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BIBLIO  RJLIBAN  N°5  du 12 octobre 2003 

 
"Printemps de feu" de Marc-Edouard Nabe
 
Editions du Rocher, Monaco, septembre 2003
 
 

Marc-Edouard Nabe ne publiera plus son journal intime qu'il a brûlé avant de quitter Patmos en 2001. Alors que certains lecteurs sont toujours dans son roman précédent Alain Zannini, Nabe est déjà ailleurs. Nouveau livre, nouvelle écriture ! Printemps de feu bousculera les idées reçues sur le réel et la fiction, car des événements récents de l'actualité mondiale y sont transfigurés dans un "direct " romanesque. Mars-avril 2003, c'est la guerre en Irak. Marc-Edouard Nabe ne se contente pas d'être "contre" : il va à Bagdad et écrit ce livre. Ce n'est pas la guerre spectaculaire telle que les médias la montrent, mais telle qu'un écrivain la vit. Là où les images n'ont plus rien à dire, les mots prennent la parole. Dans un décor hanté par le fantasme et le cauchemar, et au milieu d'une faune hétéroclite d'Irakiens, de journalistes et autres boucliers humains, l'auteur met en scène deux intrigues : l'une, historique, qui est l'attente des Américains dans la ville de Bagdad ; et l'autre, amoureuse, avec la mystérieuse danseuse Schéhérazade.. Quand la réalité est comme un roman, il faut faire un roman de la réalité.
 
 

L’auteur de "Printemps de feu", de passage au Liban
"Je ne suis pas atteint d’antiaméricanisme primaire, mais Bush doit s’excuser", affirme Marc-Edouard Nabe

par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Orient-le Jour le 11 octobre 2003

 

En France, il est (presque) interdit de médias, tant ses opinions dérangent le lobby qui tient les commandes de l’opinion. Pourtant, rien ne semble effrayer Marc-Edouard Nabe, auteur du Printemps de feu, un livre boycotté aujourd’hui par la presse française. Ecrivain, avec 25 ouvrages à son actif; ce jeune homme de 45 ans ne cache plus son dégoût de "l’Occident" actuel, à la solde des Américains. Evoquant la réalité sur un ton de roman, il raconte son dernier voyage à Bagdad, à la veille du début de la guerre de George W. Bush. Il en est d’ailleurs reparti juste avant que les Américains n’occupent la capitale de l’Irak, "car, dit-il, je ne pouvais pas supporter l’idée de voir des GI dans les rues. Je les ai quand même rencontrés sur la route de Damas...". "L’Occident est dans un état d’horreur et de décrépitude inimaginables", précise Marc-Edouard Nabe, en visite pour quelques jours à Beyrouth. Après un séjour à Bagdad, l’écrivain ne peut cacher son dégoût face à la manière avec laquelle les Américains, mais aussi les reporters de guerre occidentaux se sont comportés pendant les événements. Il raconte d’ailleurs tout dans son dernier livre, appelé roman, mais qui ressemble étrangement à une réalité haïssable. "Mon vice, dit-il d’ailleurs avec humour, est de raconter des choses vraies, en disant que c’est un roman. Beaucoup font le contraire."

Combatif, Marc-Edouard Nabe ne craint pas les affrontements pour défendre ses idées, mais il refuse le qualificatif de provocateur. Pourtant, invité sur un des plus importants plateaux de télé en France (parce que le présentateur producteur de l’émission est un ami et que par conséquent c’est le seul qui accepte de l’inviter), il a réussi à faire l’événement, attirant l’attention des téléspectateurs sur l’immense duperie dont ils sont actuellement les victimes. Déjà, avec son précédent ouvrage, écrit après les événements du 11 septembre 2001, Une lueur d’espoir, Marc-Edouard Nabe s’était attiré les foudres du lobby proaméricain. Mais un écrivain de son envergure ne pouvait se laisser intimider par ce genre de manœuvres ni renoncer à défendre ses idées.

Où est la vraie démocratie ? 

Indépendant, libre, Marc-Edouard Nabe veut le rester, "mais aujourd’hui, en Occident, si on est neutre, on est aussitôt qualifié d’extrémiste". Et lui, par fidélité pour cet Occident auquel il doit tout, il refuse de défendre ce qu’il est devenu, "un foyer de racisme, de supériorité et de mépris pour les Arabes et l’Orient", lance-t-il, avant d’atténuer ces propos. "En fait, c’est surtout le lobby qui tient l’information qui déforme l’opinion et cherche à faire basculer la tendance. Mais le peuple, lui, n’est pas dans cette atmosphère. Preuve en est que mon livre se vend bien, malgré toutes les manœuvres pour l’occulter." Pour Marc-Edouard Nabe, la position actuelle des Américains est absolument indéfendable, mais cela ne signifie pas qu’il a la moindre complaisance pour Saddam Hussein. L’écrivain se sent aujourd’hui plus proche de la position de l’Orient, dont la porte est Beyrouth, qu’il juge plus digne que celle de l’Occident. "Cela suffit de dire que tout le monde doit suivre le modèle de démocratie occidentale généralisée. Lorsqu’on voit que dans les médias arabes toutes les voix peuvent se faire entendre, alors que ce n’est pas le cas en Occident, on se demande où est la démocratie !"

Marc-Edouard Nabe ne vient pas en Orient avec des lunettes roses. Il est lucide sur la corruption et les régimes plutôt oppresseurs, mais il souhaite que les Orientaux cessent de se faire des illusions sur l’Occident. "La corruption et la dictature existent aussi en Occident, mais sous d’autres formes. Ce qu’il faut, c’est adapter la démocratie à vos besoins, au lieu de chercher à imiter les Occidentaux. Tant que vous les imiterez, ils continueront à vous considérer comme des inférieurs."

Une victoire achetée et non remportée

L’écrivain se défend d’être atteint de la maladie de "l’antiaméricanisme primaire". Il a lui aussi compati aux événements du 11 septembre. "Mais il ne suffit pas de compatir, il faut analyser le phénomène et essayer de lui trouver des explications. Les trois quarts de la planète ont compris, sauf les Américains, qui, en deux ans, ont mené deux guerres." Ce qu’il faudrait, selon lui, c’est que George W. Bush présente ses excuses aux peuples de la planète, ou en tout cas fasse preuve d’une certaine humilité, "et alors, tout le monde sera avec les Etats-Unis". Lorsqu’on lui fait remarquer que les régimes arabes sont généralement proaméricains, Marc-Edouard Nabe précise qu’ils le sont par peur et en raison des terribles pressions exercées sur eux. "Ce n’est pas le cas des Arabes seulement. En Amérique latine et partout dans le monde, les régimes en place craignent les Etats-Unis. Ceux-ci ont acheté la victoire, ils ne l’ont pas remportée." Selon lui, à travers l’islam, Bush vise la Bible. "Dans son optique, la Babylone moderne (New York) a été attaquée, il faut donc détruire la Babylone antique" et il ajoute : "Je ne suis pas un illuminé, un allumé peut-être…". Marc-Edouard Nabe ne se sent nullement injuste envers les Américains. Selon lui, il ne faut pas croire que ce peuple est contre les idées de son président. Preuve en est la récente victoire de l’acteur Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie...

Il conteste aussi la thèse en vogue aux Etats-Unis selon laquelle ceux qui commettent des attaques contre les soldats américains sont des islamistes. "C’est comme si on disait que de Gaulle était un ayatollah lillois. L’attaque contre une force occupante s’appelle de la résistance et il n’y a rien de religieux là-dedans." Marc-Edouard Nabe n’a donc que respect pour les combattants du Hezbollah et tous ceux qui résistent contre les forces d’occupation. Même si cela déplaît fortement au "lobby américano-sioniste qui tient les rouages des médias en France". "Je ne cherche pas à faire carrière, dit-il. Je ne veux ni médailles ni miettes de pouvoir. Je veux simplement être libre d’exprimer ma pensée et retrouver cette dignité disparue dans l’Occident moderne, où tout est sévèrement contrôlé. C’est un peu comme la rentrée littéraire en France cette année. Il y 650 romans et seuls ceux qui font l’éloge des Américains ont droit à des articles dans la presse. Heureusement, si la promotion incite à la vente, les Français finissent toujours par faire leurs propres choix. Mais ceux qui tiennent les commandes font la loi dans les médias. Lorsque l’écrivain Michel Houellebecq a eu un procès pour avoir écrit que l’islam est la religion des cons, toutes les grandes figures sont venues le défendre. Si moi, j’avais osé critiquer le Talmud, je me retrouverais en prison, oublié de tous."

Bref, l’écrivain est intarissable sur son écœurement face à la situation actuelle des médias en Occident. Il est donc venu au Liban et il espère se rendre dans d’autres pays arabes et même en Iran, pour dire à tous ceux qui partagent son sentiment qu’en Occident, il existe des forces qui souhaitent les aider… "Je souhaite poursuivre ma dérive orientaliste. C’est, pour moi, une matière poétique extraordinaire."

 

 

  
 
 
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