Jean-Paul
II : "Le
Proche-Orient
n’a pas besoin
de murs mais de
ponts"
Cette
citation appelée
à devenir célèbre,
formulée dimanche
par le pape
Jean-Paul II,
intervient alors
que le monde est
bousculé par une
série d'attentats
dont l'onde de
choc est similaire
à celle provoquée
par les attentats
du 11 septembre
2001.
L'internationale
terroriste
continue de se développer
en parfaite
symbiose avec
l'internationale
sioniste, les
politiques
expansionniste et
discriminatoire
des Etats-Unis et
d'Israël
engendrant un
nombre croissant
de victimes au
Proche-Orient et
en Europe, et
fermant toutes
portes à
l'ouverture et au
dialogue pacifique
entre les peuples.
Jean-Paul
II : "Le
Proche-Orient
n’a pas besoin
de murs mais de
ponts"
Le
pape condamne le
terrorisme et la
construction de
la "clôture
de sécurité"
paru
dans l'Orient-le
Jour le 17
novembre 2003
Le
pape Jean-Paul
II a condamné
hier le
terrorisme et
critiqué la
construction
d’un
"mur"
sur le
territoire
palestinien, à
la veille
d’une visite
en Italie du
Premier ministre
israélien Ariel
Sharon. Le
Proche-Orient
"n’a pas
besoin de murs
mais de
ponts", a déclaré
le vieux
souverain
pontife dans sa
prière de l’Angelus.
Le pape, 83 ans
et dont la santé
a décliné ces
derniers temps,
est apparu
relativement en
bonne forme à
la fenêtre de
ses appartements
au Vatican,
devant une foule
de pèlerins.
C’est la première
fois que
Jean-Paul II,
dont le
pontificat est
marqué par un
effort constant
de dialogue avec
le judaïsme,
intervient à ce
sujet et
critique, sans
citer
directement Israël,
l’édification
en territoire
palestinien
d’une ligne de
sécurité censée
protéger l’Etat
hébreu des
attaques
terroristes.
"Je
renouvelle ma
ferme
condamnation
pour toutes les
actions
terroristes
commises ces
derniers temps
en terre sainte.
Dans le même
temps, je dois
relever le fait
que
malheureusement
la dynamique de
paix semble s’être
arrêtée",
a dit le pape.
"La
construction
d’un mur entre
le peuple israélien
et le peuple
palestinien est
vue par beaucoup
de gens comme un
nouvel obstacle
sur la route
conduisant à
une cohabitation
pacifique. En réalité,
la terre sainte
n’a pas besoin
de murs mais de
ponts",
a-t-il ajouté.
"Sans réconciliation
des âmes, il ne
peut y avoir la
paix", a
ajouté
Jean-Paul II,
dont
l’attitude
envers Israël a
toujours conjugué
le respect du
droit à
l’existence et
à vivre en paix
de l’Etat hébreu,
avec la défense
insistante des
droits des
Palestiniens.
Ariel Sharon est
attendu
aujourd’hui à
Rome pour une
visite de trois
jours après
celle effectuée
en juin en Israël
par le chef du
gouvernement
italien, Silvio
Berlusconi.
Aucune visite au
Vatican n’a été
annoncée.
Premier pape de
l’histoire à
entrer dans une
synagogue en
1986 et à
demander pardon
pour les fautes
de l’Eglise
envers les
juifs, Jean-Paul
II a aussi
instauré des
rapports
diplomatiques
avec Israël,
impensables
pendant
longtemps,
compte-tenu de
la difficulté
des relations
judéo-chrétiennes.
Hier, le pape a
parlé d’une
voix ferme et
intelligible en
dépit de
difficultés
d’élocution
manifestées ces
derniers temps.
"Encore une
fois, ces
derniers jours,
le terrorisme a
réalisé son œuvre
néfaste et
particulièrement
dévastatrice en
Irak et en
Turquie",
a-t-il déploré.
"Le respect
de la vie, la
solidarité
internationale,
le respect des
lois doivent prévaloir
sur la haine et
sur la
violence",
a conclu
Jean-Paul II.
D'un
terrorisme à
l'autre
par
PAUL KHALIFEH,
publié dans
Magazine le 14
novembre 2003
Une
folie meurtrière
s'est emparée
d'une poignée
d'illuminés poussés
par un homme qui
s'arroge le droit
de prôner, unilatéralement,
un islam rigoriste
et décadent.
Al-Qaïda est une
organisation
criminelle, dirigée
par un homme coupé
de la réalité,
un millénariste
qui incite au
meurtre
d'innocents. Ses
cibles sont aussi
bien arabes
qu'occidentales,
chrétiennes que
musulmanes. Rien
ne pourra consoler
les Libanais ou
les autres, qui
ont perdu des
proches dans
l'odieux attentat
de Riyad. Partis
subvenir outre-mer
aux besoins de
leurs familles,
les voilà qui
reviennent dans
des cercueils,
victimes d'une
violence aveugle
et organisée.
Plus personne
n'est à l'abri,
il faut que cela
cesse. Mais
comment ? Cela
fait maintenant
deux ans que
"W" mène
Sa guerre contre
le terrorisme, et
les résultats
sont
catastrophiques.
Al-Qaïda, que
l'on décrit comme
un monstre
tentaculaire
insaisissable,
s'est, paraît-il,
fractionnée en
une multitude de
cellules
"difficiles
à localiser et à
démanteler",
selon un récent
rapport
britannique ;
Oussama Ben Laden
et ses principaux
adjoints courent
toujours ; la
violence frappe désormais
des pays qui étaient
épargnés (Indonésie,
Kenya) ; plus
grave encore : les
idées rétrogrades
et dangereuses défendues
par Ben Laden
continuent de
faire des émules.
L'erreur de Bush -
en est-ce vraiment
une - a été de
combattre al-Qaïda
avec ses propres
armes. Au
terrorisme
physique d'Oussama
Ben Laden,
l'Administration
américaine a
opposé, en plus
de la logique de
la force, un
terrorisme
intellectuel
implacable. Les
esprits libres
n'osent même plus
analyser les
origines du mal,
sous peine d'être
accusés de
"justifier"
le terrorisme.
Pour être en
phase avec les
"combattants
de la liberté",
il faut avoir une
vision manichéenne
d'un monde désormais
divisé en
"bons"
et en
"mauvais".
Il ne faut pas
s'attaquer aux
racines du problème,
mais seulement à
ses manifestations
extérieures,
c'est à dire la
violence aveugle.
Cela équivaut à
soigner un cancer
à coup de doses
de morphine, alors
que pendant ce
temps, la maladie
s'étend dans tout
le corps.
La méthode Bush
est un fiasco
parce qu'elle a été
tout simplement
inventée par des
hommes aussi extrémistes
que Ben Laden. Des
idéologues, au crâne
bourré de préjugés
et d'idées préconçues,
qui, au fond
d'eux, méprisent
les Arabes et les
musulmans et
appuient aveuglément
Israël. Quand l'Etat
hébreu construit
un mur pour
emprisonner deux
millions de
personnes, ils se
contentent de
quelques vagues déclarations
de désapprobation
; lorsque Tsahal
tue des civils,
c'est le droit à
l'autodéfense ;
si Israël refuse
de restituer les
terres qu'il
occupe, ils
invoquent de légitimes
considérations de
sécurité
nationale...
Comment peut-on,
dans ces
circonstances,
convaincre Arabes
et musulmans que
l'Amérique possède
l'étoffe d'une
nation juste,
capable de diriger
l'humanité vers
un avenir meilleur
? Comment priver
Ben Laden des
arguments qui lui
permettent de
recruter autant de
kamikazes prêts
à sacrifier leur
vie pour les idées
les plus folles ?
C'est seulement
lorsque les fous
n'auront plus la
prétention de
vouloir soigner
des psychopathes
que le monde se
portera mieux.
Israël
dénonce l'antisémitisme
en Europe
Le
ministre des
Affaires étrangères
à Istanbul
par
PIERRE PRIER,
publié dans le
Figaro le 17
novembre 2003
La
réaction israélienne
aux attentats
d'Istanbul est
à la mesure de
l'importance
pour Jérusalem
de son alliance
avec Ankara. Le
ministre des
affaires étrangères,
Silvan Shalom,
s'est aussitôt
transporté sur
place pour
offrir son
soutien aux
victimes, mais
aussi "au
peuple turc et
au gouvernement
turc". Sans
s'engager sur
les résultats
de la future
enquête à
laquelle
participeront
des services de
renseignement
israéliens,
Silvan Shalom a
voulu assurer
les Turcs et
leurs dirigeants
qu'il ne les
tenait pas pour
responsables : "Nous
partageons un
destin commun.
Nous souffrons
tous des
attaques des mêmes
groupes extrémistes,
qui cherchant à
frapper tous
ceux qui
adoptent les
valeurs de la démocratie,
de la liberté,
de l'égalité
et de l'Etat de
droit."
Devant le
Conseil des
ministres, Ariel
Sharon a, lui
aussi, élargi
la condamnation,
assurant que le
terrorisme "ne
fait pas de différence
entre les
religions".
Silvan
Shalom s'est,
pour sa part, évertué
à nier
l'existence d'un
possible antisémitisme
turc. Si les
attentats
doivent quelque
chose à l'antisémitisme,
celui-ci vient
d'ailleurs, a
assuré le
ministre des
Affaires étrangères
: les attentats
d'Istanbul "s'inscrivent
dans le cadre de
récentes
incitations à
la haine contre
Israël et les
juifs dans le
monde arabe, et
des propos
anti-israéliens
et antisémites
constatés ces
derniers mois
dans certaines
capitales européennes".
La formule a
été reprise
presque mot pour
mot hier dans le
communiqué
officiel du
Conseil des
ministres.
Ces
dernières
accusations
semblent plus liées
à la nouvelle
phase de tension
entre Israël et
l'Europe qu'avec
les événements
tragiques
d'Istanbul.
Silvan Shalom
paraît allumer
un contre-feu
avant sa
participation,
lundi, à la réunion
du conseil
d'association
UE-Israël à
Bruxelles. Les
Européens ont déjà
annoncé qu'ils
protesteraient
fortement contre
le boycottage
par Israël de
l'envoyé spécial
au Proche-Orient
Marc Otte, ainsi
que celui
d'autres
diplomates ayant
rencontré
Yasser Arafat.
Mais l'appui
marqué d'Israël
à la Turquie
est aussi destiné
à consolider
une alliance
stratégique,
que le
gouvernement
"islamiste
modéré" n'a
pas remise en
question.
Premier pays
musulman à
reconnaître
Israël, dès
1949, la
Turquie, membre
de l'Otan, reste
une pièce maîtresse
des politiques
américaine et
israélienne au
Proche-Orient.
Les relations
israélo-turques
ont connu une
accélération
spectaculaire
avec l'accord de
coopération
militaire de
1996. L'espace aérien
des deux pays
est ouvert à
l'autre, et des
pilotes israéliens
viennent s'entraîner
en Turquie. Des
manoeuvres
navales communes
sont mises en
oeuvre régulièrement.
Israël
se félicite de
l'influence régionale
de la Turquie,
dont la
puissante armée
exerce une
pression
constante sur la
Syrie et un Irak
encore
chaotique. Pour
les Israéliens,
la Turquie possède
aussi un atout
stratégique au
moins aussi
important que
ses tanks :
l'eau. Seul pays
de la région
riche en
ressources
hydrauliques à
part l'Irak, la
Turquie a conclu
en octobre
dernier avec
Israël un
accord pour la
vente de 15
millions de mètres
cubes par an. La
construction
d'un aqueduc
sous la Méditerranée
pour contourner
la Syrie et le
Liban a été
envisagée. Les
terroristes
d'Istanbul,
quels qu'ils
soient, ont sans
doute visé
cette
association
capitale pour
Israël. L'Etat
hébreu est prêt
à passer sur
quelques différends
pour conserver
son alliance.
Les diplomates
turcs, comme la
plupart des
Européens, ont
espacé leurs
visites,
refusant de
venir en Israël
sans voir aussi
Yasser Arafat.
Mais ce
boycott-là est
moins souvent
commenté.
"Nous
courons à la
catastrophe"
par
JEAN-LUC
ALLOUCHE, publié
dans Libération
le 15 novembre
2003
Alors
qu'Israéliens
et Palestiniens
mènent des
contacts en vue
d'une rencontre
des Premiers
ministres Ariel
Sharon et Ahmad
Qoreï, quatre
anciens chefs du
Shin Beth, le
tout-puissant
service de
renseignements
intérieurs
d'Israël,
viennent de
rompre l'apathie
politique.
Avraham Chalom
(dit "Bendour",
chef du Shin
Beth de 1980 à
1986), Yaakov Péri
(1988-1995),
Carmi Guilon
(1995-1996) et
Ami Ayalon
(1996-2000),
dans un
entretien commun
au quotidien
populaire Yédiot
Aharonot de
vendredi,
lancent un cri
d'alarme : "Le
chaos est devant
nous, nous
courons à la
catastrophe si
nous ne renonçons
pas au Grand
Israël. Nous ne
devons pas
oublier l'autre
peuple et sa
souffrance. Nous
nous conduisons
de manière
honteuse. Nous
humilions les
Palestiniens,
aucun d'entre
nous ne le
supporterait..."
Ses
trois ex-collègues
ont signé la pétition
qu'Ami Ayalon a
lancée avec
Sari Nusseibeh,
président de
l'université
Al-Qods d'Abou
Dis, d'
"Appel au
peuple"
pour un règlement
de paix entre
Israéliens et
Palestiniens.
Cette mise en
garde est
d'autant plus
significative
qu'elle émane
de responsables
de la sécurité
qui connaissent
au mieux la société
palestinienne et
alimente une
vague de prises
de position pour
briser le statu
quo politique,
comme l'a récemment
exprimé le chef
d'état-major,
Moché Yaalon.
Implants
salivaires
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 14
novembre 2003
Heureusement
qu’il nous
reste encore en
rab un ou deux
sujets
passe-partout
qui font le
bonheur des débris
officiels,
toujours en mal
de salivation
devant la truellée
de micros et de
caméras qui traînent.
Depuis quelques
jours, députés,
ministres et présidents
entonnent en chœur
le grand couplet
de
l’implantation.
Ritournelle imbécile,
mettant
d’accord
depuis les plus
grands pontes
jusqu’aux plus
petits bouseux
de la République,
cette moulinette
calcifiée
repasse à
longueur
d’antenne,
sous la hure de
politiciens en
train de
mastiquer une poésie,
exprimant leur
refus catégorique
de voir
s’installer définitivement
chez nous les
Palestiniens des
camps. Et puis,
il a fallu
qu’une paire
d’hurluberlus
au Congrès américain,
un ou deux timbrés
au Parlement
européen
proposent dans
leur délire de
les caser dans
les pays
d’accueil,
pour que nos croûtons
locaux se
mettent à
pousser des bêlements
indignés.
Attention aux réserves
d’indignations.
La classe
politique a déjà
tellement tapé
dedans, qu’on
frise la rupture
de stock.
Plus d’un
demi-siècle que
des Palestiniens
sont incrustés
chez nous, à
tailler des
croupières dans
notre tissu
social, à
mijoter des
alliances et des
dissidences, à
héberger des
barbus infréquentables,
à faire des
cartons dans les
barrages de
l’armée, à
se flinguer
entre eux quand
ils
s’ennuient...
55 ans de
paysage
bucolique en
keffieh ! Si ça,
ce n’est pas
une
implantation,
c’est en tout
cas une greffe
durable... Et ce
n’est pas une
conférence
internationale,
avec
distribution de
petits-fours et
de passeports
libanais, qui
les casera définitivement
dans nos murs.
Mais plutôt
cette bordée de
promesses
niaiseuses
d’un retour
illusoire que
nous leur
servons depuis
1948. De quoi
nous ramener à
la réflexion de
Richelieu sur
les hommes
politiques : il
leur faut 5 ans
pour apprendre
à parler, 5 ans
pour apprendre
à écrire -
ce qui en élimine
déjà pas mal -
et 5 ans pour
apprendre... à
se taire.
Chrétiens
en pâle estime
Jean
Rolin rencontre
une communauté
palestinienne
rejetée de
toutes parts - Jean
Rolin Chrétiens
P.O.L, 222 pp.
par
JEAN-LUC
ALLOUCHE, publié
dans Libération
le 6 novembre
2003
Quelle
idée, aussi, de
vouloir enquêter
sur les chrétiens
de Palestine...
Quelle lubie, même,
de s'y intéresser...
Horresco
referens,
quel péché
originel d'avoir
lu Péroncel-Hugoz
(le Radeau de
Mahomet, Une
croix sur le
Liban, entre
autres) ou
Valognes (la
Vie et la mort
des chrétiens
d'Orient)...
Pis, quelle
maladresse de
l'avouer à ses
interlocuteurs...
Pour avoir été
le témoin
occasionnel des
pérégrinations
étonnées, un
rien désabusées,
de Jean Rolin,
cet hiver, dans
les parages
proche-orientaux,
il faut dire
d'emblée :
cette enquête
offre, à partir
de l'évanescente
matière qu'ont
bien voulu lui ménager
ses vis-à-vis,
un tableau
lumineux de
l'impossible
condition de la
minorité chrétienne
locale. Ce n'est
pas faute de
refus - certes
polis, parfois
agacés - des
autorités ecclésiastiques
que d'aborder le
sujet. Les déclarations
lénifiantes,
voire
militantes, sur
la "coexistence
islamo-chrétienne",
sur le "dialogue
islamo-chrétien
le plus sérieux,
le plus
profond", et
sur la
mobilisation
pour la cause
palestinienne,
bref, toute
"une
magnanimité
sacrificielle"
n'ont fait
qu'aiguiser la
curiosité têtue,
la jubilation
froide et
faussement
flegmatique de
Jean Rolin, qui
se confirme ici
en reporter
sagace et incrédule.
Il y a un ton
Rolin, une patte
Rolin
inimitables.
Nanti
donc d' "une
prédilection
pour les chrétiens"
qui le fait
apparaître "comme
un peu
louche",
l'auteur a traîné
ses guêtres à
Jérusalem,
Bethléem, Gaza,
et autres lieux.
Sa qualité
exclusive d'écrivain
éveille les
soupçons des
populations
locales, dès
lors qu'il ne
s'affiche pas en
journaliste
patenté ou, alléluia,
en "sacro-saint
humanitaire".
Lui entend
simplement
regarder et, au
mieux, raconter.
Sans idéologie,
sans fureur,
sans
excommunication,
tâche ardue
dans cette
partie du monde.
Il décrit donc
ces familles réticentes
à témoigner "par
peur de représailles"
et du "désaveu
de l'Eglise",
la benoîte
attitude du
clergé local ou
français à l'égard
des combattants
palestiniens,
puisque "l'opprimé
est exempt par définition
de toute
imperfection".
Bref, l'extrême
solitude du
peuple chrétien,
malgré la
sollicitude de
missions,
religieuses ou séculières,
pléthoriques, résumée
à merveille par
ces ouvriers,
auxquels Rolin
demande
"comment ça
se passe pour
eux" :
"Comme pour
la Vache qui rit
! Comme entre
deux tranches de
pain, ou entre
le marteau et
l'enclume
!" Ou
encore : "Tout
le monde se
moque de nous,
les musulmans
comme les juifs
!"
De
fait, la
population chrétienne
se réduit à
vue d'oeil : sur
les quelque
45.000 ou 50.000
âmes, il s'en
perdrait un bon
millier par an.
Par émigration
vers des cieux
plus cléments,
où ils n'auront
pas à "se
disculper
inlassablement
de fautes qu'ils
n'ont pas
commises mais
qui leur sont néanmoins
reprochées".
Car ils sont
pris entre deux
feux, le nouveau
fondamentalisme
musulman et
l'occupation
israélienne ("Difficulté
d'accepter
l'usage que
chacun fait ici
du mot
"juif'',
effort pour le
comprendre",
note-t-il).
Et les voilà
donc forcés de
donner des
gages, même
quand nul ne les
exige : "Israël
a privé les
Palestiniens de
leurs droits
politiques et de
leur liberté de
mouvement ; désormais,
l'islam prive
les chrétiens
de leur liberté
de vivre comme
ils
l'entendent",
résume un
architecte.
Certes, l'auteur
s'est souvent "emmerdé"
au cours de ses
investigations,
dans des
chambres glacées
de monastère ou
d'hôtel, mais,
au bout de ce périple
modeste,
scrupuleux, il
n'a pas "fait
fausse
route"
et il ne s'est
pas "mêlé
indûment de
quelque chose
qui ne le
regardait
pas",
comme il s'en
inquiète. Jean
Rolin a fait, au
contraire,
oeuvre pie, avec
une lucidité
narquoise qui
vaut bien des
pensums
tonitruants.
Impasse
en Irak
paru
dans le Monde du
15 novembre 2003
L'heure
n'est pas au
triomphalisme ni
même au plaisir
malin d'avoir eu
raison trop tôt.
La diplomatie
française peut
cependant se
targuer d'avoir
anticipé les
difficultés que
les Américains
et leurs alliés
rencontreraient
en Irak après
une campagne
militaire menée
tambour battant.
Elle peut aussi
éprouver une
certaine
satisfaction à
voir George W. Bush
reprendre à son
compte une
partie des
propositions
avancées dès
le lendemain de
la chute de
Saddam Hussein :
rétablissement
rapide de la
souveraineté
irakienne,
transfert du
pouvoir à une
autorité
irakienne
provisoire et
organisation d'élections.
Jacques Chirac
et son ministre
des affaires étrangères
Dominique de
Villepin le répètent
depuis que
Washington a décidé
le recours à la
manière forte :
seuls, les
Etats-Unis ont
les moyens de
gagner la guerre ;
ils n'ont pas
les moyens de
gagner la paix.
La
coalition en
fait tous les
jours l'amère
expérience au
prix d'un nombre
croissant de
victimes. Annoncée
par les idéologues
entourant le président
américain, la
promenade de
santé que
devait être la
démocratisation
de l'Irak, prélude
à celle de la
toute la région,
tourne au
cauchemar. A un
an de l'élection
présidentielle,
George W. Bush
doit trouver une
issue. Il est
trop tard pour
reconnaitre des
erreurs d'appréciation.
Un départ précipité
des forces américaines
de l'Irak serait
un terrible aveu
d'échec et sans
doute la porte
ouverte à la déstabilisation
de tout le
Moyen-Orient.
Les adversaires
les plus déterminés
de la guerre,
aux Etats-Unis
comme à l'étranger,
mettent en garde
Washington
contre une telle
tentation.
George W. Bush
ne peut pas non
plus envoyer des
troupes supplémentaires
en Irak, au
risque de se
retrouver pris
dans un
engrenage à la
vietnamienne. Il
ne peut pas
compter sur
l'appoint de
pays tiers qui
rechignent
justement à
s'exposer dans
une aventure
douteuse. Après
la Turquie, la
Corée du Sud et
le Japon ont
renoncé à expédier
leurs soldats en
Irak.
Le
président s'est
donc rallié à
l' "irakisation"
accélérée de
l'Irak pour se débarrasser
d'une partie du
fardeau. Mais la
création d'un
gouvernement
provisoire ne
transformera pas
ipso facto les
soldats de la
coalition de
forces
d'occupation en
troupes amies.
Autrement dit,
elle ne suffira
pas à rétablir
la sécurité,
qui est elle-même
une condition de
la stabilisation
politique. L'ONU
pourrait offrir
un moyen de
briser ce cercle
vicieux, bien
qu'elle ait été
elle-même la
cible
d'attentats à
Bagdad. Elle a
au moins une expérience
dans le nation
building -
la
reconstruction
d'un Etat -
qui fait défaut
aux Américains.
De plus, une
force
multinationale,
sous l'égide du
Conseil de sécurité,
aurait aux yeux
des Irakiens une
autre légitimité
que des forces
d'occupation.
Faudra-t-il une
dégradation
encore plus évidente
de la situation
pour que George
W. Bush
remette en cause
ses postulats,
compose avec des
alliés
incommodes comme
la France et se
place sous la
tutelle de l'ONU
qu'il a si
longtemps méprisée ?
Il est à
craindre qu'il
ne soit alors
bien tard.
Entretien
avec Dominique
de Villepin
publié
dans la Croix le
17 novembre 2003
Les
Etats-Unis ont décidé
de rendre aux
Irakiens
l'exercice de
leur souveraineté
en juin 2004. Le
chef de la
diplomatie française
Dominique de
Villepin juge
cette date trop
tardive et met
en garde contre
l'exercice de la
puissance.
Entretien.
-
La situation se
dégrade
rapidement en
Irak. Que
propose la
France ?
La
conviction
constante de la
France, c'est
que seul un
changement
d'approche
privilégiant
l'action
politique
permettra
d'enrayer
l'engrenage de
la violence qui
frappe aussi
bien l'Irak que
les pays
voisins, de
l'Arabie
saoudite à la
Turquie, comme
on vient de le
voir avec les récents
attentats
tragiques.
Actuellement en
Irak, plusieurs
forces s'agrègent
pour combattre
la coalition : réseaux
terroristes, résistance
nationaliste,
groupes
islamistes. Pour
empêcher cet
amalgame, il
faut redonner
aux Irakiens
leur souveraineté.
L'action de la
communauté
internationale
doit accompagner
cette
reconnaissance
de la
souveraineté
irakienne, ce
qui n'implique
pas le départ
des troupes américaines
-
L'administration
Bush envisage la
création d'un
gouvernement
provisoire à la
mi-2004. Est-ce
assez rapide ?
Mon
sentiment est
que c'est trop
tard. Il faut
aller plus vite.
Nous sommes dans
une situation de
très grande
urgence. Il faut
intégrer les
inquiétudes et
les préoccupations
des hommes de
cette région.
Il existe déjà
à Bagdad un
Conseil de
gouvernement intérimaire,
un comité
constitutionnel,
un conseil des
ministres.
Chaque instance
compte 25
membres. On
pourrait par
exemple réunir
l'ensemble de
ces personnes, y
ajouter d'autres
forces, et créer
ainsi une
assemblée représentative
qui élirait un
gouvernement de
transition d'une
quinzaine de
membres. Tout
cela d'ici à la
fin de l'année.
Ce gouvernement
provisoire
incarnerait la
souveraineté
irakienne et se
verrait
progressivement
doter de la réalité
du pouvoir exécutif.
Le
processus
constitutionnel
sera nécessairement
plus long. Selon
la résolution
1511 du Conseil
de sécurité,
le Conseil de
gouvernement intérimaire
doit présenter
le 15 décembre
son plan
constitutionnel
aux Nations
unies. Tout cela
est compatible.
La formation accélérée
du gouvernement
provisoire peut
parfaitement
s'accommoder
d'un processus
plus long, sur
plusieurs mois,
conduisant à l'élection
d'une Assemblée
constituante
puis à la
formation d'un
gouvernement élu
et légitime.
C'est le schéma
retenu en
Afghanistan. Il
permet de
combler le vide
politique tout
en préservant
le processus
constitutionnel.
-
La France a
longtemps proposé
une stratégie
qui mette l'ONU
au coeur du
dispositif de
recomposition
politique de
l'Irak. Mais
l'ONU n'est plus
en Irak. Comment
faire ?
Vous
avez raison. Et
c'est pourquoi,
face à la dégradation
de la situation,
nous nous
mobilisons
depuis plusieurs
mois pour que la
maîtrise de
leur destin soit
rendue
directement aux
Irakiens. Cette
option peut
sembler risquée
à certains,
mais elle l'est
moins que
l'attente et le
statu quo. En
outre, la France
plaide pour
qu'un envoyé spécial
du secrétaire général
des Nations
unies puisse
aller sur place
afin
d'accompagner ce
processus
politique et
institutionnel
et de lui donner
sa légitimité.
-
Il y a dix
jours, le président
Bush a déclaré
que "l'établissement
d'un Irak libre
au coeur du
Moyen-Orient
constituera une
étape décisive
de la révolution
démocratique
mondiale".
Qu'en
pensez-vous ?
L'objectif
d'un
Moyen-Orient démocratique
et trouvant les
voies de
davantage de
liberté est
bien sûr partagé
par la France,
et nous devons
l'encourager.
Mais il ne peut
l'être qu'à
travers un
processus de réformes
et
d'apprentissage
qui implique les
peuples eux-mêmes.
En ce début du
XXIe siècle,
nous vivons une
révolution de
la puissance. La
puissance n'est
plus seulement
liée au pouvoir
militaire,
technologique,
économique.
Elle a aussi une
composante
identitaire,
culturelle,
religieuse,
spirituelle. Si
l'on sous-estime
cette dimension,
on ne comprend
pas comment
s'organise un
esprit de résistance
face à tout ce
qui est perçu
comme une
domination. Il y
a une sorte
d'allergie des
peuples à ce
qui est imposé
de l'extérieur.
Les néoconservateurs
aux Etats-Unis
ont l'ambition
de structurer le
Moyen-Orient par
l'usage de la
force. Je suis
convaincu que
cette
puissance-là ne
peut pas
fabriquer un
ordre. On ne
peut être
compris, respecté,
que si on est
capable de
comprendre
l'autre, d'intégrer
sa culture.
C'est pour cela
que nous
appelons à un
dialogue des
cultures et des
civilisations.
Face à la
multiplication
des crises et
des défis,
qu'il s'agisse
du terrorisme,
de la prolifération,
du crime organisé
ou encore de
l'environnement,
et qui dépassent
la capacité des
seuls Etats, même
les plus
puissants, une
nouvelle
architecture
mondiale
s'impose avec
des institutions
internationales
plus représentatives
et rénovées,
des stratégies
politiques, économiques,
culturelles
adaptées, une véritable
gouvernance du
monde. En toutes
circonstances,
il faut rester
fidèle aux
valeurs de la démocratie.
-
Dans le conflit
israélo-palestinien
aussi, la
puissance est
tenue en échec
?
Ce
qui est tenu en
échec de façon
claire, c'est l'unilatéralisme,
qu'il soit
militaire ou
diplomatique. Il
est important de
davantage mettre
en avant
l'action
collective. Nous
disposons d'une
"feuille de
route",
acceptée par
tous et d'un
objectif final
qui fait l'objet
d'un consensus général,
la création
d'un Etat
palestinien
vivant en paix.
Bush
veut rendre le
pouvoir aux
Irakiens en juin
2004
paru
dans le Monde du
16 novembre 2003
Washington
a décidé, vendredi
14 novembre, de
rendre leur
souveraineté aux
Irakiens en juin 2004,
en transférant le
pouvoir à un
gouvernement
provisoire qui sera
désigné par une
assemblée de délégués
issus de notables et
de chefs de tribu
des dix-huit
provinces du pays.
Ce gouvernement
provisoire sera
ensuite chargé de rédiger
une Constitution et
d'organiser des élections
générales, fin
2004 ou début 2005,
selon les médias américains.
L'administrateur américain
en Irak, Paul Bremer,
a rencontré,
samedi, les 24
membres du Conseil
intérimaire de
gouvernement (CIG)
à Bagdad pour les
informer du plan de
la Maison Blanche.
Celle-ci insistait
auparavant sur la nécessité
de la tenue d'élections
nationales comme préalable
au retour à la
souveraineté
irakienne. Le
nouveau calendrier
permettrait à M. Bush
de se désengager de
l'administration
directe de l'Irak
avant l'élection présidentielle
aux Etats-Unis de
2004.