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Armes
biologiques : la leçon
du SRAS
Ou la désinformation
au service de la
destruction massive
Nous sommes en 2033.
Des sources américaines
font état de la découverte,
dans les archives du
Pentagone, d'un
document secret
d'une extrême
importance sur la préparation
de l'invasion de
l'Irak, 30 ans plus
tôt. Planifiée un
an à l'avance,
cette invasion
devrait être
accompagnée d'un
test d'armes
biologiques, pour
mesurer les répercussions,
aussi bien physiques
que psychologiques,
d'un virus
jusqu'alors contenu
dans un laboratoire
militaire américain
: le SRAS. Ce test
devrait être
effectué dans une région
éloignée du monde
occidental, de préférence
en Chine, appelée
à être le
principal concurrent
économique des
Etats-Unis. Il
servira également
à détourner
l'attention de
l'opinion mondiale
de la guerre en
Irak, injustifiée
en raison de
l'absence d'armes de
destruction massive
dans ce pays. Une
contre-attaque médiatique
similaire avait réussi
en septembre 2001,
avec le lancement du
virus chimique de
l'anthrax. Le but était
de minimiser la défaite
historique subie par
l'Amérique, en réduisant
le nombre des
victimes des
attentats contre le
World Trade Center
de 15.000 à moins
de 3.000 personnes.
L'anthrax avait fait
ainsi la une des médias
de la planète,
avant que les Américains
reconnaissent qu'un
de leurs chercheurs
avait propagé ce
virus, en l'envoyant
à travers le monde
sous forme de
lettres anonymes.
Pour en savoir plus
sur ces stratagèmes
et leurs conséquences,
feuilletons les
archives de quelques
journaux de l'époque
:
Le Pentagone
lève le secret sur
des essais
biologiques et
chimiques
L'enquête du
Pentagone avait pour
but de déterminer
combien de personnes
ont pu être exposées
aux substances
nocives lors de ces
tests, afin de
pouvoir répondre à
d'éventuelles
plaintes concernant
des problèmes de
santé
paru dans le
Monde du 2 juillet
2003
L'armée américaine
a mené dans le plus
grand secret
cinquante essais de
substances
biologiques et
chimiques dans les
années 1960 et
1970, dans le but de
tester leur action
dans différents
environnements et
conditions météorologiques,
a révélé, lundi
30 juin, le
Pentagone. Cette
annonce est
l'aboutissement
d'une enquête de près
de trois ans sur un
programme militaire
baptisé
"Projet
112" et son
prolongement, le
"Projet SHAD",
qui ont été menés
secrètement sur
terre et en mer dans
différentes régions
du monde - des
îles Marshall en
Micronésie au
Panama, Canada et en
Grande-Bretagne -,
impliquant un total
de 5.842 militaires
américains.
L'origine du
programme remonte à
1961, lorsque le
secrétaire à la défense
d'alors, Robert
McNamara, avait
commandé une séries
de tests afin de déterminer
si des armes
chimiques et
biologiques
pouvaient entrer
dans l'arsenal de la
défense nationale. "Nous
avons eu la chance
de retrouver les
comptes rendus (du
déroulement des
programmes)",
a indiqué le chef
des enquêteurs du
Pentagone, Dee
Dodson Morris, dévoilant
que le projet avait
été classé si
soigneusement qu'il
restait ignoré même
de la part de
responsables de
premier plan du
ministère. En juin
1962, l'état-major
interarmes créa à
Fort Douglas (Utah)
un centre chargé du
"Projet
112". Six mois
plus tard, en
janvier 1963, la
marine lança au
large de l'île
d'Oahu (archipel
d'Hawaï) les essais
"Eager
Belle" pour
tester si des aérosols
contenant un agent
biologique
pourraient entrer
dans ses bâtiments
: un navire fut
aspergé par un
remorqueur avec la
bactérie non
mortelle Bacillus
globigii, "pour
évaluer l'efficacité
des mesures de
protection".
Tabun, Sarin,
Soman et VX
Alors que la guerre
froide battait son
plein, les stratèges
américains
cherchaient à
savoir comment des
substances létales
telles le gaz sarin,
qui paralyse le système
nerveux, et le VX,
autre puissant
neurotoxique, réagiraient
par des températures
au-dessous de 0,
caractéristiques
des hivers dans de
nombreuses régions
de l'ex-Union soviétique.
Les tests "Whistle
Down" furent
menés de décembre
1962 à février
1963 à Fort Greely
(Alaska) : on procéda
à l'explosion de
bombes, roquettes et
mines remplies de
sarin et de VX dans
une région reculée
près de Gerstle
River. Afin de voir
comment des armes de
destruction massive
pourraient être
utilisées dans la
jungle, le Pentagone
lança début 1963,
dans la zone du
canal de Panama,
l'exercice "Big
Jack" : un
avion répandait des
substances sur la réserve
militaire de Fort
Sherman. La
Grande-Bretagne et
le Canada furent
choisis pour "Rapid
Tan", dont le
but était de déterminer
combien de temps les
neurotoxiques tabun,
sarin, soman et VX
garderaient leurs
capacités mortelles
sur un terrain boisé
et dans une plaine
ouverte. A plusieurs
reprises, en 1967 et
1968, des armes
chimiques mortelles
furent expérimentées
sur des sites
militaires à Porton
Down
(Grande-Bretagne) et
Ralston (Canada).
"Blue
Tango"
impliquait vingt expériences d'épandage
d'une bactérie
potentiellement
mortelle pour
l'homme, E.coli
bacteria, sur
l'archipel d'Hawaï,
entre janvier et
mars 1968. Le
Pentagone lâcha également
des bactéries dans
la mer pour déterminer
si des armes
biologiques
pourraient être
efficacement lancées
par des sous-marins.
Dans le cadre de
"Folded
Arrow", en
1968, le sous-marin
USS Carbonero
projetait le Bacillus
globigii dans
la mer, au large
d'Oahu, "pour
montrer la capacité
du système
d'armement de
sous-marins à
effectuer une
attaque biologique
contre des
installations d'une
île et d'un
port".
L'enquête du
Pentagone avait pour
but de déterminer
combien de personnes
ont pu être exposées
aux substances
nocives lors de ces
tests, afin de
pouvoir répondre à
d'éventuelles
plaintes concernant
des problèmes de
santé. Le secrétaire
adjoint à la défense,
William Winkenwerder,
s'est félicité
dans un communiqué
que "(les)
enquêteurs aient pu
mener à bien cette
investigation
approfondie, et
confronter spéculations
et incertitudes avec
des faits, afin de
procurer aux anciens
participants à ces
tests quelque
tranquillité
d'esprit bien méritée".
La leçon du
SRAS
par BRUNO
FRAPPAT, publié
dans la Croix le 25
juin 2003
Après le temps de
l'alarme, celui du
soulagement
vigilant. Des mois
de lutte contre le
SRAS - cette
"pneumonie
atypique" sans
doute née dans les
campagnes chinoises
- ont permis
hier à
l'Organisation
mondiale de la santé
de rayer Pékin de
la liste des
destinations à
risques. Elle l'a
fait avec un peu
d'avance par rapport
à sa propre
jurisprudence. Sans
doute le souci de ne
pas déplaire au régime
chinois
explique-t-il cette
rapidité. Cette
bonne manière met
l'OMS en position d'être
exigeante - et mieux
écoutée - la
prochaine fois, par
la Chine, où le
virus du mensonge a,
lui aussi, dû
reculer. La planète
aura donc connu, en
six mois, un début
de panique et un
apaisement confirmé
dans une
quasi-indifférence.
Certains ont considéré
comme excessif le rôle
des médias, ce
tocsin mondialisé.
D'autres ont pu
regretter, à
raison, que cette
maladie seule en bénéficie,
au titre de la
nouveauté, quand
les épidémies qui
ravagent des
continents entiers
(comme le paludisme
en Afrique) ne
rencontrent, elles,
que l'indifférence
sous le prétexte de
l'habitude.
Faut-il pour autant
regretter cette
prise de conscience
collective,
universelle et répandue
comme une traînée
de poudre ? A menace
universelle, parade
universelle. Quand
le Vietnam, puis le
Canada, puis Hong
Kong, puis
Singapour, puis Taïwan,
furent tour à tour
éliminés de la
liste des zones à
éviter, comment
n'aurait-on pas
partagé la
satisfaction de
leurs habitants de
voir s'éloigner un
spectre dont le
passage, à ce jour,
a tué plus de huit
cents humains ?
Surtout, comment ne
pas retenir de cet
épisode une leçon
d'universalité
concrète ? La
mobilité de l'espèce
humaine n'est pas
une nouveauté. Ce qui
l'est, c'est la
rapidité des échanges,
pour le meilleur
comme pour le pire.
Les humains, les
marchandises, mais
aussi les virus se
font voyageurs.
Pendant quelques
semaines, le SRAS a
perturbé cette
circulation qui est
au coeur de
l'activité économique
et, dans de nombreux
cas, du développement.
A soupçon mondial,
réplique mondiale.
L'OMS a pleinement
joué son rôle,
quand les Etats ont
fini par le lui
permettre. Où il
fut prouvé que, sur
terre, nul pays ne
peut s'enfermer dans
sa logique interne
pour surmonter ce
qui le dépasse. La
leçon du SRAS,
c'est que tout fléau
est le fléau de
tous.
Le SRAS s’éteindra
spontanément,
estiment les épidémiologistes
Des conférenciers
ont fait le point à
l’auditorium du
rectorat de l’UL,
place du Musée
paru dans
l'Orient-le Jour le
23 juin 2003
En
mars dernier, une
nouvelle épidémie
a semé la panique
dans le monde. Le
syndrome
respiratoire aigu sévère,
ou SRAS, a suscité
une vague d’inquiétude,
d’autant que la
cause du fléau est
demeurée inconnue
pendant plusieurs
semaines. Chaque
jour une nouvelle
victime succombait
à ce fléau, qui
constitue désormais
un nouveau défi
pour l’Organisation
mondiale de la santé
(OMS). Qu’en
est-il aujourd’hui
? Un point sur l’épidémie
a été donné au
rectorat de l’Université
libanaise (UL),
place du Musée, par
M. Roger Salamon,
directeur de l’Institut
de santé publique
d’épidémiologie
et de développement
à Bordeaux 2 et
responsable de
l’enquête française
sur le syndrome de
la guerre du Golfe.
Le SRAS est une
infection
pulmonaire, fébrile
(la fièvre est
quasiment présente)
et même assez sévère,
qui évolue
quelquefois vers une
insuffisance
respiratoire, d’où
sa gravité.
L’agent
responsable de cette
pneumopathie, le
coronavirus, a été
récemment découvert
et la durée
d’incubation, soit
la période durant
laquelle le malade
est porteur du
virus, varie entre
deux à dix jours.
"Dans beaucoup
de domaines, cette période
est inquiétante
pour les épidémiologistes,
car c’est la période
où l’on peut le
moins empêcher la
transmission du
virus puisqu’on
ignore qui en est
porteur",
explique M. Salamon,
qui s’exprimait
devant un public
formé
principalement de spécialistes.
"Cette période
a constitué
d’ailleurs la
grande terreur des
spécialistes lors
de l’apparition du
VIH/sida, il y a
plusieurs années,
puisque les gens
incubaient pendant
des jours, voire des
années, ne se
sachant pas porteurs
du virus. A
cette époque, il était
encore plus
difficile de lancer
la moindre campagne
de prévention, au
moins auprès des
hommes",
poursuit-il.
Rappel historique
L’histoire du SRAS
est très récente.
Elle peut être
suivie presque au
jour le jour.
"Tout a réellement
commencé le 11 février,
date à laquelle
plus de trois cents
cas de pneumopathie
ont été recensés
à Guangdong, une
petite province près
de Hong Kong,
affirme M. Salamon.
La cause de ces
pneumopathies
demeurait toutefois
inconnue." Le début
officiel de l’épidémie
peut être fixé au
26 février, à
l’hôpital français
de Hanoi, où un
patient à
provenance de
Shanghai a été
hospitalisé pour
une pneumopathie
aiguë et grave.
Vingt-deux membres
du personnel
soignant de l’hôpital
attrapent alors
cette infection, car
ils ont été en
contact direct avec
le patient. La
panique est alors
enclenchée. Le 12
mars, l’OMS lance
une alerte mondiale
et le 15 mars elle
établit des
recommandations à
l’intention des
voyageurs, mettant
ainsi un certain
nombre de pays au
ban du tourisme.
"Depuis vingt
ans déjà, avec la
catastrophe de
Tchernobyl, puis
avec l’apparition
du sida et
maintenant du SRAS,
on remarque
l’impact des phénomènes
de santé sur l’économie
d’un pays. Aucun
politicien, aucun économiste
ou juriste ne peut désormais
négliger un phénomène
de santé, aussi
petit soit-il, qui
risque de mettre en
un mois un pays à
genoux",
remarque M. Salamon,
qui ajoute que le 20
mars, douze pays
figuraient déjà
sur la liste des régions
atteintes par le
SRAS notamment la
Chine, Hong Kong, le
Vietnam, Singapour,
le Canada, la France
et l’Allemagne
(Francfort).
Aux alentours du 26
mars, le lien entre
le SRAS et l’épidémie
de Guangdong est
officiellement établi
et ce n’est que le
16 avril que le
coronavirus est
officiellement
annoncé comme cause
du SRAS, même si le
virus n’est pas
retrouvé dans tous
les cas suspects. Au
14 mai, selon les
rapports de l’OMS,
30 pays étaient déjà
atteints par l’épidémie.
On comptait alors
7.628 cas et 587 décès.
"C’est un
domaine intéressant
où il est difficile
de mettre le
balancier entre
l’excès de
protection et
l’insuffisance de
protection, car de
peu, on peut passer
soit à la
catastrophe
sanitaire soit à la
psychose collective,
insiste M. Salamon.
C’est là qu’il
faut raisonner pour
trouver un juste
milieu entre une prévention
efficace et
indiscutable et une
prise de conscience
par les autorités
car il s’agit
d’un problème qui
peut éclater."
En ce qui concerne
les modes de
transmission, M.
Salamon précise que
le SRAS est
essentiellement
transmis par des
"gouttelettes
très largement prédominantes
lors de contacts
proches et prolongés
avec un malade
symptomatique".
"La probabilité
que le virus se
transmette par
manuportage est extrêmement
faible car, à
l’instar du VIH,
c’est un virus peu
résistant",
note-t-il. Et
d’ajouter qu’il
n’existe
actuellement aucun
protocole thérapeutique
recommandé, bien
que certains médicaments
ont prouvé leur
efficacité dans le
traitement des
patients. Quant à
la prévention, l’épidémiologiste
indique qu’il
s’agit de précautions
standards d’hygiène,
d’isolement
(confinement à
l’hôpital) et de
quarantaine
(confinement à
domicile) en plus de
précautions
particulières
d’air et de
contact. Mais la
plus importante précaution
consiste à différer
les voyages dans les
zones touchées.
Comparaison avec le
sida
Un parallèle avec
le VIH/sida
s’impose à ce
stade. "Les
deux maladies sont
virales et nouvelles
et, à juste titre,
nous renvoient tout
d’un coup les
problèmes de santé
comme une priorité
alors qu’ils ne
l’ont jamais été
dans les années précédentes",
signale M. Salamon.
De plus, les deux
maladies semblent
issues de l’animal
(le singe pour le
VIH et la civette
pour le SRAS). Elles
sont toutes les deux
médiatisées et
catastrophiques
"dans le sens
qu’elles ne tuent
pas les gens par
millions comme la
tuberculose ou la
malnutrition, mais
elles constituent
une catastrophe économique
pour les pays qui en
sont touchés",
avertit M. Salamon.
"Le sida est
pour l’Afrique une
catastrophe économique
extraordinaire qui
peut dégénérer
ensuite, par
ricochet, en une
catastrophe économique
pour l’ensemble du
monde. Et le SRAS,
avec pourtant peu de
cas, peut le devenir
pour les pays qui
vont être fermés
au tourisme",
ajoute-t-il.
D’autres points
communs entre le VIH/sida
et le SRAS sont que
les deux maladies ne
connaissent aucune
frontière, elles
ont des connotations
symboliques
(abstention de sexe
pour le VIH,
personnelle médicale
pour le SRAS) et
l’arsenal thérapeutique
est très faible
dans les deux cas,
car ce sont deux
virus qui mutent
beaucoup. Par
contre, ce qui
distingue le VIH du
SRAS est la
contamination de
nature active du
sida et de nature
passive du SRAS,
ainsi que le caractère
chronique du premier
et celui aigu du
second.
"C’est un
point rassurant pour
les épidémiologistes
qui croient, dans
leur majorité,
qu’il s’agit
d’une épidémie
qui va spontanément
s’éteindre, note
M. Salamon. A
l’inverse, ce
caractère aigu est
plus inquiétant
pour le public,
d’autant que la létalité
n’est pas négligeable."
SRAS et enfants
La conférence a été
clôturée par une
intervention du Dr
Philippe Chédid, pédiatre
et doyen de la
faculté des
sciences médicales
de l’Université
libanaise, qui a précisé
que sur les plans épidémiologique
et clinique, très
peu d’enfants ont
été atteints du
SRAS, et chez ceux
qui l’ont attrapé,
le cours de la
maladie a été léger,
bénin, moins
agressif et moins
fulminant que chez
les adultes.
"Très souvent,
dit-il, la
symptomatologie a été
douce avec une toux,
un rhume et de la fièvre,
donc aussi commune
que n’importe
quelle grippe." "Puisque
les enfants développent
plus de rhumes que
les adultes,
existe-t-il une
immunité croisée
entre les
coronavirus non mutés
et ceux mutés ?
Est-ce la raison
pour laquelle les
enfants sont plus
protégés ?",
se demande-t-il. Et
de conclure :
"Beaucoup de
points
d’interrogation se
posent concernant
cette épidémie
chez les enfants.
Mais sans aucun
doute, ils en sont
moins
atteints."
Echec
programmé sur les
médicaments génériques
L'accès
aux médicaments
dans les pays
pauvres toujours
bloqué par les
multinationales américaines
par
JEAN-MICHEL BADER,
publié dans le
Figaro le 31 mai
2003
Les pays africains
et les
organisations non
gouvernementales
(ONG) attendent
avec inquiétude
et amertume le
Plan d'action sur
la santé qui
devrait être
discuté au G 8
d'Evian. La lutte
contre le sida, le
paludisme et la
tuberculose, l'accès
aux médicaments
à des prix
accessibles, les
autorisations de
fabrication de génériques,
continuent d'être
bloqués par
l'intransigeance
des Etats-Unis,
qui refusent
toujours une
interprétation la
plus large
possible des
dispositions des
accords sur la
propriété
industrielle.
Cette position est
soutenue par
l'ensemble des
multinationales américaines.
Pour ne rien
arranger,
seulement 1,5
milliard de
dollars a été
versé au Fonds
mondial lancé à
Gènes en 2001.
Or, la montée en
puissance en cinq
ans devait
permettre
d'atteindre une
dotation globale
de 10 milliards
annuels, avec une
contribution des
Etats-Unis de 3,5
milliards. C'est
donc sept fois
moins que prévu.
La déclaration de
Doha (Qatar) en
novembre 2001,
lors du sommet de
l'Organisation
mondiale du
commerce (OMC),
avait pourtant
pris des
engagements fermes
dans tous ces
domaines. La
primauté du droit
à la santé avait
alors prévalu,
semblait-il, sur
les droits des
brevets.
Depuis l'accord de
Doha, tout pays
peut théoriquement
fabriquer des
copies de médicaments
sans l'accord du
laboratoire propriétaire
de la technologie.
C'est ainsi que la
Thaïlande, l'Inde
et l'Afrique du
Sud fabriquent des
traitements
antiviraux contre
le sida pour un coût
annuel de 300
dollars au lieu
des 12.000 dollars
payés par les
malades
occidentaux.
Malheureusement,
l'accord de Doha
ne concerne que
les fabrications
locales, et pas
les importations.
Or, dans les pays
africains, en
dehors des délocalisations
industrielles de
produits destinés
aux marchés
riches (dont un
certain nombre de
groupes français),
et motivées par
les baisses de coûts
salariaux, on
compte sur les
doigts d'une main
les laboratoires
pharmaceutiques
fabriquant des génériques.
Sur les 133 pays
pauvres concernés
par les grandes
pandémies, 120 ne
possèdent pas
d'industrie
pharmaceutique et
sont donc dépendants
de fournisseurs étrangers.
La réunion de la
dernière chance,
en décembre 2002,
a échoué du fait
de
l'intransigeance
des Etats-Unis.
Robert Zoelick, le
négociateur américain,
soupçonne des
pays en développement
de vouloir élargir
au cancer, à
l'asthme, au diabète,
l'accord de Doha
qui ne concernait
initialement que
le sida, le
paludisme et la
tuberculose. L'échec
des négociations
sur les médicaments
génériques
semble d'autant
mieux programmé
que le
gouvernement français
a effectué le 24
avril dernier la démarche
d'une nouvelle rédaction,
plus brève, de la
déclaration sur
l'accès aux médicaments.
Celle-ci fait
certes encore référence
à "une
solution multilatérale
approuvée au sein
de l'OMC", mais
ne mentionne plus
la production
locale ou
l'importation de médicaments
génériques.
De substantielles
modifications de
ce texte ont été
proposées "à
Maurice
Gourdault-Montagne,
sherpa de Chirac,
par son homologue
américain Guy
Edson entre la
première et la
troisième mouture
du texte", indique
Jean-Hervé Bradol,
président de Médecins
sans Frontières.
Toute référence
à Doha est
supprimée, et
l'idée même que "le
prix des médicaments
soit le principal
obstacle à l'amélioration
de la santé"
est écartée.
"C'est un
mauvais coup
principalement
pour l'Afrique. La
négociation
directe avec
l'industrie
pharmaceutique,
comme au Sénégal,
coûte trois fois
plus cher que la
combinaison de
productions
locales et
d'importations.
Or, aujourd'hui,
le Brésil serait
capable de faire
des trithérapies
en un comprimé,
pour 100 dollars
par an". Et
le responsable de
l'ONG de s'inquiéter
: "Il ne
faudrait pas que
la volonté de réconciliation
politique de la
France avec les
Etats-Unis, après
le conflit
irakien, se fasse
sur le dos des
malades des pays
pauvres."
Du
brut parmi les
brutes
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 27 juin 2003
On
ne peut pas dire que
George Dobelyou ait
tiré le gros lot en
occupant l’Irak.
Voilà donc un pays
qui, pendant 35 ans,
vivait pépère sous
la brique et la
trique d’un
gougnafier
moustachu. Le
bouvier galonné
claquait des doigts,
il se ramassait tout
ce que le barnum
local pouvait
produire comme
brutes biberonnées
au Baas, en âge de
taper des mains et
de proposer leur âme
et leur sang pour
solde de tout
compte. Bref un pays
arabe normal, où la
seule liberté était
celle de fermer sa
gueule, où les gens
d’en bas étaient
payés au
lance-pierres, sans
droits, sans
retraite, sans
syndicat, sans
partis politiques…
Le paradis, quoi !
Et ne voilà-t-il
pas qu’un Texan
doté d’un
intellect de base
s’en vient
balancer la béchamel
dans le landernau,
envoyant ses brutes,
en cols blancs
ceux-là, téter
goulûment le pétrole
au prétexte de
donner du carburant
à la démocratie. Résultat,
oil pour oil, dent
pour dent : plus un
jour ne passe sans
que des spadassins
US, alourdis de leur
quincaillerie, ne se
fassent allumer par
des gueux en
vadrouille.
Force est pourtant
de reconnaître que
les Américains
bossent dur en Irak. A
force de
s’acharner à
vouloir renifler des
armes de destruction
massive, à base de
sucreries chimiques
et nucléaires,
leurs enquêteurs
ont fini par débusquer
le plus cocasse :
les armes
d’intoxication
massive déversées
sur les médias par
Doublevé et sa
fauconnerie. La vérité
et la transparence
sont priées de
faire demi-tour à
la porte de la
Maison-Blanche. Mais
le purin ambiant
n’épargne pas les
Irakiens. Au rythme
des sabotages
quasi-quotidiens
d’oléoducs, et à
défaut de pouvoir
écouler leur brut,
ils n’auront bientôt
plus le choix que de
le boire. A la
santé sans doute de
quelques agités du
turban au plan com
très élaboré :
pas d’alcool, pas
de nanas, pas de
musique, pas de cinéma.
La joie de vivre
uniquement par la
barbe ! Les Américains
ont promis le débat
d’idées, les
Irakiens n’auront
produit que le bas
des idées. Saddam,
reviens ! Ils sont
tous devenus fous…
Entre
menteurs...
par PIERRE
GEORGES, publié
dans le Monde du 26
juin 2003
Où l'on reparle
de notre très
cher confrère-ministre,
Mohammed Saïd
Al-Sahaf. Le nom
pourrait ne rien
dire à beaucoup.
Le visage si :
celui de cet
extraordinaire
ministre irakien
de l'information-désinformation
qui, pendant la
guerre du Golfe II,
multiplia les conférences
troupières de
presse et les
communiqués aléatoires
de victoire.
Mohammed Saïd
Al-Sahaf fit
beaucoup pour le
ridicule de
l'information
officielle. Avec
un sérieux
imperturbable et
un aplomb considérable.
Il annonça,
jusqu'au dernier
jour, ou
pratiquement, l'inéluctable
déroute des
forces de
l'invasion. Et il
résista jusqu'au
dernier mensonge,
dans les rues de
Bagdad, au point
de risquer qu'un
char américain,
présumé en
fuite, ne lui
roule sur les
ripatons. Le jour
de la chute de
Bagdad, ou la
veille, le
tonitruant
Mohammed rendit
l'antenne. Enfin.
Et sans laisser
d'adresse. Il
n'empêche, sa réputation,
universelle, était
faite. La presse
anglo-américaine
en avait fait son
héros préféré,
sous le doux et
vaguement raciste
surnom d'
"Ali le
Comique". Et
même le président
américain avoua,
en chef de guerre,
que, quand il
n'avait rien de
mieux à faire de
ses loisirs, par
exemple cultiver
son jardin-ranch
ou pêcher le
week-end avec
papa, son
passe-temps favori
consistait à
regarder les
grandioses
prestations télévisuelles
de l'arracheur de
dents bagdadi.
Donc Mohammed Saïd
Al-Sahaf disparut.
Et donc il fut
l'objet d'un avis
de recherche,
comme les autres
dirigeants
irakiens. Et donc
il trouva sa place
dans le fameux jeu
de cartes des 52
"wanted".
Une place très
particulière,
d'ailleurs,
presque
affectueuse, car
il nous semble
bien, de vague et
poétique mémoire,
qu'il fut
transformé dans
ce jeu en un misérable
trois de trèfle.
Ou, mieux encore,
en joker avec
chapeau à
clochettes, façon
ministre de
l'information
irakien
carnavalesque.
Des semaines ont
passé. Et voici,
ce matin, qu'une dépêche
Reuters en
provenance de
Londres nous
apprend que le
joker aurait été
arrêté, lundi
soir, dans la
banlieue de
Bagdad. C'est là
une information
sortie par le Daily
Mirror,
quotidien
britannique de
fort tonnage et à
crédibilité aléatoire
lui aussi. C'est là
une information
non confirmée,
non vérifiable.
Et c'est là une
information que
nous ne ferons pas
à Mohammed Saïd
Al-Sahaf l'injure
de vérifier, la
tenant pour aussi
éventuelle que
plausible et
incertaine. Mais
bref, imaginons
l'ex-ministre
irakien de
l'information arrêté.
Imaginons que cet
homme qui, selon
le Daily Mirror,
était terré au
domicile d'un de
ses parents et
qui, c'est trop
beau, "tuait
le temps à
regarder la télévision"
soit interrogé.
Qu'il lui soit
fait procès et
grief de ses
mensonges avant
que de l'inciter,
selon une source
anonyme haut placée -
on adore les "sources
anonymes haut placées
au sein de la
coalition" -,
incité donc
à "cette
fois dire des
choses sérieuses".
Imaginons tout
cela. Et alors ?
Que va dire le
ministre irakien ?
Peut-être bien
des horreurs. Du
genre, à menteur
menteur et demi.
Il va dire qu'il
s'est inspiré à
Washington comme
à Londres. Que ce
n'est pas lui,
tout de même, qui
a inventé les
armes de
destruction
massive. Et que,
tout grand qu'il
ait été en son
art, il n'arrivera
jamais à la
cheville des
grands maîtres de
la désinformation
!
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