Mourir
d'espoir
Au
cours de l'émission
"Culture et Dépendance"
consacrée à l'après
11 septembre 2001, diffusée
hier sur TV5 Europe,
M. Hubert Védrine a
résumé les
questions
"philosophiques"
de l'anti-américanisme,
de l'islamophobie et
de l'antisémitisme
faisant l'objet du débat.
L'ancien ministre
français des
Affaires étrangères
a ainsi estimé que
tous ces problèmes
n'auraient pas lieu
d'être si l'on
arrivait à imposer
un Etat palestinien
sur 25% du
territoire
palestinien,
coexistant avec un
Etat israélien
ayant fait des
concessions quant
aux colonies développées
depuis 1967. M. Védrine
a indiqué qu'il
resterait alors
bien sûr quelques
islamistes exaltés,
qui seraient vite
marginalisés par les musulmans
modérés souhaitant
vivre pacifiquement.
Le
débat étant donc
ouvert, nous
pensons que cela
est utopique,
tout en
soutenant aussi
que la situation
au Moyen-Orient
n'a jamais été
aussi claire :
-
Soit les Etats-Unis
utilisent l'Etat
d'Israël depuis
sa création il
y a 55 ans pour
asseoir leur
pouvoir dans la
région et réaliser
leurs desseins hégémoniques
-
Soit Israël se
sert des
Etats-Unis afin
d'accomplir son
rêve de Grand
Israël en déstabilisant
un à un les
pays de son
entourage.
Ces processus
sanglants et
destructeurs qui
se rejoignent, résultant
du complot américano-sioniste
pour la région, nous
promettent
encore bien des
décennies de guerre.
Pour
ce qui est de la décision
prise hier par le
cabinet israélien
d'expulser Yasser
Arafat, le
correspondant de
France 2, Charles
Enderlain, vient
d'affirmer dans le
journal de 13h qu'il
s'agit d'expulser
celui qui, en 1993,
avait signé la
reconnaissance de l'Etat
d'Israël, et donc
de mettre fin définitivement au
processus de paix
concrétisé par les
accords d'Oslo.
Retour
sur le 11 septembre,
avec quelques
articles parus cette
semaine dans la
presse :
Mourir
d'espoir
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 12 septembre
2003
Décidément,
rien n’y fera.
Ni les
gesticulations
meurtrières des
Israéliens ni
les feux
d’artifice
sanglants des
barbus
palestiniens. Le
train fou du
feuilleton
proche-oriental
s’emballe,
pour le plus
grand malheur
des populations
locales appelées
à déguster. Et
le plus grand
bonheur de leurs
dirigeants
installés pour
en faire
commerce et se
goinfrer. Plus
d’un demi-siècle
de confrontation
a fini par développer
dans la région
un désordre
mental quasi
incurable. Après
toutes ces années,
les niaiseux en
sont encore à
pinailler, après
chaque
conflagration,
sur le point de
savoir qui a
commencé. Alors
que, pour les
gens normaux,
l’essentiel
est d’en
finir.
Mais
comment finir
lorsque l’Hébreu-en-chef
incarne l’école
politique la
plus bornée,
celle du missile
et de
l’obsession sécuritaire...
Depuis plus de
vingt ans,
Sharon-le-char
bouscule tout
sur son passage.
Hormis sans
doute la petite
parenthèse
travailliste
pendant laquelle
la bête s’est
quelque peu
assoupie. Ce
mec, tu lui
donnerais une
livre pour sa
pensée, faudra
songer à lui réclamer
la monnaie. Sous
sa houlette,
l’armée israélienne
a viré raclure
de bidet. Trop
occupée à
faire des
cartons dans les
gencives des
chefs
islamistes, elle
a perdu
l’habitude de
protéger jusque
ses propres
casernes.
Comment
finir,
lorsqu’en
face, la joie de
vivre palpite au
rythme des
barbes qui
poussent... Les
disjonctés du
rasoir envoient
maintenant leurs
kamikazes se
faire allumer
par paire : 70
vierges pour
deux, ils
peuvent encore
se régaler. Et
cette corruption
qui colle comme
une pastille
rouge sur le
front
d’Arafat. Le révolutionnaire
Yasser est sans
doute pour la
prise de la
pastille.
Retour
donc à la béchamel
: les radicaux mènent
des
attaques-suicide,
et Ariel suicide
les gens dans
leurs maisons ou
leurs bagnoles
tout en
s’empiffrant
de nouveaux
territoires. Et
il se trouve
encore des
neuneus qui
promettent aux
Arabes
l’effondrement
d’Israël. Miséreux
Palestiniens, un
peu de patience,
que diable ! En
somme, plus on
se casse la
gueule, plus il
y a de
l’espoir. De défaite
en défaite...
jusqu’à la
victoire finale
!
Une politique
déséquilibrée
par FRANCOIS
ERNENWEIN, publié
dans la Croix le
8 septembre 2003
La
principale vertu
de la fameuse
"feuille de
route", ce
plan
international de
paix, fruit
d’un accord
entre les
Etats-Unis, l’Union
européenne, la
Russie et l’ONU,
plus ou moins
acceptée par
les Israéliens
et Palestiniens,
était de
dessiner le
cadre d’un
compromis
possible au
Proche-Orient et
de rassurer le
monde arabe après
la guerre en
Irak. Sa mise en
œuvre nécessitait
bien sûr la même
volonté de
toutes les
parties. Et des
pressions
d’ampleur égale
sur chacune
d’elles. Cela
n’a pas été
le cas. Mahmoud
Abbas, le
premier ministre
palestinien démissionnaire,
s’en est trouvé
très affaibli.
Pendant que
George W. Bush
écartait Yasser
Arafat d’une
main ferme, il
contribuait, de
l’autre, par
son indulgence
pour Israël, à
le remettre en
selle. Le
principal mérite
de la politique
des Etats-Unis
au Proche-Orient
ces derniers
mois a bien sûr
été une plus
forte
implication en
faveur de la
paix et de la démocratie.
Mais, en ne
voyant d’abord
dans la
"feuille de
route"
qu’un
instrument parmi
d’autres pour
lutter contre le
terrorisme,
l’administration
américaine en a
négligé bien
d’autres
dimensions, et
notamment la nécessité
de répondre aux
inquiétudes
palestiniennes.
Les déboires
des Etats-Unis
au Proche-Orient
ou en Irak
seront toujours
une mauvaise
nouvelle. Mais
à trop vouloir
mener une
politique
mondiale, conçue
comme une simple
déclinaison de
ses intérêts,
l’administration
Bush s’est
privée de la
force des
compromis.
Demain, pour
sauver la paix,
il sera nécessaire
de se souvenir
des origines de
la crise
actuelle.
L'Empire
américain à
reculons
Livre
- Michael
Ignatieff,
professeur à
Havard, explique
pourquoi les
Etats-Unis sont
mal à l'aise dans
leur rôle
d'interventionnistes
par
THOMAS HOFNUNG,
publié dans Libération
le 12 septembre
2003
L'Empire
contre-attaque,
malgré lui. Sonnée
par le 11
septembre, l'Amérique
de George W. Bush
est depuis cette
date en guerre
contre le
terrorisme
international. Une
menace planétaire
combattue
militairement, qui
inclut aussi un
volet politique :
la reconstruction
des Etats, afin d'éviter
qu'ils ne se
transforment en
sanctuaires pour
le réseau
Al-Qaeda et ses
affidés.
Professeur à
l'université de
Harvard, Michael
Ignatieff s'est
rendu sur le
terrain pour
ausculter la
gestion de l'après-guerre
par les Américains
et leurs alliés,
notamment européens,
en Bosnie, au
Kosovo et en
Afghanistan. Ecrit
avant
l'intervention en
Irak, son petit
livre, Kaboul-Sarajevo,
les nouvelles
frontières de
l'Empire, résonne
comme une mise en
garde adressée à
ceux qui, au sein
de
l'administration
Bush, seraient
tentés de passer
par pertes et
profits ce que les
Anglo-Saxons
appellent le nation
building. Dans
le livre de
Michael Ignatieff,
on croise beaucoup
de Français :
Bernard Kouchner
au Kosovo, un
architecte français
chargé de
reconstruire le
Vieux-Pont ottoman
détruit par les
nationalistes
croates à Mostar
(Gilles Péqueux),
un général de
gendarmerie qui,
apprenant que le
chercheur américain
travaille sur la
problématique de
la reconstruction,
lâche : "Mes
condoléances,
monsieur."
Des Français et,
plus largement,
des Européens
dont le rôle est
réduit par les Américains,
affirme l'auteur,
à celui de
simples
"adjuvants".
"Aux Américains,
le champ de
bataille ; aux
Français, aux
Anglais et aux
Allemands, les
patrouilles de
police dans les
zones frontières."
Tout
au long de son
ouvrage, Michael
Ignatieff file la
métaphore de
l'Empire romain.
Touchée en plein
coeur, l'Amérique
a décidé de
s'occuper des
"zones
barbares",
les marges de
l'Empire. Mais,
pour des raisons
historiques et
conjoncturelles,
l'hyperpuissance
se trouve mal à
l'aise dans ce rôle.
L'auteur souligne
ainsi deux
paradoxes : issus
d'un combat
anti-impérial au
XVIIIe siècle
contre la
monarchie
britannique, les
Etats-Unis ont du
mal à assumer ce
rôle planétaire
; par ailleurs,
l'administration
de George Bush est
arrivée aux
commandes en
affichant sa
volonté de désengager
les GI de
plusieurs pays,
notamment de
Bosnie. Résultat
: certes, l'Amérique
est intervenue en
Afghanistan, mais
avec l'idée de se
retirer au plus
vite. "Les
Etats-Unis veulent
une présence, pas
une occupation."
Si possible, à
moindre coût,
humain et
financier. C'est
ce que Michael
Ignatieff appelle
la "reconstruction
light".
Un concept, selon
lui, lourd de
dangers. Car la
remise sur pied
d'un pays meurtri
par vingt ans de
guerre suppose au
contraire un
engagement massif
et durable. Il
affirme ainsi que
le processus de
reconstruction du
sud des Etats-Unis,
anéanti par la
guerre de Sécession
entre 1860 et
1865, s'est achevé
un siècle plus
tard, avec
l'adoption de la
loi sur les droits
civiques en 1964.
Se refusant à
tout jugement
moralisateur sur
le nouvel
interventionnisme
américain,
Michael Ignatieff
invite plutôt
l'Empire à
assumer pleinement
ses responsabilités
dans les zones
qu'il entend
pacifier. Tout en
l'invitant à
faire preuve de
modestie : "Comme
l'a montré la
guerre du Vietnam,
la force impériale
pèse bien peu
face à un peuple
qui n'a plus rien
à perdre".
Paris
et la résipiscence
de Bush
par
PHILIP GORDON, publié
dans le Figaro le 9
septembre 2003
L'auteur
est directeur du
Centre sur les
Etats-Unis et la
France à la
Brookings
Institution à
Washington, D.C. et
ancien directeur
pour les affaires
européennes du
Conseil de sécurité
national de Bill
Clinton
Demain, l'Amérique
va commémorer les
tragédies du 11
septembre. Mais le
climat politique
sera bien différent
de celui prévu
voici quelques
mois. Le 1er
mai dernier,
George W. Bush
effectuait un
atterrissage
spectaculaire sur
le porte-avions USS
Abraham Lincoln pour
annoncer la fin
des opérations de
combat en Irak.
Sous une énorme
bannière qui déclarait
"Mission
accomplie",le
président américain
annonçait "une
victoire dans une
guerre contre le
terrorisme qui a
commencé le 11
septembre
2001" et
une "avancée
cruciale dans la
campagne contre la
terreur".
"Nous ne
connaissons pas la
date de la
victoire finale, avait-il
poursuivi, mais
nous avons vécu
un grand
tournant."
La population américaine,
qui avait ses
doutes avant la
guerre mais qui,
encore hantée par
le choc du 11
septembre, avait
soutenu le président,
se montra soulagée
et convaincue. Fin
mai 2003, pas
moins de 80% des
Américains considéraient
la victoire en
Irak comme un
"tournant"
ou un "accomplissement
majeur" dans
la guerre contre
le terrorisme,
tandis que 70%
trouvaient la
guerre "justifiée"
et 70% encore
estimaient que le
monde était "plus
sûr". Le
taux de popularité
du président Bush
connut des
sommets, et la
grande question de
politique intérieure
n'était pas de
savoir si les Démocrates
allaient prendre
la Maison-Blanche
en novembre 2004 -
l'hypothèse
faisait sourire -,
mais qui
remplacerait, dans
une nouvelle
Administration
Bush, le multilatéraliste
Colin Powell comme
secrétaire d'Etat.
Le nom de Paul
Wolfowitz, parrain
intellectuel de la
guerre contre
l'Irak et de la
transformation du
Moyen-Orient,
circulait comme un
des principaux
candidats...
Que de changements
en quelques mois !
Depuis le discours
de Bush sur la
"fin"
des combats, les
forces américaines
ont eu en Irak 149
morts, c'est-à-dire
plus que les 138
tués pendant la
guerre elle-même.
Le nombre de blessés
américains
rapatriés s'élève
à bien plus de
1.000. Il n'y a
pas de semaine qui
passe sans
l'annonce de
nouvelles attaques
contre les troupes
ou de sabotage des
oléoducs, du réseau
électrique, ou
des institutions
du régime
provisoire. Pis
encore, les
attentats
spectaculaires se
succèdent... L'idée
chérie au
Pentagone de
pouvoir garantir
la stabilité en
Irak avec quelques
dizaines de
milliers d'hommes
seulement
appartient désormais
au passé, et les
140.000 soldats américains
actuellement déployés
ne sont pas près
de revoir leurs
familles. Ce n'est
donc pas une
surprise si les
alliés sur
lesquels
Washington
comptait pour
prendre la relève
des boys -
les Indiens, les
Pakistanais, les
Turcs, sans même
parler des Français
et des Allemands -
ne se montrent pas
très
enthousiastes.
Deux ans après le
11 septembre, l'Amérique
est-elle en train
de s'enliser au
Moyen-Orient ? Les
Américains,
initialement séduits
par les thèses néoconservatrices
sur la possibilité
de refaire le
monde, sont-ils en
train de
"comprendre"
que les réalités
de la région ne
le permettent pas
? Il est
certainement trop
tôt pour conclure
à la fin de la révolution
Bush en politique
étrangère. Malgré
les difficultés
actuelles, si
l'Administration
finit par apporter
un peu de stabilité
a l'Irak - ce
qui reste de
l'ordre du
possible - et si
elle finit par
trouver ou tuer
Saddam Hussein, ce
qui est probable,
la tendance
pourrait se
renverser à
nouveau.
Mais il est indéniable
que les doutes sur
la politique de
Bush se
multiplient et que
le soutien risque
de s'effondrer si
les attentats et
les assassinats se
poursuivent. De
85% en avril, le
pourcentage d'Américains
qui considèrent
que la guerre et
sa suite sont un
succès est tombé
à 63%
aujourd'hui. Les Démocrates
ont commencé à
marquer des points
en critiquant
l'isolement des
Etats-Unis et le
fait que 90% des
troupes - et plus
de 90% des morts -
en Irak soient
toujours américaines.
En notant aussi
que la facture de
l'occupation s'élève
à 4 milliards de
dollars par mois,
à un moment où
l'économie américaine
connaît des déficits
record. Ce sont
ces considérations
qui expliquent la
volte-face de
l'Administration
à l'ONU la
semaine dernière.
Colin Powell a
annoncé que les
Américains étaient
finalement prêts
à sacrifier au
moins une partie
de leur contrôle
en Irak contre un
soutien
international
accru. Face aux
critiques, dont
celles de la
France, qui disent
que ce n'est pas
assez, Bush se
trouve confronté
à un dilemme.
Soit il se passe
des autres et il
augmente le nombre
de troupes américaines
: c'est
techniquement
possible. Mais la
facture sera
lourde en argent
et capital
politique, avec
encore un rappel
de réservistes et
des rotations fréquentes
de soldats déjà
engagés aux
quatre coins du
monde. Soit il
fait davantage de
concessions
politiques à
l'ONU, ce qui
risque de diluer
la maîtrise américaine
d'une situation
dont dépend non
seulement l'avenir
de l'Irak et du
Moyen-Orient, mais
également son
propre avenir
politique.
Quelle que soit la
position précise
de
l'Administration
sur ces deux
options, elle met
à son tour les
Français devant
un dilemme : ou
bien faire des
compromis avec
l'Amérique et
contribuer à un
succès en Irak,
avec le risque de
donner raison aux
néoconservateurs
et aux unilatéralistes...
Ou bien aller
jusqu'au bout dans
l'opposition,
refuser tout
compromis et se réjouir
des difficultés
américaines, en
regardant l'Irak
sombrer dans le
chaos. Il n'est
peut-être pas
inutile de
mentionner ici
que, pour les Américains,
la France a choisi
cette seconde
stratégie et que,
sciemment ou pas,
elle souhaite un
échec ou au moins
des difficultés
majeures pour les
Etats-unis en
Irak. Les
dirigeants français,
depuis longtemps,
affirment le
contraire, mais
c'est la
perception américaine,
ce qui ne préjuge
rien de bon pour
les relations
entre les deux
pays. La réaction
de Jacques Chirac
à la nouvelle
proposition de
Washington -
"assez
loin" de
ce qui serait nécessaire -
n'a fait que
renforcer cette
impression.
Que la France ne
soit pas prête à
donner un chèque
en blanc aux
forces de la
coalition est tout
à fait compréhensible.
Après la
politique de
"punition"
poursuivie par le
Pentagone, la
tentation française
doit être très
forte de faire
payer
l'Administration
américaine pour
son arrogance. Ce
serait, pourtant,
une erreur. Si
Paris ne participe
d'aucune manière
à l'effort
international en
Irak, ses intérêts
risquent d'en
souffrir, quels
que soient les développements
sur le terrain. En
cas de succès
unilatéral des Américains -
qui reste possible
-, les doctrines
de l'aile dure de
l'Administration
Bush se verront
confirmées et la
tendance à
marginaliser
l'Europe et l'ONU
redoublera ; et
une victoire de
Bush en 2004 sera
tout à fait
envisageable. La
voix de la France
sera moins écoutée
que jamais à
Washington. En cas
d'échec unilatéral
américain, la
France pourra se
flatter d'avoir eu
raison sur
l'analyse, mais
souffrira sans
aucun doute des
retombées concrètes
d'une occupation
ratée qui serait
dramatique pour
les Irakiens,
l'avenir de la région,
comme pour la sécurité
même de la
France.
Le seul scénario
satisfaisant
implique à la
fois une
participation française
sincère et un aménagement
substantiel du
statut
international de
l'occupation. Vu
la nouvelle
tendance aux
Etats-Unis, si la
France offre cette
participation sincère,
le jour viendra où
les Américains
trouveront avec
elle, et avec le
reste de la
communauté
internationale, un
compromis
efficace. Il
pourrait donner
plus vite
davantage de
souveraineté aux
Irakiens et un
vrai rôle civil
à l'ONU sur le
modèle du Kosovo.
Ce serait le
premier pas, non
seulement vers la
stabilisation de
l'Irak, mais aussi
vers une relation
franco-américaine
apaisée. Deux ans
après le 11
septembre, l'Amérique
est toujours un
pays en guerre.
Ses tendances
unilatéralistes
ne disparaîtront
pas de sitôt.
Mais c'est aussi
un pays qui est en
train de redécouvrir,
douloureusement,
qu'il n'a pas seul
la réponse à
tous les problèmes
du monde, ni la
capacité, seul,
de les régler. Si
l'Amérique
accepte l'idée
qu'elle a besoin
d'alliés, la
France devrait être
la première à
montrer qu'elle
est prête à répondre
à l'appel de son
plus ancien
partenaire pour
atteindre un
objectif commun,
la paix et la
stabilité au
Moyen-Orient.
L'appel
de paix de
Sant'Egidio
"Entre guerre
et paix, religions
et cultures se
rencontrent"
paru dans la
Croix le 9
septembre 2003
Des
représentants de
toutes les
spiritualités se
sont retrouvés à
la rencontre
"Hommes et
religions", le
rendez-vous annuel
de la communauté
Sant’Egidio. Thème
de cette année :
"Entre guerre
et paix, religions
et cultures se
rencontrent".
"Au
début de ce Millénaire
qui s'est ouvert
sous le signe de
l'espérance ainsi
que de la peur,
nous, hommes et
femmes de religions
différentes,
provenant de
nombreuses parties
du monde, sommes réunis
à Aachen pour
invoquer de Dieu le
grand don de la
paix. Cette paix que
l'humanité trop
souvent ne sait pas
se donner. Au cœur
de l'Europe, nous
nous somme tournés
vers les attentes de
paix et de justice
du monde ; nous nous
sommes interrogés
sur nos
responsabilités ;
nous avons rencontré
la douleur du Sud du
monde, des guerres
oubliées, des
victimes de la
terreur et de la
peur qui engendre la
violence, d'une planète
appauvrie et violée
par une exploitation
qui mine tout, même
le futur commun. Les
demandes des
prisonniers nous ont
rejoints, eux qui
n'ont connu depuis
l'enfance, que la
violence et les
guerres qui ne
finissent jamais.
Nous avons senti
tout le pessimisme
qui monte des
profondeurs de ce
nouveau siècle. Les
voix et les
plaintes, parfois
silencieuses, de
millions de pauvres
sans médicaments et
sans soins, sans sécurité,
sans liberté, sans
terre, sans eau,
sans droits humains
fondamentaux, sont
parvenues jusqu'à
nous.
Nous nous sommes également
penchés sur nos
traditions
religieuses, sur les
livres saints, à l'écoute
de Dieu. Dieu parle
de paix. Nous avons
médité et prié.
Nous avons senti le
besoin de devenir
meilleurs, de réaliser
la paix en nous.
Pour les croyants la
paix n'est pas
seulement un
engagement dans le
monde, mais aussi un
don à chercher au
fond du coeur. La
paix est enracinée
dans nos traditions.
La paix est un nom
de Dieu. Nous avons
essayé d'écouter
non seulement notre
douleur, mais aussi
la douleur d'autrui.
C'est pourquoi,
aujourd'hui nous
choisissons à
nouveau avec force,
d'emprunter le
chemin difficile du
dialogue dans un
monde qui semble préférer
l'affrontement. Le
dialogue mène à la
paix. C'est un art
qui arrache au
pessimisme myope de
ceux qui disent
qu'il n'est pas
possible de vivre
l'un à côté de
l'autre et que les
blessures des torts
subis sont une
condamnation à la
haine sans retour.
Le dialogue est la
voie qui peut sauver
le monde de la
guerre.
Nous avons redécouvert
l'orgueil du
dialogue. Et le
dialogue est un art
à cultiver, pour
les religions, pour
les cultures, pour
ceux qui ont plus de
force et de pouvoir
dans le monde. Le
dialogue n'est pas
le choix des
peureux, de ceux qui
ont peur de
combattre. Il
n'affaiblit
l'identité de
personne. Il
provoque chaque
homme et chaque
femme à voir le
meilleur de l'autre
et à s'enraciner
dans le meilleur de
soi. Le dialogue est
un médicament qui
soigne les blessures
et qui ouvre au seul
destin possible,
pour les peuples et
les religions :
vivre ensemble sur
cette planète qu'il
faut défendre et présenter
aux générations
qui nous suivent
plus vivable
qu'aujourd'hui.
A ceux qui croient
que l'affrontement
entre civilisations
est inévitable,
nous disons : libérez-vous
de ce pessimisme
opprimant qui crée
un monde plein de
murs et d'ennemis, où
il devient
impossible de vivre
en sécurité et en
paix. L'art du
dialogue, dissipe,
avec le temps, même
les raisons de la
terreur et fait
perdre du terrain à
l'injustice qui
inspire le
ressentiment et la
violence.
A ceux qui croient
que le nom de Dieu
peut être utilisé
pour haïr et faire
la guerre, pour
humilier et
supprimer la vie
d'autrui, nous
disons : le nom de
Dieu est paix. Les
religions ne
justifient jamais la
haine et la
violence. Le
fondamentalisme est
la maladie infantile
de toutes les
religions et de
toutes les cultures,
parce qu'il rend
prisonniers d'une
culture de l'ennemi,
il sépare des
autres et estime la
violence plus que la
paix.
A ceux qui tuent
encore, qui sèment
le terrorisme et
font la guerre au
nom de Dieu, nous répétons
: "Arrêtez !
Ne tuez pas ! La
violence est une défaite
pour tous ! Parlons
ensemble et Dieu
nous
illuminera."
A Aachen, nous avons
senti le besoin
d'une Europe capable
d'être plus ouverte
à l'Esprit. Nous
avons senti le
besoin d'une Europe
capable de vivre
avec le Sud du
monde, qui soit
expression d'une démocratie
attentive aux droits
de l'homme, pour
contribuer de façon
déterminante au
Troisième Millénaire.
Depuis Aachen nous
avons adressé à
Dieu une prière
profonde et d'un
seul coeur pour la
paix. Que Dieu concède
à tout homme et à
toute femme, à
chaque gouvernant la
patience
clairvoyante et réaliste
du dialogue : qu'il
libère chacun de
l'illusion de la
guerre
purificatrice. Dieu
est plus fort de qui
veut la guerre, de
qui cultive la
haine, de qui vit de
la violence. Que
Dieu concède enfin
à notre siècle le
don merveilleux de
la paix."
Deux
ans après
paru
dans le Monde du 11
septembre 2003
Les attentats du
11 septembre
2001 contre le
World Trade Center
à New York et
contre le
Pentagone à
Washington ont
provoqué une
vague de solidarité
avec les Américains,
sans précédent
dans l'histoire.
Le nombre des
victimes, les
moyens employés
et les symboles détruits
ont suscité l'émotion
dans le monde
entier. Rares sont
ceux qui osaient
alors se réjouir
d'une
"punition"
sanglante infligée
aux représentants
les plus emblématiques
de l'Occident.
Deux ans plus
tard, la cote des
Etats-Unis est au
plus bas. La
compassion a fait
place à la
crainte que des
actions inconsidérées
n'aggravent les
problèmes et que
la lutte contre le
terrorisme ne soit
un prétexte
à l'extension
de l'hégémonie
américaine. Le président
George W. Bush
est convaincu que
le monde civilisé
est engagé dans
une nouvelle
guerre mondiale
contre un nouveau
totalitarisme. Cet
esprit de croisade
a fait peu
d'adeptes, y
compris parmi les
alliés
traditionnels des
Etats-Unis. Le
monde, pensent ces
derniers, est plus
complexe que le
laisse croire un
double sentiment
de vulnérabilité
et de
toute-puissance.
La conjonction du
fondamentalisme,
des armes de
destruction
massive et des
Etats défaillants
constitue certes
un risque inédit
pour les démocraties.
Les Etats-Unis
doivent-ils pour
autant s'ériger
en juge et en
policier du monde,
une tentation récurrente,
resurgie avec
force après le 11 septembre ?
Or les résultats
de la politique
menée depuis deux
ans ne sont pas
incontestables.
Certes les
Etats-Unis et
l'Europe n'ont pas
connu les vagues
d'attentats que
leur promettaient
Ben Laden et ses
émules, grâce
sans doute à la
coopération entre
leurs services de
police et de
renseignement, au
prix parfois
d'entorses aux
libertés
publiques. C'est
ailleurs, au
Maghreb ou en Asie
du Sud-Est, qu'ont
frappé les
terroristes qui se
réclament à tort
ou à raison
de Ben Laden.
Le chef d'Al-Qaida,
lui, court
toujours, malgré
la destruction de
l'Etat taliban qui
l'hébergeait en
Afghanistan. Dans
ce pays, les progrès
vers la stabilité,
pour ne rien dire
de la démocratie,
sont extrêmement
faibles. En Irak,
le spectre de
Saddam Hussein
continue de rôder,
et le pays reste "le
front central de
la guerre contre
le
terrorisme" (George
W. Bush),
alors que la chute
du dictateur avait
justement pour but
d'en finir avec la
menace. La
restructuration démocratique
du Moyen-Orient,
présentée comme
la grande idée de
la présidence
Bush, a connu plus
de revers que
d'avancées et
l'impasse
sanglante dans le
conflit israélo-palestinien
n'incite pas à
l'optimisme. Les
Etats-Unis ne
peuvent pas,
seuls, "rendre
le monde plus sûr
pour la démocratie",
selon
l'expression de
leur président
Woodrow Wilson en
1917. Il leur faut
écouter leurs
alliés, tenir
compte des
situations
contrastées dans
lesquelles ils
interviennent,
respecter les règles
internationales
qu'ils ont eux-mêmes
contribué à édicter.
Le bilan de ces
deux dernières
années sonne
comme un rappel de
ces principes.