Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°26  du 11 juin 2003 

 
Les Territoires de l'absurde
 
Sous le titre "Line revient des Territoires de l'absurde", un reportage de Pascale Vergereau publié ce matin dans Ouest-France raconte l'expérience de LINE ROBIN, ingénieur agronome, qui revient de Cisjordanie où elle a effectué des missions d'aide au développement. Line y évoque le quotidien des Palestiniens dans ces "territoires" qu'Ariel Sharon, Premier ministre israélien, a reconnu "occupés" par son pays. Line revient du "pays de l'absurde". Le Proche Orient connaîtra-t-il la paix ? Il serait temps, alors que les lancements de bombes humaines palestiniennes et tirs de missiles héliportés israéliens se succèdent depuis 24h à un rythme effréné, faisant de nouvelles victimes.

Comme tout le monde, elle avait vu des cartes d'Israël et des "territoires". La Cisjordanie ? "Une peau de panthère." Des tâches de couleurs distinguant la zone A, sous contrôle de l'Autorité palestinienne ; de la zone B, sous contrôle mixte ; et de la C, sous contrôle israélien. "On n'imagine pas, d'ici, à quel point cette terre est morcelée, commente Line Robin sous le placide soleil de Pontivy, où elle séjourne actuellement. Avant de m'y rendre, je ne réalisais pas non plus l'échelle de la Cisjordanie. C'est tout petit : à peu près de la taille de la Seine-et-Marne, d'où je suis originaire."

Ingénieur agronome, Line a voulu toucher les réalités de cette région en y travaillant. Curieuse, pas militante. Elle a trouvé un projet d'éducation à l'environnement à mener dans les villages, les écoles, au sein d'une ONG anglaise. En juillet 2000, elle posait ses bagages à Ramallah, en zone A, comme toutes les villes palestiniennes. Deux mois après démarrait la deuxième Intifada ("soulèvement", en arabe)...

"Des postes de contrôle "volants" ou fixes, des check-points "additionnels", ont vu le jour un peu partout." Comme celui de Qalandia, entre les douze kilomètres séparant Jérusalem-Est de Ramallah. "Digne d'une frontière. Des couloirs pour les voitures, les piétons. Des grillages. Un mirador. Des petites pièces en ciment pour les fouilles effectuées par de jeunes appelés souvent morts de trouille." Avant l'Intifada, les Israéliens contrôlaient une voiture sur dix et plutôt les jeunes hommes, uniquement à l'entrée de Jérusalem. "Je voyais déjà ça comme une humiliation... Mais là, les contrôles des permis d'accès (obtenus très difficilement) se sont multipliés dans les deux sens, étendus aux plus âgés, aux femmes."» Terrible sentiment "d'étouffement"...

Au printemps 2001, les villes palestiniennes ont été "bouclées. Impossible d'en sortir ou d'y entrer sans autorisation, sans traverser un check-point israélien", là où il n'y avait, "avant", qu'un poste de contrôle palestinien. "Devant Naplouse, j'ai vu des personnes âgées patienter des heures pour se rendre chez le médecin ; un fermier palestinien blessé par un colon interdit d'hôpital parce qu'il n'avait pas sa carte d'identité... Contrôler pour des raisons de sécurité, je veux bien comprendre, mais ça..." Le trajet Ramallah-Naplouse, ("trois quarts d'heure avant l'Intifada"), se fait aujourd'hui "en trois, quatre, cinq heures, pour éviter les contrôles sur les principaux axes routiers (sous contrôle israélien). Les plaques d'immatriculation de leurs voitures trahissent le statut des Palestiniens (elles sont vertes comme leurs cartes d'identité de zone A, interdisant l'accès à Israël et aux colonies). Ils doivent emprunter des chemins de terre, contourner les check-points. Au risque d'une arrestation, d'une mise en joue, d'un tir." Mais alors ? "Alors ? Line esquisse un sourire triste : Ce "pays" est celui de l'absurde. Pour ne pas devenir fous, ils jouent au chat et à la souris sur les routes israéliennes. Les entreprises palestiniennes qui le peuvent quittent les villes pour les villages."

Sa mission rendue impossible par les interdictions et couvre-feux multiples, la jeune femme est rentrée en France en octobre 2001. Puis est retournée diriger une autre mission, de septembre 2002 à mars 2003, avec l'ONG Première urgence. "Un projet européen consistant à distribuer brebis et poules aux familles sans ressources des villages entourant Kalkilya, à les former à l'élevage. Les débouchés sont ponctuels et locaux car les villes palestiniennes sont approvisionnées en produits israéliens ; le transport des produits palestiniens est trop coûteux. Mais cette activité est importante pour les chefs de famille, sur le plan psychologique et social." Dans la région, "70 à 80 % des gens" sont au chômage. Ils étaient ouvriers agricoles, peintres, maçons, manoeuvres ; "se louaient à la journée, en Israël ou dans les colonies. Avec ou sans autorisation. Trop risqué aujourd'hui..."

"On ne constate pas de graves problèmes de malnutrition, mais la situation se dégrade vite." Aussi vite que monte "le mur" entre Israël et la Cisjordanie, "officiellement" pour protéger l'Etat hébreu des attentats suicide. Ce mur suit, "plus ou moins", le contour de la "ligne verte" séparant Israël des territoires occupés avant la guerre de 1967. "Beaucoup de terres sont expropriées par décret militaire."

Line montre des photos, évoque les villages de Ras-Tireh et Ad-Daba, bientôt prisonniers d'une boucle insensée de la clôture. "Contre les expropriations, le recours légal n'a pas fonctionné... La solution de la violence ? Les Palestiniens savent qu'ils ne font pas le poids. Reste la résignation. Ou la fuite. Ceux qui partiront iront alimenter le flot des réfugiés, plus loin."

Line assure qu'elle ne retournera pas travailler dans cette région du monde. "Trop éprouvante, désespérante, trop absurde." Au point de lui préférer l'Irak ou l'Afghanistan pour de prochaines missions ! La "feuille de route", le plan de paix international enfin accepté par Ariel Sharon, le Premier ministre israélien ? Elle se dit "pessimiste sur ses chances de réussite". Tout comme cet ami palestinien qui, juste avant les derniers raids israéliens sur Gaza, lui a envoyé cet e-mail qu'elle pense représentatif de l'opinion générale : "1. Abou Mazen (Mahmoud Abbas, le Premier ministre palestinien), je n'y crois pas. 2. Il y a toujours des incursions israéliennes dans les villes. 3. Le mur continue de monter..."

 
Voici par ailleurs une note récente sur la colonisation sauvage en Cisjordanie :
 
Des colons israéliens ont érigé depuis 1996 plus de cent points de colonisation sauvage en Cisjordanie qui, dans la plupart des cas, sont habités par quelques familles isolées ou vides d’habitants. Les colonies sauvages sont appelées ainsi dans la mesure où elles ont été érigées à l’initiative de colons, sans l’accord préalable des autorités occupantes israéliennes. Mais la plupart d’entre elles ont obtenu leur aval par la suite. En acceptant le 25 mai la "feuille de route", un nouveau plan de paix international, Israël s’est en principe engagé à démanteler "immédiatement" les points de colonisation établis depuis mars 2001 et à geler la construction dans les quelque 160 colonies des Territoires.
Il n’y a pas de décompte officiel de ces implantations, d’autant que les chiffres peuvent varier de jour en jour. Le mouvement israélien La Paix maintenant, opposé à la colonisation, publie toutefois régulièrement des études détaillées, considérées comme fiables. Selon une étude publiée la semaine dernière, il y a à l’heure actuelle 116 points de colonisation sauvage, dont 86 sont habités. Sur les 30 autres, qui sont vides, 16 n’ont jamais été habités. Dans le cas des 14 autres, leurs habitants ont été évacués par l’armée en 2002 sur ordre du ministre de la Défense de l’époque, le travailliste Binyamin Ben Eliezer. De 62 à 64, soit plus de la moitié, ont été érigés depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Ariel Sharon, en mars 2001. En ce qui concerne les autres, 35 ont été érigés entre 1996 et 1999, sous le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu, dont une vingtaine fin 1998-début 1999. C’est l’époque où M. Sharon, alors ministre des Affaires étrangères, appelait les colons à "s’emparer des collines" de Cisjordanie pour créer des faits accomplis irréversibles et limiter le plus possible les zones autonomes palestiniennes. Vingt-deux autres points de colonisation ont été installés entre 1999 et février 2001, sous le gouvernement du travailliste Ehud Barak. Le total est très légèrement supérieur à 116, car certains ont été démantelés. Certaines implantations sont présentées comme des "fermes", d’autres comme des lieux établis en hommage à des Israéliens tués dans des embuscades palestiniennes, d’autres enfin comme de simples quartiers de colonies existantes, bien que souvent distantes de la colonie mère de plus d’un kilomètre.
 

 

Line Robin devant une dernière récolte de maïs à Kalkilya

 
Copyright 2003 RJLiban