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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°16  du 18 janvier 2003 

 

Accord euro-méditerranéen d'association UE/Liban

 

par ALIMA BOUMEDIENE-THIERY, Députée au Parlement Européen

Intervention sur le Liban effectuée le 15 janvier 2003 par Mme Alima BOUMEDIENE-THIERY en séance à l'Assemblée européenne à Strasbourg

 

La société civile libanaise observe avec beaucoup d’attention la signature de cet accord d'association avec l'Union Européenne.

Si l'Europe est le principal partenaire commercial du Liban, et l'un des bailleurs de fonds important qui appuie son programme de modernisation économique, c'est aussi et surtout la garantie du respect des droits fondamentaux vers l'établissement de libertés démocratiques.

Ainsi, au Liban, on observe de graves atteintes aux libertés d’expression, comme en témoigne la fermeture par la force de la chaîne de télévision MTV, le 4 septembre 2002, pour avoir couvert des élections partielles en permettant à l'opposition de s'exprimer. La décision du tribunal en appel, du 21 octobre, qui a confirmé la fermeture de cette chaîne, ne fait que renforcer l'inquiétude face à la détérioration des libertés démocratiques.

Trois personnes, dont 2 journalistes, arrêtées par les services de renseignements libanais en août 2001 au cours de rafles sont toujours détenues, depuis plus d'un an. La cour de cassation militaire ayant confirmé leurs condamnations, pourtant basées exclusivement sur des aveux et témoignages extorqués sous la torture.

Les dérèglements du système judiciaire ne favorisent pas le respect des libertés d'expression, les tribunaux étant de plus en plus instrumentalisés afin de servir comme moyen de répression.

Concernant les disparus libanais, n'oublions pas qu'il s'agit de plus de 17.000 personnes dont on a perdu la trace entre le début de la guerre du Liban et aujourd’hui. Dix ans après la fin du conflit, aucune enquête sérieuse n'a été menée visant à éclaircir leur sort. Au cours de la guerre, les armées israéliennes et syriennes, ainsi que des milices libanaises alliées à l'un ou l'autre de ces pays, n'ont cessé de se livrer à des enlèvements de citoyens libanais, pour exercer pressions et représailles sur les différentes parties au conflit.

Un certain nombre d’entre eux a probablement été exécuté en territoire libanais, mais leurs corps n’ont jamais été recherchés. Il apparaît également que des victimes d'enlèvements ont été remises aux autorités syriennes, puis ensuite transférés dans des prisons dont ils ne sont jamais sortis. Le Comité des familles a récemment été reçu par les autorités syriennes qui leur a promis une enquête et une réponse, dont il est toujours en attente... et les autorités libanaises restent silencieuses....

Les appels pressants de l'opposition demandant, à juste titre, le retrait total des troupes syriennes du pays, qui s'ajoutent à la corruption au sein de la classe politique libanaise, contribuent à maintenir un climat d'instabilité, dominé par une situation économique désastreuse.

Les accords de Taëf, signés en 1989, ont certes mis fin à quinze années de guerres pour être suivis par le retrait israélien, en mai 2000, après vingt-deux ans d'occupation du Liban-sud. Mais leur non-application, dans l'indifférence internationale, laisse le Liban à la merci de la Syrie, devenue "partenaire privilégié". Pendant ce temps, Israël menace de nouveau le Liban, voulant l'empêcher de se servir de ses sources d'eau alimentant le Jourdain.

Afin que la clause démocratique des accords d'association ne demeure pas lettre morte, et que les parties respectent leurs engagements sur le respect des droits fondamentaux, il est impératif d'instaurer des mécanismes d'évaluation et de suivi réguliers sur la mise en oeuvre de cette clause, et ceci dès le début de l'entrée en vigueur de l'Accord, en partenariat avec les ONG, proches de la réalité du quotidien.

Dans ce pays, où la peine de mort existe toujours, où les droits fondamentaux et les libertés démocratiques sont souvent bafoués, les citoyens libanais portent de nombreux espoirs dans ces accords d'association, car ils représentent un moyen de pression dont les citoyens libanais ne peuvent se passer !

Je vous remercie.

 
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