Visite
du président
iranien Khatami au
Liban
Le président
iranien Mohammed
Khatami a effectué
il y a dix jours, du
12 au 15 mai, une
visite officielle au
Liban. A ce sujet,
nous publions un
article de ZIYAD
MAKHOUL, paru dans
l'Orient-le Jour le
16 mai, sous le
titre :
"Mohammed
Khatami a trouvé sa
tribune :
Beyrouth", un
reportage de NICOLE
EL-KAREH-NAIM, publié
dans la Revue du
Liban du 17 mai,
intitulé :
"Trois mots
d’ordre : modération
- ouverture -
conciliation",
ainsi que le
communiqué conjoint
publié au terme de
cette visite.
Mohammed
Khatami a trouvé sa
tribune : Beyrouth
Malmené,
chez lui, par des
conservateurs pure
souche qui vitupèrent
sans relâche contre
les plus infimes de
ses velléités
d’ouverture, de réforme
ou d’évolution,
comme par cette
jeunesse (sub)urbaine
de plus en plus
pressante, présente,
aux quatre coins de
son pays, et qui
peste contre sa
frilosité, contre
sa marge de manœuvres -
réformistes,
justement -
qu’elle juge par
trop étriquée,
l’Iranien Mohammed
Khatami a singulièrement,
et d’une façon
optimale, profité
de sa visite
officielle de trois
jours au Liban. En
gros : Beyrouth a été
un grand et gros bol
d’air frais pour
le chef de l’Etat
iranien, toujours
pas maître en sa
demeure et perpétuellement
ramené à l’ordre
par une noria
d’ayatollahs dirigée
de main de fer par
l’intransigeant
Ali Khamenei -
le guide spirituel
de la Révolution
iranienne et n° 1
à Téhéran.
Un grand et gros bol
d’air donc,
puisque Mohammed
Khatami a eu
l’occasion, en
terre libanaise, de
mettre en pratique,
de concrétiser par
des gestes et par
des mots, sa théorie,
ses idées et ses
croyances, ainsi que
sa louable maturité,
politique comme
intellectuelle. En
Iran, cela est
particulièrement
difficile et
fatigant, voire même
dangereux ; au
Liban, c’est
pratiquement dans la
sérénité, et avec
un audimat à son
climax, que Mohammed
Khatami s’est lancé,
en se pourléchant
presque les babines,
dans son prosélytisme
favori et plus que
bienvenu dans la région
: la modération. Et
l’ouverture. Tout
en faisant en sorte,
assez intelligemment
d’ailleurs, que chèvres
et choux restent
sains et saufs... Impossible,
en tentant de
dresser un certain
bilan de l’escale
beyrouthine du président
iranien, de ne pas
commencer par le
Hezbollah. De
conception
iranienne, d’éducation
syrienne, naturalisé
libanais, le parti
intégriste de
Hassan Nasrallah -
désormais au cœur
de la cible que
visent
inlassablement les
maestros de la
fauconnerie US -
a littéralement
occupé Mohammed
Khatami. Ainsi
qu’une bonne
partie de son
discours.
S’il a fermement
rappelé une des règles
d’or de la Révolution
iranienne, dont il a
été l’un des
plus actifs caciques -
"Comment priver
le Hezbollah de son
droit à la résistance
? Nous défendons le
droit à la résistance
(...)" -,
Mohammed Khatami a
cependant fait fort,
publiquement, à
Beyrouth. En mettant
l’accent sur
l’indépendance du
parti intégriste,
en affirmant qu’il
"ne reçoit
d’instructions de
personne", en
refusant toute idée
d’ingérence
iranienne dans les
affaires libanaises,
et en s’engageant
à soutenir toute décision
du pouvoir
concernant le
Hezbollah. Comme un
père qui renierait,
sans pour
l’instant,
visiblement, le déshériter,
un fils devenu un
peu gênant, un peu
encombrant ; comme
un père biologique
soulagé de ne plus
cautionner
officiellement les
frasques du rejeton,
de la créature,
heureux de passer le
relais à un papa
(libanais) adoptif
qui se fait fort de
placer le Hezbollah
et sa résistance
pour la récupération
des fumeuses fermes
de Chebaa, au centre
des "constantes
nationales".
Ainsi, au pays de
Mohammed Hussein
Fadlallah, son alter
ego méditerranéen
en modération,
Mohammed Khatami a réussi,
au grand dam des
conservateurs ou
avec leur bénédiction,
à proposer un
pragmatisme et un réalisme
particulièrement
mal vus par les
jusqu’au-boutistes
iraniens. Même si
d’aucuns priaient
pour qu’il rajoute
de l’huile sur le
feu et encourage les
belliqueuses velléités
locales, ou que
d’autres
s’attendaient à
ce qu’il appelle
à un decrescendo -
certes observé de
facto depuis
quelques mois -
des activités du
Hezbollah contre
Israël. Sauf que
les coudées de
Khatami sont loin
d’être aussi
franches, en
apparence, que
celles de son
"ami"
syrien, Bachar
el-Assad. Que les
gestes de
"bonne volonté"
à l’égard des
desiderata de
Washington, plus
ostentatoires
qu’efficaces ou féconds,
ne semblent vraiment
pas avoir convaincu
la très prophétesse
Condoleezza Rice.
Ce pragmatisme, ce réalisme
sont tout aussi
valables
s’agissant des
appels du président
Khatami, de ses
injonctions, contre
toute escalade dans
la région, comme
pour ses critiques,
que n’auraient pas
désavouées un
Chirac, un Schröder
ou un Poutine,
contre l’Administration
Bush, ainsi que sa
volonté de "ne
pas donner de prétextes
aux Etats-Unis" -
au moment,
rappelons-le, où le
guide suprême
iranien tonnait
directement contre
une demande de 153 députés
plus ou moins
khatamistes visant
à rétablir les
relations
diplomatiques avec
Washington :
"Ce serait une
reddition",
s’est étranglé
Ali Khamenei. Ce
pragmatisme, ce réalisme
se sont tout autant
vérifiés, à
Beyrouth, lorsque
Mohammed Khatami a
évoqué les
"précautions"
qui devraient être
prises - "Nous
savons bien qu’Israël
ne doit pas avoir un
nouveau prétexte,
en misant sur les
objectifs du pouvoir
militaire américain"
-, lorsqu’il a
plaidé pour une
paix "basée
sur la justice"
et a fait montre
d’une modération
qu’il ne saurait
se permettre aussi
ouvertement en Iran,
un des membres de
"l’axe du
mal" made in
USA. Ou du moins
aussi sereinement,
aussi calmement.
Plus fort encore,
mais dans un autre
registre, le
discours au
Parlement, sous les
yeux, entre bien
d’autres, des députés
hezbollahis et de
leurs collègues
d’Amal - le n°
2 de l’Etat, Nabih
Berry en tête. Chef
d’un Etat
pleinement théocratique,
donc antidémocratique -
mais que viennent
sauver des élections
législatives
souvent
hitchcockiennes -,
Mohammed Khatami a
expliqué à des
parlementaires et
des hommes
politiques libanais
partagés entre
l’admiration, le mécontentement
et l’envie, que la
démocratie est le
seul moyen stratégique
efficace,
susceptible de
maintenir l’équilibre
des rapports entre
les nations, et
court-circuiter les
tentatives hégémoniques
américaines à l’échelle
planétaire. Beau
programme électoral -
il n’aura
malheureusement plus
l’occasion de le
faire en Iran -
et véritable leçon
de politique, donnée
à des dirigeants et
des responsables
libanais qui en ont
notoirement besoin.
Autre credo que le
président iranien
n’a vraiment pas
l’occasion de défendre
en Iran, ou si peu :
la coexistence
intercommunautaire
et la réconciliation
de deux principes
pourtant assez
antinomiques, du
moins à vue de nez
: la religion et la
liberté, l’éthique
et le savoir. Sa
visite hautement
symbolique au campus
de l’Université
Saint-Joseph – même
mutilée par
l’absence, pour
des raisons bien
obscures, d’un débat
intellectuel attendu
par la quasi-majorité
des Libanais -
et son entretien
avec le patriarche
maronite Nasrallah
Sfeir, prouvent, si
tant est que
quelqu’un en ait
eu besoin, la détermination
de l’homme Khatami
à profiter au
maximum de ses trois
journées
libanaises. Restera
aussi cette
troublante
superposition de
deux figures : celle
de Mohammed Khatami
et celle du pape
Jean-Paul II (qui s'était
rendu au Liban en
mai 1997). Sur le
livre d’or de la
présidence de la République,
le président
iranien a évoqué
"le Liban
dialogue des
cultures", en
écho au "Liban
message" du
Saint-Siège, et le
tour d’honneur sur
la pelouse de la Cité
sportive Camille
Chamoun a été fait
en jeep ouverte -
le pendant de la
papamobile.
Parler aux chiites
libanais comme il ne
pourrait pas le
faire avec leurs
coreligionnaires
iraniens, faisant du
dialogue la silicone
indispensable au nécessaire
lifting des régimes -
c’est presque inouï
-, et tenir haut et
fort l’étendard
du modérantisme éclairé,
au lendemain du déboulonnage
des statues de
Saddam, des prises
de fonctions de Paul
Bremer, des
attentats
terroristes
antioccidentaux en
plein Ryad, et,
surtout, des mises
en garde appuyées
de Condie à son
pays comme à la
Syrie... Mohammed
Khatami, même
s’il n’a fait
que répéter, avec
Emile Lahoud puis
Bachar el-Assad, des
antiennes
aujourd’hui un peu
dépassées -
les visites sont très
officielles -, a réussi
à montrer que
l’on pourrait être
capable d’évoluer,
de s’adapter, dans
la continuité. Le
message n’est pas
uniquement adressé
aux capitales du
monde. A Téhéran,
on a dû l’écouter
bien attentivement,
avec plus ou moins
de bonheur, de colère
ou de satisfaction.
Surtout que,
finalement, Mohammed
Khatami n’a fait
que remplir son
contrat. Dans le
sens que l’on
pouvait
difficilement
s’attendre, venant
de lui, à moins que
ce qu’il n’a dit
ou fait. Parce que
les mêmes mots, les
mêmes gestes,
auraient eu une tout
autre ampleur, un
tout autre effet,
s’ils avaient été
ceux d’Ali
Khamenei. Ou même
de Hassan Nasrallah.
Certes, tout est
question d’équilibre,
de balancier. Mais
quitte à faire, au
sein de la communauté
chiite de la région,
un choix, les
dirigeants libanais -
plus que jamais
fourrés dans les très
encombrants et très
étouffants jupons
syriens -
seraient fort inspirés
de puiser dans
quelques-unes des
prises de position
du tandem Khatami/Fadlallah.
"Il ne faut pas
s’ingérer dans
les affaires
libanaises." Ou
: "Il faut
accorder la primauté
à l’Etat". Il
est des
intelligences qui ne
trompent pas. Et des
manques de vision
qui ne pardonnent
pas.
Trois mots
d’ordre : modération
- ouverture -
conciliation
Première visite
d’un chef d’Etat
iranien au Liban,
depuis la révolution
islamique de 1979,
celle de Mohamed
Khatami à Beyrouth
a revêtu une
importance cruciale
: elle a donné
l’image d’un
Islam nouveau, plus
tolérant, moins
extrémiste et
d’une République
islamique plus
ouverte sur
“l’autre”...
et plus conciliante
avec les USA. Un
message de solidarité,
aussi, de l’Iran
avec le Liban et le
“Hezbollah” pour
amener ce parti à
plus de modération
dans le contexte régional
actuel, les deux
pays et la Syrie étant
soumis à de fortes
pressions américaines,
visant à la démilitarisation
des “fous de
Dieu” et au désengagement
du conflit israélo-palestinien.
Cette visite
officielle de trois
jours s’inscrit
dans le cadre
d’une tournée
comprenant la Syrie,
le Yémen et Bahreïn.
Appel, donc, au
“Hezbollah” à
la modération mais
encore, ouverture
sur les chrétiens
pour ce président réformateur
et moderniste qui se
dit impressionné
par l’exemple
libanais de
pluralisme et de
dialogue islamo-chrétien.
Mais, également,
par la profondeur et
la pensée des
intellectuels chrétiens
qu’il avait
rencontrés en 1997,
au Mouvement
culturel d’Antélias
lors d’une précédente
visite à Beyrouth.
C’est ce qui,
dit-on, l’a poussé
à prévoir un aparté
avec S.Em. le
cardinal Sfeir et
une rencontre-débat
à l’Université
Saint-Joseph, où il
a diffusé son
message humaniste,
lui, qui a véritablement
voulu orienter sa
diplomatie dans le
sens du “dialogue
des cultures”.
Enfin, Khatami se
propose d’écarter
toute confrontation
avec les Etats-Unis
et appelle plutôt
à la conciliation.
Un discours auquel
on ne s’attendait
pas et qui allège,
considérablement,
les tensions
jusque-là très
fortes et modifie
l’image d’un
Iran intégriste.
BAIN DE FOULE
L’arrivée du président
Khatami s’est
faite dans un véritable
bain de foule qui a
noyé l’Aéroport
de Beyrouth et en a
jonché le sol de
riz et de pétales
de roses, jetés à
profusion. Accompagné
d’une délégation
de 120 personnes, le
président iranien a
atterri lundi, à 10
heures à l’AIB où
il a été accueilli
par son homologue
libanais, le général
Emile Lahoud, entouré
du chef du Législatif,
Nabih Berri et du
Premier ministre
Rafic Hariri, ainsi
que de plusieurs
ministres, députés
et d’une délégation
du “Hezbollah”
présidée par le
secrétaire général
adjoint du parti,
cheikh Naïm Kassem.
Une salve de
vingt-et-un coups de
canon a salué le président
iranien qui, dès sa
descente d’avion,
arborait un sourire
éclatant, dans son
visage tranquille
qui s’éclaira
lorsqu’un petit
garçon en habit
folklorique libanais
lui a remis un
bouquet de fleurs et
s’est approché
pour l’embrasser.
Après les
serrements de mains
aux officiels, les
hymnes nationaux des
deux pays, le
passage en revue de
la Garde républicaine
et une brève halte
au salon d’honneur
de l’AIB, le président
Khatami et ses hôtes
gagnent l’hôtel
Phoenicia où le président
iranien a séjourné.
Les quelques rares
kilomètres qui séparent
l’hôtel de l’AIB,
étaient noirs de
monde et ont nécessité
près d’une heure
pour être franchis
! Par deux fois, les
présidents Khatami
et Lahoud se sont
arrêtés pour
saluer la foule
agitant des drapeaux
jaunes frappés à
l’emblème du
“Hezbollah”;
verts, marqués du
sigle de mouvement
“Amal” ou encore
brandissant les
couleurs libanaises,
iraniennes et des
portraits des chefs
iraniens et du
“Hezbollah”.
Cris de bienvenue et
applaudissements
s’intensifient, la
foule devenant
tellement dense, que
le convoi présidentiel
s’arrête, les
deux présidents étant
contraints de
parcourir près de
vingt mètres à
pied sur la route de
l’Aéroport.
D’ailleurs, toutes
les artères que
devait emprunter le
convoi étaient ornées
des portraits des présidents
Lahoud, Khatami, de
sayyed Hassan
Nasrallah, des
ballons aux couleurs
de l’Iran formant
des arcs de
triomphe.
VENUS DE TOUT LE
LIBAN
La foule qui s’était
massée le long des
routes menant de
l’AIB au Phoenicia,
avait commencé à
affluer dès 7
heures du matin
venant de tout le
Liban, notamment de
Baalbek, du Sud et
de la banlieue-sud
de Beyrouth, régions
considérées comme
les points centraux
du “Hezbollah”
et du chiisme. Des
chants appelant à
la mort d’Israël,
sont diffusés par
les haut-parleurs et
repris par les
femmes en tchadors
noirs - Ayatollah
oblige - des
enfants, acheminés
des écoles de la
banlieue-sud, les mères
des martyrs du
“Hezbollah”
portant les
portraits de leurs
fils disparus, des
“hezbollahis” en
rangers et tenues
noires et d’autres
accompagnant leurs
familles..., nul
n’avait omis
d’accourir pour
recevoir le chef de
l’Iran, cet
“Iran que les
Libanais
n’oublieront
pas”, aux dires du
président Lahoud
“et qui s’est
tenu à leurs côtés
lors de
l’occupation israélienne”.
Pourtant, si on
revient quelque peu
en arrière, on se
rappelle aisément
que, pendant de
longues années, les
responsables
iraniens avaient
fait fi de l’Etat
libanais,
l’ignorant même
quand ils venaient
à Beyrouth pour y
rencontrer les
dirigeants du
“Hezbollah”.
Mais les temps ont,
heureusement, changé.
LE PREMIER JOUR
Dès sa première
journée à
Beyrouth, le président
Khatami s’était réuni
avec MM. Berri et
Hariri, avant de
s’entretenir,
pendant plus d’une
heure, en tête-à-tête,
avec son homologue
libanais. A
l’issue de sa
rencontre avec le président
iranien, M. Hariri,
a déclaré : “Le
président iranien a
reconnu que la
situation était délicate
(dans la région) et
qu’une coopération
entre les pays modérés
conduira à son amélioration”.
Il a précisé que
“M. Khatami représente
la modération dans
le monde musulman”
et que leurs “vues
à eux deux sont
concordantes”.
Pour M. Hariri, la
solution au
Proche-Orient
devrait être
globale. Ni le
Liban, ni la Syrie,
ni l’Iran ne
veulent la
confrontation.
“Nous voulons,
seulement, recouvrer
notre terre, nous
voulons la paix au
Proche-Orient mais,
aussi,
l’application des
résolutions de l’ONU”,
a-t-il dit.
Concernant la démilitarisation
du “Hezbollah”
exigée par
Washington, M.
Hariri a souligné:
“Le problème ne
doit pas être traité
par tranches. Nous
devons avoir une
perspective globale
et alors tout sera
possible”.
L’entretien
Berri-Khatami ne
pouvait, certes,
avoir lieu sans que
soit soulevée la
question de la
disparition en 1978,
en Libye, de
l’imam Moussa Sadr,
parent de Khatami et
fondateur du
mouvement “Amal”
que dirige,
actuellement, le président
de la Chambre; l’Iran
déployant, paraît-il,
maints efforts à ce
sujet, dont les détails
et les résultats
n’ont pas été
communiqués.
Pour le chef de l’Etat,
la visite officielle
de son homologue
iranien à Beyrouth
est
“l’expression
d’une volonté réelle
et commune de
consolider les
relations d’amitié
et de coopération
entre Beyrouth et Téhéran”.
Il a déclaré être
“fier des prises
de position de
Khatami, notamment
en ce qui concerne
son insistance sur
la nécessité de préserver
la formule de
coexistence que le
Liban a fait
sienne”. Le président
iranien a, ensuite,
tenu à réaffirmer
son rejet des
menaces “de
certains
responsables” de
l’Administration
américaine. M.
Lahoud a, quant à
lui, assuré, également
que “les menaces
israéliennes contre
le Liban et la Syrie
ne changeront en
rien la fermeté et
la constance de
leurs positions, ni
leur refus des
compromissions au détriment
de leurs droits
nationaux”.
Ensuite, M. Khatami
a entrepris de
planter une pousse
de cèdre dans le
“Jardin des présidents”
au palais de Baabda.
RENCONTRE AVEC LE
CARDINAL SFEIR
C’est au palais de
Baabda que le président
Khatami s’est réuni
avec S.Em. le
cardinal Sfeir. L’éminent
prélat a été reçu
d’abord par le président
Lahoud, qui a,
ensuite, laissé les
deux hommes se réunir
en présence de Mgr
Roland Aboujaoudé,
vicaire patriarcal;
du ministre iranien
des A.E., Kamal
Kharazi; de
l’ambassadeur d’Iran,
Massoud Idrissi
Karmanchahi et
d’autres membres
de la délégation
iranienne. A
l’issue de
l’entretien, S.B.
Mgr Sfeir a qualifié
la réunion de “très
bonne”. “Le président
Khatami aime le
Liban et c’est un
homme particulièrement
cultivé”, a-t-il
dit, en précisant
qu’ils avaient évoqué
ensemble de nombreux
sujets, dont des
questions à caractère
spirituel. Le
patriarche Sfeir a
évoqué encore
l’hommage du président
Khatami à la
coexistence
libanaise et au
dialogue des
cultures.
SIGNATURE D’ACCORDS
DE COOPERATION
Six accords bilatéraux
ont été signés
par les responsables
libanais et iraniens
rejoints pour la cérémonie
par les présidents
Lahoud et Khatami.
Un prêt préférentiel
de 50 millions de
dollars, destiné au
financement de
plusieurs projets
dans les régions
libanaises.
L’accord a été
signé par MM.
Sanioura, ministre
libanais des
Finances et Kahzadi,
président de la
Banque iranienne du
développement des
exportations. Un
accord ayant pour
objet
l’environnement,
signé par MM. Bouez,
ministre libanais de
l’Environnement et
Kharazi, chef de la
diplomatie
iranienne. Un accord
de coopération sur
les questions
administratives et
douanières, signé
par MM. Sanioura et
Zadeh. Un accord
concernant la
jeunesse et les
sports, signé par
MM. Hovnanian,
ministre libanais de
la Jeunesse et des
Sports et Kharazi.
Un accord dans le
domaine de la Santé,
par le biais du
Croissant-Rouge
iranien, signé par
MM. Frangié,
ministre de la Santé
et Nourbala, président
du Croissant-Rouge
iranien. Des
protocoles
d’accord visant à
entamer des négociations
commerciales entre
les deux pays, signés
par MM. Sanioura et
Zadeh.
LE SECOND JOUR :
50.000 PERSONNES A
LA CITE SPORTIVE
Sous un soleil de
plomb, des milliers
de personnes se sont
amassées sur les
gradins de la Cité
sportive, “Amal”
et le
“Hezbollah”
rivalisant, pour
prouver aux Libanais
que, même si le ton
a changé, leur
popularité demeure;
leur force
mobilisatrice,
aussi. Car le
discours de M.
Khatami pesé,
d’une grande modération
et prononcé en
arabe, avait pour
but d’atténuer
l’extrémisme du
“Hezbollah” et
d’appeler les
chiites à la paix
et non plus à la
guerre ; histoire,
surtout, de ne pas
donner de prétextes
aux Américains, qui
ont clairement intimé,
à la Syrie et à
l’Iran, l’ordre
de neutraliser le
“parti de Dieu”.
D’ailleurs, sayyed
Hassan Nasrallah
avait été reçu
avec la délégation
de son parti par le
président Khatami,
sans aucune faveur
spéciale, un
message à qui veut
comprendre, que la République
islamique traite le
“Hezbollah” sur
le même pied d’égalité
que tous les autres
partis libanais.
Femmes et hommes
avaient leurs
gradins
soigneusement séparés.
Des chants
militaires,
nationalistes et les
prières du muezzin
accompagnaient le défilé
des
“hezbollahis”
pour une fois sans
armes. Dans une jeep
découverte, le président
Khatami a fait le
tour de la piste,
saluant une foule en
transe. M. Walid
Joumblatt, son fils,
M. Nabil Boustany, député
et le ministre
Farhat sont dans la
foule.
KHATAMI : NON A
LA VIOLENCE AU NOM
DE LA RELIGION
Dans son discours,
M. Khatami appelle
à la paix, bien que
saluant la Résistance
libanaise et ses
martyrs, une période
qu’il veut
cependant révolue
car selon lui,
“toute escalade au
Proche-Orient
mettrait en cause la
stabilité de la région.
On ne doit pas
donner à Israël de
nouveaux prétextes
qui serviraient ses
intérêts”. M.
Khatami a encore dénoncé
le terrorisme et la
violence exercés au
nom de la religion,
sorte de réponse au
discours du “guide
de la révolution
islamique”
l’ayatollah
Khamenei qui
affirmait la veille
que “tout dialogue
avec les Américains
était une
trahison”. M.
Khatami a quand même
expliqué que ses
appels à la modération
n’étaient “ni
capitulation ni adhésion
aux discours américains.”
Le président
iranien a conclu en
affirmant que “la
République
islamique, désormais
plus ouverte, appuie
le Liban dans toutes
ses communautés,
c’est-à-dire l’Etat”
et non plus le
“Hezbollah” et
son état de fait.
A L’USJ
“Nous sommes là
dans la seconde plus
ancienne université
du Liban, une
université portant
le nom de l’un des
plus grands saints
de la religion chrétienne”.
C’est par ces mots
que le président
iranien a entamé
son discours à la
rue Huvelin, où il
a été accueilli
par le R.P. recteur
Salim Abou et M.
Fayez Hajj Chahine,
doyen de la Faculté
de Droit et de
Sciences politiques
de l’USJ. Une
visite qui se
voulait débat avec
le corps académique,
mais qui, faute de
temps, s’est bornée
à un échange de
discours entre les
trois hommes. Le président
Khatami a invité à
“l’adaptation de
la religion aux
exigences des temps
modernes, à une libération
de la liberté, afin
que le monde
devienne celui que
le Christ et Mahomet
ont voulu instaurer.
La religion a
presque toujours
brimé la liberté
et la liberté persécuté
la religion. Ce
faisant, on a porté
atteinte à la
religion et à la
liberté”. Dans
son mot de
bienvenue, le R.P.
Abou a relevé le
fait que M. Khatami
“ait tenu à
donner à sa visite
au Liban une
dimension nationale,
en accordant à
notre université
cette rencontre
exceptionnelle et en
remettant à notre
bibliothèque les
premières copies de
ses ouvrages : ‘La
pensée politique
musulmane’ et
‘Le dialogue des
cultures : la cause
des causes du XXIème
siècle’”. M.
Hajj Chahine a rendu
hommage à la
“modestie
scientifique” du
président iranien
et énoncé des
projets
s’inscrivant dans
un échange culturel
entre l’Iran et
l’USJ.
DOCTORAT HONORIS
CAUSA DE L’UL A
KHATAMI
Le président
Khatami s’est vu décerner,
à l’Unesco, un
doctorat honoris
causa de l’Université
Libanaise, en présence
de nombreuses
personnalités et à
leur tête, le président
Lahoud. Dans son
magnifique discours,
M. Khatami a affirmé
: “La politique,
l’éthique et le
savoir doivent
former un triangle
qui vaincra le monde
des ténèbres dans
lequel nous
vivons... L’éthique
que je vous invite
à respecter est un
terrain fertile au
dialogue entre les
civilisations et les
religions.” M.
Georges Charaf,
doyen de la Faculté
de Droit et des
Sciences politiques
de l’UL, a évoqué
“l’érudiction
d’un homme
constamment à la
recherche de la
connaissance et de
la vérité”. M.
Kobeissi, recteur de
l’UL a, pour sa
part, souhaité la
bienvenue “à
celui que l’on
reconnaît à sa sérénité,
à son esprit éclairé
et à sa foi
solide”.
RENCONTRE
KHATAMI-NASRALLAH
Bien que reçu
“normalement”
par le président
Khatami, sans le
“plus” auquel on
aurait pu
s’attendre de la
part d’un chef
iranien, sayyed
Hassan Nasrallah,
secrétaire général
du “Hezbollah, a
affirmé à
l’issue de
l’entretien, avoir
le soutien, sans équivoque,
de Khatami “bien
que la situation à
la frontière (libano-israélienne)
n’ait pas été évoquée
entre nous.”
C’est, surtout, la
disparition de
l’imam Moussa Sadr
et de ses deux
compagnons en Libye
qui aurait été au
centre de la
rencontre. M.
Khatami a, ensuite,
reçu dans sa suite
de l’hôtel
Phoenicia, avant de
convier les ulémas
libanais à un déjeuner
offert en leur
honneur. Le soir, il
dînait au palais de
Baabda.
LE TROISIEME JOUR
La visite du président
iranien aura réservé
plus d’une
surprise, la dernière,
peut-être et non la
moindre, ayant été
la position du président
Khatami envers le
“Hezbollah” et
l’engagement de Téhéran
à soutenir toute décision
du gouvernement
libanais au sujet du
sort et du rôle de
ce parti, à
l’avenir. “Le
“Hezbollah” est
une réalité
libanaise qui ne reçoit
ses ordres de
personne et n’a
pas besoin de
l’appui de l’Iran
en matière
d’armement. Il a
les moyens nécessaires
pour cela”. La
conférence de
presse de M. Khatami
organisée par les
Iraniens, a laissé
chez les
journalistes présents
une impression de
confiance,
d’ouverture, de
calme et de modération,
le charisme du président
iranien se faisant révéler
autant que ses
propos. M. Khatami a
répondu clairement
à toutes les
questions en prenant
son temps, réaffirmant
son attachement au
droit des
Palestiniens, à la
paix au
Proche-Orient, à la
fin de
l’occupation des
territoires, à la
modération et à
l’ouverture sur
l’autre”, déplorant
la politique “têtue
et extrémiste”
des USA, notamment
en Irak. Qualifiant
l’invasion de ce
pays par l’Amérique,
“d’erreur”,
car a-t-il dit, la méthode
utilisée est inquiétante
pour l’humanité”,
bien que la chute de
Saddam n’ait fait
de peine à
personne”.
OUI A LA
DEMOCRATIE
A partir du
parlement libanais,
le leader iranien a
prononcé une
vibrante plaidoirie
en faveur de la démocratie,
“seul moyen stratégique
efficace,
susceptible de
maintenir l’équilibre
des rapports entre
les nations et de
faire échouer les
tentatives des
Etats-Unis
d’imposer leur
volonté au
monde”. Dialogue
des cultures,
conciliation, modération,
ouverture...
l’hommage à la démocratie
vient parfaire la
nouvelle approche du
gouvernement
iranien. M. Khatami
a conclu que les
Etats islamiques
n’ont pas besoin
de modèles démocratiques
imposés ou importés,
“la voie de la démocratie
étant d’ordre
interne, passant à
travers le respect
de la liberté, la
justice et les
droits
constitutionnels des
peuples”.
DEPART DE KHATAMI
Clôturant sa visite
officielle à
l’agenda
hyperchargé, le président
Khatami a quitté
Beyrouth mercredi 14
mai à 17 heures 30,
en direction de
Damas, deuxième étape
de son périple régional.
Les présidents
Lahoud, Berri et
Hariri, MM. Elie
Ferzli et Issam Farès
étaient, également,
au rendez-vous.
Avant de partir et
en écho à ses précédentes
déclarations, M.
Khatami a souligné
que “la
coexistence
libanaise est une
perle rare à préserver”,
Téhéran étant déterminé
“à donner une
impulsion au
dialogue islamo-chrétien
qui est le symbole
du Liban”. Le
président Khatami a
invité, par
ailleurs, son
homologue libanais
à effectuer une
visite officielle en
Iran. La visite de
Khatami a été
fructueuse à tous
les plans. Elle a,
surtout, fait apparaître
un homme à part,
rompant avec la
tradition des
mollahs austères ;
révélant un érudit
et un croyant qui
place son savoir au
service de sa foi,
du progrès et de la
démocratisation de
l’Islam.
Communiqué
conjoint
Au terme de la
visite officielle,
le Liban et l’Iran
ont publié un
communiqué
conjoint portant
sur les points
suivants :
– Les deux
parties ont évalué
positivement les
relations
politiques
vigoureuses, le
patrimoine
culturel commun
ainsi que les
liens historiques
et culturels liant
les deux peuples
dans les deux
pays. Elles ont
insisté sur la nécessité
de poursuivre et
d’encourager la
coopération bilatérale
et ce, en vue de
promouvoir
davantage les
affinités
affectives entre
les deux peuples.
– Les deux
parties ont
fortement apprécié
la résistance du
peuple et de l’Etat
au Liban contre
l’occupation
israélienne,
estimant que la
poursuite de la résistance
pour mettre un
terme de manière
inconditionnelle
à l’occupation
et réaliser la
totalité des
revendications
libanaises
constitue pour le
peuple libanais un
droit légitime
permettant au
Liban de préserver
ses eaux, ses
richesses
naturelles et les
hameaux de Chébaa.
Les deux parties
ont également réclamé
la libération de
tous les détenus
libanais dans les
geôles israéliennes.
– Les deux
parties ont exprimé
leur soutien aux
droits
fondamentaux du
peuple palestinien
dans sa résistance
contre
l’occupation
israélienne.
Elles ont exprimé
leur soutien à
l’autodétermination
des Palestiniens,
au retour des réfugiés
et à l’édification
d’un Etat
palestinien indépendant
ayant Jérusalem
pour capitale.
– Les deux
parties ont
condamné les
menaces proférées
à l’encontre de
l’Iran, du Liban
et de la Syrie, et
l’exploitation
par Israël des développements
internationaux et
régionaux en vue
de poursuivre son
occupation des
territoires
arabes, notamment
du Golan, et
d’accroître
l’étendue de
son agression,
abusant de
conceptions déformées
du terrorisme afin
de perpétrer les
répressions et
les tueries contre
le peuple
palestinien.
– Les deux
parties ont exprimé
leur opposition à
toute forme de
terrorisme,
notamment le
terrorisme d’Etat.
Elles ont appelé
à faire une
distinction entre
le terrorisme et
la résistance légale
des peuples contre
l’occupation.
Elles ont également
condamné les
actes répressifs
perpétrés par
l’entité
sioniste contre le
peuple palestinien
persécuté et les
autres peuples de
la région en
exploitant les
circonstances prévalant
dans la région.
Elles ont qualifié
ces actes de
formes flagrantes
de terrorisme d’Etat.
– En ce qui
concerne les développements
dans la région,
notamment ceux
survenus en Irak,
les deux parties
ont insisté sur
la nécessité de
sauvegarder
l’unité de l’Irak,
son indépendance,
sa souveraineté
et sa sécurité régionale
ainsi que le droit
du peuple irakien
à disposer de son
sort et de son
avenir politique
par sa volonté
libre, loin de
toute occupation.
Elles ont insisté
sur le droit du
peuple irakien à
constituer un
gouvernement
national qui
incarnerait sa
volonté ainsi que
ses espoirs, et
garantirait son
droit à disposer
librement de ses
ressources
naturelles.
– Les deux
parties ont évoqué
l’importance de
la stabilité et
de la sécurité
permanente dans la
région, mettant
en garde contre
les dangers
majeurs résultant
des armes de
destruction
massive possédées
par l’entité
sioniste, appelant
à la nécessité
d’œuvrer en vue
de rendre la
totalité du
Moyen-Orient dépourvue
de pareilles
armes, et de
mettre fin, dans
ce contexte, à la
politique de deux
poids deux
mesures. Les deux
parties réclament
la promotion du rôle
central des
Nations unies et
leur contribution
à l’application
des résolutions
internationales.
– Les deux
parties ont exprimé
leur attachement
au projet de
dialogue des
civilisations,
insistant sur la
coordination et la
convergence de
vues sur ce plan.
Elles appellent à
la nécessité de
promouvoir ce
projet au niveau
international. La
République
islamique
iranienne a évoqué,
dans ce contexte,
la formule de
coexistence au
Liban ainsi que sa
diversité
confessionnelle,
estimant
qu’elles présentent
un modèle pour la
concrétisation
d’un tel
dialogue.
– Les deux
parties ont évalué
positivement les résultats
des réunions économiques
communes. Elles
ont insisté sur
la promotion de la
coopération dans
ce domaine en vue
d’élargir
davantage la
coordination régionale
et internationale.