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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°33  du 27 septembre 2003 

 
Le Liban en vedette au Sénat français
Journée libanaise sur "Les défis de l'avenir"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 26 septembre 2003
 

Longue journée libanaise hier jeudi dans la salle Clemenceau du Sénat français à Paris où s’est tenu un colloque sur le thème "Le Liban, les défis de l’avenir", et cela à l’initiative et sous la présidence de M. Adrien Gouteyron, sénateur de la Haute-Loire, vice-président du Sénat et président du groupe d’amitié France-Liban. Les débats, animés par le rédacteur en chef de "Valeurs Actuelles" Frédéric Pons et le rédacteur en chef de "l’Orient-le Jour" Issa Goraieb, et auxquels ont participé de nombreuses personnalités politiques, académiques et autres, se sont déroulés dans le cadre de quatre tables rondes et ont donné lieu à des discussions avec un public nombreux. Cet événement a été marqué par une présence substantielle de l’opposition libanaise, que rendait plus évidente encore l’absence - demeurée inexpliquée - des hommes politiques proches du pouvoir libanais, qui avaient décliné l’invitation.

 

Le Liban, les défis de l'avenir
Dans ses deux allocutions d’ouverture et de clôture, le sénateur Gouteyron, sans jamais minimiser la gravité des défis que se doit de relever le modèle libanais, a vu dans les interventions on ne peut plus directes et explicites des participants un réconfortant signe de santé ouvrant la porte à tous les espoirs. Et c’est ce même message d’espoir qu’a tenu à dégager le député de la Meurthe-et-Moselle Gérard Léonard qui préside, lui, le groupe d’amitié France-Liban à l’Assemblée nationale : espoir de l’établissement (et non rétablissement, a-t-il précisé) d’un Etat de droit au Liban, espoir aussi d’un recouvrement par ce pays de sa souveraineté. M. Bernard Emié, directeur de la section Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay, a entrepris de rasséréner, quant à lui, ceux qui reprochent à la France d’avoir "lâché" le Liban, affirmant notamment que notre pays reste un partenaire d’exception de l’Hexagone dans le partenariat euro-méditerranéen. M. Emié a pressé les Libanais d’entreprendre une réconciliation en profondeur, les appelant à façonner ensemble leur avenir commun, formulant l’espoir qu’ "aucune entrave, aucune dérive" ne viennent altérer l’échéance de l’élection présidentielle de 2004 et celle du scrutin législatif de 2005. Il a également recommandé que soit mené à terme le processus de réforme économique, administrative et judiciaire, soulignant qu’il y allait de la crédibilité du pays. Il a enfin plaidé pour une "redéfinition progressive" des relations libano-syriennes, ouvrant la voie à un départ des troupes de Damas conformément à l’accord de Taëf, insistant par ailleurs sur la nécessité, pour l’Etat libanais, de restaurer son autorité sur la totalité du territoire national.
 

Un modèle meurtri
Sur le thème "Un modèle meurtri", la première table ronde de la journée avait débuté par un exposé de M. Bassem Jisr, vice-président du Mouvement du renouveau démocratique, qui a déploré l’effet néfaste des interférences régionales sur une formule libanaise dont on assiste aujourd’hui à la résurrection. Le Dr Ghada Abdallah Yafi, après avoir dénoncé "les vices de structure", notamment en matière de représentation nationale, a appelé à une implication réelle du citoyen dans l’activité politique, demandant notamment que des ponts soient jetés entre les systèmes scolaires du pays. M. Salah Honein, député de Baabda, a dénoncé les lacunes et insuffisances de l’accord de Taëf, "qui, bien que constitutionnel, ne concrétise pas la foi nationale" et qui, de surcroît, n’a pas été convenablement appliqué. Proclamant son attachement à la démocratie plurielle et consensuelle, M. Honein a reproché à l’accord de Taëf d’ "avoir accentué l’ancrage à un confessionnalisme pur et dur" tout en prônant l’abolition par étapes du même confessionnalisme. Il a plaidé pour l’institution du mariage civil et du suffrage universel pour l’élection du président de la République, doublée d’une rotation communautaire des deux autres présidences. Suivant à prendre la parole, le politologue Joseph Maïla, doyen de la faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris, a mis en relief "la formidable résistance" du système libanais, évoquant le communautarisme de droit au Liban et celui, de fait, qui règne dans maints pays arabes. M. Séoud al-Mawla, professeur de sociologie à l’Université libanaise et directeur du centre du dialogue à l’Université Saint-Joseph, a fait l’apologie de la coexistence, développant à cette fin les thèses de l’imam Mohammed Mahdi Chamseddine.

 

Les scénarios géopolitiques pour le futur
Lors de la deuxième table ronde, axée sur "Les scénarios géopolitiques pour le futur", M. Frédéric Encel, professeur à l’Institut des études politiques de Rennes, a fait part de sa conviction totale que le Liban redeviendra un pays souverain, se fondant pour cela sur les transformations qui, selon lui, attendent la région du Proche-Orient. M. Samir Frangié, membre du Rassemblement de Kornet Chehwane, a souligné que le Liban, seul parmi les pays du Moyen-Orient dont l’existence a toujours été contestée par ses voisins, reste paradoxalement, malgré les faiblesses inhérentes à la nature de son régime, le seul modèle à suivre. Il a estimé que les Libanais peuvent tirer profit de ce moment historique pour recouvrer leur indépendance "à condition qu’ils fassent d’abord la double preuve de leur maturité et de leur utilité". Ce recouvrement peut être facilité, a-t-il poursuivi, par trois facteurs : l’unité nationale, le changement en Syrie et l’instauration d’un nouvel ordre régional. M. Misbah Ahdab, député de Tripoli, a accusé le pouvoir libanais d’abuser de la couverture syrienne pour se livrer à des pratiques antidémocratiques, rejetant par ailleurs la notion de pertes et de profits en termes communautaires, car, a-t-il dit, "tout ce qui est bon pour le Liban fait de tous des gagnants", l’inverse étant vrai aussi. M. Khattar Abou-Diab, politologue spécialiste du Moyen-Orient, a vu dans le Liban "le maillon faible de toute une chaîne d’intérêts régionaux", s’attachant à responsabiliser les Libanais dans l’entreprise de réhabilitation de leur pays : "Pour mériter leur terre, ils doivent être unis", a-t-il notamment affirmé.
Le Dr Farès Souhaid, député de Jbeil, a fait valoir qu’alors qu’il convient d’accorder des droits aux citoyens, c’est des garanties qu’il faut offrir aux communautés libanaises. Il a souligné que la liberté est gravement menacée au Liban, "car l’Etat n’est pas souverain et la population n’est pas en mesure de désigner ses représentants". M. Antoine Sfeir, journaliste et politologue, président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient, s’est demandé s’il existe réellement un modèle libanais mettant l’accent sur la fâcheuse vitalité des réflexes communautaires et déplorant que peu d’efforts aient été déployés à ce jour, par les uns et les autres, pour mieux se connaître. En clôture de la session du matin, a été donnée lecture du message adressé à ce colloque par le patriarche maronite, le cardinal Sfeir, actuellement en visite à Paris, puis de celui envoyé par le dignitaire chiite sayyed Mohammed Hussein Fadlallah ; après quoi le président Amine Gemayel a prononcé une allocution dans laquelle il a évoqué la nécessité d’un dialogue serein avec la Syrie (lire par ailleurs des extraits de toutes ces communications).


Prélèvements syriens directs et indirects
A la reprise, après un déjeuner typique libanais servi dans les salons De Boffrand du Sénat par le restaurant Fakhr el-Dine, les participants se sont penchés sur les difficultés économiques et financières que connaît le Liban. M. Ibrahim Maroun, professeur de sociologie économique à l’Institut des sciences sociales de l’Université libanaise, s’est alarmé de la diminution continue de la population libanaise (de l’ordre de 100.000 personnes par an) due à l’émigration, dénonçant par ailleurs le dumping de produits syriens qui a provoqué la faillite de milliers d’entreprises libanaises et l’entente liant les banques en matière de resserrement des crédits. Il a prôné un minimum de protection pour les produits nationaux, la révision des accords commerciaux "inégaux" passés avec la Syrie, une baisse des taux d’intérêt, une relance du bâtiment et une réorganisation du travail des étrangers.
M. Pierre Daher, président-directeur général de la chaîne libanaise LBC, a brossé un tableau de la situation des médias audiovisuels au Liban et au Moyen-Orient. Il a affirmé que la création de la LBC en 1985 marquait la première infraction à la règle générale voulant que la télévision soit la chasse gardée des gouvernements. Il a déploré la "malheureuse et maladroite" fermeture de la station MTV l’an dernier, illustrant, a-t-il dit, le fait que la liberté d’expression reste relative et soumise à "des lois non écrites mais plus puissantes que les textes". Abordant la question du financement des stations, M. Daher a assuré que les libertés publiques, la démocratie, l’égalité et la justice font partie d’un tout garantissant aussi bien le respect des droits du citoyen que la bonne marche des affaires. M. Jean-Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), a exposé les projets d’assistance au Liban dans les domaines de l’eau et de l’aménagement urbain. Il a souligné la nécessité d’une entente politique pour mettre en place une action économique. De son côté, M. Olivier Imbavet, vice-président du groupe Méditerranée et directeur général d’Air Liquide, a réclamé l’institution d’un service normatif en matière de livraison de gaz aux industries et hôpitaux libanais, tandis que M. Jean Jaujay, directeur à l’EDF, a relevé les "fraudes et tarifications inadéquates" dans le réseau électrique libanais.
M. Joe Faddoul, président de BML Istisharat, a vu dans "les prélèvements directs et indirects" dont se rendrait coupable la Syrie, l’une des raisons du déficit libanais. Au nombre des premiers, et sous un tonnerre d’applaudissements, il a cité le détournement du trafic téléphonique international, le racket frappant les importations de combustibles et le Casino du Liban, les subventions dont bénéficient des produits importés de Syrie et même le trucage des courses hippiques. Quant aux prélèvements indirects, ils auraient trait à des expropriations de terrain fictives et aux opérations de l’EDL et de la MEA. M. Ibrahim Tabet, président-directeur général de Stratégies-DDB, a indiqué qu’en plein processus de mondialisation, le Liban se trouvait menacé de marginalisation. Il s’est dit convaincu que le principal atout stratégique de notre pays résidait dans son potentiel culturel (industrie des loisirs, information, édition, mode, musique, etc.) M. Antoine Messarra, politologue, sociologue et professeur d’universités, a plaidé à son tour pour "une politique citoyenne" où tous les problèmes sans exception seraient soulevés et traités sous l’angle du citoyen usager, consommateur et bénéficiaire. Il n’existe pas, a-t-il affirmé, de solutions par la politique telle qu’elle est entendue et pratiquée par la plupart des politiciens, mais par une politique réhabilitée. Enfin M. Jean-Claude Boulos, président de l’Association internationale de la publicité (IAA), a dégagé les trois axes d’espérance suivants : le potentiel considérable des Libanais expatriés, la création d’une puissante organisation des publicitaires arabes et le caractère francophone du Liban, lequel devrait être consacré par la création avec l’aide de la France d’une chaîne libanaise francophone.

 

Voici des extraits des deux messages du patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir - qui a rencontré vendredi à déjeuner le président Jacques Chirac dans le cadre de la tournée européenne qu'il vient d'entamer -, et du haut dignitaire chiite, sayyed Mohammed Hussein Fadlallah. Ces messages, adressés au président du colloque, le sénateur Gouteyron, ont été lus hier au Sénat.  

 

Sfeir : "Le Liban peut, pourvu qu’on ne s’ingère pas dans ses affaires..."

"Après avoir été le théâtre, pendant dix-sept ans, d’une guerre des plus meurtrières, le Liban jouit actuellement d’une paix relative. Mais les séquelles de la guerre dont il a souffert continuent de l’affecter dangereusement. Ce pays n’a pas pu, jusqu’ici, retrouver son équilibre, sur plus d’un plan. Socialement, il voit sa jeunesse partir, faute de travail, et à cause d’un climat politique lourd, pour ne pas dire hostile. Financièrement, il est endetté de quelque 35 milliards de dollars. Politiquement, il manque de souveraineté, d’indépendance et de libre décision. De l’aveu de plus d’un homme politique de renommée mondiale, le Liban peut, malgré les imperfections de son système démocratique, servir de modèle aux pays de la région, pourvu qu’on ne s’ingère pas dans ses propres affaires et qu’on lui laisse la liberté d’action. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, dans un but inavoué, le Liban peut se gouverner par lui-même. Sans richesse pétrolière ou minérale, il compte sur la matière grise de sa jeunesse qui, expatriée, s’impose par son dynamisme, son savoir-faire et sa droiture..."
 
Fadlallah : "La confession au service de la patrie et non l’inverse..."
"La vie quotidienne des Libanais montre une cohabitation sans équivoque : chrétiens et musulmans se rencontrent régulièrement et vivent ensemble leurs activités culturelles, sportives et sociales sans que les différences puissent perturber cet équilibre. Ce brassage représente un aspect marquant de l’enracinement du sentiment patriotique au sein de la conscience collective. Et cette diversité existe aussi au sein du même parti politique, et dans le même camp, qu’il soit loyaliste ou de l’opposition. La guerre du Liban n’a nullement reflété l’identité religieuse des Libanais : c’était la guerre d’autrui sur leur terre. Et ceux qui ont mené cette guerre par procuration ne représentaient ni les chrétiens ni les musulmans ; ils ne représentaient qu’une minorité. Nous avons la certitude que le peuple libanais a dialogué et récolté les résultats de ce dialogue. Et la solution réside dans la transformation du Liban, en faire un pays dont l’appartenance à la patrie prime sur l’appartenance à une confession. Nous prônons un pays au sein duquel la confession est au service de la patrie et non l’inverse..."
 
Gemayel prône un "dialogue serein" pour réviser les relations avec la Syrie
Dans son discours; le président Amine Gemayel a prôné l’établissement d’un "dialogue serein et constructif" avec la Syrie en vue d’une "révision des relations" avec Damas. Le président Gemayel a souligné qu’un tel dialogue avec la Syrie devrait déboucher sur "le retrait de l’armée syrienne et la cessation des ingérences des services spéciaux syriens dans les affaires libanaises". Evoquant la conjoncture dans la région, le président Gemayel a souligné la nécessité d’aboutir à "une véritable paix qui garantisse à tous les peuples de la région, notamment le peuple palestinien et ses dirigeants, le droit de vivre dans la liberté, la dignité et la sécurité". "Une véritable paix qui permette au Liban de dépasser les séquelles de la guerre et de pouvoir reprendre sa place et son rôle dans le concert des nations, a déclaré le président Gemayel. Pour cela une révision de ses relations avec la Syrie, que nous envisageons à travers un dialogue serein et constructif, est indispensable. Ce dialogue doit déboucher sur le retrait de l’armée syrienne, la cessation des ingérences des services spéciaux syriens dans les affaires libanaises et l’affranchissement des décisions nationales libanaises de toutes tutelles". 
Et le président Gemayel d’ajouter : "Pour plus de 30 ans, depuis les années 40 jusqu’au début des années 70, le Liban était une démocratie basée sur une constitution laïque et sur le pluralisme culturel. Ces deux piliers, démocratie et pluralisme, ont forgé l’identité nationale libanaise et ont constitué l’essence de sa raison d’être. Aujourd’hui, le Liban devrait retrouver ces valeurs démocratiques et être en paix et en harmonie avec lui-même et avec son environnement. Il devrait de nouveau jouer son rôle de trait d’union entre l’Est et l’Ouest, entre le monde arabe et l’Occident, et entre les diverses religions de la région. Cette mission devrait être la nouvelle vocation du Liban dans cette ère de la globalisation. Ainsi le Liban, en tant que société traditionnellement pluraliste, pluriconfessionnelle et pluriculturelle, peut fournir au monde arabe et à tout le monde son savoir-faire en ce qui concerne le dialogue entre les diverses croyances".
Le président Gemayel a, d’autre part, souligné que le Liban "mène un combat réel pour la réalisation de lui-même, contre l’abdication vers laquelle on veut le pousser". "C’est un combat que mènent tous les Libanais, a déclaré l’ancien chef de l’Etat. Cette lutte est menée dans toutes les régions du Liban. On cherche à donner l’impression d’un pays divisé. Cela est faux. Cette division est en fait forcée et les Libanais n’aspirent qu’à se retrouver et à bâtir ensemble leur avenir. A chaque fois qu’une initiative est prise pour réconcilier les Libanais de tous bords, et les engager dans une dynamique institutionnelle et démocratique, l’autorité en place se sent agressée et empêche le processus de se développer. Coups sur coups, des manifestants pacifiques, notamment des étudiants, sont sauvagement battus par des agents de l’ordre en civil, des responsables politiques emprisonnés à la suite de simulacre de procès qui nous rappellent la période stalinienne, une chaîne de télévision de l’opposition empêchée d’émettre, un député privé de son mandat parlementaire par une haute juridiction inféodée à l’autorité et pour des motifs politiques tout à fait étrangers au droit libanais, et remplacé, par la même décision, par un candidat n’ayant pas obtenu plus de 1,7 % des voix sous le motif déclaré que la situation dans le pays ne permettait pas de tenir des élections législatives...". En conclusion, le président Gemayel s’est déclaré, malgré tout, optimiste concernant l’avenir, soulignant que "les Libanais n’ont pas été impressionnés par la répression" et que "notre jeunesse reste notre plus grande fierté et notre espoir".

 

 
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