"Printemps
de feu" de
Marc-Edouard Nabe
Editions
du Rocher, Monaco, septembre
2003
Marc-Edouard
Nabe ne publiera plus
son journal intime
qu'il a brûlé avant
de quitter Patmos en
2001. Alors que
certains lecteurs sont
toujours dans son
roman précédent Alain
Zannini, Nabe est
déjà ailleurs.
Nouveau livre,
nouvelle écriture ! Printemps
de feu bousculera
les idées reçues sur
le réel et la
fiction, car des événements
récents de l'actualité
mondiale y sont
transfigurés dans un
"direct "
romanesque. Mars-avril
2003, c'est la guerre
en Irak. Marc-Edouard
Nabe ne se contente
pas d'être
"contre" :
il va à Bagdad et écrit
ce livre. Ce n'est pas
la guerre
spectaculaire telle
que les médias la
montrent, mais telle
qu'un écrivain la
vit. Là où les
images n'ont plus rien
à dire, les mots
prennent la parole.
Dans un décor hanté
par le fantasme et le
cauchemar, et au
milieu d'une faune hétéroclite
d'Irakiens, de
journalistes et autres
boucliers humains,
l'auteur met en scène
deux intrigues :
l'une, historique, qui
est l'attente des Américains
dans la ville de
Bagdad ; et l'autre,
amoureuse, avec la
mystérieuse danseuse
Schéhérazade.. Quand
la réalité est comme
un roman, il faut
faire un roman de la réalité.
L’auteur
de "Printemps de
feu", de passage
au Liban
"Je ne
suis pas atteint
d’antiaméricanisme
primaire, mais Bush
doit
s’excuser",
affirme Marc-Edouard
Nabe
par
SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour
le 11 octobre 2003
En
France, il est
(presque) interdit de
médias, tant ses
opinions dérangent le
lobby qui tient les
commandes de
l’opinion. Pourtant,
rien ne semble
effrayer Marc-Edouard
Nabe, auteur du Printemps
de feu, un livre
boycotté
aujourd’hui par la
presse française.
Ecrivain, avec 25
ouvrages à son actif;
ce jeune homme de 45
ans ne cache plus son
dégoût de "l’Occident"
actuel, à la solde
des Américains.
Evoquant la réalité
sur un ton de roman,
il raconte son dernier
voyage à Bagdad, à
la veille du début de
la guerre de George W.
Bush. Il en est
d’ailleurs reparti
juste avant que les Américains
n’occupent la
capitale de l’Irak,
"car, dit-il, je
ne pouvais pas
supporter l’idée de
voir des GI dans les
rues. Je les ai quand
même rencontrés sur
la route de
Damas...". "L’Occident
est dans un état
d’horreur et de décrépitude
inimaginables",
précise Marc-Edouard
Nabe, en visite pour
quelques jours à
Beyrouth. Après un séjour
à Bagdad, l’écrivain
ne peut cacher son dégoût
face à la manière
avec laquelle les Américains,
mais aussi les
reporters de guerre
occidentaux se sont
comportés pendant les
événements. Il
raconte d’ailleurs
tout dans son dernier
livre, appelé roman,
mais qui ressemble étrangement
à une réalité haïssable.
"Mon vice, dit-il
d’ailleurs avec
humour, est de
raconter des choses
vraies, en disant que
c’est un roman.
Beaucoup font le
contraire."
Combatif,
Marc-Edouard Nabe ne
craint pas les
affrontements pour défendre
ses idées, mais il
refuse le qualificatif
de provocateur.
Pourtant, invité sur
un des plus importants
plateaux de télé en
France (parce que le
présentateur
producteur de l’émission
est un ami et que par
conséquent c’est le
seul qui accepte de
l’inviter), il a réussi
à faire l’événement,
attirant l’attention
des téléspectateurs
sur l’immense
duperie dont ils sont
actuellement les
victimes. Déjà, avec
son précédent
ouvrage, écrit après
les événements du 11
septembre 2001, Une
lueur d’espoir,
Marc-Edouard Nabe s’était
attiré les foudres du
lobby proaméricain.
Mais un écrivain de
son envergure ne
pouvait se laisser
intimider par ce genre
de manœuvres ni
renoncer à défendre
ses idées.
Où est la vraie démocratie
?
Indépendant,
libre, Marc-Edouard
Nabe veut le rester,
"mais
aujourd’hui, en
Occident, si on est
neutre, on est aussitôt
qualifié d’extrémiste".
Et lui, par fidélité
pour cet Occident
auquel il doit tout,
il refuse de défendre
ce qu’il est devenu,
"un foyer de
racisme, de supériorité
et de mépris pour les
Arabes et l’Orient",
lance-t-il, avant
d’atténuer ces
propos. "En fait,
c’est surtout le
lobby qui tient
l’information qui déforme
l’opinion et cherche
à faire basculer la
tendance. Mais le
peuple, lui, n’est
pas dans cette atmosphère.
Preuve en est que mon
livre se vend bien,
malgré toutes les manœuvres
pour
l’occulter."
Pour Marc-Edouard Nabe,
la position actuelle
des Américains est
absolument indéfendable,
mais cela ne signifie
pas qu’il a la
moindre complaisance
pour Saddam Hussein.
L’écrivain se sent
aujourd’hui plus
proche de la position
de l’Orient, dont la
porte est Beyrouth,
qu’il juge plus
digne que celle de
l’Occident. "Cela
suffit de dire que
tout le monde doit
suivre le modèle de démocratie
occidentale généralisée.
Lorsqu’on voit que
dans les médias
arabes toutes les voix
peuvent se faire
entendre, alors que ce
n’est pas le cas en
Occident, on se
demande où est la démocratie
!"
Marc-Edouard
Nabe ne vient pas en
Orient avec des
lunettes roses. Il est
lucide sur la
corruption et les régimes
plutôt oppresseurs,
mais il souhaite que
les Orientaux cessent
de se faire des
illusions sur
l’Occident. "La
corruption et la
dictature existent
aussi en Occident,
mais sous d’autres
formes. Ce qu’il
faut, c’est adapter
la démocratie à vos
besoins, au lieu de
chercher à imiter les
Occidentaux. Tant que
vous les imiterez, ils
continueront à vous
considérer comme des
inférieurs."
Une victoire achetée
et non remportée
L’écrivain
se défend d’être
atteint de la maladie
de "l’antiaméricanisme
primaire". Il a
lui aussi compati aux
événements du 11
septembre. "Mais
il ne suffit pas de
compatir, il faut
analyser le phénomène
et essayer de lui
trouver des
explications. Les
trois quarts de la
planète ont compris,
sauf les Américains,
qui, en deux ans, ont
mené deux
guerres." Ce
qu’il faudrait,
selon lui, c’est que
George W. Bush présente
ses excuses aux
peuples de la planète,
ou en tout cas fasse
preuve d’une
certaine humilité,
"et alors, tout
le monde sera avec les
Etats-Unis".
Lorsqu’on lui fait
remarquer que les régimes
arabes sont généralement
proaméricains,
Marc-Edouard Nabe précise
qu’ils le sont par
peur et en raison des
terribles pressions
exercées sur eux.
"Ce n’est pas
le cas des Arabes
seulement. En Amérique
latine et partout dans
le monde, les régimes
en place craignent les
Etats-Unis. Ceux-ci
ont acheté la
victoire, ils ne
l’ont pas remportée."
Selon lui, à travers
l’islam, Bush vise
la Bible. "Dans
son optique, la
Babylone moderne (New
York) a été attaquée,
il faut donc détruire
la Babylone
antique" et il
ajoute : "Je ne
suis pas un illuminé,
un allumé peut-être…".
Marc-Edouard Nabe ne
se sent nullement
injuste envers les Américains.
Selon lui, il ne faut
pas croire que ce
peuple est contre les
idées de son président.
Preuve en est la récente
victoire de l’acteur
Arnold Schwarzenegger
au poste de gouverneur
de Californie...
Il
conteste aussi la thèse
en vogue aux
Etats-Unis selon
laquelle ceux qui
commettent des
attaques contre les
soldats américains
sont des islamistes.
"C’est comme si
on disait que de
Gaulle était un
ayatollah lillois.
L’attaque contre une
force occupante
s’appelle de la résistance
et il n’y a rien de
religieux là-dedans."
Marc-Edouard Nabe
n’a donc que respect
pour les combattants
du Hezbollah et tous
ceux qui résistent
contre les forces
d’occupation. Même
si cela déplaît
fortement au "lobby
américano-sioniste
qui tient les rouages
des médias en
France". "Je
ne cherche pas à
faire carrière,
dit-il. Je ne veux ni
médailles ni miettes
de pouvoir. Je veux
simplement être libre
d’exprimer ma pensée
et retrouver cette
dignité disparue dans
l’Occident moderne,
où tout est sévèrement
contrôlé. C’est un
peu comme la rentrée
littéraire en France
cette année. Il y 650
romans et seuls ceux
qui font l’éloge
des Américains ont
droit à des articles
dans la presse.
Heureusement, si la
promotion incite à la
vente, les Français
finissent toujours par
faire leurs propres
choix. Mais ceux qui
tiennent les commandes
font la loi dans les médias.
Lorsque l’écrivain
Michel Houellebecq a
eu un procès pour
avoir écrit que
l’islam est la
religion des cons,
toutes les grandes
figures sont venues le
défendre. Si moi,
j’avais osé
critiquer le Talmud,
je me retrouverais en
prison, oublié de
tous."
Bref,
l’écrivain est
intarissable sur son
écœurement face à
la situation actuelle
des médias en
Occident. Il est donc
venu au Liban et il
espère se rendre dans
d’autres pays arabes
et même en Iran, pour
dire à tous ceux qui
partagent son
sentiment qu’en
Occident, il existe
des forces qui
souhaitent les
aider… "Je
souhaite poursuivre ma
dérive orientaliste.
C’est, pour moi, une
matière poétique
extraordinaire."