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Entre
Machreq et Maghreb, le
visage de l’Orient
"Un
monde en transition, 500
cartes postales de la
collection Mohsen Yammine"
par
DIALA GEMAYEL, publié
dans l'Orient-le Jour le 6
décembre 2003
A supposer
que les publications présentant
une partie d’une
collection de
photographies et/ou de
cartes postales d’Orient
ne manquent pas, "Un
monde en transition",
remarquable ouvrage
rassemblant quelque 500 pièces
sur le même thème,
patiemment amassées sur
place et au fil des années
par Mohsen Yammine, a
choisi la voie radicale :
le périple complet, du
Machreq et du Maghreb. Ses
initiateurs, Mohsen
Yammine et Saad Kiwan tout
d’abord, aidés de
Joseph Tarrab ensuite, ont
fait quatre sélections de
cartes avant d’arrêter
les trois chapitres qui le
composent. Suivant deux
arcs autour du bassin méditerranéen,
de la Turquie à la
Palestine puis du Maroc à
l’Egypte, l’ensemble
s’articule délibérément
autour d’ "une
randonnée qui ordonne les
œuvres", explique
Joseph Tarrab. Entre
"L’Orient au
tournant" et
"L’empreinte
coloniale"
s’immisce un troisième
chapitre, intitulé
"L’image maquillée",
entièrement consacré aux
scènes éthiques.
Album
Même
si le livre s’offre le
luxe de trois textes,
chacun signé Mohsen
Yammine, Joseph Tarrab et
Marlin Dick, la place de
choix est résolument donnée
à l’iconographie,
reproduite de main de maître
par Saad Kiwan, dont le
perfectionnisme n’est
plus à prouver. Le
respect porté au document
est perceptible à chaque
page : systématiquement
reproduit dans son intégralité,
au plus proche possible de
l’original et nécessitant
pour cela des pages
pliantes, il donne au
lecteur l’impression
qu’il s’agit d’un
album qu’il aurait lui-même
constitué. Etayant
les explications de Joseph
Tarrab sur l’importance
de la carte postale au
XIXe siècle ("La
carte postale illustrée,
photographique en
particulier, est l’une
de ces nouveautés synergétiques -
photographie, imprimerie,
poste -, à la fois
instrument de
communication, de
divertissement, de
connaissance et donc,
indirectement,
d’arrogance culturelle
et de volonté de
domination des contrées
“arriérées” "),
les légendes reproduisent
intégralement le verso de
la carte, en trois
langues.
Les
vrais artistes
Les
promoteurs du projet
appuient donc sur la corde
nostalgique qu’éveillent,
par voie de fait, de tels
documents iconographiques. A
ce titre, les panoramas
des villes d’Orient, Jérusalem,
Beyrouth, Alep ou
Constantinople, permettent
de se rendre compte de
l’évolution, tantôt
radicale, tantôt évolutive,
de ces dernières en
presque 150 ans. Si la
nostalgie d’un Liban
plus verdoyant, par
exemple, ou d’une
Constantinople plus
cosmopolite domine
l’ensemble de
l’ouvrage, les amateurs
d’orientalisme, quant à
eux, sont assurément ceux
qui prendront le plus
grand plaisir à
feuilleter ces pages chargées
d’histoire, où le
fantasme d’Orient est prégnant,
à travers les clichés
que sont la Bédouine
alanguie sur son diwan et
buvant sa tasse de café
ou fumant sa pipe à eau,
les souks remplis de
marchands en costumes
traditionnels ou encore
les monuments, ponts,
avenues et autres
constructions locales et
coloniales.
Toute
cette imagerie ne doit pas
faire oublier les vrais
artistes que met en avant
"Un monde en
transition" : les
photographes. Ces
derniers, dont les noms,
la nationalité sont
uniquement connus des
initiés, ont eu du mal à
laisser leur trace dans
l’industrie qu’était
alors en train de devenir
le morceau de papier
imprimé puis envoyé par
courrier, appelé carte
postale. Si, au Liban, on
se souvient des Bonfils,
on ne peut pas en dire
autant des poignées
d’autres qui
parcouraient le Machreq et
le Maghreb en quête de ce
petit supplément
orientaliste dont l’Europe
était insatiable.
Certains portraits, n’étaient
le vieillissement du
tirage et le manque de matériel,
sont absolument
magnifiques et parviennent
souvent à saisir, derrière
la figure de circonstance
et la pose de pacotille,
à travers le visage, le
miroir de l’esprit
d’un simple individu.
Magie
de la carte postale
C’est
à la villa Linda Sursock
qu’a été présenté le 2
décembre "Un monde en
transition", ouvrage réunissant
quelque 500 cartes postales
d’époque de la collection
de Mohsen Yammine. Cette
somme impressionnante a pu
être exécutée grâce au
concours de la Fransabank et
de son président directeur
général, Adnan Kassar. Ce
dernier, entouré du
collectionneur mais aussi de
Marwan Hamadé et de Ghassan
Tuéni, a, dans son
allocution, affirmé qu’il
s’agissait pour la
Fransabank d’une
"responsabilité envers
le patrimoine et
l’histoire du
Moyen-Orient" que de
soutenir une telle parution.
Ghassan Tuéni a, quant à
lui, rappelé que les
"rêves" d’Adnan
Kassar, revêtaient aussi "une
importance politique".
Selon lui, "ces images,
plus humaines que
n’importe quelle autre, se
rapprochent d’une notion
de la beauté qui doit
toucher les générations
futures de la nation".
Pour
sa part, Mohsen Yammine a
tenu à rendre hommage aux
deux critiques d’art qui
ont agrémenté de leurs
textes cet iconographique,
à savoir Joseph Tarrab et
Marlin Dick, l’aidant
ainsi dans la partie écrite
d’ "Un monde en
transition". Enfin
Marwan Hamadé a salué la
"permanente quête de
l’universel" de Adnan
Kassar et de son frère Adel. Mis
en page par Saad Kiwan,
"Un monde en
transition" est un
luxueux livre de 240 pages
publié en trois langues. La
reproduction des documents
est très réussie et leur décryptage
facile et immédiat. Un
voyage de grande qualité à
travers une région du monde
qui s’étend, géographiquement
et historiquement, d’Istanbul
à Marrakech.

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Copyright 2003 RJLiban
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