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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°25  du 26 mai 2003 

 
Visite du président iranien Khatami au Liban
 
Le président iranien Mohammed Khatami a effectué il y a dix jours, du 12 au 15 mai, une visite officielle au Liban. A ce sujet, nous publions un article de ZIYAD MAKHOUL, paru dans l'Orient-le Jour le 16 mai, sous le titre : "Mohammed Khatami a trouvé sa tribune : Beyrouth", un reportage de NICOLE EL-KAREH-NAIM, publié dans la Revue du Liban du 17 mai, intitulé : "Trois mots d’ordre : modération - ouverture - conciliation", ainsi que le communiqué conjoint publié au terme de cette visite.
 
Mohammed Khatami a trouvé sa tribune : Beyrouth
Malmené, chez lui, par des conservateurs pure souche qui vitupèrent sans relâche contre les plus infimes de ses velléités d’ouverture, de réforme ou d’évolution, comme par cette jeunesse (sub)urbaine de plus en plus pressante, présente, aux quatre coins de son pays, et qui peste contre sa frilosité, contre sa marge de manœuvres - réformistes, justement - qu’elle juge par trop étriquée, l’Iranien Mohammed Khatami a singulièrement, et d’une façon optimale, profité de sa visite officielle de trois jours au Liban. En gros : Beyrouth a été un grand et gros bol d’air frais pour le chef de l’Etat iranien, toujours pas maître en sa demeure et perpétuellement ramené à l’ordre par une noria d’ayatollahs dirigée de main de fer par l’intransigeant Ali Khamenei - le guide spirituel de la Révolution iranienne et n° 1 à Téhéran. 
Un grand et gros bol d’air donc, puisque Mohammed Khatami a eu l’occasion, en terre libanaise, de mettre en pratique, de concrétiser par des gestes et par des mots, sa théorie, ses idées et ses croyances, ainsi que sa louable maturité, politique comme intellectuelle. En Iran, cela est particulièrement difficile et fatigant, voire même dangereux ; au Liban, c’est pratiquement dans la sérénité, et avec un audimat à son climax, que Mohammed Khatami s’est lancé, en se pourléchant presque les babines, dans son prosélytisme favori et plus que bienvenu dans la région : la modération. Et l’ouverture. Tout en faisant en sorte, assez intelligemment d’ailleurs, que chèvres et choux restent sains et saufs... Impossible, en tentant de dresser un certain bilan de l’escale beyrouthine du président iranien, de ne pas commencer par le Hezbollah. De conception iranienne, d’éducation syrienne, naturalisé libanais, le parti intégriste de Hassan Nasrallah - désormais au cœur de la cible que visent inlassablement les maestros de la fauconnerie US - a littéralement occupé Mohammed Khatami. Ainsi qu’une bonne partie de son discours. 
S’il a fermement rappelé une des règles d’or de la Révolution iranienne, dont il a été l’un des plus actifs caciques - "Comment priver le Hezbollah de son droit à la résistance ? Nous défendons le droit à la résistance (...)" -, Mohammed Khatami a cependant fait fort, publiquement, à Beyrouth. En mettant l’accent sur l’indépendance du parti intégriste, en affirmant qu’il "ne reçoit d’instructions de personne", en refusant toute idée d’ingérence iranienne dans les affaires libanaises, et en s’engageant à soutenir toute décision du pouvoir concernant le Hezbollah. Comme un père qui renierait, sans pour l’instant, visiblement, le déshériter, un fils devenu un peu gênant, un peu encombrant ; comme un père biologique soulagé de ne plus cautionner officiellement les frasques du rejeton, de la créature, heureux de passer le relais à un papa (libanais) adoptif qui se fait fort de placer le Hezbollah et sa résistance pour la récupération des fumeuses fermes de Chebaa, au centre des "constantes nationales". 
Ainsi, au pays de Mohammed Hussein Fadlallah, son alter ego méditerranéen en modération, Mohammed Khatami a réussi, au grand dam des conservateurs ou avec leur bénédiction, à proposer un pragmatisme et un réalisme particulièrement mal vus par les jusqu’au-boutistes iraniens. Même si d’aucuns priaient pour qu’il rajoute de l’huile sur le feu et encourage les belliqueuses velléités locales, ou que d’autres s’attendaient à ce qu’il appelle à un decrescendo - certes observé de facto depuis quelques mois - des activités du Hezbollah contre Israël. Sauf que les coudées de Khatami sont loin d’être aussi franches, en apparence, que celles de son "ami" syrien, Bachar el-Assad. Que les gestes de "bonne volonté" à l’égard des desiderata de Washington, plus ostentatoires qu’efficaces ou féconds, ne semblent vraiment pas avoir convaincu la très prophétesse Condoleezza Rice.
Ce pragmatisme, ce réalisme sont tout aussi valables s’agissant des appels du président Khatami, de ses injonctions, contre toute escalade dans la région, comme pour ses critiques, que n’auraient pas désavouées un Chirac, un Schröder ou un Poutine, contre l’Administration Bush, ainsi que sa volonté de "ne pas donner de prétextes aux Etats-Unis" - au moment, rappelons-le, où le guide suprême iranien tonnait directement contre une demande de 153 députés plus ou moins khatamistes visant à rétablir les relations diplomatiques avec Washington : "Ce serait une reddition", s’est étranglé Ali Khamenei. Ce pragmatisme, ce réalisme se sont tout autant vérifiés, à Beyrouth, lorsque Mohammed Khatami a évoqué les "précautions" qui devraient être prises - "Nous savons bien qu’Israël ne doit pas avoir un nouveau prétexte, en misant sur les objectifs du pouvoir militaire américain" -, lorsqu’il a plaidé pour une paix "basée sur la justice" et a fait montre d’une modération qu’il ne saurait se permettre aussi ouvertement en Iran, un des membres de "l’axe du mal" made in USA. Ou du moins aussi sereinement, aussi calmement.
Plus fort encore, mais dans un autre registre, le discours au Parlement, sous les yeux, entre bien d’autres, des députés hezbollahis et de leurs collègues d’Amal - le n° 2 de l’Etat, Nabih Berry en tête. Chef d’un Etat pleinement théocratique, donc antidémocratique - mais que viennent sauver des élections législatives souvent hitchcockiennes -, Mohammed Khatami a expliqué à des parlementaires et des hommes politiques libanais partagés entre l’admiration, le mécontentement et l’envie, que la démocratie est le seul moyen stratégique efficace, susceptible de maintenir l’équilibre des rapports entre les nations, et court-circuiter les tentatives hégémoniques américaines à l’échelle planétaire. Beau programme électoral - il n’aura malheureusement plus l’occasion de le faire en Iran - et véritable leçon de politique, donnée à des dirigeants et des responsables libanais qui en ont notoirement besoin.
Autre credo que le président iranien n’a vraiment pas l’occasion de défendre en Iran, ou si peu : la coexistence intercommunautaire et la réconciliation de deux principes pourtant assez antinomiques, du moins à vue de nez : la religion et la liberté, l’éthique et le savoir. Sa visite hautement symbolique au campus de l’Université Saint-Joseph – même mutilée par l’absence, pour des raisons bien obscures, d’un débat intellectuel attendu par la quasi-majorité des Libanais - et son entretien avec le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, prouvent, si tant est que quelqu’un en ait eu besoin, la détermination de l’homme Khatami à profiter au maximum de ses trois journées libanaises. Restera aussi cette troublante superposition de deux figures : celle de Mohammed Khatami et celle du pape Jean-Paul II (qui s'était rendu au Liban en mai 1997). Sur le livre d’or de la présidence de la République, le président iranien a évoqué "le Liban dialogue des cultures", en écho au "Liban message" du Saint-Siège, et le tour d’honneur sur la pelouse de la Cité sportive Camille Chamoun a été fait en jeep ouverte - le pendant de la papamobile. 
Parler aux chiites libanais comme il ne pourrait pas le faire avec leurs coreligionnaires iraniens, faisant du dialogue la silicone indispensable au nécessaire lifting des régimes - c’est presque inouï -, et tenir haut et fort l’étendard du modérantisme éclairé, au lendemain du déboulonnage des statues de Saddam, des prises de fonctions de Paul Bremer, des attentats terroristes antioccidentaux en plein Ryad, et, surtout, des mises en garde appuyées de Condie à son pays comme à la Syrie... Mohammed Khatami, même s’il n’a fait que répéter, avec Emile Lahoud puis Bachar el-Assad, des antiennes aujourd’hui un peu dépassées - les visites sont très officielles -, a réussi à montrer que l’on pourrait être capable d’évoluer, de s’adapter, dans la continuité. Le message n’est pas uniquement adressé aux capitales du monde. A Téhéran, on a dû l’écouter bien attentivement, avec plus ou moins de bonheur, de colère ou de satisfaction.
Surtout que, finalement, Mohammed Khatami n’a fait que remplir son contrat. Dans le sens que l’on pouvait difficilement s’attendre, venant de lui, à moins que ce qu’il n’a dit ou fait. Parce que les mêmes mots, les mêmes gestes, auraient eu une tout autre ampleur, un tout autre effet, s’ils avaient été ceux d’Ali Khamenei. Ou même de Hassan Nasrallah. Certes, tout est question d’équilibre, de balancier. Mais quitte à faire, au sein de la communauté chiite de la région, un choix, les dirigeants libanais - plus que jamais fourrés dans les très encombrants et très étouffants jupons syriens - seraient fort inspirés de puiser dans quelques-unes des prises de position du tandem Khatami/Fadlallah. "Il ne faut pas s’ingérer dans les affaires libanaises." Ou : "Il faut accorder la primauté à l’Etat". Il est des intelligences qui ne trompent pas. Et des manques de vision qui ne pardonnent pas. 
 
 
Trois mots d’ordre : modération - ouverture - conciliation
Première visite d’un chef d’Etat iranien au Liban, depuis la révolution islamique de 1979, celle de Mohamed Khatami à Beyrouth a revêtu une importance cruciale : elle a donné l’image d’un Islam nouveau, plus tolérant, moins extrémiste et d’une République islamique plus ouverte sur “l’autre”... et plus conciliante avec les USA. Un message de solidarité, aussi, de l’Iran avec le Liban et le “Hezbollah” pour amener ce parti à plus de modération dans le contexte régional actuel, les deux pays et la Syrie étant soumis à de fortes pressions américaines, visant à la démilitarisation des “fous de Dieu” et au désengagement du conflit israélo-palestinien. Cette visite officielle de trois jours s’inscrit dans le cadre d’une tournée comprenant la Syrie, le Yémen et Bahreïn.
Appel, donc, au “Hezbollah” à la modération mais encore, ouverture sur les chrétiens pour ce président réformateur et moderniste qui se dit impressionné par l’exemple libanais de pluralisme et de dialogue islamo-chrétien. Mais, également, par la profondeur et la pensée des intellectuels chrétiens qu’il avait rencontrés en 1997, au Mouvement culturel d’Antélias lors d’une précédente visite à Beyrouth. C’est ce qui, dit-on, l’a poussé à prévoir un aparté avec S.Em. le cardinal Sfeir et une rencontre-débat à l’Université Saint-Joseph, où il a diffusé son message humaniste, lui, qui a véritablement voulu orienter sa diplomatie dans le sens du “dialogue des cultures”. Enfin, Khatami se propose d’écarter toute confrontation avec les Etats-Unis et appelle plutôt à la conciliation. Un discours auquel on ne s’attendait pas et qui allège, considérablement, les tensions jusque-là très fortes et modifie l’image d’un Iran intégriste.
BAIN DE FOULE
L’arrivée du président Khatami s’est faite dans un véritable bain de foule qui a noyé l’Aéroport de Beyrouth et en a jonché le sol de riz et de pétales de roses, jetés à profusion. Accompagné d’une délégation de 120 personnes, le président iranien a atterri lundi, à 10 heures à l’AIB où il a été accueilli par son homologue libanais, le général Emile Lahoud, entouré du chef du Législatif, Nabih Berri et du Premier ministre Rafic Hariri, ainsi que de plusieurs ministres, députés et d’une délégation du “Hezbollah” présidée par le secrétaire général adjoint du parti, cheikh Naïm Kassem. Une salve de vingt-et-un coups de canon a salué le président iranien qui, dès sa descente d’avion, arborait un sourire éclatant, dans son visage tranquille qui s’éclaira lorsqu’un petit garçon en habit folklorique libanais lui a remis un bouquet de fleurs et s’est approché pour l’embrasser.
Après les serrements de mains aux officiels, les hymnes nationaux des deux pays, le passage en revue de la Garde républicaine et une brève halte au salon d’honneur de l’AIB, le président Khatami et ses hôtes gagnent l’hôtel Phoenicia où le président iranien a séjourné. Les quelques rares kilomètres qui séparent l’hôtel de l’AIB, étaient noirs de monde et ont nécessité près d’une heure pour être franchis ! Par deux fois, les présidents Khatami et Lahoud se sont arrêtés pour saluer la foule agitant des drapeaux jaunes frappés à l’emblème du “Hezbollah”; verts, marqués du sigle de mouvement “Amal” ou encore brandissant les couleurs libanaises, iraniennes et des portraits des chefs iraniens et du “Hezbollah”. Cris de bienvenue et applaudissements s’intensifient, la foule devenant tellement dense, que le convoi présidentiel s’arrête, les deux présidents étant contraints de parcourir près de vingt mètres à pied sur la route de l’Aéroport. D’ailleurs, toutes les artères que devait emprunter le convoi étaient ornées des portraits des présidents Lahoud, Khatami, de sayyed Hassan Nasrallah, des ballons aux couleurs de l’Iran formant des arcs de triomphe.
VENUS DE TOUT LE LIBAN
La foule qui s’était massée le long des routes menant de l’AIB au Phoenicia, avait commencé à affluer dès 7 heures du matin venant de tout le Liban, notamment de Baalbek, du Sud et de la banlieue-sud de Beyrouth, régions considérées comme les points centraux du “Hezbollah” et du chiisme. Des chants appelant à la mort d’Israël, sont diffusés par les haut-parleurs et repris par les femmes en tchadors noirs - Ayatollah oblige - des enfants, acheminés des écoles de la banlieue-sud, les mères des martyrs du “Hezbollah” portant les portraits de leurs fils disparus, des “hezbollahis” en rangers et tenues noires et d’autres accompagnant leurs familles..., nul n’avait omis d’accourir pour recevoir le chef de l’Iran, cet “Iran que les Libanais n’oublieront pas”, aux dires du président Lahoud “et qui s’est tenu à leurs côtés lors de l’occupation israélienne”. Pourtant, si on revient quelque peu en arrière, on se rappelle aisément que, pendant de longues années, les responsables iraniens avaient fait fi de l’Etat libanais, l’ignorant même quand ils venaient à Beyrouth pour y rencontrer les dirigeants du “Hezbollah”. Mais les temps ont, heureusement, changé.
LE PREMIER JOUR
Dès sa première journée à Beyrouth, le président Khatami s’était réuni avec MM. Berri et Hariri, avant de s’entretenir, pendant plus d’une heure, en tête-à-tête, avec son homologue libanais. A l’issue de sa rencontre avec le président iranien, M. Hariri, a déclaré : “Le président iranien a reconnu que la situation était délicate (dans la région) et qu’une coopération entre les pays modérés conduira à son amélioration”. Il a précisé que “M. Khatami représente la modération dans le monde musulman” et que leurs “vues à eux deux sont concordantes”. Pour M. Hariri, la solution au Proche-Orient devrait être globale. Ni le Liban, ni la Syrie, ni l’Iran ne veulent la confrontation. “Nous voulons, seulement, recouvrer notre terre, nous voulons la paix au Proche-Orient mais, aussi, l’application des résolutions de l’ONU”, a-t-il dit. Concernant la démilitarisation du “Hezbollah” exigée par Washington, M. Hariri a souligné: “Le problème ne doit pas être traité par tranches. Nous devons avoir une perspective globale et alors tout sera possible”. L’entretien Berri-Khatami ne pouvait, certes, avoir lieu sans que soit soulevée la question de la disparition en 1978, en Libye, de l’imam Moussa Sadr, parent de Khatami et fondateur du mouvement “Amal” que dirige, actuellement, le président de la Chambre; l’Iran déployant, paraît-il, maints efforts à ce sujet, dont les détails et les résultats n’ont pas été communiqués.
Pour le chef de l’Etat, la visite officielle de son homologue iranien à Beyrouth est “l’expression d’une volonté réelle et commune de consolider les relations d’amitié et de coopération entre Beyrouth et Téhéran”. Il a déclaré être “fier des prises de position de Khatami, notamment en ce qui concerne son insistance sur la nécessité de préserver la formule de coexistence que le Liban a fait sienne”. Le président iranien a, ensuite, tenu à réaffirmer son rejet des menaces “de certains responsables” de l’Administration américaine. M. Lahoud a, quant à lui, assuré, également que “les menaces israéliennes contre le Liban et la Syrie ne changeront en rien la fermeté et la constance de leurs positions, ni leur refus des compromissions au détriment de leurs droits nationaux”. Ensuite, M. Khatami a entrepris de planter une pousse de cèdre dans le “Jardin des présidents” au palais de Baabda.
RENCONTRE AVEC LE CARDINAL SFEIR
C’est au palais de Baabda que le président Khatami s’est réuni avec S.Em. le cardinal Sfeir. L’éminent prélat a été reçu d’abord par le président Lahoud, qui a, ensuite, laissé les deux hommes se réunir en présence de Mgr Roland Aboujaoudé, vicaire patriarcal; du ministre iranien des A.E., Kamal Kharazi; de l’ambassadeur d’Iran, Massoud Idrissi Karmanchahi et d’autres membres de la délégation iranienne. A l’issue de l’entretien, S.B. Mgr Sfeir a qualifié la réunion de “très bonne”. “Le président Khatami aime le Liban et c’est un homme particulièrement cultivé”, a-t-il dit, en précisant qu’ils avaient évoqué ensemble de nombreux sujets, dont des questions à caractère spirituel. Le patriarche Sfeir a évoqué encore l’hommage du président Khatami à la coexistence libanaise et au dialogue des cultures.
SIGNATURE D’ACCORDS DE COOPERATION
Six accords bilatéraux ont été signés par les responsables libanais et iraniens rejoints pour la cérémonie par les présidents Lahoud et Khatami. Un prêt préférentiel de 50 millions de dollars, destiné au financement de plusieurs projets dans les régions libanaises. L’accord a été signé par MM. Sanioura, ministre libanais des Finances et Kahzadi, président de la Banque iranienne du développement des exportations. Un accord ayant pour objet l’environnement, signé par MM. Bouez, ministre libanais de l’Environnement et Kharazi, chef de la diplomatie iranienne. Un accord de coopération sur les questions administratives et douanières, signé par MM. Sanioura et Zadeh. Un accord concernant la jeunesse et les sports, signé par MM. Hovnanian, ministre libanais de la Jeunesse et des Sports et Kharazi. Un accord dans le domaine de la Santé, par le biais du Croissant-Rouge iranien, signé par MM. Frangié, ministre de la Santé et Nourbala, président du Croissant-Rouge iranien. Des protocoles d’accord visant à entamer des négociations commerciales entre les deux pays, signés par MM. Sanioura et Zadeh.
LE SECOND JOUR : 50.000 PERSONNES A LA CITE SPORTIVE
Sous un soleil de plomb, des milliers de personnes se sont amassées sur les gradins de la Cité sportive, “Amal” et le “Hezbollah” rivalisant, pour prouver aux Libanais que, même si le ton a changé, leur popularité demeure; leur force mobilisatrice, aussi. Car le discours de M. Khatami pesé, d’une grande modération et prononcé en arabe, avait pour but d’atténuer l’extrémisme du “Hezbollah” et d’appeler les chiites à la paix et non plus à la guerre ; histoire, surtout, de ne pas donner de prétextes aux Américains, qui ont clairement intimé, à la Syrie et à l’Iran, l’ordre de neutraliser le “parti de Dieu”. D’ailleurs, sayyed Hassan Nasrallah avait été reçu avec la délégation de son parti par le président Khatami, sans aucune faveur spéciale, un message à qui veut comprendre, que la République islamique traite le “Hezbollah” sur le même pied d’égalité que tous les autres partis libanais. Femmes et hommes avaient leurs gradins soigneusement séparés. Des chants militaires, nationalistes et les prières du muezzin accompagnaient le défilé des “hezbollahis” pour une fois sans armes. Dans une jeep découverte, le président Khatami a fait le tour de la piste, saluant une foule en transe. M. Walid Joumblatt, son fils, M. Nabil Boustany, député et le ministre Farhat sont dans la foule.
KHATAMI : NON A LA VIOLENCE AU NOM DE LA RELIGION
Dans son discours, M. Khatami appelle à la paix, bien que saluant la Résistance libanaise et ses martyrs, une période qu’il veut cependant révolue car selon lui, “toute escalade au Proche-Orient mettrait en cause la stabilité de la région. On ne doit pas donner à Israël de nouveaux prétextes qui serviraient ses intérêts”. M. Khatami a encore dénoncé le terrorisme et la violence exercés au nom de la religion, sorte de réponse au discours du “guide de la révolution islamique” l’ayatollah Khamenei qui affirmait la veille que “tout dialogue avec les Américains était une trahison”. M. Khatami a quand même expliqué que ses appels à la modération n’étaient “ni capitulation ni adhésion aux discours américains.” Le président iranien a conclu en affirmant que “la République islamique, désormais plus ouverte, appuie le Liban dans toutes ses communautés, c’est-à-dire l’Etat” et non plus le “Hezbollah” et son état de fait.
A L’USJ
“Nous sommes là dans la seconde plus ancienne université du Liban, une université portant le nom de l’un des plus grands saints de la religion chrétienne”. C’est par ces mots que le président iranien a entamé son discours à la rue Huvelin, où il a été accueilli par le R.P. recteur Salim Abou et M. Fayez Hajj Chahine, doyen de la Faculté de Droit et de Sciences politiques de l’USJ. Une visite qui se voulait débat avec le corps académique, mais qui, faute de temps, s’est bornée à un échange de discours entre les trois hommes. Le président Khatami a invité à “l’adaptation de la religion aux exigences des temps modernes, à une libération de la liberté, afin que le monde devienne celui que le Christ et Mahomet ont voulu instaurer. La religion a presque toujours brimé la liberté et la liberté persécuté la religion. Ce faisant, on a porté atteinte à la religion et à la liberté”. Dans son mot de bienvenue, le R.P. Abou a relevé le fait que M. Khatami “ait tenu à donner à sa visite au Liban une dimension nationale, en accordant à notre université cette rencontre exceptionnelle et en remettant à notre bibliothèque les premières copies de ses ouvrages : ‘La pensée politique musulmane’ et ‘Le dialogue des cultures : la cause des causes du XXIème siècle’”. M. Hajj Chahine a rendu hommage à la “modestie scientifique” du président iranien et énoncé des projets s’inscrivant dans un échange culturel entre l’Iran et l’USJ.
DOCTORAT HONORIS CAUSA DE L’UL A KHATAMI
Le président Khatami s’est vu décerner, à l’Unesco, un doctorat honoris causa de l’Université Libanaise, en présence de nombreuses personnalités et à leur tête, le président Lahoud. Dans son magnifique discours, M. Khatami a affirmé : “La politique, l’éthique et le savoir doivent former un triangle qui vaincra le monde des ténèbres dans lequel nous vivons... L’éthique que je vous invite à respecter est un terrain fertile au dialogue entre les civilisations et les religions.” M. Georges Charaf, doyen de la Faculté de Droit et des Sciences politiques de l’UL, a évoqué “l’érudiction d’un homme constamment à la recherche de la connaissance et de la vérité”. M. Kobeissi, recteur de l’UL a, pour sa part, souhaité la bienvenue “à celui que l’on reconnaît à sa sérénité, à son esprit éclairé et à sa foi solide”.
RENCONTRE KHATAMI-NASRALLAH
Bien que reçu “normalement” par le président Khatami, sans le “plus” auquel on aurait pu s’attendre de la part d’un chef iranien, sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du “Hezbollah, a affirmé à l’issue de l’entretien, avoir le soutien, sans équivoque, de Khatami “bien que la situation à la frontière (libano-israélienne) n’ait pas été évoquée entre nous.” C’est, surtout, la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons en Libye qui aurait été au centre de la rencontre. M. Khatami a, ensuite, reçu dans sa suite de l’hôtel Phoenicia, avant de convier les ulémas libanais à un déjeuner offert en leur honneur. Le soir, il dînait au palais de Baabda.
LE TROISIEME JOUR
La visite du président iranien aura réservé plus d’une surprise, la dernière, peut-être et non la moindre, ayant été la position du président Khatami envers le “Hezbollah” et l’engagement de Téhéran à soutenir toute décision du gouvernement libanais au sujet du sort et du rôle de ce parti, à l’avenir. “Le “Hezbollah” est une réalité libanaise qui ne reçoit ses ordres de personne et n’a pas besoin de l’appui de l’Iran en matière d’armement. Il a les moyens nécessaires pour cela”. La conférence de presse de M. Khatami organisée par les Iraniens, a laissé chez les journalistes présents une impression de confiance, d’ouverture, de calme et de modération, le charisme du président iranien se faisant révéler autant que ses propos. M. Khatami a répondu clairement à toutes les questions en prenant son temps, réaffirmant son attachement au droit des Palestiniens, à la paix au Proche-Orient, à la fin de l’occupation des territoires, à la modération et à l’ouverture sur l’autre”, déplorant la politique “têtue et extrémiste” des USA, notamment en Irak. Qualifiant l’invasion de ce pays par l’Amérique, “d’erreur”, car a-t-il dit, la méthode utilisée est inquiétante pour l’humanité”, bien que la chute de Saddam n’ait fait de peine à personne”.
OUI A LA DEMOCRATIE
A partir du parlement libanais, le leader iranien a prononcé une vibrante plaidoirie en faveur de la démocratie, “seul moyen stratégique efficace, susceptible de maintenir l’équilibre des rapports entre les nations et de faire échouer les tentatives des Etats-Unis d’imposer leur volonté au monde”. Dialogue des cultures, conciliation, modération, ouverture... l’hommage à la démocratie vient parfaire la nouvelle approche du gouvernement iranien. M. Khatami a conclu que les Etats islamiques n’ont pas besoin de modèles démocratiques imposés ou importés, “la voie de la démocratie étant d’ordre interne, passant à travers le respect de la liberté, la justice et les droits constitutionnels des peuples”.
DEPART DE KHATAMI
Clôturant sa visite officielle à l’agenda hyperchargé, le président Khatami a quitté Beyrouth mercredi 14 mai à 17 heures 30, en direction de Damas, deuxième étape de son périple régional. Les présidents Lahoud, Berri et Hariri, MM. Elie Ferzli et Issam Farès étaient, également, au rendez-vous. Avant de partir et en écho à ses précédentes déclarations, M. Khatami a souligné que “la coexistence libanaise est une perle rare à préserver”, Téhéran étant déterminé “à donner une impulsion au dialogue islamo-chrétien qui est le symbole du Liban”. Le président Khatami a invité, par ailleurs, son homologue libanais à effectuer une visite officielle en Iran. La visite de Khatami a été fructueuse à tous les plans. Elle a, surtout, fait apparaître un homme à part, rompant avec la tradition des mollahs austères ; révélant un érudit et un croyant qui place son savoir au service de sa foi, du progrès et de la démocratisation de l’Islam.
 
Communiqué conjoint
Au terme de la visite officielle, le Liban et l’Iran ont publié un communiqué conjoint portant sur les points suivants :
– Les deux parties ont évalué positivement les relations politiques vigoureuses, le patrimoine culturel commun ainsi que les liens historiques et culturels liant les deux peuples dans les deux pays. Elles ont insisté sur la nécessité de poursuivre et d’encourager la coopération bilatérale et ce, en vue de promouvoir davantage les affinités affectives entre les deux peuples.
– Les deux parties ont fortement apprécié la résistance du peuple et de l’Etat au Liban contre l’occupation israélienne, estimant que la poursuite de la résistance pour mettre un terme de manière inconditionnelle à l’occupation et réaliser la totalité des revendications libanaises constitue pour le peuple libanais un droit légitime permettant au Liban de préserver ses eaux, ses richesses naturelles et les hameaux de Chébaa. Les deux parties ont également réclamé la libération de tous les détenus libanais dans les geôles israéliennes.
– Les deux parties ont exprimé leur soutien aux droits fondamentaux du peuple palestinien dans sa résistance contre l’occupation israélienne. Elles ont exprimé leur soutien à l’autodétermination des Palestiniens, au retour des réfugiés et à l’édification d’un Etat palestinien indépendant ayant Jérusalem pour capitale.
– Les deux parties ont condamné les menaces proférées à l’encontre de l’Iran, du Liban et de la Syrie, et l’exploitation par Israël des développements internationaux et régionaux en vue de poursuivre son occupation des territoires arabes, notamment du Golan, et d’accroître l’étendue de son agression, abusant de conceptions déformées du terrorisme afin de perpétrer les répressions et les tueries contre le peuple palestinien.
– Les deux parties ont exprimé leur opposition à toute forme de terrorisme, notamment le terrorisme d’Etat. Elles ont appelé à faire une distinction entre le terrorisme et la résistance légale des peuples contre l’occupation. Elles ont également condamné les actes répressifs perpétrés par l’entité sioniste contre le peuple palestinien persécuté et les autres peuples de la région en exploitant les circonstances prévalant dans la région. Elles ont qualifié ces actes de formes flagrantes de terrorisme d’Etat.
– En ce qui concerne les développements dans la région, notamment ceux survenus en Irak, les deux parties ont insisté sur la nécessité de sauvegarder l’unité de l’Irak, son indépendance, sa souveraineté et sa sécurité régionale ainsi que le droit du peuple irakien à disposer de son sort et de son avenir politique par sa volonté libre, loin de toute occupation. Elles ont insisté sur le droit du peuple irakien à constituer un gouvernement national qui incarnerait sa volonté ainsi que ses espoirs, et garantirait son droit à disposer librement de ses ressources naturelles.
– Les deux parties ont évoqué l’importance de la stabilité et de la sécurité permanente dans la région, mettant en garde contre les dangers majeurs résultant des armes de destruction massive possédées par l’entité sioniste, appelant à la nécessité d’œuvrer en vue de rendre la totalité du Moyen-Orient dépourvue de pareilles armes, et de mettre fin, dans ce contexte, à la politique de deux poids deux mesures. Les deux parties réclament la promotion du rôle central des Nations unies et leur contribution à l’application des résolutions internationales.
– Les deux parties ont exprimé leur attachement au projet de dialogue des civilisations, insistant sur la coordination et la convergence de vues sur ce plan. Elles appellent à la nécessité de promouvoir ce projet au niveau international. La République islamique iranienne a évoqué, dans ce contexte, la formule de coexistence au Liban ainsi que sa diversité confessionnelle, estimant qu’elles présentent un modèle pour la concrétisation d’un tel dialogue.
– Les deux parties ont évalué positivement les résultats des réunions économiques communes. Elles ont insisté sur la promotion de la coopération dans ce domaine en vue d’élargir davantage la coordination régionale et internationale.

 

 

 
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