Accord
euro-méditerranéen
d'association UE/Liban
par
ALIMA BOUMEDIENE-THIERY, Députée
au Parlement Européen
Intervention
sur le Liban effectuée le 15
janvier 2003 par Mme Alima
BOUMEDIENE-THIERY en séance
à l'Assemblée européenne à
Strasbourg
La
société civile libanaise
observe avec beaucoup
d’attention la signature de
cet accord d'association avec
l'Union Européenne.
Si
l'Europe est le principal
partenaire commercial du Liban,
et l'un des bailleurs de fonds
important qui appuie son
programme de modernisation économique,
c'est aussi et surtout la
garantie du respect des droits
fondamentaux vers l'établissement
de libertés démocratiques.
Ainsi,
au Liban, on observe de graves
atteintes aux libertés
d’expression, comme en témoigne
la fermeture par la force de la
chaîne de télévision MTV, le
4 septembre 2002, pour avoir
couvert des élections
partielles en permettant à
l'opposition de s'exprimer. La décision
du tribunal en appel, du 21
octobre, qui a confirmé la
fermeture de cette chaîne, ne
fait que renforcer l'inquiétude
face à la détérioration des
libertés démocratiques.
Trois
personnes, dont 2 journalistes,
arrêtées par les services de
renseignements libanais en août
2001 au cours de rafles sont
toujours détenues, depuis plus
d'un an. La cour de cassation
militaire ayant confirmé leurs
condamnations, pourtant basées
exclusivement sur des aveux et témoignages
extorqués sous la torture.
Les
dérèglements du système
judiciaire ne favorisent pas le
respect des libertés
d'expression, les tribunaux étant
de plus en plus instrumentalisés
afin de servir comme moyen de répression.
Concernant
les disparus libanais,
n'oublions pas qu'il s'agit de
plus de 17.000 personnes dont on
a perdu la trace entre le début
de la guerre du Liban et
aujourd’hui. Dix ans après la
fin du conflit, aucune enquête
sérieuse n'a été menée
visant à éclaircir leur sort.
Au cours de la guerre, les armées
israéliennes et syriennes,
ainsi que des milices libanaises
alliées à l'un ou l'autre de
ces pays, n'ont cessé de se
livrer à des enlèvements de
citoyens libanais, pour exercer
pressions et représailles sur
les différentes parties au
conflit.
Un
certain nombre d’entre eux a
probablement été exécuté en
territoire libanais, mais leurs
corps n’ont jamais été
recherchés. Il apparaît également
que des victimes d'enlèvements
ont été remises aux autorités
syriennes, puis ensuite transférés
dans des prisons dont ils ne
sont jamais sortis. Le Comité
des familles a récemment été
reçu par les autorités
syriennes qui leur a promis une
enquête et une réponse, dont
il est toujours en attente... et
les autorités libanaises
restent silencieuses....
Les
appels pressants de l'opposition
demandant, à juste titre, le
retrait total des troupes
syriennes du pays, qui
s'ajoutent à la corruption au
sein de la classe politique
libanaise, contribuent à
maintenir un climat d'instabilité,
dominé par une situation économique
désastreuse.
Les
accords de Taëf, signés en
1989, ont certes mis fin à
quinze années de guerres pour
être suivis par le retrait israélien,
en mai 2000, après vingt-deux
ans d'occupation du Liban-sud.
Mais leur non-application, dans
l'indifférence internationale,
laisse le Liban à la merci de
la Syrie, devenue
"partenaire privilégié".
Pendant ce temps, Israël menace
de nouveau le Liban, voulant
l'empêcher de se servir de ses
sources d'eau alimentant le
Jourdain.
Afin
que la clause démocratique des
accords d'association ne demeure
pas lettre morte, et que les
parties respectent leurs
engagements sur le respect des
droits fondamentaux, il est impératif
d'instaurer des mécanismes d'évaluation
et de suivi réguliers sur la
mise en oeuvre de cette clause,
et ceci dès le début de l'entrée
en vigueur de l'Accord, en
partenariat avec les ONG,
proches de la réalité du
quotidien.
Dans
ce pays, où la peine de mort
existe toujours, où les droits
fondamentaux et les libertés démocratiques
sont souvent bafoués, les
citoyens libanais portent de
nombreux espoirs dans ces
accords d'association, car ils
représentent un moyen de
pression dont les citoyens
libanais ne peuvent se passer !
Je
vous remercie.