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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°29  du 22 août 2003 

 
La chute de l'ONU
 
"Le règne de la terreur de Saddam Hussein prend fin. Son gouvernement baasiste ne coulera toutefois pas seul. De manière ironique, les Nations unies sombreront avec lui."  Richard Perle
 
Cette prémonition, ou planification, a été promulguée par le sioniste américain Richard Perle, au lendemain de la chute de Bagdad (voir article ci-dessous). Ainsi, le cataclysme que viennent de subir les Nations unies en Irak, avec la terrible attaque le 19 août de leur siège à Bagdad par un camion piégé entraînant la mort de plus de 24 personnes, dont le représentant spécial de nationalité brésilienne Sergio Vieira de Mello, est à la hauteur de la décision américaine d'envahir ce pays, et trouve sa source dans le déclenchement de cette guerre sans l'accord de la puissante centrale internationale. Quelle autre plus grande forme de terrorisme peut-il y avoir que celle d'attaquer un pays et un peuple sans avoir obtenu l'aval de la communauté internationale représentée par l'ONU ?
 
Les Etats-Unis ont démontré une fois de plus que seul le terrorisme peut garantir la sécurité d'Israël, dont l'avenir paraît aussi sombre que le présent. C'est là d'ailleurs que le Comte Bernadotte avait été assassiné, le 17 septembre 1948, par le groupe sioniste Stern. Ce même groupe d'Itzac Shamir avait assassiné, le 6 novembre 1944, le Secrétaire d’Etat britannique au Caire, Lord Moyne, qui avait déclaré deux ans auparavant, à la Chambre des Lords, que les juifs n’étaient pas les descendants des anciens Hébreux, et qu’ils n’avaient pas de "revendication légitime" sur la Terre Sainte. Partisan de modérer l’immigration en Palestine, il avait alors été accusé d’être "un ennemi implacable de l’indépendance hébreue".
 
Le Comte Folke Bernadotte, neveu du roi Gustave V et diplomate suédois, en sa qualité de président de la Croix-Rouge suédoise, avait organisé l'échange de prisonniers britanniques et allemands pendant la Deuxième guerre mondiale et le transfert, de camps de concentration allemands, de prisonniers politiques norvégiens et danois. Il a joué un rôle clé dans les efforts des Nations Unies visant à maintenir la paix au Moyen-Orient, et payé de sa vie son dévouement. En mai 1948, après que le Conseil de sécurité eut déclaré une trêve dans la première guerre arabo-israélienne, il a été appelé à jouer un rôle de médiateur dans l'élaboration d'un accord entre les parties. Cela a conduit à la première opération de maintien de la paix des Nations Unies, l'Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST). En septembre 1948, le Comte Bernadotte a été assassiné à Jérusalem, après qu'il eut terminé son rapport pour le Conseil de sécurité.
 
Notons enfin que le responsable des Nations unies Sergio Vieira de Mello a été assassiné à 55 ans, cinq mois après la prise de contrôle de l'Irak par les troupes américaines, tandis que le Comte Bernadotte a été assassiné à 53 ans, cinq mois après la reconnaissance de l'Etat d'Israël en Palestine par l'ONU. Quant à l'ancien ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, nommé conseiller politique de Sergio Vieira de Mello, il a échappé de peu à l'attentat, se trouvant dans le même bâtiment mais dans un autre bureau. Pour terminer, une dernière comparaison peut être faite avec l''attentat revendiqué par l'Irgoun de Menahem Begin (prix Nobel de la Paix en 1978 !), le 22 juillet 1946, contre l’aile de l’hôtel du Roi David, à Jérusalem, où était installé l’état-major militaire du Gouvernement britannique, entraînant la mort d’environ 100 personnes : Anglais, arabes et juifs. L'Irgoun perpétra par la suite, le 9 avril 1948, le célèbre massacre de Deir Yassine, dans lequel 254 habitants de ce village palestinien (hommes, femmes, enfants, vieillards) trouvèrent la mort.
 
 
La chute de l'ONU
 
Irak - Un point de vue polémique sur le rôle de l'organisation internationale
 
Article écrit par RICHARD PERLE, ancien sous-secrétaire d'Etat américain à la Défense, professeur à l'Institut américain des entreprises à Washington, et publié dans le Figaro le 11 avril 2003 (Project Syndicate - Traduit par Valérie Bellot)
 
Le règne de la terreur de Saddam Hussein prend fin. Son gouvernement baasiste ne coulera toutefois pas seul. De manière ironique, les Nations unies sombreront avec lui. Il est possible que l'ONU ne disparaisse pas intégralement. Les secteurs dédiés aux "bonnes oeuvres" (à savoir, les bureaucraties pour le maintien de la paix à faible risque ou celles qui luttent contre le sida et la malaria ou pour défendre les droits de l'enfant) perdureront. Le moulin à paroles installé sur l'East River à New York continuera à geindre. La réticence du Conseil de sécurité à entériner l'usage de la force pour appliquer ses propres résolutions sur la possession par l'Irak d'armes de destruction massive a sonné le glas du fantasme vieux de plusieurs décennies qui considérait l'ONU comme le fondement de l'ordre mondial.

Alors que nous poursuivons nos efforts de guerre pour libérer l'Irak, il est important de sauvegarder parmi les décombres du conflit, pour mieux les analyser et les comprendre, les débris du concept de sécurité via le droit international appliqué par des institutions internationales... Tandis que des Irakiens libres décrivent le cauchemar du règne de Saddam, qui a duré un quart de siècle, nous ne devons pas oublier quels sont ceux qui ont soutenu cette guerre et ceux qui ne l'ont pas soutenue ; ceux qui ont affirmé que l'autorité morale de la communauté internationale se nichait dans des plaidoyers visant à obtenir des délais supplémentaires pour les inspecteurs de l'ONU ou ceux qui ont manifesté contre le "changement de régime".

Dans l'esprit de réconciliation d'après-guerre que les diplomates veulent toujours absolument promouvoir, nous ne devons pas nous résigner à la notion timide et désuète selon laquelle l'ordre mondial nous demande de reculer devant des Etats voyous qui terrorisent leurs citoyens et menacent les nôtres. Décents, réfléchis et bourrés de principes, les millions d'individus qui ont manifesté contre la décision de demander des comptes à l'Irak étaient mus par l'idée que seul le Conseil de sécurité de l'ONU dispose de l'autorité nécessaire pour légitimer le recours à la force. Ils critiquaient la coalition volontaire de démocraties libérales prêtes à dépêcher ses soldats pour barrer la route au mal. Peu leur importait que ces troupes permettent d'appliquer les exigences de l'ONU. Pour eux, si un pays ou une coalition de pays - en marge du Conseil de sécurité de l'ONU - fait usage de la force, même en dernier recours, "l'anarchie", et non le droit international, ne peut que l'emporter, détruisant tout espoir d'ordre mondial.

C'est ce que croyaient les manifestants. Mais cette idée est dangereusement erronée et amène à justifier moralement les décisions politico-militaires de pays comme la Syrie, le Cameroun, l'Angola, la Russie ou la Chine. Si une politique est juste lorsque le Conseil de sécurité l'approuve, comment peut-elle être fausse simplement parce que la Chine communiste, la Russie, la France ou une multitude de dictatures secondaires refusent leur approbation ? Ceux qui se sont opposés aux actions de la coalition en Irak répondent généralement que "l'ordre" doit avoir la primauté sur "l'anarchie". Mais est-ce exact ? Le Conseil de sécurité de l'ONU représente-t-il l'institution la plus compétente pour garantir l'ordre et nous sauver de l'anarchie ? L'Histoire suggère le contraire. L'ONU est née des cendres d'une guerre que la Société des nations s'était révélée dans l'incapacité de prévenir. La SDN n'était tout simplement pas prête à faire face à l'Italie en Abyssinie, et encore moins, si elle avait survécu à cette débâcle, à lutter contre l'Allemagne nazie.

Dans l'euphorie qui a suivi la victoire, juste après la Deuxième Guerre mondiale, l'espoir de rendre la sécurité du monde plus collective fut placé entre les mains du Conseil de sécurité de l'ONU, pour de bien piètres résultats. Au cours de la guerre froide, le Conseil de sécurité se révéla complètement paralysé. En effet, la décision de défendre la Corée du Sud contre les attaques menées contre elle en 1950 fut prise par le Conseil uniquement parce que Staline avait ordonné à ses diplomates de boycotter les séances de l'ONU, ce qui impliquait qu'aucun ambassadeur soviétique n'était présent pour exercer son droit de veto ! Une erreur que les Soviétiques n'ont plus commise par la suite. En 1967 et 1973, l'ONU s'est retirée du Moyen-Orient, laissant Israël se défendre par ses propres moyens. Encore plus tard, l'empire soviétique s'est effondré et l'Europe de l'Est s'est libérée, non pas grâce à l'ONU mais grâce à la mère de toutes les coalitions, l'Otan.

Confrontée aux multiples agressions de Milosevic, l'ONU n'est pas parvenue à mettre un terme aux guerres balkaniques ni même à protéger ses victimes. Vous souvenez-vous de Sarajevo, de Srebrenica et du massacre de milliers de musulmans placés sous la prétendue protection des Nations unies ? Il a fallu que des pays de bonne volonté forment une coalition pour sauver la Bosnie de l'extinction. Une fois la guerre terminée, la paix a été conclue à Dayton, dans l'Ohio, et non à l'ONU. Le sauvetage des musulmans du Kosovo n'était pas le fait des Nations unies : leur cause n'a jamais reçu l'approbation du Conseil de sécurité. Ce siècle lance désormais un défi aux espoirs d'un nouvel ordre mondial. Nous ne vaincrons pas - ni même ne contiendrons - la terreur fanatique, si nous sommes incapables d'exporter la guerre dans les territoires qui la déclenchent. Nous devrons pour cela utiliser la force contre les Etats qui donnent asile aux terroristes, comme nous l'avons fait pour détruire le régime des talibans en Afghanistan.

Les Etats les plus dangereux sont ceux qui possèdent des armes de destruction massive, des armes chimiques, biologiques et nucléaires qui peuvent tuer non pas des centaines ou des milliers d'individus, mais des centaines de milliers. L'Irak faisait partie de ceux-là, mais il en existe bien d'autres. L'espoir de les convaincre de retirer leur soutien ou le droit d'asile qu'ils accordent aux terroristes repose sur la certitude et l'efficacité des représailles qui les menacent. L'incapacité chronique du Conseil de sécurité de l'ONU à appliquer ses propres résolutions, comme le prouve le cas irakien, est manifeste : l'organisation n'est tout simplement pas capable de remplir sa mission. Il ne reste donc que les coalitions formées par les pays de bonne volonté pour faire régner la sécurité. Loin de les dénigrer en tant que menace posée à un nouvel ordre mondial, nous devrions plutôt reconnaître qu'elles sont, par défaut, le meilleur espoir d'un monde pacifié et la véritable alternative à l'anarchie engendrée par l'échec lamentable des Nations unies.

 
 
L'ONU frappée au cœur à Bagdad - La trêve violée à Jérusalem

Caricature de PLANTU publiée dans le Monde du 21 août 2003 après les attentats du 19 août contre le siège des Nations unies à Bagdad et un bus israélien à Jérusalem

 

 

 
Copyright 2003 RJLiban