîne, présidés par l’évêque maronite Roland Abou Jaoudé, ont accompagné les prisonniers relaxés jusqu’à Khartoum. Ces prisonniers soudanais croupissaient toujours en prison, alors qu’ils avaient purgé leur peine, car ils n’avaient pas les moyens de payer leur billet de retour. Réagissant à l’indifférence des instances officielles et à l’impossibilité des associations d’assumer les frais de rapatriement des prisonniers, Télé Lumière a pris cette initiative humanitaire, malgré ses moyens limités, véhiculant ainsi "un message de paix, d’amour et de dialogue entre les peuples, les pays et les religions".

 
 

La position de l’Eglise catholique sur la peine de mort

 

par P. FADI DAOU (Conseil culturel catholique), publié dans l'Orient-le Jour le 18 décembre 2003

 

La question de la peine de mort resurgit ces derniers jours, et le débat sur son application ou son abolition anime actuellement certaines tranches de la société libanaise. Le présent texte ne prétend pas apporter une solution définitive et exhaustive à l’ensemble du problème posé. Il veut uniquement présenter quelques clarifications au sujet de la position officielle de l’Eglise catholique par rapport à la peine de mort et enlever ainsi une ambiguïté à ce sujet qui s’est propagée ces derniers jours. Rappelons pour commencer les principes bibliques et théologiques de l’enseignement de l’Eglise concernant la peine de mort. Le premier principe est que Dieu est le créateur de l’univers et de l’homme (Genèse 1, 1-27), et donc qu’Il est l’unique maître de la vie en chacun de nous et dont nous ne sommes que les intendants. Le second principe complète le premier et lui donne plus de sens, car il confère à la vie humaine sa dignité inaliénable. Dieu a en effet créé l’homme, non comme toutes les autres créatures, mais Il l’a créé "à son image et selon sa ressemblance" (Genèse 1, 26-27). Ce qui signifie que la dignité humaine qui vient du fait que nous sommes à l’image de Dieu ne dépend pas de raisons extérieures, personnelles ou sociales, ni des actes qu’on fait ou on ne fait pas. Tout être humain, indépendamment des conditions de sa vie et de son histoire personnelle, depuis sa conception jusqu’à sa mort, porte en lui donc cette dignité inaliénable d’être créé par Dieu, à son image et appelé à être son fils. Le troisième principe est que ce Dieu Créateur est aussi le Dieu Sauveur qui, malgré le péché de l’homme, ne désespère pas de lui et ne détruit pas son image en lui, mais vient la restaurer par l’œuvre de salut accomplie en Jésus-Christ.

 

A partir de ces trois principes, quelle est donc la position de l’Eglise catholique par rapport à la peine de mort ? L’enseignement de l’Eglise à ce sujet s’est toujours inscrit dans le cadre de la problématique du devoir de défendre sa vie et celle des autres. Le cinquième commandement du décalogue donné par Dieu à Moïse, "Tu ne tueras pas" (Exode 20, 13) implique aussi le devoir d’empêcher quelqu’un de me tuer ou de tuer autrui. C’est pourquoi le catéchisme de l’Eglise catholique enseigne que "la légitime défense peut être non seulement un droit, mais un devoir grave pour qui est responsable de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire" (n° 2265). Dans ce sens, le même catéchisme reconnaît que l’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas le recourt à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains (n° 2267). Or, le texte précise aussitôt que, par opposition aux conditions qui ont amené jadis l’Eglise à avoir ce discours traditionnel, aujourd’hui, étant donné les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable "sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants" (n° 2267 ; voir aussi : Jean-Paul II, Evangelium vitae, n° 56). Nous concluons de cet enseignement deux choses. En premier lieu, l’Eglise pense le problème de la peine de mort uniquement dans les termes de légitime défense de soi et de la société par rapport à l’agresseur. En second lieu, jamais l’Eglise n’a dit ou accepté de dire que la peine de mort peut être appliquée comme une vengeance des victimes et de leurs familles ou comme une punition exemplaire qui aurait une valeur dissuasive pour les autres criminels possibles.

 

En revanche, l’Eglise espère et œuvre dans le sens de la conversion du criminel, d’un côté - et les exemples ne manquent pas -, et le pardon de la part des familles et proches des victimes, de l’autre - là aussi les exemples héroïques et saints existent. Par ailleurs, ces dernières années, l’Eglise catholique a franchi encore un pas et s’est engagée pour l’abolition définitive de la peine de mort. A Rome, la Communauté San Egidio a lancé une campagne internationale pour l’abolition de cette peine capitale. Pour sa part, et lors de sa participation au 1er Congrès mondial contre la peine de mort à Strasbourg en 2001, Mgr Richard Gallagher, observateur permanent du Saint-Siège au Conseil de l’Europe, a ainsi résumé la position de l’Eglise catholique en disant : "Le Saint-Siège a constamment recherché l’abolition de la peine de mort, et le pape Jean-Paul II a, personnellement et sans discrimination aucune, demandé, à de nombreuses reprises, que de telles sentences soient commuées en un moindre châtiment, qui puisse donner au coupable le temps et le courage de s’amender, permettre à l’innocent d’espérer et sauvegarder le bien-être de la société civile et des personnes qui, sans l’avoir choisi, se retrouvent étroitement liées au destin des condamnés à mort." Et il ajoute : "Là où la peine de mort est un signe de désespoir, la société civile est invitée à affirmer sa foi en une justice qui sauve l’espérance menacée par les maux dont notre monde est envahi. L’abolition universelle de la peine de mort réaffirmerait, de manière courageuse, la conviction que l’humanité peut réussir à traiter le problème de la criminalité, ainsi que notre refus de succomber au désespoir face à de telles forces. Cela ferait renaître une nouvelle espérance en notre propre humanité" (Documentation catholique, n° 2259, p. 1029).

 

En définitive, c’est non la mise en application de la peine de mort, mais son abolition qui serait la meilleure leçon à donner à ceux qui osent mettre en péril et voler la vie des innocents. Le grand courage que cela nous demande ne peut qu’interpeller le cœur de tout homme, et peut-être l’aiderait à prendre conscience de la valeur inestimable et inaliénable de la vie, même celle du criminel le plus cruel. Aussi espérons-nous que le sang des victimes innocentes ne serait plus jamais un cri de vengeance, mais un cri pour la vie.

 
 
L'espoir en questions
 

par JEAN DE BELOT, publié dans le Figaro le 5 janvier 2004

 

Le traditionnel marathon des vœux n'est pas achevé que, déjà - Charm el-Cheikh après Bam -, le sort rappelle son implacable loi. L'heure reste pourtant aux espoirs. "Cinquante questions pour 2004", propose "le Figaro". Quelle sera l'année ? Le siècle qui s'ouvre devait, dans la foulée de 1989, de la chute du Mur et des blocs communistes, de l'ouverture du monde, instaurer une ère de paix et de prospérité. En trois ans, trois coups, l'attente a été sévèrement déçue. 2001, d'abord, avec le terrorisme frappant au cœur même de la ville phare, rappelant qu'il n'est pas de monde en paix ; 2002, ensuite, avec la multiplication des scandales financiers, ruinant la confiance placée dans les règles du jeu économique moderne ; 2003, enfin, avec le recours à la guerre pour imposer, sans assurance, le modèle démocratique. L'ensemble aboutissant à saper chacune des certitudes héritées de la fin du siècle dernier. Il ne faut pas confondre la mondialisation et ses promesses. Le modèle n'est pas universel ; la guerre contre le terrorisme ne se terminera pas demain. La guerre économique peut certes créer des richesses mais elle reste une guerre. Un monde plus ouvert n'est pas un monde sans nations. Les ambitions ressurgissent là où elles étaient bafouées, et les nationalismes reviennent là où on ne les attendait plus, jusqu'au sein de la "vieille Europe". L'époque, en effet, attise la course au leadership. Puisque Chine, Inde, Russie, Brésil, seront parmi les grands à l'horizon 2020, les Etats-Unis redoublent d'énergie. La réélection probable de George W. Bush se fera sur un programme d'Etat impérial. Et dans une hiérarchie mondiale en mouvement accéléré, c'est la place de l'Europe qui se joue. Nain politique, handicapé économique : l'année 2004 sera pour l'Union celle d'un sursaut ou de la poursuite du plongeon.

De tous les pays européens, c'est la France qui a le plus besoin d'Europe. La Grande-Bretagne a une vocation historique propre ; la réunification et l'élargissement replacent l'Allemagne au cœur du continent ; l'Espagne, grâce à sa langue, cultive des ambitions multiples. Le thème européen est au contraire le seul vrai dessein offert aux Français depuis plusieurs années. Son contour était flou. Il est devenu incertain. Et Paris, après l'affaire d'Irak, reste en première ligne face à l'adversité de Washington. Avec un risque d'isolement. L'euro, fort pour de mauvaises raisons, contrariera-t-il la croissance venue d'outre-Atlantique ? De celle-ci dépend pour partie le résultat du cycle électoral qui s'ouvre dans moins de trois mois avec les régionales. Et pour partie aussi le niveau de croissance dont manque structurellement notre économie. Mais qu'il s'agisse d'intégration, de finances publiques, de réformes de l'Etat, de l'école ou de l'hôpital, c'est un très lourd programme que la France doit lancer dès cette année pour espérer rompre avec la spirale du déclin. Pour espérer, surtout, casser ce discours qui consiste à penser que les clés de notre destin sont ailleurs qu'en nous-mêmes. Et faire, dès 2004, que les enseignements de 2003 ne soient pas vains.

 
 

"Génération 1954"

 
par PHILOMENE BOUILLON (Val d'Oise), GWENAELLE MOULIN (Montpellier), JEAN-LUC POUSSIER (Rennes), FRANCOIS VAYNE (Lourdes), publié dans la Croix du 27 décembre 2003

 

Quatre prêtres, tous ordonnés en 1954, témoignent de l'impact de la figure de l' ABBE PIERRE et de l'évolution que le sacerdoce a connu en cinquante ans

 

Ordonnés prêtres en 1954, ils incarnent une Eglise catholique dont le visage s'est transformé radicalement en seulement cinq décennies. Et un Concile... "Il faut se remettre dans le contexte. Dans ces années-là, le catholicisme était très en vogue, fougueux, témoigne le P. René Guignot, 74 ans, prêtre à Nîmes (Gard). On nous disait d'être conquérant, qu'il fallait y aller, que tout était beau. On était porté à l'apostolat de plein-vent. On nous poussait à aller vers le peuple." Le P. Guignot est aujourd'hui archiviste de l'évêché de Nîmes et aumônier du clergé. Il est entré au séminaire à 16 ans et fut ordonné à 23 ans. "A l'époque, continue-t-il, on était surtout formé à la théologie, très peu à la pastorale." Sentiment partagé par le P. Jean-Baptiste Abadie, 76 ans, ordonné prêtre en cette même année 1954, Missionnaire de l'Immaculée Conception. Cette figure du diocèse de Tarbes et de Lourdes, qui sait parler le patois bigourdan confirme : "Nous étions formés pour devenir des curés à la mode du temps passé. Nous sortions de la guerre et cette expérience nous avait permis d'entrevoir les changements qui s'imposaient dans l'Eglise pour rejoindre ceux qui ne viendraient plus jamais à nos messes du dimanche. Enfermés et isolés jusqu'à l'âge de l'ordination - 27 ans pour moi - nous lisions beaucoup et partagions les intuitions de l'abbé Godin, considérant que notre pays était redevenu terre de mission. Nous voulions annoncer l'Evangile aux pauvres, aller vers la classe ouvrière..."

 

Une sensibilité que l'appel de l'abbé Pierre a comme cristallisée. Le P. Charles Mullier, salésien, encore actif à mi-temps à Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) - 82 ans le 4 janvier prochain ! - se souvient de cet appel : "En 1954, lorsque j'ai été ordonné prêtre à Issy-les-Moulineaux, j'avais entendu parler de l'abbé Pierre et de son appel pour les sans-abris. Je m'étais dit  : "Ce n'est pas un message, c'est un cri". Cela m'avait frappé. Je n'étais pas directement dans le caritatif mais on ne pouvait plus être prêtre de l'Eglise catholique et ne pas s'intéresser au monde des pauvres quand on voit le Christ dans l'Evangile." Le P. Abadie confirme cet impact : "L'exemple de l'abbé Pierre nous a marqués. Il manifestait en réalité la volonté de beaucoup de prêtres d'aller vers les pauvres, de vivre avec eux-mêmes si, regrette-t-il, certains confrères qui se sont ainsi engagés, ont tellement voulu être comme tout le monde qu'ils se sont mariés, ont adhéré à la CGT et au Parti communiste... Leur sacerdoce a perdu sa substance, ils n'étaient plus "tout à tous". Equilibre pas facile à trouver entre le ministère traditionnel en paroisse et l'annonce de l'Evangile aux pauvres." Un équilibre que le Concile Vatican II a tenté d'apporter une dizaine d'années plus tard, comme le résume le P. Guignot : "Avec le Concile Vatican II, certains prêtres ont pris un virage à 180 degrés ! Ce fut une vraie bouffée de fraîcheur. Nous étions une génération qui avait hâte de changement et le Concile nous a encore davantage poussés vers l'ouverture."

Vicaire épiscopal en charge de la formation des prêtres dans le diocèse de Rennes, le P. Bernard Poirier, 75 ans l'an prochain, également ordonné en 1954, apporte l'image saisissante de cette révolution : "La théologie de l'Eglise que j'ai apprise pendant ma formation était celle de Vatican I et non celle de Vatican II même si cette dernière s'amorçait. Lorsque vous regardez les chiffres, vous vous rendez compte que les deux tiers des prêtres en activité sont encore dans ce cas. Pour Vatican I, l'Eglise est une société inégale. Les évêques sont les préfets de Rome et, dans les paroisses, le prêtre dirige tout. Avec Vatican II, c'est une rupture totale. L'Eglise devient un peuple de frères tous égaux. Les pasteurs ont à reconnaître les ministères et les grâces propres aux laïcs. Confrontés à ces changements, beaucoup de prêtres ont peur de perdre leur identité et leur pouvoir. Or, aujourd'hui, le rôle du prêtre est de veiller au cap, de ne pas prendre toute la place et d'aider les autres à grandir." Un changement radical dont le P. Mullier rappelle l'amplitude : "Les prêtres de ma génération ont encaissé un certain nombre de chocs. En 1963, on a eu le Concile, qui a été un événement très marquant pour nous. Il a précédé les événements de 1968 qui ont marqué un bouleversement profond. Cette année-là, j'ai été nommé curé de Cormeilles-en-Parisis et aumônier de lycée. J'avais un séminariste qui venait célébrer la messe avec moi le matin, ensuite nous prenions le petit déjeuner ensemble. Je me souviens qu'il posait son casque sur la table car le soir il participait à la manifestation. Il allait se trouver en face des CRS ! Globalement, tous ces événements montrent que l'Eglise a quand même été ouverte à des changements importants et qu'on est resté fidèles à notre mission pastorale, qui s'est exercée de plus en plus avec la participation des laïcs."

Mais qu'en est-il de cet engagement et de cette capacité d'interpeller, cinquante ans plus tard ? "On a au moins un prophète qui se lève comme l'abbé Pierre, constate le P. Mullier. Ce n'est plus tellement dans l'air du temps. L'interpellation du pouvoir politique est forte aujourd'hui quand elle vient du corps épiscopal qui a vu sa responsabilité reconnue et accrue avec le Concile." Mais le prêtre doit toutefois "rester un éveilleur, un interpellateur, insiste le P. Guignot. Il ne doit pas être tout seul pour que cela porte ses fruits. Il doit pouvoir s'appuyer sur toute l'église militante, les laïcs et les groupes catholiques avec lesquels il travaille. Même si le prêtre n'est pas là pour se substituer aux conseillers généraux, aux maires ou à tout autre élu, notre rôle est d'intervenir quand il y a une situation de crise." Pas facile pourtant d'interpeller, même si, estime le P. Poirier, "c'est là que la société l'attend". L'opinion publique rend parfois cette expression difficile et il faut du courage pour faire entendre sa voix. Le P. Abadie conclut pourtant : "Ce que les gens acceptent, c'est que le prêtre organise la charité, et ainsi il donne bonne conscience à un grand nombre. S'il se mêle de vouloir aller à l'origine du mal, sur des questions qui touchent à l'organisation de la vie politique, il est rejeté." Ces prêtres de la génération 54 en souffrent et le regrettent. Comme si l'opinion, nous disent-ils, acceptait un abbé Pierre mais pas trop d' "abbés Pierre".

 
 

Le nouvel appel de l’abbé Pierre

 
A Gênes, au sanctuaire Notre-Dame de la Garde, le 12 décembre 2003
 
publié dans la Croix du 27 décembre 2003
 
Henri Grouès dit l'abbé Pierre, né le 5 août 1912 à Lyon dans une famille aisée et pieuse de sept enfants. Prêtre catholique, responsable de la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale puis député MRP (démocrates chrétiens), il fonde le mouvement Emmaüs en 1949. Dans les années 90, il manifeste en faveur des immigrés (régularisation de leur situation, logement ...). L'abbé Pierre en quelques dates :
1931, Moine capucin après avoir renoncé à tout héritage ; devient frère Philippe
1938, Ordonné prêtre six ans après être entré au cloître au couvent de Crest
1942-1945, Résistant, il prend le nom d'abbé Pierre dans la clandestinité ; en 1944, il passe en Espagne puis rejoint le général de Gaulle à Alger.
1945-1951, Député de Meurthe-et-Moselle, il fait vivre des pauvres sur son indemnité parlementaire.
1949-1954, Premières communautés Emmaüs.
1954, "Insurrection de la Bonté" (appel radio de l'abbé Pierre en faveur des sans-logis) ; depuis il n'a cessé d'être le porte-parole le plus célèbre des exclus.
1958, Expansion mondiale des Chiffonniers d'Emmaüs.
1981, Il est nommé officier de la Légion d'honneur.
1986, Après le premier hiver des Restos du Cœur, Coluche offre à l'abbé Pierre les sommes qui n'ont pas été dépensées.
1987, Création de la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés.
1988, Il se retire à l'abbaye de Saint-Wandrille. Depuis l'âge de 70 ans, il s'est démis de ses responsabilités.
 
"Pour vaincre le malheur, osons ouvrir les yeux et combattre. Le monde est malheureux. Pour ceux d'entre nous qui ne sont pas affamés, ni sans travail, ni sans logis, saurons-nous vivre ce que la détresse implacable des autres réclame de nous ? Le monde est malheureux. Probablement plus que jamais. Il l'est à l'échelle du monde entier car il y a l'aveugle refus de chefs d'Etat de mettre un frein à la pollution - dont s'enrichissent les chefs d'industrie - tandis qu'elle détraque irrémédiablement notre terre, comme le crient les inondations survenant à tour de rôle dans tous les continents. Et on nous dit que ce n'est qu'un début. Réagissons, il est encore temps ! Réagissons pour vaincre le malheur qui se répand avec les écarts scandaleux entre ce que l'on gagne dans les pays pauvres et dans les pays riches, provoquant l'irrésistible émigration de ceux qui ont pu acquérir un compétence universitaire.
 
Et encore le malheur ! Avec l'immigration toujours croissante de ceux qui ne veulent pas désespérer. Et ce n'est qu'un début. Peut-on prévoir ce que cela sera bientôt si on est attentif à l'éveil d'un million et demi de Chinois et un million d'Indiens ? Quant au malheur français, on le voit dans la manière de vivre de ces 200.000 familles ruinées chaque année et privées de tout, par la faillite qui frappe chaque année 200.000 entreprises, abattant un million de personnes. Voudrait-on que l'Etat réduise les budgets de l'éducation, de la santé ou autres ? Nous ne saurions nous arracher de nos malheurs par quelques grands travaux comme le firent les dictatures. Réagissons, il est encore temps !  C'est la guerre ! Car qui accepterait de voir annuler ses allocations de survie, alors qu'en France plus de trois millions de personnes sont indignement mal logées ? Nous savons tous que la France, comme l'Allemagne, parmi d'autres nations européennes, passe par un temps de restrictions de moyens. Un à un tous les budgets sont rognés.

 

Refusons à tous ceux qui décident, élus et ministre du logement, le droit de diminuer le budget logement. Deux millions de Français sont encore mal logés ou dans des gîtes inhumains surpeuplés. 50.000 sans logis grelottent dans le froid, ou meurent écrasés de chaleur dans les canicules. Cette réalité ne peut que pousser la jeunesse au désespoir ou à la délinquance. Nous qui sommes logés, que serions-nous si, dans notre enfance, nous avions dû grandir dans cette détresse ? Où en serait notre santé ? Qu’aurait été notre scolarité ? Oui, il faut le crier : Assez d'indifférence ou d’aveuglement ! Agissons tous, où que nous soyons, pour interdire que soit encore, cette année, réduite la construction de logements et sauvons par priorité les logements sociaux à la portée des plus démunis.

 

Et noublions pas l’Eternel. La science est certes merveilleuse. Mais elle n’a pas réponse à tout. Dans son expérience intérieure, la personne humaine peut rencontrer la présence de l’Eternel. Dans son livre, Le Hasard et la Nécessité, Jacques Monod nous éclairait sur "le comment" de toute chose. Mais après ? Ou plutôt avant ? Je veux dire : sur "l’Etre" de ce tout, le livre est aveugle ! Peut-on vraiment saisir l’Eternel à force de grossir la petitesse des atomes, comme les astronautes enfantins riant de ne l’avoir pas vu dans la démesure de l’espace ?

 

A vouloir écouter la musique avec les yeux ou respirer les couleurs ou entendre les parfums, on peut sincèrement enseigner que n'existent ni musique, ni couleur, ni parfum. Mais on se trompe ! Le microscope ne saisit pas l'Eternel ! Ni rien ne le saisit... Mais celui qui dit "non" à l'injustice... mais celui qui va, par "vrai amour", à rebours de tout profit pour que soit servi en premier le plus petit... dans la saveur inexprimable qui jaillit en lui, il sait bien que l'Eternel insaisissable le saisit et, minuscule étincelle de liberté, juste assez pour être capable d'aimer, il sait bien que, dans ce commencement d'amour, il est aimé par l'Aimable infini, dont tout en lui était autant signe, en creux, qu'impatientes faim et soif.

 

N’ayons pas peur. A l'heure de mourir, n'ayons pas peur ! Nous nous verrons en pleine lumière devant Notre Père avec les péchés de notre vie. Mais Notre Dame, la Vierge Marie, aux côtés de Jésus Notre Seigneur dira au Père : "Oui, il ou elle a été pêcheur. Mais, Père, regarde comme il ou elle a vécu pour les pauvres avec les pauvres, pour leur redonner leur pain et leur dignité." Alors Jésus dira : "Père, oui, celui-ci ou celle-là sont de mes amis." Et notre Père dira : "Merci d'avoir aimé comme vraiment un de mes fils, pour rendre croyable que je suis Amour, malgré tout ce qui, dans la Nature et dans l’Histoire, semble le nier.

 

Entre dans la pleine Vie, et Paix, et Joie éternelle"."

 

 

 
Copyright 2003 RJLiban