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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°37  du 6 novembre 2003  

 

Sondage européen : "Israël, une menace pour la paix mondiale"

 
59 % des Européens considèrent Israël comme la principale menace pour la paix
 
 
L'Union européenne, antisémite ou gaffeuse ?
L'eurobaromètre consacré à l'Irak, au Moyen-Orient et aux relations internationales fâche des pays "amis". La Commission peine à se justifier
 

par MARTINE DUBUISSON, publié dans le Soir le 4 novembre 2003

 
Manipulation ? Amateurisme ? Gaffe ? La Commission européenne est prise d'une brusque poussée d'adrénaline. Pour cause… d'eurobaromètre, ces sondages réalisés à la demande de la Commission, sur des thèmes récurrents ou occasionnels. Le dernier, consacré à la situation en Irak et à son impact sur la paix dans le monde (7.500 personnes interrogées, 500 par pays), fait grand bruit. Jusqu'au mont Sinaï…
Les faits
Lundi dernier, au lendemain de la Conférence des donateurs de Madrid pour la reconstruction de l'Irak, la Commission livrait les premiers résultats de ce "Flash eurobaromètre", c'est-à-dire son volet irakien ("Le Soir" du 28 octobre). Mais en fin de semaine, "El País" révélait que la Commission n'avait pas - pour des raisons politiques - livré les résultats consacrés au Moyen-Orient… et plutôt délicats pour Israël et les Etats-Unis. Info démentie par l'exécutif européen, se retranchant derrière des motifs techniques : ces chiffres n'étaient pas complets. La polémique a rebondi hier, avec la publication de l'intégralité de l'eurobaromètre. Même argument de défense : On a avancé certains résultats parce qu'il y avait la Conférence de Madrid. Mais on publie évidemment tous les résultats.
Les chiffres
Pourquoi cette agitation ? Parce que la réponse à l'une des questions du sondage ne fait pas plaisir aux "amis"… Elle est ainsi libellée : Pour chacun des pays suivants, dites-moi si, selon vous, il représente ou non une menace pour la paix dans le monde ? A cela, 59 % des Européens (63 % des Belges) ont cité… Israël, dès lors classé en tête des 15 Etats proposés. Devant l'Iran, la Corée du Nord et… les Etats-Unis, obtenant tous trois 53 %. Soit plus que l'Irak (52 %), l'Afghanistan (50 %), le Pakistan (48 %), la Syrie (37 %), la Libye et l'Arabie saoudite (36 %), la Chine (30 %) et l'Inde (22 %).
Israël et les USA, deux alliés proches dont se méfient les Européens, bien plus que "L" 'ennemi de la guerre froide, la Russie (21 %). Quatorze ans après la chute du Mur… En queue de peloton : la Somalie (16 %) et l'Union européenne (8 %). A relever : des Quinze, seuls les Italiens ne considèrent pas majoritairement Israël comme une menace pour la paix ; et seuls les mêmes Italiens et les Allemands sont une majorité à ne pas considérer les Etats-Unis comme une menace. Mais quatre Etats placent les USA en tête (Grèce, Espagne, Finlande et Suède). Même les Britanniques sont 55 % à les juger comme une menace pour la paix mondiale…
La justification
Ou la langue de bois… Car la Commission peine à justifier, et même commenter, le sondage. Assailli de questions, le porte-parole Thomas refuse toute lecture politique de l'eurobaromètre : La politique de l'Union et les sondages sont deux choses séparées. Les sondages sont publiés par la Commission par souci de transparence. Mais ce n'est pas notre rôle de les interpréter ; et notre politique n'est pas déterminée par eux. Il n'y aura pas de réaction politique. Le porte-parole ajoute simplement que nos partenaires n'ont aucun doute sur nos intentions ; qu'il existe un climat de confiance ; et qu'il n'y a pas eu de plainte officielle. L'actuelle présidence italienne de l'Union, elle, s'est déclarée contrariée et indignée par le signal faussé sorti du sondage, affirmant qu'il ne reflète pas la position de l'Union.
La crédibilité
Gerassimos Thomas nous explique encore que ces sondages sont confiés à des sous-traitants (un par pays) et que, contrairement aux eurobaromètres classiques (approuvés politiquement par la hiérarchie), les "flashs" sur des sujets d'actualité sont simplement élaborés par une équipe ad hoc, de la DG Presse et de la société de sondage Gallup. Il n'y a donc pas eu de consultation d'autres DG, ni d'approbation politique. La DG Relations extérieures n'aurait donc pas été associée à l'élaboration des questions. Ni à la liste des 15 pays proposés - apparemment retenus, sauf l'Europe, pour leur présence sur des listes noires (danger terroriste ; plaque tournante d'armements ; prolifération nucléaire…). D'autres choix auraient pu être faits. Cette fois-ci, on a fait celui-là, laisse-t-on entendre. Précisant que les Palestiniens n'ont pas été repris sur la liste parce qu'ils ne forment pas un pays…
Tout cela ne convainc guère un haut gradé de la Commission : Je ne peux pas croire que la DG Relation extérieures n'ait pas été associée ou n'était pas au courant, car le sondage ne concerne que des questions extérieures. L'important est de savoir qui et dans quel but l'a commandité. La Commission a marqué contre son camp : on ne peut prétendre jouer un rôle au Moyen-Orient et sortir ce genre de sondage. Le problème, politiquement, est d'avoir mis sur le même pied Israël et les Etats-Unis, et des pays comme l'Iran ou la Corée du Nord. L'Europe a raté une occasion de se taire
 
 
Sondage : "Israël, une menace pour la paix mondiale"
 
par HODA SALIBY-YEHIA, publié dans Courrier International le 4 novembre 2003

 

Un sondage réalisé auprès des Européens place Israël et les Etats-Unis en tête des pays qui constituent une menace pour la paix dans le monde. Résultat : Israël est profondément indigné et l’Union européenne embarrassée.

“Pire que la Corée du Nord ?” Le Jerusalem Post est outré. Un sondage intitulé “L’Irak et la paix dans le monde”, commandé par la Commission européenne dans le cadre de l’eurobaromètre et réalisé à la mi-octobre dans les quinze Etats membres de l’Union européenne, sur un échantillon de 7 515 personnes, révèle qu’Israël est considéré par 59 % des Européens comme “une menace pour la paix dans le monde”. Le sondage, effectué par la société EOS Gallup Europe, avait été partiellement diffusé la semaine dernière avant d’être officiellement publié lundi 3 novembre. Derrière Israël, trois pays - l’Iran, la Corée du Nord et les Etats-Unis - occupent la deuxième place à égalité et sont jugés dangereux par 53 % des personnes interrogées. Le protocole des sondeurs consistait à présenter une liste de 15 pays, parmi lesquels, outre les nations déjà nommées, figuraient aussi la Libye, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union européenne, la Somalie, le Pakistan, la Syrie, l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan et l’Irak. Les sondés devaient alors indiquer par oui ou par non si ces pays représentaient un danger pour la paix.
Etre associé aux Etats-Unis n’est pas pour déplaire au Jerusalem Post : “Le fait que tant d’Européens perçoivent Israël et les Etats-Unis comme une menace pour la paix mondiale, comparable à l’Iran et à la Corée du Nord, témoigne d’un malaise intellectuel et idéologique profond.” En revanche, le Post a du mal à accepter d’être jugé pire que la Corée du Nord, “un régime qui développe des armes nucléaires [ce qu’Israël fait également], en violation de plusieurs accords, et qui entend les vendre au plus offrant. Il menace son voisin du Sud d’une guerre d’extermination. Il s’adonne au trafic de drogue et à la contrebande pour remplir ses caisses. Mais ce régime, au moins, n’est pas aussi mauvais qu’Israël. Que faire de ce genre de données ?”
Pour le Post, la première explication de ces résultats est simple : derrière le discours politique qui se veut critique, “il n’y a rien d’autre que du pur antisémitisme”. Autre constatation : “Au-delà de la haine, ces résultats révèlent l’incohérence des Européens qui classent pêle-mêle au top des pays menaçants deux vétérans de la démocratie [Israël et les Etats-Unis] aux côtés de deux dictatures corrompues [Iran et Corée du Nord], immédiatement suivis par deux Etats ex-terroristes [Afghanistan et Irak] qui commencent à peine à goûter à la liberté.” Ce sondage a néanmoins un avantage : il confirme “l’instinct de chaque Israélien” qui consiste à vouloir garder les Européens aussi loin que possible de toute influence diplomatique. Et pour finir, le Post envoie un message à l’Europe : “Diaboliser une démocratie qui est attaquée ferme la porte à toute relation amicale.”
Visiblement embarrassé par les résultats de ce sondage, Bruxelles, suivi en cela par la présidence italienne de l’Union européenne, a tenté d’en minimiser la portée en affirmant que les sondés avaient été induits en erreur par la formulation de la question et que les réponses recueillies ne changent rien à la politique européenne au Proche-Orient, relate pour sa part Yediot Aharonot dans sa version arabe en ligne. Le quotidien israélien poursuit en soulignant la réaction d’Israël qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Silvan Shalom, a déclaré que “ce sondage dénature la réalité de manière irresponsable”. Il a également fait part à son homologue italien, Franco Frattini, de “sa profonde déception devant le fait que l’Union européenne ignore ce qu’endurent des Israéliens qui subissent les pires méfaits du terrorisme”. Côté européen, Frattini “a approuvé les propos du chef de la diplomatie israélienne” et a exprimé au nom de la présidence italienne, “la surprise et la contrariété pour le signal faussé qui sort du sondage d’opinion commandé par la Commission européenne. L’UE est d’autant plus contrariée qu’elle est parfaitement consciente que la population israélienne est durement frappée par le terrorisme.”
Ha’Aretz remarque pour sa part que l’UE a inscrit le Hamas sur la liste des organisations terroristes avec l’accord de tous les Etats membres. Elle a également adopté des positions plus “équilibrées” à l’égard d’Israël lors des deux derniers sommets, européen et onusien. “Mais l’Europe est toujours maintenue en marge du processus politique qui s’empêtre.” D’ailleurs, le représentant de l’UE spécialement dédié au processus de paix au Moyen-Orient, le Belge Marc Otte, “est boycotté par les responsables israéliens depuis qu’il a rendu visite, début octobre, au président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat”. Et, au regard des résultats du sondage, “le dialogue et la coopération entre l’Europe et Israël ont à l’évidence besoin d’être approfondis”, poursuit le quotidien israélien en citant Marc Otte. Ce dernier a également confié “la gêne” des responsables européens devant ce sondage et a insisté sur le caractère indépendant de l’organisme qui s’en est chargé : “Il n’y a aucune intention tendancieuse derrière ce sondage, il n’y a aucune pensée cachée.”
Néanmoins, la Commission qui “refuse toute lecture politique de l’eurobaromètre peine à justifier et même à commenter le sondage”, souligne le quotidien belge Le Soir, qui interroge : “L’Union, antisémite ou gaffeuse ?” Dans les pages du Soir, un haut gradé de la Commission fait également part de son scepticisme : “La Commission a marqué contre son camp : on ne peut prétendre jouer un rôle au Moyen-Orient et sortir ce genre de sondage. Politiquement, le problème est d’avoir mis sur le même pied Israël et les Etats-Unis, et des pays comme l’Iran ou la Corée du Nord. L’Europe a raté une occasion de se taire…”
 
 
European leaders don't view Israel as a threat
 
par ADAR PRIMOR, publié dans Haaretz le 4 novembre 2003 
 
If you behave nicely, we will let you have a greater peacemaking role. Roughly speaking, that is the message that the Sharon government has sent to the European Union since the start of its current term. Foreign Minister Silvan Shalom took a big step when he began a friendship campaign in Europe promising it "quality relations" - a new era in which the statement "Israel can manage without Europe, while Europe can ignore Israel" will no longer exist. But today, about eight months after those same promises of a new political springtime, the heads of the EU feel frustrated, not to say deceived, and their sobering is accompanied by nervous signals.
The Europeans feel that for their part, they supplied the merchandise in full: They signed previously delayed R&D and agricultural agreements with Israel, passed a proposal to upgrade relations in the framework of "Wider Europe," agreed to develop the strategic dialogue, placed the political wing of Hamas on the list of terrorist organizations, and took what Israel considers more "balanced" positions both at EU summits and at the UN.
However, at the same time, Europe's position has not changed when it comes to its remaining outside the mired political process. All it can do is eat its heart out as it watches how the separation fence is being built along a controversial route, how settlement expansion continues while Palestinian citizens are being hurt in aerial attacks, and perhaps, worst of all, how the central channel by which the EU was able to express its growing frustration with the situation has been neutralized: Since meeting with Palestinian Authority Chairman Yasser Arafat in early October, the new EU Special Representative (EUSR) for the Middle East Peace Process, Marc Otte of Belgium, has been boycotted by Israeli decision-makers.
Even before his meeting with Arafat, the only officials to have met Otte here were the director-general of the Foreign Ministry, Yoav Biran, and the chief of staff of the Prime
Minister's Office, Dov Weisglass. Since then, Otte cannot even see them any longer except "through binoculars," as a Foreign Ministry source put it. From this interview with Haaretz - the first comprehensive interview he has given since taking the post in July - one gets the impression that in light of "Israel's unacceptable policy," as Otte puts it, his fuse is growing shorter: "The EU can no longer refrain from responding to Israel's [boycott] policy. After all, it is opposed to the stated goals of Foreign Minister [Silvan] Shalom and even of Prime Minister [Ariel] Sharon, and is causing profound anger in European capitals. Countries whose interests aren't taken into account tend to take steps in order to influence the countries that work against them. Don't expect countries with a serious foreign policy not to take steps in response to the obstacles [that are being placed in their way]."
Otte's outspoken words are consistent with a series of reports and signals that recently have been sent from Europe to Jerusalem. Israel's ambassador to France, Nissim Zvili, was called in to France's foreign ministry in Paris where he was told that if Israel continues its boycott policy, there will be consequences. The possibility of a counter-boycott, even if it was not specifically mentioned, hovered in the air.
During his visit to Germany about two weeks ago, Shalom held harsh talks with his German colleague, Joschka Fischer, and Chancellor Gerhard Schroeder. Both German officials discussed Israel's damaged image in Europe and Germany's growing difficulty in defending Israel in European forums. Signs of impatience are being heard from offices of European Commission President, Romano Prodi, commissioner for external relations, Chris Patten, and high representative for common foreign and security policy, Javier Solana. According to a report in the Spanish newspaper El Pais, which is based on information from Solana's office, the EU is considering taking steps against Israel.
Israel is shooting itself in the foot
Otte admits that these steps could include a counter-boycott of Israeli delegates - for example, Israel's ambassador to the EU. "Even such a step isn't out of the question," he says. "It's hard for us to understand how Israel talks on the one hand about strategic partnership with Europe, and on the other hand ignores it." He says that in Europe, people wonder whether Israel's policy is not actually designed to neutralize the Quartet. "The three delegates who met with Arafat (representatives of the EU, Russia, and the UN, A.P.) are being boycotted by Israel. Maybe that's its way of leaving only one mediator in the region - the United States." 
However, Otte believes that when Israel slights him, it is shooting itself in the foot. "My job is to convey the position of the parties to the conflict to European decision-makers," he says. "If the Israeli side doesn't cooperate with me, it makes my mission more difficult. How can I present the Israeli position on the fence, the settlements, or other controversial subjects under present conditions? We want to be balanced, and Israel is making that difficult for us."
Otte, 56, served as Belgium's ambassador to Israel from 1992 to 1996. Upon returning to Brussels in 1997, he was appointed director for security policy and disarmament in Belgium's foreign ministry. Two years later, he was appointed as Solana's adviser on defense and security policy. In Jerusalem, he is remembered as a positive, rational, professional ambassador with an open mind. The assessment is that, unlike his predecessor, Spain's Miguel Moratinos who was considered emotional and  tempestuous, the introverted Otte will not make waves here. He is familiar with Israel and its leading figures, and testifies that he plans to work with full transparency with all parties.
Unlike Moratinos - whose relations with Solana were characterized by ups and downs and ego games - Otte is considered very close to Solana and the top echelons in Brussels. Despite this, Israel, in the short term, does not intend to make an exception of Otte when it comes to boycotting those who visit Arafat.
The EU, for its part, is not planning to capitulate and change its policy regarding Arafat. Most European countries consider Arafat a negative factor, but they believe that for that very reason he should not be boycotted, but rather "neutralized with an embrace." The Europeans believe that this policy is what led Arafat to appoint Mahmoud Abbas (Abu Mazen) as prime minister. When Otte was asked about the fact that even Ahmed Qureia (Abu Ala), Abbas' replacement, does not want to, or cannot, sever himself from Arafat, he replies: "Is that what's important? If we are serious about establishing a democratic Palestinian state based on law, we must honor the Palestinians' choice. It isn't our job to choose their prime minister, just as it isn't our job to choose the prime minister of Israel or Jordan. We don't define our policy in relation to specific personages, but rather in relation to the behavior of the government elected by its people." 
Otte does not hide his differences of opinion with the Israeli government concerning the Geneva Accords. He considers them a document that not only is positive in itself, but also is an operative initiative that can grease the wheels of the negotiations and force the official bodies to go into action. "In the present situation of lack of movement on the level of the official leadership, it's good that Israelis and Palestinians are proving that they can sit together and discuss the future of their relations," he says. "In any conflict that looks extreme and insoluble, the long-term solutions have been found as a result of private initiatives. The Oslo process began as a private initiative, and in other areas of conflict, in Northern Ireland or in Africa, people of goodwill were needed, too."
When asked whether the EU will support the Geneva Accords, Otte pulls out a diplomatic formulation that can satisfy everyone - or perhaps just the opposite. "There is no reason why we should reject an initiative that is designed to get us out of the dead end," he says, hastening to add that, "It isn't the job of official Europe to support such initiatives formally." Despite his words about the "dead end situation," he claims that this does not imply recognition of the demise of the road map. "The road map isn't being implemented by either of the parties. That's clear. The reason for that is terrorism on the Palestinian side, the continued expansion of the settlements, and the building of the fence on the Israeli side - and all this during a period that was supposed to be a confidence-building period. Despite that, we are still committed to the map, which we consider a correct formula." 
Otte agrees to adopt Israel's definition of "fence" (barriere in French rather than "wall," or mur, the term used in the European media) when talking about the separation fence. He points out that despite the fact that the connection between walls and peace does not exactly conform to the lessons learned in Europe, one can understand Israel's decision to protect its citizens against terrorism by this means. The problem, in his opinion, is not the fence but its route. "If this route causes the confiscation of Palestinian lands and causes economic difficulties for them, instead of contributing to Israel's security, the fence will create new frustrations and arouse pposition. It certainly won't promote the two-state vision."
Do you accept the argument that building the fence is meant to allow for the expansion of the settlements, thus preventing the establishment of the Palestinian state? 
"Everything is possible," Otte says. "After all, one can't accuse Sharon of not sticking to goals. However, if Sharon says that he intends to implement [U.S. President George W.] Bush's vision, there is no reason not to believe his sincerity. In any case, we don't judge people but the actions of governments and the keeping of promises."
A less blameworthy attack
When asked whether the attack on the Gaza Strip army base at Netzarim two weeks ago should be considered a terrorist attack, as Israel defines it, or an act of resistance by an occupied nation, as it is seen in Europe, Otte replies: "There is a difference between an attack on an army, which is seen as an occupation army, and the massacre of innocent civilians in a restaurant." He says that the Netzarim attack may be considered by some "as a less blameworthy action." Nevertheless, he adds
that "even the killing of three Israeli soldiers who are guarding a settlement is not a solution."
As someone who has specialized in crisis management and peacekeeping missions, Otte believes that in the long run, the deployment of an international intervention force is realistic. "There are two possibilities - the deployment of such a force with the agreement of the two parties, or a solution imposed by the international community, as in Kosovo, for example." Regarding the latter, Otte suggests paying attention to Russia's proposal that the UN Security Council adopt the road map. "This initiative proves that the international community is impatient now, and therefore, it is possible that the Russian proposal has a future," he says. Nevertheless, while 81 percent of those polled in a European Commission survey published yesterday said that Europe should fulfill a more important role in the Middle East, Otte totally rejects exclusive EU military intervention in the region. "Military intervention in the region is possible only with the United States. That's what Israel will demand, that is apparently what the Arab countries will demand, and that is what we will demand if the question of our intervention comes up."
Otte admits that Europe's image in Israel disturbs him. He hopes to improve this image and change the way the two sides behave toward each other. The key words that he uses in this context are dialogue, persuasion and listening to one another. "My role is to mediate and to help the Europeans to understand the Israelis, to explain their fears and their hopes. On the other hand, I am obliged to explain to the Israelis the essence of the EU project, which is in essence a peace project."
The envoy hopes "to get things moving here a little," but apparently understands that bridging the profound lack of understanding between the two sides is an almost impossible mission. "I have no illusions," Otte says. "I began my job during an especially gloomy period, and in this context I am guided by the words of William the Conqueror: "Il ne fallait pas esperer pour entreprendre, ni reussir pour perseverer" - One doesn't have to be hopeful in order to try, nor does one have to succeed in order to persevere.
"These figures bother us and prove that Israel and the European Union must deepen their dialogue and cooperation," EU Middle East envoy Marc Otte told Haaretz yesterday regarding the recent poll that placed Israel at the top of the list of countries considered to be "a threat to peace in the world."
Otte used the results of the survey and subsequent Israeli reactions to express his displeasure with the country's decision-makers who are boycotting him. "This is not the time for declarations of war and unnecessary dramatization," he said. "On the contrary, the time has come for us to work together to root out the conceptions that are expressed by the survey."
Otte said he hoped that this week's admission by Foreign Minister Silvan Shalom to Haaretz of Israel's decades-old neglect of the European arena signals a greater investment by the government in European relations.
Otte outrightly rejected claims that the poll was slanted and expressed hidden anti-Israeli sentiment. "These polls on issues of interest to the European public are taken regularly by an independent organization, with no hidden agenda," he said. 
The EU envoy emphasized that the survey does not reflect the opinion of European leaders. "Never in the history of Israeli-European relations have declarations been adopted that relate to Israel as a threat," he said. "Our policy is not based on such positions." 
 
 
 
Haarscher : "Une question de mise en perspective"

 

par PHILIPPE BERKENBAUM, publié dans le Soir le 4 novembre 2003

Pour le philosophe Guy Haarscher, ardent défenseur de la paix au Proche-Orient, les résultats du sondage européen ont ceci d'effrayant qu'ils traduisent une représentation biaisée de la réalité.

- 59% des Européens considèrent Israël comme la principale menace pour la paix mondiale, cela vous paraît-il justifié ?
Non, car bien qu'horrible, le conflit israélo-palestinien reste un conflit local, qui concerne au plus 10 millions de personnes dans la région. Alors que le monde arabo-musulman en compte près de 1,3 milliard, dont beaucoup vivent dans d'épouvantables dictatures et nourrissent frustration et ressentiment à l'égard de l'Occident. Là réside une menace incomparablement plus grande, qui ne disparaîtra pas si la paix finit par triompher au Proche-Orient.
- Comment expliquer, dès lors, un tel résultat ?
Un sondage reflète ce que les gens pensent, donc ce qu'ils savent ou croient savoir d'une situation donnée. Cela renvoie à la couverture de l'information et à la façon dont l'opinion la reçoit. Or, un réel problème de mise en perspective se pose : les gens sont frappés - à juste titre - par les victimes du conflit israélo-palestiniens, mais bien d'autres victimes les laissent indifférents, en Tchétchénie, en Afrique ou ailleurs. Tout se passe comme si le caractère insupportable de la situation vécue par les Palestiniens bouchait tout l'horizon.
- Ce sondage ne montre-t-il pas que pour beaucoup, Israël se résume à la politique menée par son gouvernement ?
La politique du gouvernement Sharon est la pire, pour les Palestiniens et pour l'image d'Israël. Il y a une responsabilité très claire du gouvernement israélien. Mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi on se focalise sur Sharon alors qu'il existe des régimes épouvantables, notamment dans le monde musulman, qui ont une responsabilité dans la situation présente. Il y a une dimension idéologique à la perception de l'opinion occidentale.
- Y a-t-il aussi, comme le croient certains dirigeants israéliens, un antisémitisme latent ?
Il ne faut pas voir de l'antisémitisme partout, mais il ne faut pas non plus le banaliser. Oui, il y a de l'antijudaïsme. En particulier dans le monde musulman, où circule librement toute une littérature négationniste et où la haine des Juifs en tant que tels se répand, à force de laisser l'éducation primaire aux mains des fondamentalistes. Il y a une résurgence de la vieille idée du complot juif mondial.
 
 
Washington souhaite l’arrêt d’un feuilleton d’al-Manar sur "la stratégie juive pour le contrôle de la planète"
 
par KHALIL FLEYHANE, publié dans l'Orient-le Jour le 31 octobre 2003
 
Les autorités libanaises n’interviendront d’aucune façon auprès de la direction de la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar, pour mettre un terme à la diffusion du feuilleton al-Chatat (La diaspora). Une série télévisée qui dévoile les dessous de "la stratégie juive pour le contrôle de la planète", et que le département d’Etat américain considère comme étant particulièrement antisémite. Alors que d’aucuns estiment que ce programme ne fait que disséquer l’historique du mouvement sioniste sur une période de 136 ans, ainsi que son but : réaliser le rêve juif par n’importe quel moyen. Des sources bien informées assurent que si l’ambassadeur US à Beyrouth demandait l’arrêt du feuilleton en question, la réponse serait non. Et pour plusieurs raisons, précisent ces sources. D’abord, al-Manar est une chaîne privée jouissant d’une liberté totale dans son traitement de l’information, sans compter que c’est une des télévisions les plus regardées dans le monde arabe. Ensuite, une censure du programme équivaudrait à une atteinte à la liberté d’opinion.
Ces sources se sont en outre étonnées de la conception américaine de l’information et de la liberté d’opinion, ainsi que des nouveaux critères instaurés par le département d’Etat depuis le 11 septembre 2001. Se demandant pourquoi Washington s’empresse à ce point à défendre, par les voies diplomatique et médiatique, l’histoire du mouvement sioniste, et insiste tellement pour empêcher la diffusion d’ al-Chatat. Surtout que les Américains savent pertinemment que le Liban ne répondra pas favorablement à leur requête. Tout cela quelques jours à peine après les "souhaits" formulés par le chef du PSP, Walid Joumblatt, qui s’était désolé que le n° 2 du Pentagone, Paul Wolfowitz, ait échappé à un attentat à Bagdad. Washington avait demandé une condamnation de ces propos par le gouvernement libanais, sauf que l’ambassade US n’a pas cru bon de transmettre ce vœu à quelque responsable local que ce soit. Et tout le monde s’était étonné d’une telle demande "théorique" et irréaliste, sachant que Walid Joumblatt est un membre du Parlement libanais, qu’il représente une grande proportion de Libanais, qu’il est le chef du PSP et qu’il a le droit d’exprimer pleinement son avis. Sachant également que cette demande US avait été considérée par le Liban comme une ingérence pure et simple dans ses affaires internes. 
 
 
Allemagne : la CDU se limite à "avertir" Martin Hohmann
Les propos antisémites du député avaient provoqué une vive polémique
 
par GEORGES MARION, publié dans le Monde du 5 novembre 2003
 
Lorsque, l'année dernière, la ministre de la justice du chancelier Schröder, Hertha Dãubler-Gmelin, avait comparé le comportement politique du président Bush à celui d'Adolf Hitler, l'opposition, unanime, avait exigé sa démission. Les élections passées, la ministre fut remerciée. Le député CDU Martin Hohmann s'en est mieux tiré après ses tirades antisémites. Lundi 3 novembre, à l'issue de plusieurs jours d'une polémique publique, la direction de son parti ne lui a délivré qu'un avertissement emballé dans quelques mises en garde sur ses "propos inadmissibles". Membre de la commission des affaires intérieures, où il était rapporteur du dossier des dédommagements sur les travailleurs forcés, le député a également été muté à la commission de l'environnement.
L'affaire qui vaut à Martin Hohmann sa notoriété actuelle remonte au 3 octobre, lorsqu'à l'occasion du Jour de l'unité allemande, il avait tenu, devant les électeurs de sa circonscription de Neuhof-Fulda, en Hesse du Nord, un discours centré sur la notion de "peuple coupable". L'intention était apparemment d'en laver le peuple allemand, selon lui perpétuellement accusé de crimes. Or, développait le député, le peuple juif s'est rendu coupable de crimes similaires et personne ne le qualifie de "peuple coupable". Conséquence : puisque les juifs "ne sauraient" être un "peuple coupable", les Allemands ne le sont pas non plus.
Critiques et excuses
Appuyé sur les textes de quelques auteurs connus pour leur rhétorique antisémite (dont Henry Ford, le célèbre constructeur automobile auteur, en 1920, d'un best-seller intitulé "Le Juif international") Martin Hohmann assurait que la direction du parti bolchevique, durant la révolution russe, était "au deux tiers" juive. Les juifs, affirmait-il encore, étaient aussi en grand nombre dans les organismes de répression qui avaient, entre autres, assassiné le tsar Nicolas II et sa famille. Ces raisonnements chiffrés, déjà utilisés par les nazis, n'ont soulevé aucune objection parmi l'auditoire de Martin Hohmann. Le discours s'est retrouvé sur le site Internet du député où, il y a quelques jours, un lecteur curieux l'a découvert puis transmis à la radio.
Elu d'un fief où les conservateurs catholiques donnent le ton, officier de réserve, ancien haut fonctionnaire à la direction de la police criminelle fédérale, Martin Hohmann, unanimement critiqué dans toutes les familles politiques, y compris la sienne, a finalement présenté ses excuses, assurant qu'il n'était pas dans son intention de décrire les juifs comme un peuple coupable. "Si, néanmoins, j'ai donné cette impression, je m'en excuse expressément et je regrette d'avoir blessé des sentiments", a-t-il expliqué. Le parquet a pour sa part annoncé qu'il avait ouvert une enquête pour évaluer l'opportunité d'éventuelles poursuites.
 

Une affaire proprement européenne
L'amalgame entre antisionisme et antisémitisme est au coeur de la stratégie de communication d'Israël
 
par DIMITRI NICOLAIDIS, publié dans Libération le 4  novembre 2003
L'auteur est enseignant à Paris-I, membre du comité de rédaction de la revue Mouvements
 
Après d'autres, mais dans des termes beaucoup plus mesurés qu'un Ilan Greilsammer par exemple, Christophe Ramaux dénonce ce qu'il appelle "l'ancrage antisioniste d'une partie de la gauche". Il vaut d'autant plus la peine de lui répondre qu'il tente d'analyser les ressorts cachés d'un positionnement qui, pour une fois, n'est pas renvoyé au spectre d'un antisémitisme auquel succomberaient les défenseurs de la cause palestinienne, mais bien plutôt "au trou noir de la pensée d'une large partie de la gauche : son incapacité à penser de façon progressiste la question nationale".
La nation est en effet le cadre naturel de l'exercice de la citoyenneté et, en même temps, s'incarne dans une communauté aux fondements historico-culturels dont les limites sont par essence tout à la fois inclusives et exclusives. De ce point de vue, un "Etat juif démocratique" n'est pas une contradiction dans les termes, et devrait même pouvoir atteindre une certaine "normalité" si les deux conditions suivantes sont remplies : d'une part la création d'un Etat palestinien pleinement souverain à côté d'Israël - ce qui mettrait fin à la concurrence entre deux "projets nationaux" sur un même territoire, et permettrait de rejeter "l'autre" au-delà des frontières ; d'autre part, le respect du principe si ce n'est de laïcité du moins d'égalité citoyenne au fondement de toute démocratie. Christophe Ramaux aurait donc raison d'estimer qu'en refusant de reconnaître la légitimité du sionisme en tant que "projet national juif" incarné depuis 1948 dans un "Etat juif", on ferait subir à Israël un traitement d'exception forcément suspect. A ceci prêt qu'il omet de mentionner, si ce n'est par allusion, un des aspects fondamentaux de la réalité historique du sionisme : sa dimension coloniale et le déni de l'autre qu'elle suppose. Parce que la Palestine n'était effectivement pas "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", il fallait pouvoir effacer symboliquement le Palestinien, lui retirer toute légitimité - notamment en réclamant pour soi le statut de victime -, pour mieux justifier son expulsion des territoires, sa marginalisation politique, enfin sa domination militaire.
Le conflit israélo-palestinien est ainsi avant tout un "conflit de légitimité" où la guerre des mots et des symboles est peut-être aussi déterminante que la guerre réelle. Parce que le regard externe de l'Occident, et pas seulement des Américains, est un élément clé dans la façon dont s'organise le rapport de force sur le terrain, les gouvernements israéliens successifs n'ont eu de cesse de vouloir neutraliser les effets du sentiment d'injustice de plus en plus aiguisé en Europe depuis le déclenchement de la seconde Intifada. Il est vrai que, sur le plan de la communication, Israël a une longueur d'avance sur les Palestiniens, et que le procédé d'amalgame antisionisme/antisémitisme est de ce point de vue au coeur de la stratégie de communication visant à renverser aux yeux des opinions publiques la relation oppresseur/victime. Si, à chaque attentat perpétré par les kamikazes palestiniens, Israël joue son existence, se bat pour sa survie, alors critiquer ces "actes de légitime défense" que sont les assassinats ciblés de militants politiques, les bombardements ou les expéditions punitives qui se traduisent à chaque fois par des dizaines de morts, reviendrait à souhaiter la destruction de l'Etat d'Israël et donc... du peuple juif.
On voit donc à quel point les représentations sont un élément essentiel dans ce qui se joue au Proche-Orient, notamment par rapport à cette pièce maîtresse qu'est l'opinion publique internationale. Or, ce qui motive peut-être par-dessus tout ceux qui se battent pour une paix juste au Proche-Orient, fondée sur la reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens, c'est bien l'indignation ressentie devant la falsification qu'opère la propagande pro-israélienne qui sait si bien brouiller les repères, manipuler la mémoire et exploiter les images inconscientes dans l'imaginaire occidental, celle du civilisé contre le barbare, de la technologie moderne contre la violence archaïque, de l'héritage biblique contre l'obscurantisme islamique. C'est d'ailleurs là que réside l'explication d'une si radicale différence de perception du conflit de part et d'autre de l'Atlantique : pour les Américains, en effet, qui sont très largement encore dans un rapport de croyance naïve à leur propre modèle de civilisation, un peu comme les Européens au tournant du siècle dernier, rendre intelligible le monde extérieur nécessite de ramener tout conflit à une opposition entre le même et l'autre, et de ce point de vue le modèle socioculturel aussi bien que religieux d'Israël permet une totale identification à la civilisation américaine ; tandis que nous, Européens, qui ne sommes plus "innocents" par rapport à cette notion de «civilisation», nous ne pouvons être dupes de ce discours civilisationnel implicite, surtout lorsqu'on est de gauche.
Ce n'est en fait que très récemment que la gauche européenne modérée, qui, en son temps, suivait d'un oeil bienveillant les exploits de Tsahal lors de la guerre des Six Jours, et applaudissait encore il y a dix ans aux accords d'Oslo, a pris conscience de l'évolution du modèle sioniste vers un nationalisme ethniciste et a commencé à prêter une oreille attentive à la gauche antisioniste ultraminoritaire en Israël. Le sentiment d' "injustice symbolique", qui effectivement prédomine aujourd'hui en son sein, est d'autant plus intense qu'Israël donne l'impression que, fort du soutien inconditionnel des Etats-Unis, non seulement il peut (presque) tout se permettre sur le terrain, mais qu'il parvient aussi à imposer son point de vue sur le conflit (depuis "le rejet des offres généreuses de Barak" jusqu'à l'élimination symbolique d'Arafat décrit comme "suppôt du terrorisme" et "obstacle à la paix"). Remédier à cette injustice supposerait donc non seulement l'acceptation par Israël d'une issue au conflit jugée équitable pour les deux peuples, mais aussi une reconnaissance symbolique de la part des Israéliens de ce déni de justice consubstantiel du projet sioniste.
L'antisionisme est donc essentiellement un engagement à forte charge symbolique, qui s'inscrit dans une dynamique historique qui s'épuisera aussitôt qu'un processus de reconnaissance mutuelle sera réellement engagé. Il ne suppose donc en rien la non-reconnaissance du droit à Israël d'exister, cet Etat étant depuis longtemps une réalité vivante qu'il serait évidemment criminel de remettre en cause, d'une façon ou d'une autre. Reste que ce sentiment d' "injustice symbolique" ne peut suffire à expliquer pourquoi le conflit israélo-palestinien représente aujourd'hui un tel point de fixation alors même qu'en Tchétchénie, par exemple, la répression a depuis près de cinq ans dépassé toute mesure dans l'échelle des violations des droits de l'homme, et que la "lutte contre le terrorisme" sert de la même façon à justifier une "guerre de légitime défense" ? Faudrait-il reconnaître que notre sensibilité aux malheurs d'un peuple a aussi à voir avec l'identité des oppresseurs ?
Il y a bien sûr la fascination qu'on peut éprouver à l'égard de l'histoire du judaïsme moderne et du parcours qui mène du processus d'émancipation et d'assimilation des Juifs d'Europe jusqu'à la création d'un Etat juif en Palestine, en passant par la montée en puissance d'un antisémitisme corrélatif de l'émergence de la nation moderne, depuis l'affaire Dreyfus jusqu'à la Shoah, et par les deux réponses dominantes au XXe siècle à cet antisémitisme que sont d'une part le sionisme, d'autre part le messianisme révolutionnaire. Ce qui peut effectivement fasciner dans ce destin collectif tragiquement exceptionnel, c'est le processus de normalisation qui, à partir de l'inscription d'une partie de cette histoire à l'intérieur d'un cadre national, va faire du peuple israélien une nation comme les autres, capable notamment, comme les Français en Algérie ou les Américains vis-à-vis des Indiens, d'opprimer l'autre lorsque celui-ci représente un obstacle à la définition de sa propre identité.
Plus fondamentalement encore, pour nous, Européens, Israël ne représente pas une réalité politique étrangère, mais est bien le résultat d'une histoire proprement européenne. Les fondements sociaux et politiques d'Israël sont très largement façonnés par les Ashkénazes, donc par des Européens toujours nettement dominants au sein de cet Etat et dont le projet politique originel, mélange de socialisme et de retour à la terre des ancêtres, correspondait surtout, au-delà du mythe, à une entreprise de colonisation européenne d'un territoire considéré comme vide, ou plutôt dépourvu d'une véritable "civilisation". On trouve ainsi, dans ce processus de colonisation, décalé dans le temps il est vrai, les mêmes ingrédients idéologiques, fondés sur la croyance en une supériorité morale et civilisationnelle justifiant la domination des allogènes, que dans les autres expériences de colonisation européenne. Or Israël est la seule greffe coloniale européenne (post-1880 à tout le moins) à avoir débouché sur un Etat-nation stable, relativement cohérent et définitivement installé dans le paysage géopolitique contemporain. C'est donc bien plutôt parce qu'Israël représente un prolongement inattendu de notre histoire européenne, qu'il est en quelque sorte une butte témoin de l'Europe au Proche-Orient, que nous entretenons avec lui une relation symbolique tout à fait particulière, faite d'identification et de répulsion.
Cette contribution est une réponse à deux autres qui, dans ces pages, ont abordé la question de l'antisionisme comme position politique ambiguë à gauche. Pour Ilan Greilsammer (Libération du 24 septembre), il frôlerait dangereusement l'antisémitisme. Pour Christophe Ramaux (Libération du 29 octobre), il négligerait abusivement le nationalisme juif.
 
 
Des "colonies sauvages" légalisées par Ariel Sharon
Alors que la "feuille de route" prévoit leur démantèlement
 
par PATRICK SAINT-PAUL, publié dans le Figaro le 5 novembre 2003
 
Le cabinet de crise palestinien a tenu hier sa dernière réunion sur fond d'incertitude quant à la composition du nouveau gouvernement élargi que le premier ministre Ahmad Qoreï espère annoncer dans les prochains jours en dépit de divergences avec Yasser Arafat. M. Qoreï s'est par ailleurs dit prêt à rencontrer, sous conditions, son homologue israélien Ariel Sharon pour examiner les moyens de débloquer le processus de paix. Par ailleurs, à Bruxelles, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, s'est déclaré "très préoccupé" par le sondage réalisé auprès des Européens et désignant Israël comme une menace, ajoutant toutefois qu'il ne reflétait "ni la pensée ni la politique de la Commission".  
Perchés sur une colline, les sept mobil-homes des colons dominent un paysage désertique avec au loin la vallée du Jourdain. Une route goudronnée mène à la colonie sauvage de Neve Erez, située entre Jérusalem et Ramallah en territoire palestinien, qui, selon la feuille de route, le plan de paix international parrainé par les Etats-Unis, aurait dû être démantelée. Mais le ministère israélien de la Défense a décidé d'octroyer, la semaine dernière, un statut de "colonie permanente" à huit points de peuplement sauvage, dont Neve Erez.
"Nous avons décidé de fournir les services vitaux pour la sécurité et l'éducation en faveur des gens (NDLR : les colons) qui se trouvent sur le terrain. Il faut qu'ils puissent vivre et que nous leur fournissions une solution", a déclaré Ron Schechner, conseiller du ministre de la Défense Shaoul Mofaz pour la colonisation. Grâce à ce statut, les colonies sauvages pourront obtenir des crédits pour l'éducation, les infrastructures telles que l'éclairage et le dispositif de sécurité. Des soldats pourraient également être déployés pour veiller sur ces colons. Noam, un colon atypique, qui s'est installé à Neve Erez avec sa communauté "baba cool", se réjouit de la décision du gouvernement. "J'espère que cela va enfin permettre de légaliser définitivement notre présence ici", dit-il en passant la main dans ses longs cheveux bruns. Noam et les quinze membres de sa communauté de musiciens, baptisée Im Balim, élèvent des chèvres et cultivent des plantes en tout genre. Chaque été, Im Balim organise un festival de musique, qui attire des centaines de spectateurs. Et tous les jeudis soir, ils improvisent des concerts de percussions dans un "pub" installé dans une grotte de Neve Erez.
"Je ne cherche de problèmes avec personne, assure Noam. Je voulais juste installer ma ferme dans le désert, peu importe l'endroit. Le gouvernement m'a proposé de venir ici, alors je suis venu. Je ne suis pas un voleur. Lorsque je suis arrivé ici, il n'y avait personne sur cette terre. Elle n'avait jamais été cultivée". Noam se définit comme un "colon de facto", puisqu'il est installé sur une terre appartenant aux Palestiniens selon le droit international. Mais il ne considère pas cela comme une occupation. De leur côté, les militants palestiniens s'infiltrent régulièrement dans les colonies pour attaquer des colonies afin de chasser les colons des territoires occupés. Des voitures de colons sont régulièrement la cible de snipers palestiniens. Noam ne porte pas d'arme. Il n'a pas peur. "Israël n'est pas l'endroit le plus sûr du monde, reconnaît-il. Mais ce n'est pas plus dangereux ici qu'à Tel Aviv. Le village arabe le plus proche est à sept kilomètres. Je ne veux pas que des soldats nous surveillent en permanence. Nous avons fait le choix de vivre ici et nous devons assumer notre rêve." Pourtant son "bar", qui sert de l'alcool, attire des clients venant de tout Israël sans bénéficier d'aucune protection : c'est une cible de choix pour des kamikazes palestiniens.
Noam affirme s'être installé à Neve Erez pour la première fois il y a cinq ans, à l'époque où Benyamin Netanyahu était premier ministre, avant d'être chassé par le gouvernement. "Les Américains mettaient une telle pression que le gouvernement ne pouvait pas l'ignorer, dit-il. Nous sommes partis nous installer sur la colline en face. Puis nous sommes revenus. Et le gouvernement d'Ehoud Barak nous a de nouveau chassés pendant un an et demi. Nous nous sommes de nouveau installés ici après l'élection d'Ariel Sharon." En juin dernier, après l'adoption de la feuille de route, Neve Erez aurait dû être démantelée et la communauté Im Balim définitivement chassée. "L'armée a démonté deux caravanes vides sur une colline voisine en affirmant devant les caméras de télévision qu'il s'agissait de Neve Erez, raconte Dror Etkes, un responsable du mouvement anticolonisation la Paix maintenant. Cela faisait partie du spectacle." La vraie communauté de Neve Erez assure ne jamais avoir vu un seul soldat lui notifier le démantèlement de la colonie en application de la feuille de route.
"Si le gouvernement venait me voir en me faisant part d'une décision censée, qui aurait une chance de réellement ramener la paix, je partirai, affirme Noam. Je ne veux pas créer de problèmes. Mais cette terre est juive depuis toujours. C'est un fait historique. C'est la terre biblique. Le problème avec les Palestiniens, c'est qu'ils en veulent toujours plus. Si on leur donne cet endroit, ils voudront Jérusalem, Netanya et même Tel Aviv". L'organisation Peace Now appelle le gouvernement d'Ariel Sharon à se retirer des territoires occupés : la politique de colonisation, qui a pour conséquence de réduire un futur Etat palestinien à une peau de léopard constituée de bantoustans, rend impossible tout compromis avec les Palestiniens. Ces dernières semaines, plusieurs initiatives de paix sont venues bousculer le gouvernement d'Ariel Sharon, montrant qu'il existait une alternative à sa politique sécuritaire. Le Premier ministre israélien estime désormais que la feuille de route est le seul chemin possible pour faire la paix avec les Palestiniens et dit soutenir cet accord de paix international dont l'application n'a jamais réellement commencé. Aux termes de la "feuille de route", Israël s'est engagé à geler la colonisation en général et à démanteler la soixantaine de points sauvages créés en Cisjordanie depuis l'entrée en fonction de Sharon en mars 2001.
Selon un spécialiste, cette procédure de légalisation sur le terrain, décidée par le ministère de la Défense, "évite les complications inhérentes à la création d'une colonie qui doit être décidée par le gouvernement, ce qui permet de poursuivre plus facilement la colonisation". Pour Dror Etkes, cela constitue une "violation patente" des engagements prévus par la "feuille de route". "Celle-ci stipule le démantèlement des colonies sauvages. Au lieu de cela, nous constatons qu'elles sont intégrées. Le gouvernement d'Ariel Sharon se dit lié au processus de paix, à condition de ne pas avoir à démanteler les colonies sauvages et de ne pas avoir à mettre fin à l'occupation", a ajouté Dror Etkes. Depuis le mois de juin, le nombre de colonies sauvages en Cisjordanie est resté pratiquement inchangé ou a même augmenté. Une dizaine d'entre elles ont bien été démantelées au cours d'opérations de l'armée fortement médiatisées, mais les colons radicaux les ont aussitôt remplacées.
 
 
Carnaval à Téhéran

 

paru dans Libération le 4 novembre 2003

 

On prend les mêmes et on recommence : comme chaque année, diatribes anti-américaines et destructions de bannières étoilées ont ponctué mardi la célébration par les Iraniens de l'anniversaire de la prise d'otages du personnel de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran. La "Journée nationale de lutte contre l'arrogance universelle", comme l'appelle l'Iran, a rassemblé une foule de plus de 9.000 personnes, pour la plupart des enfants apparemment réjouis de manquer un jour d'école et des soldats acheminés sur les lieux par bus à la mine peu enthousiaste, selon un journaliste de Reuters. Tandis que les festivités battaient leur plein, depuis New York, un porte-parole de l'AIEA citant son directeur général, Mohamed El Baradei, a indiqué mardi que Téhéran avait reconnu avoir manqué aux garanties du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dans son dernier rapport adressé à l'agence. Selon ce porte-parole, Mohamed El Baradei a précisé dans une interview accordée lundi au journal "El Pais" que l'Iran avait "signalé des manquements dans le passé et il y en aura d'autres" dans le nouveau rapport en cours d'examen.

 

 
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