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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°40 du 14
décembre 2003
De
la renaissance arabe
à la décadence, y
a-t-il un remède ?
Le
président de la
Fondation de la pensée
arabe, le prince
Khaled al-Fayçal
ben Abdel Aziz, a
invité les
gouvernements arabes
à "repenser la
question de l’éducation,
qui commence dès
l’enfance".
C'est ainsi qu'à
Beyrouth, pendant
trois jours (du 4 au
6 décembre), s'est
déroulé le second
congrès de
l’association avec
une participation
prestigieuse, dont
celle du président
algérien Abdel Aziz
Bouteflika, ainsi
que celle des présidents
libanais Emile
Lahoud, Nabih
Berry et Rafic
Hariri. Pas moins de
huit ministres
arabes ont participé
à l’événement,
sans compter le secrétaire
général de la
Ligue arabe Amr
Moussa, et
l’ambassadeur des
Etats-Unis à Ryad
Robert Jordan, aux côtés
d’intellectuels
arabes et étrangers
ainsi que, surtout,
des jeunes des pays
de la région qui,
une fois n’est pas
coutume, ont eu un
large droit à la
parole.
Les
débats au cours de
cette conférence
sur "l'avenir
du monde arabe"
se sont articulés
autour de quatre études
spécifiques préparées
par quatre universités
locales : l’Université
américaine (AUB),
l’Université
Saint-Joseph, l’Université
libanaise et l’Université
arabe. "Nous
n’avons pas
d’instituts de
recherche dignes de
ce nom et indépendants,
pas de bibliothèques,
pas de musées, et
nous sommes tous
responsables de
cette
situation", a déploré
le prince Khaled
al-Fayçal, lors
d’un débat télévisé
lundi soir. "On
a habitué nos
enfants à ne pas
savoir dialoguer, à
obéir aveuglément.
Il s’agit d’un
problème du monde
arabo-musulman
qu’il faut résoudre
rapidement. Notre
système d’éducation
est frileux car nous
ne laissons pas de
place à l’expérience.
Nous ne devons pas
craindre de prendre
de l’Occident ce
qui peut nous être
utile, comme il
l’a fait avec nous
dans le passé",
a-t-il asséné.
En réponse à
d’autres
questions, M. Hariri
a suggéré que les
milliers de jeunes
Arabes qui se
trouvent aux
Etats-Unis se
transforment en
ambassadeurs de la
oumma. "Il
faut être présents
là-bas et ne pas
laisser la scène
libre aux Israéliens."
Un Egyptien a alors
proposé que les chrétiens
de la région, et
notamment ceux du
Liban, qui vivent en
sécurité avec les
musulmans, parlent
avec les Américains
puisqu’ils
partagent la même
religion et qu’ils
peuvent se
comprendre afin de défendre
les musulmans. M.
Hariri a répondu
qu’aujourd’hui,
même dans les pays
qui se basent sur
l’islam, c’est
le concept de
citoyenneté qui prévaut.
De même, aux
Etats-Unis, où les
sociétés civiles
sont très
puissantes, les gens
ne sont pas classés
selon leur religion.
"Nous devons
aller nous-mêmes
vers les Américains
et leur expliquer
nos valeurs."
Ce sommet sur la
nation arabe, à
forte connotation
socio-culturelle, fait
l'objet de ce
communiqué où il
est question également,
à travers divers
articles de presse,
du voyage du président
Chirac à Tunis -
l'ancienne Carthage
-, de l'émigration
libanaise aux
Etats-Unis et au Brésil -
avec la visite du président
Lula à
Beyrouth -, de la laïcité
en France et des
relations entre l'Eglise
et l'islam en Europe,
en passant par les
mariages mixtes au
Liban.
Vaste
programme
par
SERGE TRUFFAUT,
publié dans le
Devoir le 8 décembre
2003
La
Ligue arabe, une fois
n'est pas coutume,
vient de formuler un
mea-culpa d'autant
plus étonnant qu'il
exige une remise en
cause profonde de la
culture politique des
21 Etats qu'elle représente.
En proposant une séparation
des pouvoirs, cette
organisation s'attaque
à la mosquée, cette
gardienne de la Loi et
directrice de la vie
publique. Lors de la
conférence qu'ils
tenaient ces jours-ci
à Beyrouth, les
notables de la Ligue
arabe se sont livrés
à un examen de
conscience contrastant
vivement avec les
propos lénifiants
auxquels ils nous
avaient habitués
jusqu'à présent.
Pour une fois, peut-être
bien pour la première
fois, l'étranger,
qu'il soit occidental
ou asiatique, n'est
plus le bouc émissaire
de tous les maux qui
affligent le monde
arabe. A preuve,
ce commentaire du
prince Turqui
al-Faycal, ancien
patron des services de
sécurité saoudiens
et actuel ambassadeur
à Londres,
"avant de faire
des reproches aux
autres, nous devons
faire notre propre
autocritique".
Pour sa part, le secrétaire
général de la Ligue,
Amr Moussa, a fait de
la surenchère en
estimant que
"nous sommes les
premiers responsables
de nos propres
carences" avant
de proposer que les mécanismes
inhérents aux régimes
démocratiques soient
introduits afin d'élire
un parlement arabe. Si
ce souhait, partagé
par tous les représentants
de la ligue, devient réalité,
alors il s'ensuivra un
rude combat entre ses
partisans et ses
opposants islamistes
qui ne sont pas du
tout enclins à
abandonner les
pouvoirs qu'ils détiennent
depuis le milieu des
années 70.
A cet
égard, que nous
apprend l'histoire ?
Que depuis le choc pétrolier
de 1973, l'Arabie
saoudite inonde
l'univers musulman de
ses pétrodollars pour
mieux imposer sa
vision rigoriste de
l'islam. Qu'en 1978,
autrement dit pas
hier, le général Zia
ul-Haq a imposé la
charia au Pakistan.
Qu'un an après sa
prise du pouvoir en
1979, l'ayatollah
Khomeyni a introduit
le Velayat-e Faqih qui
consacre la primauté
du clergé en
politique. Que depuis
sa fondation en 1982,
le Hezbollah, le parti
de Dieu, est un acteur
incontournable de la
vie politique au
Liban. Que quinze ans
après sa création,
le Hamas, soit le
pendant palestinien
des Frères musulmans,
est plus populaire que
l'OLP d'Arafat. Qu'en
effectuant son premier
pèlerinage à la
Mecque en 1991,
l'ancien dictateur
indonésien Suharto a
encouragé
l'islamisation de son
pays. Et enfin que la
moitié des provinces
qui composent le
Nigeria ont adopté la
charia au cours des
trois dernières années.
On le voit, après des
débuts laborieux,
l'islam intransigeant,
l'islam puritain,
dispose aujourd'hui
d'une masse critique
qui permet d'avancer
que le rapport des
forces est
actuellement à son
avantage. On en doute ?
Prenons Le Caire. On
estime que la moitié
au moins de ses 16
millions d'habitants
sont des sympathisants
des Frères musulmans.
Autrement dit des adhérents
à la conception
politique du fondateur
de ce mouvement Hassan
al-Banna qui martelait :
"L'islam est un
ordre total qui
embrasse tous les
aspects de la vie. Il
est donc à la fois
Etat et patrie,
gouvernement et
nation; il est morale
et force." Après
avoir médité sur
cette conception, on
comprendra mieux
pourquoi ce triste
sire avait emprunté
aux faisceaux italiens
de Mussolini leur mode
d'organisation.
Cela
étant, appeler de ses
voeux l'implantation
d'un système électoral
et réclamer une séparation
des pouvoirs entre
l'exécutif, le législatif
et le judiciaire va
obliger tous ceux qui
souhaitent cela à se
poser la question
suivante : est-ce
que la démocratie est
soluble dans le Coran ?
Rien n'est moins sûr.
Car la mosquée
n'abandonnera pas les
prérogatives qui sont
les siennes depuis des
siècles sans
batailler ferme. La
mosquée fait la loi,
dit la loi, impose une
loi d'où toutes les
valeurs faisant écho
aux droits de la
personne - ici on
pense aux droits de la
femme - sont gommées,
car cela risquerait
d'imprimer sur
l'islamisme tout ce
qui est considéré
comme des vices
occidentaux. Il y a
pire. La mosquée, il
ne faut pas l'oublier,
s'est réservée
depuis des lunes et
des lunes la fonction
inhérente au concept
de la umma, soit
travailler à l'édification
de la communauté-Etat
des croyants, et
restaurer après coup
le califat avant de
soumettre les dhimmis,
soit les chrétiens et
les juifs, à la loi
coranique. Vouloir un
parlement arabe élu,
souhaiter une séparation
des pouvoirs, va
obliger tous les
responsables de la
Ligue arabe à
effectuer la pédagogie
de la négation.
Laquelle ? Celle
de cet islam qui s'est
fondé sur la négation
de l'Occident en général
et de la modernité en
particulier. Vaste
programme !
De
la renaissance arabe
à la décadence, y
a-t-il un remède ?
Avant
même la chute de
l’empire ottoman,
beaucoup de Libanais
avaient préconisé
un nationalisme laïque
par
ABDEL-HAMID EL-AHDAB,
publié dans
l'Orient-le Jour le
8 décembre 2003
L'auteur
est avocat
Comment
les Arabes ont-ils pu
choir aussi bas ? Comment
pourraient-ils faire
pour sortir de cette
épreuve ? Le temps
est venu de poser les
vraies questions afin
de cerner le mal et
pouvoir rechercher le
remède. Dans les années
qui ont suivi la Conférence
de la paix tenue à
Paris en 1919 à
l’issue de la chute
des anciens empires
despotiques (les
empires ottoman,
russe, germanique et
austro-hongrois), une
occasion historique
s’était présentée.
Ces empires avaient été
défaits par les vénérables
démocraties d’Europe
occidentale et d’Amérique
du Nord et tout était
donc prêt pour une
large propagation de
la liberté, de la démocratie
et des valeurs y étant
associées. Beaucoup
de Libanais avaient été
à l’avant-garde du
mouvement qui avait
appelé à une
renaissance arabe
avant la chute de
l’empire ottoman et
dans les premières
années du Mandat.
Citons, à titre
d’exemple, Ahmad Farès
al-Chidiac, Maroun
Naccache, Boutros
al-Boustany, Ibrahim
al-Yazigi, Salim et
Souleiman al-Boustany,
Gergé Zaïdan, Khalil
Moutran, Amin
al-Rihani et
d’autres... Leur
message avait pour nom
liberté et leur
patrie avait pour
image la langue arabe. A
partir de la notion de
langue-patrie, ils ont
lancé le concept
d’arabité fondateur
d’un nationalisme
qu’ils ont voulu laïque,
non religieux et non
clanique, et c’est
à travers cette
conception de
l’arabisme qu’ils
ont posé les jalons
d’un dialogue entre
les deux civilisations
orientale et
occidentale. Leur prêche
portait principalement
sur un élément de
leur culture commune,
à savoir les grands
principes de la Révolution
française et son
appel à la liberté,
l’égalité et la
fraternité.
Les
pionniers libanais de
la Renaissance arabe
avaient lancé leur
cri à partir de la
France, de l’Egypte,
des Etats-Unis et,
quelque peu, du Liban,
en un temps où ils
souffraient encore de
l’oppression
ottomane, mais la pensée
à l’origine de
cette renaissance a vu
le jour en Egypte où
de grands esprits ont
œuvré pour concilier
la religion et la
raison, puis la
religion et la
modernité. Les plus
éminents étaient
Mohammed Abdo, Loutfi
al-Sayed, Taha
Hussein, Saad Zaghloul
et le cadi d’el-Azhar,
Ali Abderrazak, auteur
du livre
"L’islam et les
règles de
gouvernement".
Pour la première fois
dans l’histoire de
la pensée musulmane,
un ouvrage prenait
appui sur des
arguments et motifs
religieux puisés dans
le Coran, la Sunna et
l’histoire de
l’islam, pour
justifier la laïcité.
Celle-ci était ainsi
prônée dans le cadre
de la foi religieuse
et non à partir
d’une logique qui la
combat. Avec l’arrivée
de Abdel-Nasser au
pouvoir, un vrai choix
devait être opéré
sur la question de la
religion et de la
liberté. L’homme
avait été nourri à
l’école de la
liberté avant d’accéder
au pouvoir. Mohammed
Hassanein Haykal dit
de lui (dans
l’ouvrage de Youssef
al-Akid intitulé :
"Mohammed
Hassanein Haykal se
remémore") :
"Il y avait chez
Abdel-Nasser -
depuis ses premières
années de pouvoir -
des préoccupations
culturelles, mais il
était très sensible
aux symboles et réagissait
en leur fonction. Il
avait, par la suite,
tenté de créer lui-même
des symboles, valeurs
et signes culturels,
et c’est ainsi
qu’il avait commencé
à écrire un roman
demeuré inachevé et
qui avait pour titre :
"Pour la liberté".
Il avait rédigé
auparavant un article
sur Voltaire,
"L’homme de la
liberté" "
(p. 29 de
l’ouvrage).
Abdel-Nasser,
qui faisait la
distinction entre le
spirituel et le
temporel, avait une
conception moderne de
l’islam. Preuve en
est qu’il s’est
violemment heurté au
mouvement des Frères
musulmans, lesquels
ont tenté de
l’assassiner. A
la page 9 des minutes
de la réunion qu’il
avait tenue avec
Jean-Paul Sartre et
Simone de Beauvoir, il
dit : "Je ne
voudrais pas que vous
souscriviez à la thèse
qui dit que l’islam
constitue un obstacle
au développement. La
caractéristique de
l’islam, à mon
sens, est qu’il est
une religion ouverte
sur toutes les époques
et toutes les étapes
de développement. Je
répète souvent ces
paroles du Prophète
appelant à répondre
aux besoins des
diverses époques :
“Vous êtes les plus
aptes à connaître
des affaires de votre
monde” "
(L’Explosion de
Haykal, p. 410 à
416). Comment les
choses en sont-elles
arrivées là ? Des
pionniers libanais de
la renaissance
jusqu’à l’esprit
conciliateur islamique
qui a ouvert les
portes du progrès,
aux al-Azhari, Ali
Abderrazak qui prône
la laïcité, Taha
Hussein et
Abdel-Nasser qui cite
Voltaire comme le
champion de la liberté,
et qui a distingué
entre le spirituel et
le temporel dans
l’islam ! Comment
les choses ont-elles
évolué jusqu’à ce
point ? Il est certain
que le chemin emprunté
par le courant de la
renaissance et de la
liberté n’a pas été
facile. L’ouvrage de
Ali Abderrazak a été
interdit, les livres
de Taha Hussein ont été
brûlés et leurs
ouvrages ont disparu
des librairies. Néanmoins
le courant de la
renaissance est demeuré
fort. Alors comment
a-t-on abouti à
Saddam Hussein et aux
régimes arabes ?
1.
Après la défaite des
armées arabes en
Palestine, à la fin
des années quarante
et au début des années
cinquante, les organes
des Parlements arabes,
formés des fils des
classes moyennes, ont
commencé à succomber
sous les coups des
militaires originaires
des campagnes. La
Palestine fut le prétexte
utilisé par les
militaires pour
s’emparer du
pouvoir, et les régimes
militaires devinrent
la règle. Ainsi en
fut-il de la Syrie, de
l’Irak, de l’Egypte,
de la Libye, du Yémen
et du Soudan... Les
pays du Maghreb
suivirent dès
qu’ils eurent acquis
l’indépendance, à
l’exception du Maroc
monarchiste.
2. Après la fin de la
Deuxième Guerre
mondiale et à
l’issue de la
naissance de la guerre
froide, l’ennemi
stratégique des
Etats-Unis devint le
communisme. La
puissance
outre-atlantique finança
alors le "Plan
Marshal" pour
assurer la résurrection
économique de la rive
occidentale de la Méditerranée,
l’Europe, afin de résister
au communisme. En ce
qui concerne la rive
arabe de cette même
mer, l’Amérique
choisit de compter sur
l’intégrisme
musulman et l’appuya
donc politiquement en
le laissant accumuler,
par ailleurs, des
fortunes. De même
choisit-elle de
compter sur les
militaires là où
l’intégrisme
n’avait pas le
pouvoir. Et c’est
ainsi que le monde
arabe s’est trouvé
partagé entre les
militaires et les intégristes.
3. Puis apparut
Abdel-Nasser, la légende.
L’homme donna corps
à tous les rêves
arabes dans le message
qu’il transmit sur
le nationalisme arabe.
Mais il ne conçut
aucun plan laïque
pouvant constituer une
alternative à l’intégrisme
religieux, alors
qu’il était le seul
à pouvoir
entreprendre un tel
projet.
4. Le nassérisme
consistait en une
culture politique, un
discours politique
nationaliste. Mais il
ne faisait pas état
de la liberté, et ce
sont les services de
renseignements qui
finirent par imposer
leurs propres
slogans... Le
nationalisme arabe fut
ensuite défait avec
la défaite du nassérisme
en 1967, et la mort de
Abdel-Nasser en 1970.
Mais la légitimité
des "moukhabarats"
et de l’économie
dirigée et
l’absence de liberté
et de respect de la
dignité de l’homme
demeurèrent
l’essence du
discours politique
arabe.
5. A la chute du
nassérisme, l’intégrisme
musulman devait
remplir le vide laissé
par le nationalisme
arabe défait avec
Abdel-Nasser. Les deux
axes de la politique
arabe devinrent donc
les militaires et les
intégristes. Cela eut
des conséquences
graves sur la culture
et le discours
politique, les
manifestations de cet
impact étant les
suivantes :
a) les écoles se sont
multipliées mais
l’instruction a
disparu. Elle est
devenue primitive et
politiquement dirigée.
La connaissance a été
politisée pour
glorifier les régimes
politiques despotiques
et les renforcer. En
d’autres termes, la
connaissance a été réduite
à une explication
totalement axée sur
la religion ;
b) les régimes
despotiques sont
convenus avec une
certaine catégorie de
religieux pour élaborer
des conceptions de
l’islam qui servent
leur pouvoir et sont
contraires à tout épanouissement
humain ;
c) le pouvoir
despotique et les
puissances d’argent
ont réussi à récupérer
les intellectuels
arabes. Aussi les
travaux de ces
derniers ne sont-ils
utilisés que pour
donner un caractère légal
aux régimes ;
d) les cerveaux et les
gens compétents ont
été contraints d’émigrer
et l’émigration est
devenue le premier rêve
de la jeunesse arabe ;
e) la valeur sociale
de l’instruction, de
l’homme instruit et
de l’intellectuel a
été atrophiée, les
éléments les plus
valorisés étant à
présent la fortune,
l’argent et le
pouvoir despote, sans
considération des
moyens utilisés pour
y parvenir ;
f) la classe moyenne
s’est trouvée
considérablement réduite
en nombre sous les
coups de butoir de la
pauvreté et de la
peur. La corruption
sociale et morale
s’est substituée à
la justice sociale.
Il
est de notre droit,
face à cette
situation, d’opter
pour une vision stratégique
qui serait élaborée
par les élites arabes
restantes ou celles
qui ont émigré pour
échapper à
l’oppression des
pouvoirs en place et
aux méfaits des
puissances de
l’argent. Ces élites
sont appelées à
mener une action créative,
sociale et patriote,
qui reconstituerait la
région de l’intérieur
et servirait ainsi le
progrès dans cette
zone du globe. La réforme
de l’intérieur, bâtie
sur une autocritique sévère,
est en effet
l’alternative
qu’il faut pour
faire face aux risques
de
"remodelage"
de la région de
l’extérieur. Le
seul espoir de
changement réside
dans le fait que l’Amérique
commence à considérer
que la situation arabe
actuelle constitue un
danger pour sa sécurité
intérieure en dépit
de la soumission de
tous les régimes à
sa politique. A
cet égard, le 11
septembre a donc eu un
effet positif : il a
jeté la lumière sur
la situation arabe aux
niveaux politique,
social, économique et
religieux et il a
rendu le changement inéluctable.
Mais il est nécessaire
que le changement, ou
la pensée préconisant
le changement, vienne
de l’intérieur du
monde arabe pour
qu’il ne vienne pas
du dehors, et il ne
faut pas répéter que
le changement ne
viendra qu’avec la
solution de la
question
palestinienne. La
question palestinienne
constituait
"l’affaire",
mais avec la décadence
du monde arabe et sa
chute à des niveaux
si bas sur les plans
moral, social et
politique, elle
n’est plus que
l’une des affaires
du monde arabe et sa
solution ne résoudra
certainement pas tous
les problèmes accumulés
en un demi-siècle.
Le
président
Bouteflika à
Beyrouth : le monde
arabe ne se porte
pas bien
publié
par Algérie Presse Service
le 7 décembre 2003
Le
président de la République,
M. Abdelaziz
Bouteflika, a affirmé
samedi à Beyrouth,
dans son allocution
de clôture du deuxième
congrès de la
fondation arabe que
"le monde arabe
ne se porte pas
bien". Le chef
de l'Etat, qui
livrait "en
toute sincérité le
fonds de (sa) pensée"
sur le devenir de la
nation arabe dans un
monde difficile et
imprévisible, a étayé
son propos sur des
constats irréfragables.
Abordant son analyse
à partir du
"rapport sur le
développement
humain arabe",
réalisé avec le
concours du PNUD et
du Fonds Arabe de Développement
Economique et Social
(FADES), le chef de
l'Etat en a livré
la substance à
travers quelques
flashs et des
chiffres pour les
années 2002 et
2003" qualifiés
"d'effarants".
C'est ainsi, a-t-il
dit, que
contrairement aux idées
reçues, le monde
arabe n'est pas
riche puisque le
"produit intérieur
brut des pays arabes
(550 milliards de
dollars) est inférieur
à celui d'un pays
comme l'Espagne (600
milliards de
dollars)". Le
président de la République
citera également le
fait qu'un pays de
cinq millions
d'habitants comme la
Finlande exporte
plus, en hors
hydrocarbures que
les 284 millions
d'habitants du monde
arabe.
Au
plan culturel, le président
Bouteflika
soulignera que
"le monde arabe
traduit chaque année
cinq fois moins de
livres qu'un pays
comme la Grèce qui
ne compte que onze
millions
d'habitants",
ou encore que
"le nombre
total de livres
traduits par les
Arabes depuis l'époque
du khalife
El-Maamoun (9 ème
siècle de l'ère
chrétienne) équivaut
au nombre de livres
traduits chaque année
en Espagne".
Dans ce même
chapitre, le chef de
l'Etat citera des
chiffres tout aussi
significatifs,
indiquant à titre
d'exemple que
"le nombre de
brevets d'invention
déposés par les
Arabes entre 1980 et
2000 est de 370
contre 7.662 pour
Israël", le très
faible taux
d'utilisation
d'Internet ou encore
le fait que "53
journaux pour 1.000
habitants paraissent
tous les jours dans
le monde arabe,
contre 285 dans les
pays industrialisés".
Le président
Bouteflika
expliquera dans ce
contexte que les
données du rapport
qui "fourmille
de données précises",
ramène à trois
principaux domaines
: "les
insuffisances"
qui ont handicapé
le développement
des Etats membres de
la ligue arabe. Il
s'agit, a-t-il dit,
de "la liberté
d'expression, de
l'accès au savoir
et de la condition
de la femme",
c'est à dire,
"des domaines
qui renvoient à
notre conception de
la vie en société
en ce début du
troisième millénaire".
Affirmant que nous
ne "pouvons
plus faire semblant
d'ignorer" que
tous les pays issus
des anciennes
civilisations ou des
grandes religions
nous ont largement
devancé sur la voie
du progrès et du
bien être", il
citera à ce propos
"les Hindous,
les Bouddhistes, les
Confucéens, les
Juifs ou, bien
entendu, les Chrétiens".
Livrant
son analyse sur cette
situation, le chef de
l'Etat a imputé cela
au fait que "nos
idées, qui, elles,
procèdent d'une même
trame et d'une même
matrice, nous ont portés
aux mêmes erreurs et
aux mauvaises décisions
que nous avons parfois
prises dans les
domaines de la
politique, de l'économie
et des relations
internationales depuis
que nous avions repris
en main nos destinées".
Apres avoir rappelé
que les réformateurs
ont posé les problèmes
du monde arabe
"dans des termes
que la culture
ambiante ne pouvait
accepter" (Ali
Abderrazik, Chakib
Arslane ou Malek
Benabi à titre
d'exemple), le président
Bouteflika a affirmé
qu'aujourd'hui, nous
sommes obligés
d'admettre ces termes
parce que nos affaires
ne nous concernent
plus nous seuls, mais
le monde entier".
Aussi, le président
Bouteflika a appelé
à appréhender la
nouvelle renaissance
"non plus comme
un thème théologique,
mais comme une
mutation psychologique
à réaliser, un
bouleversement
sociologique à
provoquer, une stratégie
de développement à
mener selon les
modalités
universelles, une
politique
internationale destinée
à nous rétablir dans
notre souveraineté
sur nos territoires
occupés en Palestine,
en Syrie, au Liban et
en Irak".
Plus d’un
tiers des immigrés
arabes américains
est d’origine
libanaise
La
population arabe des
Etats-Unis a presque
doublé en vingt ans
paru
dans l'Orient-le Jour
le 5 décembre 2003
Le
nombre de personnes
d’origine arabe
vivant aux Etats-Unis
a presque doublé en
vingt ans pour
atteindre 1,2 million
en 2000, dont la
plupart d’ascendance
libanaise, égyptienne
et syrienne, selon une
étude du bureau du
recensement publiée
cette semaine. Les
personnes d’origine
arabe recensées en
2000 sont en
augmentation de 41 %
par rapport aux années
80 et de 38 % par
rapport aux années
90, a précisé le
bureau du recensement.
Les Etats-Unis
comptaient 610.000
personnes d’origine
arabe en 1980 et
860.000 en 1990. En
2000, les personnes
d’origine arabe, au
nombre de 1.180.000,
représentaient 0,42 %
de la population
totale des Etats-Unis
(281 millions), contre
0,27 % en 1980. A
titre de comparaison,
elles sont aussi
nombreuses que celles
d’origine grecque ou
portugaise. Cette étude
est la première réalisée
sur ce sujet par le
bureau du recensement
après le changement,
en 1997, de la
classification des
races et origines
ethniques. Le
questionnaire du
bureau du recensement
demandait de quel pays
étaient originaires
les ascendants des
personnes résidant
aux Etats-Unis en
2000. Le bureau a précisé
que les personnes
ayant donné le nom
d’un pays d’Afrique
du Nord ou du
Proche-Orient ont été
considérées comme
arabes. Celles
revendiquant une
origine kurde ou berbère
ont également été
classées dans cette
catégorie, "même
si ces peuples ne sont
pas généralement
considérés comme
arabes", a indiqué
le rapport. Le bureau
du recensement
souligne que 19 % des
Américains ont refusé
de répondre à la
partie du
questionnaire
concernant leurs
origines. Le nom, le
lieu de naissance ou
la religion n’ont
pas été pris en
considération pour établir
l’origine des
personnes.
Plus
d’un tiers (37 %)
des personnes
d’origine arabe
vivant aux Etats-Unis
ont des ancêtres
libanais. Celles
d’origine syrienne
et égyptienne représentent
chacune 12 % et celles
ayant des racines
palestiniennes 6,1 %,
soit 72.000. Les
personnes d’origine
égyptienne vivant aux
Etats-Unis ont considérablement
augmenté entre les
années 90 et 2000,
passant de 79.000 à
143.000 (+82 %).
Celles d’origine
libanaise sont passées
de 394.000 en 1990 à
440.000 en 2000. La
population d’origine
arabe se retrouve dans
toutes les régions
des Etats-Unis, même
si environ la moitié
(48 %) est concentrée
dans seulement cinq
Etats (Californie,
Floride, Michigan, New
Jersey et New York).
L’Etat industriel du
Michigan est celui qui
en compte
proportionnellement le
plus grand nombre avec
1,2 % de sa
population. A
Dearborn, dans la
banlieue de Detroit,
le berceau automobile
des Etats-Unis, la
population d’origine
arabe représente 30 %
de la population, soit
environ 100.000
personnes. Mais
c’est New York qui
compte le plus grand
nombre de personnes
d’origine arabe avec
un total de 70.000
personnes (soit 0,87 %
de la population de
cette ville). Le
bureau du recensement
note qu’au cours des
dix dernières années,
la population
d’origine arabe a
augmenté dans presque
tous les Etats et
notamment en
Californie.
"Le
pouvoir assume une
part de
responsabilité dans
l’émigration des
jeunes",
affirme le
patriarche maronite
Sfeir
: "La justice est
devenue tributaire de
la politique et des
humeurs"
paru
dans l'Orient-le Jour
le 11 novembre 2003
Le
patriarche maronite,
le cardinal Nasrallah
Sfeir, a fait assumer
aux autorités une
part de responsabilité
dans l’émigration
des jeunes Libanais, dénonçant
une "justice
devenue tributaire de
la politique et des
humeurs" et une
application tronquée
de l’accord de Taëf.
Le patriarche s’est
exprimé ainsi lors de
la cérémonie
d’ouverture des
travaux de la 37e
session de l’Assemblée
des patriarches et des
évêques d’Orient,
qui a traité du problème
de l’émigration et
qui s’est tenue en
présence de Mgr
Alberto Ortega, représentant
du nonce apostolique,
Luigi Gatti, du
patriarche arménien-catholique,
Mgr Nersès Bedros
XIV, et d’un grand
nombre d’évêques.
Dans
son allocution, Mgr
Sfeir a exposé les
causes de l’émigration
au Liban, retraçant
son évolution depuis
les événements de
1860, avant de s’arrêter
sur ses aspects
positifs et négatifs.
Et c’est en développant
son côté négatif
qu’il a renouvelé
ses critiques contre
le pouvoir. "Bien
qu’un siècle et
demi se soit écoulé
depuis les débuts de
l’émigration
libanaise, le Liban
n’a pas su polariser
ses fils émigrés et
les attirer à lui. Il
faut rappeler que ces
derniers constituent
pour lui un capital
humain et un potentiel
intellectuel et économique
uniques. L’histoire
de l’émigration est
certes presque légendaire.
Le Liban, hélas,
demeure incapable
d’en tirer profit.
C’est surtout dans
la perte de ses fils
instruits, détenteurs
de spécialisations
diverses, ceux-là mêmes
qui sont capables de
dynamiser les secteurs
de l’économie, de
restaurer les
institutions et le
tissu social, que le bât
blesse. Nous avons
ainsi vu partir, malgré
eux, nombre de jeunes
par craintes de représailles,
de poursuites,
d’interrogatoires,
voire d’arrestations
mêmes provisoires.
C’est ce que
beaucoup nous ont
confié lors de notre
récente tournée dans
sept pays européens.
Ce problème attend
toujours d’être résolu.
Si l’accord de Taëf
avait été appliqué
comme il aurait fallu
qu’il le fût, on
aurait pu éviter à
la jeunesse libanaise,
chrétienne en
particulier, de subir
une crise aussi aiguë
et tragique. A la
question de ces jeunes
sur la possibilité
pour eux d’un éventuel
retour, nous n’avons
su que répondre, tant
la question de la
justice semble être
devenue chez nous
tributaire de la
politique et des
humeurs. Il est donc
urgent de se pencher sérieusement
sur ce problème si
notre désir de voir
ce pays retrouver la
place qui est sienne
parmi les nations est
bien réel",
a-t-il affirmé.
Et
le patriarche de
poursuivre : "Il
est encore à craindre
que la jeunesse perde,
loin du pays, les
valeurs religieuses,
morales et humaines
auxquelles elle a été
habituée. Beaucoup de
parents, inquiets de
cette perspective,
sont rentrés au pays,
de peur que leurs
enfants n’adoptent
un style de vie répandu
dans certains pays où
les jeunes quittent le
foyer paternel dès
seize ans, coupant
tous les ponts avec
leurs parents".
Mgr Sfeir a en outre
évoqué la
conservation du lien
de l’Eglise avec la
diaspora, dénonçant
au passage "la
prolifération de la
corruption du
favoritisme et du népotisme,
des vices qui sont
toujours en vigueur
dans l’Administration
libanaise".
L'exception
culturelle, identité
de l'Europe
"L'Exception
culturelle. Une règle
en quête de
contenus", par
Jean-Michel Baer,
Fondation En Temps Réel,
cahier 11, octobre
2003 (www.entempsreel.org).
L'auteur
est l'ancien directeur
de la Culture et de
l'Audiovisuel à la
Commission de
Bruxelles
par
ANTOINE DE BAECQUE,
pubié dans Libération
le 20 novembre 2003
Publié
par la fondation En
Temps réel, issue de
la gauche libérale
comme le fut, en son
temps, la fondation
Saint-Simon, ce
nouveau cahier se
penche, sous la
signature de
Jean-Michel Baer,
ancien directeur de la
Culture et de
l'Audiovisuel à la
Commission européenne
de Bruxelles, sur le
concept d'
"exception
culturelle". Ou
comment le ressortir
du placard en lui
donnant un nouveau
"contenu",
tel est le projet déclaré.
On sait que
l'exception culturelle
fut inventée par la
profession du cinéma
français et le ministère
de la Culture (langien)
pour contrecarrer,
voici bientôt quinze
ans, les ambitions
commerciales toutes
puissantes de l'Oncle
Sam. Non, la culture
n'est pas qu'une
marchandise et, tout
particulièrement en
France, elle est un
art de vivre aussi
bien chez les artistes
que pour les amateurs
et consommateurs :
elle est le
soubassement d'une
civilisation, sa
condition sine qua
non, son dernier
refuge. Elle doit donc
être préservée,
protégée,
subventionnée, promue
comme un élément de
service public face à
la "culture"
américanisée,
uniquement perçue
comme divertissement
à commercialiser.
Le
concept a fait florès
: il est devenu l'un
des chevaux de
bataille de ceux qui
contestent la toute
puissance de l'empire
américain du
divertissement, sa
toute puissance tout
court, devrait-on
dire. Jean-Michel Baer
le rappelle, lui qui
fut bien placé, à la
Commission de
Bruxelles, pour voir
l'élargissement du
concept d'exception
culturelle, passant de
la France à l'Europe,
voire à l'altermondialisme,
devenant une machine
de guerre antiaméricaine.
La toute récente décision
de l'Unesco de rédiger
un instrument
politique
international
susceptible de
promouvoir la
"diversité
culturelle" (le
nouveau nom sous
lequel se cache une
"exception"
qui sonnait un peu
trop élitiste) va
dans ce sens. Ce qui,
au départ, pouvait
apparaître comme une
valeur refuge
hexagonale, voire
chauvine, est désormais
un flambeau qu'on se
dispute à l'échelle
internationale. Les
sociétés européennes
sont en train de défendre
une position commune
proche de l'exception
culturelle à la française.
Ce
que propose maintenant
le texte de
Jean-Michel Baer
consiste à penser les
enjeux de l'exception
culturelle en termes
de contenus. Il
propose de repérer
ces contenus de trois
manières. D'abord, se
donner des
"indicateurs"
de la diversité
culturelle, une sorte
d'observatoire
international
permettant de mesurer
le moins aléatoirement
possible - disons le
plus objectivement -
la vigueur de la création
dans chaque pays
d'Europe (et donc de
comparer) : nombre d'éditeurs,
de
producteurs-distributeurs
de films, de théâtres
subventionnés ou privés,
de maisons de
disques... Ensuite, il
s'agirait de
promouvoir une déconcentration
de l'offre culturelle,
vieux projet remis au
goût du jour "décentralisateur"
: la culture ne sera
dynamique que diffusée
du centre vers la périphérie.
Enfin, troisième élément
: une circulation
mondiale des oeuvres.
Là où la
mondialisation n'est
pas seulement celle de
l'économie et des
entreprises, mais
celle des savoirs, des
pratiques culturelles,
des objets de culture.
C'est une forme de
contre-mondialisation,
comme l'on parle d'une
contre-culture. Ainsi
pourvue de véritables
contenus, l'exception
culturelle ne serait
plus seulement une
arme de guerre antiaméricaine,
mais un véritable
contre-modèle
civilisateur, identité
profonde de l'Europe.
De là à offrir
l'exception culturelle
aux manifestes
altermondialistes qui
fleurissent, il n'y a
qu'un pas. Franchi
d'ailleurs par
Jean-Michel Baer qui,
tout à la fois, s'en
réjouit et s'en inquiète.
Les associations
culturelles au Liban
: situation actuelle
et concertations
pour une action
commune
paru
dans l'Orient-le Jour
le 1er décembre 2003
Le
Comité national
libanais de l’Unesco
(pour l’éducation,
le savoir et la
culture) a réuni, au
palais de l’Unesco,
autour d'une table
ronde, les représentants
et les présidents
d’une trentaine
d’associations
culturelles des quatre
coins du pays pour une
rencontre visant à développer
entre elles des
contacts et des échanges
réguliers. Le but de
cette initiative
n’est pas
d’unifier les
activités des différentes
associations, qui ont
chacune leurs
particularités
propres, ni même de
mettre en place un
organigramme commun, a
déclaré en substance
la secrétaire générale
du comité de l’Unesco,
Salwa Baassiri. Il
s’agit plutôt de réfléchir
ensemble sur la
situation actuelle de
la culture au Liban,
d’en relever les
faiblesses, les
lacunes, d’en déterminer
les priorités et
d’essayer d’élaborer
un plan d’action
concertée pour une
meilleure diffusion
sur le terrain. Au
cours de cette première
réunion, les débats -
parfois enflammés -
ont été surtout axés
sur l’identité
culturelle : arabe ou
libanaise, sur le
manque d’aide ou
plutôt le quasi-désintérêt
de l’Etat pour
l’action culturelle
et sur l’interaction
entre politique et
culture.
En perdition de
terrain
Du nord au sud du
pays, un même constat
: l’intérêt pour
la culture se perd de
plus en plus. Certains
y voient là la conséquence
de la situation économique.
Dans un pays où la
classe moyenne (celle
qui s’intéresse le
plus à la culture)
n’existe
pratiquement plus, la
priorité est évidemment
donnée à la «
survie » quotidienne.
D’autres estiment
que c’est là l’un
des effets de la
guerre et du
changement social qui
s’en est suivi.
"On est bien loin
des années cinquante
et soixante, cette période
faste de la vie
culturelle au Liban où
l’instruction et le
savoir faisaient la
valeur de
l’individu.
Aujourd’hui, c’est
le culte de
l’apparence qui prédomine
et fait loi", a déclaré
Nazih Kabbara, président
du Conseil libanais
culturel du Nord. Qui
a expliqué cette
inculture progressive
par la médiocrité
des programmes télévisés
ainsi que par
l’indifférence des
médias qui, selon
lui, ne couvrent que
les événements
culturels bénéficiant
d’un grand renfort
de publicité ou du
patronage d’un homme
politique. D’autres
encore pensent que ce
mal est dû
essentiellement à
l’hégémonie
d’une sous-culture
de masse et qu’il
n’est pas spécifique
au Liban.
Autocritique
Quoi qu’il en soit,
si des raisons
externes ont sapé ces
dernières décennies
le travail culturel,
les intervenants ont
également procédé
avec lucidité à une
certaine autocritique.
Ils ont reconnu que la
culture avait parfois
tendance à se scléroser
au Liban. Qu’il y a
une prolifération de
conférences où le
verbiage stérile
l’emporte sur un réel
sujet de débat. Que
nombre de
programmations dites
culturelles sont
d’un manque total
d’intérêt. Bref
que la culture n’est
pas en train
d’atteindre son
objectif primordial,
à savoir la diffusion
de la connaissance
dans toutes les
classes sociales,
"comme c’est le
cas en Europe, où le
paysan de la région
la plus éloignée du
pays peut vous parler
aussi bien d’une
musique de Bach que de
ses droits et
obligations de
citoyen", a
d’ailleurs indiqué,
à titre d’exemple,
le professeur Antoine
Messarra, qui présidait
cette assemblée.
La
grande question de
cette rencontre a également
porté sur les moyens
de parvenir à intéresser
la jeune génération
aux débats d’idées.
"Comment entrer
dans les maisons, les
écoles, les universités
pour atteindre la
jeunesse ? Par quels
moyens, quels médias,
quelle manière de
traiter les sujets
faut-il les attirer
?" s’est
interrogé Jean Hashem,
du Club culturel de
Zghorta. Les
participants ont
reconnu à
l’unanimité
qu’une "culture
du changement"
(dixit Antoine
Messarra et Zouhayda
Darwich Jabbour) est
plus que jamais nécessaire. Consolider
la pratique culturelle
au Liban, mettre en
place une méthodologie
de travail tournée
vers les jeunes et
redonner à
l’intellectuel son rôle
d’intervenant actif
pour une évolution de
la société, voilà
globalement les
objectifs de cette
rencontre à l’Unesco.
Des résolutions de
solidarité et de
changement à
programmer au cours
des prochaines séances.
Le
"hidjab",
la croix et l'Europe
Pressions
en faveur du voile
islamique, atteintes
à la mixité, dénonciation
de l' "islamophobie"
: la cohésion républicaine
en péril ?
par
JEAN-LOUIS HAROUEL,
publié dans le Figaro
le 5 décembre 2003
L'auteur
est professeur agrégé
de droit à
l'université de
Paris-II. Auteur de Culture
et Contre-cultures (PUF)
Bien
évidemment, il ne
faut pas interdire à
l'école les croix, médailles
de baptême, étoiles
de David, mains de
Fatma et autres
amulettes. Ce sont des
signes d'appartenance
religieuse à caractère
privé, non
ostentatoire. Le
foulard islamique est
bien davantage que
cela. C'est la
manifestation
publique,
ostentatoire, du
respect d'une norme
vestimentaire édictée
par une religion. Or,
cette règle
vestimentaire, dès
lors qu'elle prépare
dès l'adolescence les
femmes au statut d'infériorité
et de soumission
auquel les condamne
l'islam, est contraire
au principe d'égalité,
en l'espèce d'égalité
entre les sexes, qui régit
le droit des Etats
européens. Le foulard
à l'école, c'est
l'affirmation publique
que l'on peut vivre en
France sous le droit
coranique, en bafouant
celui de la République.
Cette voyante
soumission à une
prescription
vestimentaire divine
dans ce temple de la
laïcité qu'est l'école
républicaine française
correspond à une
offensive
politico-religieuse
des courants les plus
agressifs de l'islam.
Le foulard à l'école
est un étendard
islamique planté dans
le sol français, pour
bien manifester que
celui-ci est désormais
terre d'islam, et que
la loi de l'islam a
vocation à y régner
entièrement.
Un
message explicite doit
être adressé
d'urgence aux
islamistes pour leur
signifier qu'il n'est
pas question de leur
livrer en otages les
populations immigrées
venues de pays
musulmans, et que la
France n'est pas terre
d'islam. Il faut donc
interdire le foulard
à l'école, et le
foulard seul. Il ne
faut pas se laisser
intimider par
l'accusation d'islamophobie.
Il ne faut pas livrer
au pouvoir des
islamistes et laisser
enfermer dans la loi
islamique tous les
jeunes gens et jeunes
filles qui aspirent à
vivre dans la totale
liberté par rapport
à la religion dont bénéficient
les sociétés sécularisées
de l'Europe. C'est un
indispensable premier
pas vers cet "islam
des Lumières" qu'appelle
de ses voeux
Bernard-Henri Lévy.
Un islam des Lumières
ne pourra apparaître
que lorsque la
religion musulmane
aura subi l'équivalent
de ce qu'a subi depuis
trois siècles la
religion chrétienne.
Elle a subi la haine,
le mépris, la dérision,
le rejet, la violence.
Aucune autre
civilisation n'a
accompli un travail de
démonstration de la
stupidité et de la
nocivité de sa
religion comparable à
ce que l'Europe a fait
dans ce domaine depuis
le XVIIIe
siècle.
Aujourd'hui,
le catholicisme est
une religion ayant
perdu sa vigueur. Il
est bénin, tolérant,
accommodant,
repentant, aussi peu
exigeant en matière
de dogme que de
discipline. Quand
l'islam en sera là,
on pourra parler d'un "islam
des Lumières". Il
n'en demeurera que
l'idée d'un dieu
unique, et du désir
du bien qu'il a mis
dans le coeur des
hommes. C'est-à-dire
à peu près le théisme
de Voltaire. L'islam,
pourtant déjà ancien
de près d'un millénaire
et demi, est resté
une religion étrangement
jeune, parce qu'elle
n'a jamais été
vraiment contestée.
Il faut aider l'islam
à vieillir, à
s'adoucir, à
s'humaniser, dans
l'intérêt des
musulmans et de
l'humanité entière.
D'où l'urgence
d'interdire le
foulard. En revanche,
interdire au nom d'une
fausse symétrie la
croix ou autre
pendentif serait un
profond contre-sens
quant à la
signification de la laïcité.
De même qu'il serait
aberrant et
politiquement
suicidaire de
supprimer une fête légale
d'origine catholique
pour la remplacer par
une fête religieuse
musulmane. Par démagogie
et faiblesse, on
tournerait ainsi le
dos à la recherche
d'un islam des Lumières.
On travaillerait à
faire officiellement
de la France entière
une terre d'islam, et
de l'ensemble des Français
un peuple islamisé :
un jour par an, pour
commencer. Une fête
religieuse musulmane
n'aurait pas du tout
en France la même
signification qu'un
jour férié d'origine
chrétienne, issu d'un
compromis séculaire
avec l'Etat laïque et
anticlérical. Faire
de l'Aïd-el-Kébir un
jour férié
constituerait un
prodigieux cadeau à
la fois aux islamistes
et au Front national,
qui ont ici les mêmes
intérêts, et
compromettrait
radicalement
l'assimilation de
l'immigration issue de
pays musulmans. Ce
serait le commencement
de la fin pour la laïcité
française, pour une sécularisation
résultant de l'esprit
même du
christianisme.
Certes,
la sécularisation des
sociétés européennes
a été réalisée au
prix de grands combats
intellectuels et
d'affrontements
souvent violents. Il
n'en reste pas moins
que cette sécularisation
était inscrite dès
l'origine dans le
christianisme. Elle résulte
de ces deux
proclamations
fondatrices : "Mon
royaume n'est pas de
ce monde" et "Rendez
à César ce qui est
à César". De
là découle la séparation
du spirituel et du
temporel, du profane
et du sacré, de l'Eglise
et de l'Etat. Comme le
note Elie Barnavi,
historien et ancien
ambassadeur d'Israël
en France, c'est là
que réside la grande
explication du décollage
de l'Occident. Il y a
dans le christianisme
une logique de sécularisation.
Elle explique le développement
de la liberté de
l'esprit, la curiosité
scientifique, la
remise en cause de la
religion et de l'Eglise,
la laïcité.
L'agnosticisme et
l'athéisme qui se développent
presque impunément
depuis le XVIIIe
siècle sont le
produit de l'esprit de
liberté que portait
en germe le
christianisme. C'est
l'Europe chrétienne,
parce qu'elle était
chrétienne, qui a
inventé et mis en
oeuvre la distinction
du spirituel et du
temporel, la sécularisation
du politique et de la
société, l'Etat
moderne, la laïcité.
Pour la même raison,
c'est la civilisation
européenne qui a
inventé les droits de
l'homme, la démocratie
moderne, le progrès
scientifique et
technique, le développement
économique.
La
chance des populations
immigrées originaires
de pays musulmans se
trouvant actuellement
en Europe est de
pouvoir vivre dans une
société qui est le
produit historique de
la civilisation chrétienne
: une société sécularisée,
moderne, libre, tolérante,
à haut niveau de vie
moyen et socialement généreuse.
Leur assimilation à
cette société passe
par leur adhésion à
ses valeurs, qui sont
dans une large mesure
des valeurs chrétiennes
sécularisées.
L'avenir de l'Europe
est peut-être
musulman mais les
racines de l'Europe ne
sont, n'en déplaise
à Jacques Chirac,
aucunement musulmanes.
L'Europe ne doit
certes pas être un "club
chrétien" au
sens confessionnel du
terme. Mais pour ce
qui est de l'histoire,
de la civilisation,
des valeurs, il est
bien évident qu'elle
est une entité chrétienne
et ne peut pas être
autre chose, à peine
de se renier entièrement,
de perdre totalement
son sens. Si l'Europe
était conséquente
avec elle-même, elle
devrait mettre, au
centre du cercle d'étoiles
de son drapeau, une
croix pareille à
celle du drapeau
suisse : une croix
qui, pas plus que
celle-ci ne serait un
symbole religieux,
mais bien l'emblème
de l'histoire et de la
civilisation de
l'Europe.
Paris-Tunis
et retour
Après le voyage
officiel de Jacques
Chirac
par
ALAIN-GERARD SLAMA,
publié dans le
Figaro le 8 décembre
2003
De
la Tunisie compliquée,
le visiteur revient
avec une idée simple.
Dans ses rapports avec
l'islam, la République
se signale par sa persévérance
dans l'erreur. A l'époque
coloniale, elle a
pratiqué dans ses
territoires du Maghreb
une politique
d'assimilation
jacobine qui lui a aliéné
les peuples qu'elle se
donnait pour mission
d'éduquer. Après la
décolonisation, elle
a mené sur son propre
sol une politique de
soutien à la diversité
culturelle qui a
encouragé les
musulmans immigrés à
poursuivre leur combat
contre elle.
S'obstiner dans un tel
contresens historique
relève de la pulsion
suicidaire, quand le
nombre des musulmans
de France dépasse
cinq millions. C'est
pourtant ce que la
majorité des
dirigeants et des élus
de ce pays continue de
faire avec une belle
constance. Les polémiques
soulevées par le
voyage du président
de la République française
en Tunisie viennent
encore d'en témoigner.
Jacques Chirac a été
accusé par le PS de
complaisance envers un
régime autoritaire,
auquel il est reproché
d'être plus proche
des dictatures du
monde arabe que de la
démocratie selon nos
critères et de
limiter un droit de
l'homme essentiel, qui
est la liberté
d'expression.
Or
les censeurs les plus
ardents du voyage présidentiel,
les critiques les plus
intraitables du
respect de la spécificité
tunisienne sont ceux-là
même qui, en France,
prônent le droit à
la différence et les
discriminations
positives. Les
adversaires les plus
farouches du compromis
tunisien entre l'islam
et l'Occident sont
ceux qui réclament,
ici, une application
plus souple des
principes de la laïcité.
Les contempteurs les
plus virulents d'un
dialogue
franco-tunisien pour
cause de violation des
droits de l'homme sont
ceux qui, chez nous,
rejettent toute
sanction contre le
viol du droit humain
le plus fondamental,
celui de l'autonomie
de la personne, bafoué
par l'obligation
religieuse faite aux
femmes de porter le
foulard islamique. La
première objection,
la plus évidente, à
ces critiques est
qu'il s'agit d'un
voyage d'Etat. L'enjeu
est international.
L'objectif est de
faire avancer sur le
pourtour de la Méditerranée
la solution de problèmes
aussi fondamentaux que
la lutte contre le
terrorisme, la maîtrise
de l'émigration, la
poursuite du développement.
A l'occasion de ce
voyage, la capitale
tunisienne a été l'épicentre
d'une rencontre
historique "5 +
5" qui, longtemps
mise en sommeil à
cause des crises du
Golfe et du
Moyen-Orient, concrétise
un vieux rêve en
rassemblant les
dirigeants des pays du
bord de la Méditerranée.
La
deuxième objection
est que, si le régime
tunisien s'effondre,
toute la région
basculera avec lui. De
tous les pays du
Maghreb, la Tunisie,
avec moins de dix
millions d'habitants,
n'est certes pas le
plus puissant. Elle
n'en est pas moins, et
de loin, celui qui,
tout en restant un
Etat musulman, est le
plus proche des intérêts
européens, en
particulier français
et italiens. Tout a été
dit dans la presse sur
un "miracle"
économique qui
concerne à la fois
les villes, où ont
disparu gourbis et
ghettos, et les
campagnes, où les
implantations
industrielles et le
tourisme peuvent se développer
en sécurité. La
croissance du pays est
de 5,5% par an, le chômage
est descendu de 30 à
15% ; la dette, de
57%, est inférieure
de plus de 20% à la nôtre,
et le niveau de vie
moyen se compare à
celui des Républiques
d'Europe centrale intégrées
à l'Union. Pour une
dictature censée a
priori casser la
confiance, un tel
bilan n'est pas si
mauvais.
Nous
ne savons pas si ce
processus débouchera
sur une démocratie
comparable à la nôtre.
Mais le régime actuel
se distingue des régimes
autoritaires par le
fait qu'il tourne le
dos à la guerre. La
Tunisie doit à
Bourguiba, son
refondateur, d'avoir
assumé la vocation
pacifique que lui
dictent sa situation géographique
et sa culture, à la
croisée de plusieurs
mondes (Voir Tunisie,
mémoire de l'humanité,
par Guillemette
Mansour, éditions
Simpact). L'actuel président
ben Ali, parvenu au
pouvoir après la déposition
du vieux lion génial
rongé par la maladie,
n'avait pas la même légitimité
historique que son prédécesseur.
Il aurait pu être
entraîné dans une
stratégie de
violence, vers
laquelle les
islamistes voulaient
le précipiter. Il a
su éviter de faire
couler le sang, et
maintenu le cap de la
modernisation. Dans un
pays qui compte encore
un tiers d'analphabètes,
il a maintenu la
pression sur les
partis, mais il a fait
progresser les formes
institutionnelles de
la démocratie. En
mettant son pays à
l'heure du numérique,
il le fait entrer dans
le circuit de la
mondialisation. Le cinéma,
le théâtre, les
beaux-arts se sont
branchés sur ces réseaux
(Témoin les
rencontres d'art
contemporain de la
Medina de Tunis, 18
octobre-15 décembre
2003).
Reste,
omniprésent, obsédant,
le culte de la
personnalité. Mais -
et c'est la troisième
objection - dans
un pays où chaque
lettre de l'alphabet
rappelle le Coran, ce
culte, conçu par
Bourguiba sur les modèles
d'Atatürk et de
Salazar, était et
demeure le seul
antidote aux passions
religieuses. La menace
islamiste a reculé.
Elle n'a pas désarmé
pour autant. Elle
s'infiltre par les
frontières algérienne
et libyenne. Elle
tombe des satellites,
dans lesquels les théocraties
arabes investissent
des sommes colossales.
Dans la logique de
l'Occident, les
meilleurs antidotes à
l'islamisme devraient
être la démocratie
et la modernisation.
Dans la réalité
actuelle du monde
arabo-musulman, il est
impossible de les
avoir ensemble.
L'islamisme est une idéologie
d'ambition planétaire
qui se sert de la
modernisation et qui
retourne contre elle
la démocratie. Comme
le nazisme et le
communisme, cet
obscurantisme
d'apparence médiévale,
qui devrait trouver
son terreau dans les
seules catégories
sociales déstabilisées
par la modernité, a
une clientèle qui
ressemble au métro à
six heures du soir.
Depuis le 11 septembre
2001, le monde a découvert
que les pires
fanatiques se
recrutent dans des
milieux fortunés et
de haute culture. Le
paradoxe de la Tunisie
est que, pour lutter
contre l'islamisme,
ses dirigeants doivent
s'appuyer sur le
peuple contre une
partie des élites.
Cela ne va pas sans
peine, ni sans
concessions du régime
à une certaine
reconfessionnalisation.
On peut s'en inquiéter.
Certainement pas
lancer des anathèmes
quand notre propre démocratie
hésite, alors qu'elle
a les moyens de se
montrer intraitable.
Ces Libanais
contraints de se
marier à l'étranger
par ELODIE RATSIMBAZAFY,
publié dans
Ouest-France le 27
novembre 2003
Dix-sept communautés
religieuses
cohabitent au Liban.
Dans ce pays où le
mariage civil
n'existe pas,
l'union de deux
personnes de
confession différente
oblige l'une des
deux à renier sa
religion (mais ceci
n'est pas le cas par
exemple de l'église
melkite
grecque-catholique,
qui impose cependant
au conjoint musulman
d'accepter de fonder
un foyer chrétien).
L'autre solution :
convoler à l'étranger.
Ziad et Leila se
sont mariés
civilement sur l'île
voisine de Chypre.
"Je suis
musulmane, il est
chrétien ;
pour l'épouser,
j'aurais pu me
convertir à sa
religion, mais je n'étais
pas prête pour ça."
Leila, 33 ans, résume
en une phrase le
problème qui se
pose aux couples
mixtes au Liban. Le
simple mariage civil
n'existant pas au
Pays des cèdres
(pas plus,
d'ailleurs, qu'en
Israël ou en Syrie,
ses voisins),
l'alternative est
simple : soit
l'un des deux adopte
la religion de
l'autre, soit les
futurs époux optent
pour le mariage
civil dans un pays où
la loi le permet.
C'est ainsi que
Leila et son
compagnon, Ziad
Moussa, se sont
retrouvés à la
mairie d'Ayia Napa,
une petite ville sur
la côte Est de
Chypre. Ils se sont
passé la bague au
doigt à 200 kilomètres
de Beyrouth, sans
s'unir devant Dieu,
bien que croyants
tous les deux. Un
choix pleinement
assumé :
"Le mariage
civil est plus
moderne que le
mariage religieux,
estime Leila.
Surtout pour les
femmes musulmanes.
Si je m'étais mariée
selon ma confession,
je n'aurais pu, par
exemple, hériter
que d'un huitième
des biens de mon
mari, en cas de décès."
Reste
que la démarche du
jeune couple
s'apparente à un
parcours du
combattant. Il a
d'abord fallu
convaincre les deux
familles. Dans un pays
où tout est régi par
la religion, où les
traditions pèsent
lourd dans la vie
quotidienne, pas
facile de faire passer
l'idée d'un mariage
non religieux.
"Mon père n'était
pas d'accord, au début,
se souvient Leila. Il
avait peur de la réaction
de sa famille qui
n'est pas très
ouverte." Quant
aux parents de Ziad,
"quoique plutôt
laïcs, ils ont eu du
mal à accepter cette
décision. La pression
sociale était trop
forte". Une fois
franchi l'obstacle
familial, le couple a
dû affronter de
longues démarches
administratives.
D'abord, élire un
pays qui
officialiserait son
union. Puis se
procurer des visas.
Pour Ziad et Leila,
Chypre représentait
l'endroit rêvé. Pas
trop loin, pas trop
cher. L'île a, de
plus, l'avantage d'être
jolie, ce qui permet
de jumeler mariage et
voyage de noces. Les
mairies chypriotes
sont rodées ; le
business du mariage
civil y est bien huilé.
A tel point que,
souvent, des employés
de mairie font office
de témoins et de
photographes des
couples non accompagnés.
Après avoir réuni
l'argent - un
mariage à Chypre coûte
entre 850 et 1250 Euros
- Ziad et Leila se
sont envolés pour
quatre jours avec les
parents de la jeune
femme, ses frères,
les témoins et un des
oncles de son mari. "Le
deuxième jour, nous
nous sommes présentés
à la mairie à 9 h.
Nous avons payé, donné
nos papiers, puis nous
sommes revenus à
11h30, en costumes,
pour la cérémonie."
Elle a duré "deux
minutes
cinquante",
sourit Leila.
Simple
formalité, donc. A
Chypre. Mais une fois
rentrés au pays, les
couples mariés à l'étranger
ne sont pas à l'abri
de complications
judiciaires. Si leur
union est bien
homologuée par l'Etat
libanais, ils
continuent de dépendre
de la loi chypriote
pour tout ce qui
touche à l'héritage,
au divorce... Pour
mettre fin à cette
situation complexe,
Elias Hraoui, président
de la République
libanaise de 1989 à
1998, avait envisagé
une loi sur le mariage
civil. Son
argumentaire faisait
vibrer la fibre
nationaliste : "Quand
il y a un conflit au
sein du couple, le
juge applique la loi
étrangère 'Au nom du
peuple libanais' !"
Son projet de loi
croupit toujours dans
les archives de
l'Assemblée. Faire
glisser le mariage aux
mains des autorités
civiles représentait
une menace pour les
intérêts des chefs
religieux. "Ils
auraient perdu de leur
influence, de leur
pouvoir, analyse
Ogarit Younan,
sociologue et présidente
du Mouvement pour les
droits humains, une
association libanaise
qui milite pour le
mariage civil. Ils
auraient également
perdu de l'argent car
les mariages leur en
rapportent beaucoup.
Et puis, les extrémistes
avaient peur de la laïcisation
de la société."
C'est
bien là le noeud du
problème : pour
une société où,
depuis 1936, chacune
des dix-sept religions
applique sa propre loi
et possède ses
propres tribunaux, la
pilule est dure à
avaler. Ziad et Leila
reconnaissent que leur
démarche s'apparente
à "un acte
militant". Ils
habitent Beyrouth,
gagnent correctement
leur vie, fréquentent
des milieux
intellectuels :
c'est le profil type
de ces 'mariés de
l'exil' dont le nombre
est impossible à
connaître. Une prise
de distance vis-à-vis
de leur culture
familiale qu'ils
continuent d'assumer
dans le mariage :
Ziad et Leila s'étaient
mis d'accord pour
donner à leur premier
enfant un prénom ni
chrétien ni musulman.
"Quand nous avons
appris que Leila
attendait un garçon,
nous avons décidé
qu'il s'appellerait
Ramzy, se rappelle
Ziad. Ma mère a fondu
en larmes parce que,
dans la tradition chrétienne
orthodoxe (et autre),
le premier bébé doit
porter le prénom de
son grand-père. Après
de longues
discussions, elle m'a
convaincu de l'appeler
Georges. Il a ensuite
fallu convaincre Leila
qui, à son tour, a
fondu en larmes...
comme ses
parents." Dans
quelques jours, le
petit Georges devrait
ouvrir les yeux sur un
monde bien compliqué :
"Quelle histoire
absurde pour nommer un
nouveau-né !"
Les
Eglises tendent la
main à l'islam
par
ISABELLE DE GAULMYN,
publié dans la
Croix le 26 novembre
2003
Dans
un document
"Aller à la
rencontre des
musulmans", les
Eglises chrétiennes
d’Europe -
catholiques,
protestantes,
anglicanes et
orthodoxes - se
donnent un cadre théologique
pour dialoguer avec
l’islam. Ce
dialogue doit être
aujourd’hui assumé
par les institutions
ecclésiales,
expliquent-elles. Le
temps des pionniers
est révolu. Les
Eglises chrétiennes
veulent assumer de
manière
institutionnelle le
dialogue avec
l’islam. En
publiant un document
visant à encourager
cette rencontre en
Europe, ("Aller
à la rencontre des
musulmans ?"),
les membres du
"Comité sur
l’Islam en
Europe", créé
conjointement par le
Conseil des Conférences
épiscopales d’Europe
(Ccee, catholique)
et la Conférence
des Eglises européennes
(Kek, orthodoxes,
anglicans et
protestants), ont
ainsi souhaité
marquer une nouvelle
étape. Elle est
sans précédent.
"Il était nécessaire
d’ancrer le
dialogue des Eglises
avec l’islam dans
une réflexion théologique"
analyse ainsi le P.
Häns Vöcking, Père
Blanc allemand, modérateur
du comité. "Le
besoin est surtout
apparu dans les
Eglises
occidentales"
précise-t-il. Et il
semblait urgent de répondre
aux responsables chrétiens
qui, en Europe de
l’ouest, sont en
charge du dialogue
avec l’islam.
"Dans les années
1960-1970, on considérait
les musulmans comme
des "immigrés"
et le point de vue
était celui de la
"charité".
Dans les années
1980, les chrétiens
ont découvert
qu’ils côtoyaient
des musulmans. Et
maintenant, ils
prennent conscience
de l’islam"
commente encore le Père
Blanc. En acceptant
la différence,
"nous diminuons
l’agressivité
envers l’autre
croyant, nous évitons
le piège du syncrétisme".
Entre 20 et 25
millions de
musulmans vivent
aujourd’hui en
Europe. Le document
invite les chrétiens
à entrer en
relation avec eux
sur la base d’une
attitude chrétienne
: "L’Evangile
demande de considérer
tout être humain
comme son frère ou
sa sœur et
d’aimer ses
propres
ennemis". Le
premier chapitre
rappelle ainsi le défi
lancé à
l’attitude de
"défense et
repli
confessionnel"
à la lumière de phénomène
comme les
migrations, la sécularisation
et la
mondialisation. Le
texte offre une série
de points de repères
bibliques, et présente
ensuite quelques
"pionniers du
dialogue", dont
Charles de Foucauld,
le pasteur réformé
Samuel Zwemer, ou
encore Jean-Paul II.
Mais aujourd’hui,
ces efforts doivent
être relayés sur
un plan
institutionnel, et
le texte propose des
jalons pour un
dialogue constructif
: "Refuser la
différence a amené
des groupes de
croyants à se mépriser
et à se faire la
guerre" dit-il.
En acceptant la différence,
"nous diminuons
l’agressivité
envers l’autre
croyant, nous évitons
le piège du syncrétisme",
explique encore le
texte des Eglises
européennes, qui
met cependant en
garde : "Qui
trouve que tout est
bon chez l’autre
est un ingénu ou un
peureux".
Naïf, ce document ?
"Ses rédacteurs
ont tous passé de
longues années dans
des pays musulmans,
et ne peuvent en
aucune manière être
taxés d’idéalisme"
rétorque le P. Völker.
Simplement,
ajoute-t-il, il
s’agit d’un
texte théologique,
qui part de l’Evangile".
Il est vrai qu’
"Aller à la
rencontre des
musulmans ?"
est publié alors
que la Turquie
frappe à la porte
de l’Union, que se
pose la question de
l’héritage
religieux de l’Europe,
et que les sociétés
de l’ouest sont
confrontées à la
place de l’islam
dans leur espace
public. "Nous
ne savions pas que
nous allions publier
ce texte en pleine
crise du foulard
islamique !",
confie le P. Völker.
"Après cette
première étape,
poursuit-il, il
reste maintenant à
mener une réflexion
politique, sur les
valeurs que nous
souhaitons défendre
pour l’Europe,
dans ce dialogue
avec
l’islam".
Lula
da Silva en visite à
Beyrouth préconise un
sommet arabo-latino-américain
paru
dans la Revue du Liban
le 13 décembre 2003
Entre
le Liban et le Brésil,
c’est une longue et
vieille histoire de
sympathie et d’amitié,
née peut-être de
l’émigration séculaire
d’un grand nombre de
Libanais au pays des
émeraudes et du
carnaval. 127 ans après
la visite de
l’empereur Don Pedro
II, le président Luiz
Inacio Lula da Silva
est le premier
dirigeant brésilien
à mettre le pied en
terre de Phénicie. Il
est arrivé à
Beyrouth dans l’après-midi
du jeudi 4 décembre
venant de Syrie, où
il avait entamé une
tournée régionale
qui l’a mené aux
Emirats arabes unis,
en Egypte et en Libye.
Accompagné de son épouse,
Marisa Leticia; de
Celso Amorim, ministre
des Affaires étrangères;
et d’autres
officiels, le président
brésilien a été
accueilli à l’aéroport
par son homologue
libanais, le président
et Mme Emile Lahoud,
entourés de MM. Nabih
Berri, chef du Législatif
et Rafic Hariri, chef
du gouvernement; des
vice-présidents de la
Chambre, Elie Ferzli
et du Conseil, Issam
Farès; ainsi que
d’un grand nombre de
ministres, députés,
ambassadeurs et
personnalités arabes
et occidentales. Après
une courte halte au
salon d’honneur de
l’AIB, les deux
chefs d’Etat se sont
rendus à l’hôtel
Metropolitan où le président
brésilien s’est
entretenu,
successivement, avec
MM. Berri et Hariri.
Signature
de quatre accords de
coopération
M. Lula da Silva a eu
à Baabda un aparté
de trente minutes avec
le président Lahoud
avant de planter un cèdre
dans le jardin présidentiel,
symbole de l’amitié
libano-brésilienne.
La cérémonie a été
suivie de la signature
de quatre accords de
coopération
technique, pédagogique,
culturelle et
touristique, en présence
de MM. Hariri, Farès
et des membres des délégations
libanaise et brésilienne.
Les ont rejoints à la
salle des ambassadeurs
du palais : MM.
Yaacoub Sarraf,
administrateur de
Beyrouth et du
Mont-Liban; Mohamed
Issa, secrétaire général
et Naji Abi-Assi,
directeur des affaires
politiques du palais
Bustros. M. Lahoud a
prononcé une
allocution dans
laquelle il a réaffirmé
l’ancrage des
relations libano-brésiliennes
et son attachement à
leur développement
qui se sont traduits
par la signature de
quatre accords. Il a
exposé la position du
Liban par rapport au
dossier régional et
exprimé son appui au
projet échafaudé par
M. Lula d’organiser
un sommet
arabo-latino-américain,
en vue d’étudier
les perspectives de
coopération économique.
Quant à M. Lula da
Silva, il a notamment
mis l’accent dans
son discours sur le rôle
important joué par la
diaspora libanaise au
Brésil et réaffirmé
sa volonté de
consolider les
rapports dans tous les
domaines et de
faciliter l’octroi
de visas aux Libanais
désireux de visiter
le Brésil. Concernant
la région, il s’est
déclaré en faveur
d’une paix juste,
globale et durable au
Proche-Orient et du
droit des Irakiens à
l’autodétermination.
Il a, enfin, invité
le président Lahoud
à visiter le Brésil.
Un dîner a, ensuite,
réuni au palais les
personnalités présentes.
Lula
au parlement
Le lendemain,
vendredi, M. Da Silva
s’est rendu à 12h50
à la place de l’Etoile
où l’attendait M.
Berri pour passer en
revue un détachement
de la garde, avant de
gagner le siège de
l’Assemblée sous
les applaudissements
des personnes présentes,
notamment les députés,
M. Rafic Hariri et son
gouvernement, les
anciens chefs d’Etat,
MM. Amine Gemayel,
Elias Hraoui et nombre
de diplomates arabes.
Prenant la parole, M.
Berri a,
chaleureusement,
souhaité la bienvenue
à son hôte. Puis, évoquant
les résolutions de
l’ONU essentielles
pour un règlement
juste au
Proche-Orient, il a
demandé au Brésil
d’appuyer le Liban
et les pays de la région
en vue de débarrasser
le Proche-Orient des
armes de destruction
massive. Dans un
discours salué par
les membres du Législatif,
M. Da Silva a appelé
à un “sommet
arabo-latino-américain”
qui permettrait aux
pays en voie de développement
de traiter d’égal
à égal avec les
grandes puissances,
notamment les
Etats-Unis, a-t-il
dit. Il a proposé que
la tenue de ce sommet
tripartite ait lieu en
2004 et appelé, par
ailleurs, au développement
des échanges économiques
et politiques entre
les pays du
tiers-monde. A propos
du conflit israélo-palestinien,
le président brésilien
a appelé à la
relance du processus
de paix et soutenu
l’ “Initiative de
Genève”, le plan de
paix du prince
saoudien Abdallah Ben
Abdel-Aziz proposant
“la terre contre la
paix”. “La feuille
de route”, dit-il,
“peut aboutir à la
création d’un Etat
palestinien souverain
et démocratique et
permettra à Israël
de vivre en paix”.
Relations
séculaires soudées
par les liens du sang
Point déterminant de
son discours, le président
Da Silva a affirmé :
“Le Liban pourra
compter, dès l’an
prochain, sur le
soutien du Brésil au
sein du Conseil de sécurité
des Nations unies,
comme un allié qui défendra
ses intérêts
nationaux légitimes,
sa stabilité et sa
position au
Proche-Orient”.
Insistant sur la nécessité
de renforcer les
relations politiques
et économiques entre
le Brésil et le
Liban, dont les échanges
n’ont pas atteint le
niveau requis, il
devait rappeler les
relations séculaires,
soudées par les liens
du sang, entre les Brésiliens
et les Libanais.
“Plus de sept
millions de Li
banais,
a-t-il ajouté, vivent
au Brésil,
descendants de ces
pionniers qui ont placé
leur force de travail
au service de leur
patrie d’adoption.
C’est pourquoi, nous
considérons le Liban
comme un pont vers le
monde arabe”. Un déjeuner
officiel a été alors
offert en l’honneur
de M. Da Silva et de
son épouse par le président
Berri, en sa résidence
de Aïn el-Tiné,
auquel ont été conviés
MM. Rafic Hariri, Elie
Ferzli et Issam Farès,
ainsi que plusieurs
ministres, députés
et personnalités
libanaises. Le chef de
l’Etat brésilien a
quitté Beyrouth à
destination des
Emirats arabes unis,
avant de se rendre,
ensuite, en Egypte;
puis, en Libye.
Le
président Bouteflika
reçu par le président
Lahoud et le prince
al-Fayçal à Beyrouth