25e
congrès du Melcom,
organisé par la Bibliothèque
orientale et l’Orient
Institut
Quelle
est la situation des
bibliothèques au Liban ?
Comment adapter les
nouvelles technologies
dans ce domaine ? Comment
se fait l’étude des
manuscrits et des
collections rares dans les
différents pays ? Quel va
être le sort des bibliothèques
et archives en Irak ? Des
questions aussi diverses
que cruciales ont été au
programme du 25e congrès
annuel du Melcom
(Association européenne
des bibliothécaires du
Moyen-Orient) qui s'est
tenu du 26 au 28 mai à
Beyrouth. Il a été
organisé par l’Orient
Institut der Deutschen
Morgenländischen
Gesellschaft et la
Bibliothèque orientale de
l’Université
Saint-Joseph. Les conférences
ont eu lieu dans les deux
institutions.
La
séance inaugurale s’est
déroulée en présence de
l’ancien ministre de la
Culture, M. Ghassan Salamé
; du recteur de l’USJ,
le RP Sélim Abou ; ainsi
que de MM. Manfred Kropp,
directeur de l’Orient
Institut ; Arnould Vrolijk,
président du Melcom ;
Wolf-Dieter Lemke, du
Orient Institut et Mme May
Semaan Seigneurie,
directrice de la Bibliothèque
orientale. "Une
longue tradition de coopération
lie l’Orient Institut et
la Bibliothèque
orientale, a souligné le
recteur Abou. Elle a été
renouvelée dans les années
90 et fait partie d’un
traité de coopération
entre l’Orient Institut
et l’Université
Saint-Joseph".
"Les deux
institutions possèdent
des fonds souvent complémentaires
et s’intéressent aux mêmes
domaines du savoir, d’où
leur coordination dans les
domaines de
l’acquisition et des échanges",
a-t-il indiqué, ajoutant
qu’il apprécie tout
particulièrement le fait
que les organisateurs
aient consacré la première
partie du colloque au sort
des bibliothèques en
Irak. "C’est un
problème grave et qui
nous concerne tous dans la
mesure où toute atteinte
à un patrimoine culturel
est une atteinte à la
civilisation
humaine."
Le
patrimoine écrit irakien
La première
table ronde était ainsi
consacrée au sort du
patrimoine écrit irakien
qui a subi des dommages
irréparables après les
pillages qui ont suivi la
chute du régime de Saddam
Hussein et l’entrée des
troupes américaines le 9
avril. A la tribune :
Geoffrey Roper, de la
bibliothèque de l’Université
de Cambridge et Sjoerd
Koopman, représentant de
l’IFLA (Fédération
internationale des
associations de bibliothécaires
et des bibliothèques).
Roper a d’abord cité
deux rapports : le
premier, un aperçu sur
l’état des bibliothèques
et dépôts d’archives
irakiens par Edouard Méténier
de l’Ifapo de Damas. Et
le second signé par
Graham Shaw, de la British
Library. Ces rapports font
état du sérieux de la
situation. Il en
existe d’autres, a noté
le conférencier,
insistant sur leur
diversité et leurs
informations parfois
contradictoires. "En
réalité, nous ne savons
pas ce qui s’est
vraiment passé. On
pensait que les manuscrits
islamiques avaient été
brûlés. Mais l’on
vient d’apprendre
qu’ils étaient regroupés
depuis 1988 dans la
bibliothèque de Saddam (Dar
Saddam lil mahfouzat).
Cette collection de près
de 40.000 pièces se
trouve donc actuellement
à l’abri." De
plus, le directeur général
de l’Unesco annonçait
la semaine dernière
qu’une équipe de quatre
experts envoyée à Bagdad
avait noté que les
chiffres avancés entre
60.000 à 70.000 pièces
volées du musée de la
ville étaient inexacts.
Il semble à présent
qu’il y en ait eu moins
de 1.000. "Tout cela
reste très flou. L’idéal
serait de pouvoir envoyer
un spécialiste sur le
terrain pour recueillir
des informations exactes
sur l’état des
choses", a conclu M.
Rooper en se disant prêt
à toutes les suggestions.
M. Koopman a ensuite pris
la parole pour exposer les
objectifs de l’IFLA. Il
a présenté le programme
Bouclier bleu, constitué
par les ONG représentant
les archives (ICA), les
bibliothèques (IFLA), les
monuments et les sites
(ICOMOS) et les musées (ICOM).
Toutes les parties concernées
se sont engagées à faire
tout leur possible afin de
protéger le patrimoine
culturel irakien et empêcher
des dommages supplémentaires.
Les Etats-Unis se sont
attiré les critiques des
intervenants, car lors des
pillages, les troupes américaines
n’étaient pas
intervenues pour protéger
les collections riches de
quelque 170.000 pièces.
Mais, l’on s’en doute,
le sujet n’est pas clos.
Les participants ont
proposé de regrouper les
suggestions dans un plan
d’action à publier avec
les recommandations du
colloque. Par ailleurs et
toujours à propos de l’Irak, un
film d’Amal al-Jubouri
et Jawad al-Hattab a été
projeté.
Le livre au Liban
"Le
projet de la Bibliothèque
nationale du Liban" :
c’est avec ce sujet,
aussi passionnant
qu’alarmant, que Maud
Stephan-Hachem,
responsable du projet de réhabilitation
de la Bibliothèque
nationale, a ouvert la
deuxième série de conférences
qui s’articulaient
autour du thème
"Situation de la
bibliothèque au
Liban". Evoquant
"les difficultés à
rebâtir une bibliothèque
nationale détruite",
elle brosse un panorama détaillé
de l’entreprise de
reconstruction, commencée
dès 1991 et poursuivie
jusqu’à aujourd’hui,
avec l’espoir d’être
achevée en 2006. Avec une
minuscule équipe de huit
personnes, 11.000 ouvrages
ont été triés, nettoyés,
leurs couvertures
digitalisées et des
informations sommaires sur
les livres ont été
saisies. Le travail à
effectuer est encore lourd
et fastidieux, et la conférencière
rappelle quelques
handicaps de taille :
l’absence d’inventaire
pour la collection
moderne, répartie en
quelque 34.000 caisses
largement endommagées par
les déménagements
successifs ;
l’inexistence d’une
structure administrative
reconnue ; l'absence d’équipe
qualifiée. Elle
conclut en rappelant que "depuis
l’arrivée du nouveau
gouvernement, les travaux
engagés sur le site
provisoire de l’école
de droit de l’Université
libanaise, à Sanayeh, ont
été interrompus. De
plus, la Commission européenne
doit tenir son engagement
de signature de convention
financière".
Antoine Saliba, quant à
lui, a évoqué "La
Bibliothèque orientale :
histoire et orientations
actuelles". Les
principales difficultés
de cette institution, fondée
en 1880 à Ghazir par le père
Louis Cheikho et qui
contient 200.000 titres
dans les domaines, entre
autres et pour les plus
importants, de
l’histoire, de la
religion et de l’archéologie,
concernent d’une part la
protection des manuscrits,
une opération commencée
en 2000 par une désinfection
générale ; la
redistribution des fonds
d’autre part, avec une
protection préventive des
ouvrages. Alors que
l’informatisation des
données a débuté dès
1992, Antoine Saliba relève
les deux efforts à
effectuer le plus
rapidement possible : la
gestion de l’espace, qui
devient de plus en plus étroit,
ainsi que le rattrapage
des lacunes de mise à
jour de la collection
moderne, présentes depuis
près de 25 ans.
Beaucoup
plus enthousiaste et
sereine a été
l’intervention de Samira
Rafidi Meghdessian,
intitulée "The
University Libraries at
the American University of
Beirut : gearing up for
the millenium" (les
bibliothèques académiques
de l’AUB : en route pour
le millénaire). A la
pointe de la technologie
pour des milliers d’étudiants,
de professeurs et de
chercheurs, la bibliothèque
académique de l’Université
américaine est une des
plus grandes de la région
arabe. Comme ses collègues,
la responsable de ces
institutions relève le
manque évident de
bibliothécaires et
d’assistants (l’équipe
actuelle comprend à peine
20 personnes), mais
souligne l’avance prise
dans les domaines de la
conservation, de
l’archivage et du
renouvellement des fonds,
allant de pair avec une
informatisation massive
qui se fait forte de
mettre un maximum de
documents à la portée du
plus grand nombre. Comme
le souligne la conférencière, "l’un
des buts principaux de
l’institution est de
servir d’intermédiaire
entre le local et
l’international, grâce
à une digitalisation des
documents, devenue pour
nous prioritaire".
Les Etudes de
manuscrits et ouvrages
rares
Le colloque s'est
poursuivi avec plusieurs
autres séries de conférences
très intéressantes,
portant sur les "Etudes
de manuscrits et ouvrages
rares" :
–
Tilman Seidensticker
(Université de Jena,
Allemagne), "Le développement
des miniatures du
Coran" ; Zeina
Genadry (Bruxelles),
"Une reliure laquée
de Herati" ;
OlgaYastrebova (Bibliothèque
nationale de Russie),
"Un manuscrit curieux
du XVIe siècle contenant
les brouillons de deux
textes anonymes" ;
Cihan Okuyucu (Université
Fatih, Istanbul),
"Signification de
“Vekayi-i Ali Pasa” de
Kelami selon le point de
vue de la poésie
classique turque".
– Kamaruzzaman Yusoff
(Université nationale de
Malaisie), “Zubdat
ikhtisar tarikh Misr
al-mahrusa” et le
fragment, retrouvé à
Paris, de l’histoire de
l’Egypte ottomane du
XVIIe siècle" ;
Stoyanka Kenderova
(Bibliothèque nationale,
département oriental,
Bulgarie), "La
bibliothèque d’Osman
pacha, wali de Beyrouth et
de Saïda" ; Jamileh
Osti (Centre de
documentation et des études
orthodoxes antiochiennes,
Balamand), "Le
catalogage et l’accès
aux archives de l’évêché
des grecs-orthodoxes de
Beyrouth".
– Sebah Muhssin
(Université de Benghazi,
Libye), "Conservation
et restauration des
collections de manuscrits
et des archives dans les
bibliothèques et les
centres d’archives à
Bagdad » ; Youssef Zeidan
(Bibliothèque Alexandrina,
Egypte), "Héritage
des projets de renaissance
à la Bibliothèque
Alexandrina" ; Asma
Fathallah (Bibliothèque
Jafet, AUB),
"Manipuler avec précaution
: les manuscrits dans les
bibliothèques de l’AUB".
– Souad Slim (Université
de Balamand), "Le rôle
de l’université de
Balamand dans la préservation
du patrimoine culturel et
religieux des chrétiens
arabes du patriarcat d’Antioche"
; Olga Vasilyeva (Bibliothèque
nationale de Russie, département
des manuscrits), "Manuscrits
chrétiens arabes de la
bibliothèque nationale de
Russie : valeur historique
et histoire de son
acquisition" ;
Katherine Gill (St.
John’s University,
Etats-Unis), "Le
projet en Méditerranée
orientale de la Hill
Monastic Manuscript
Library de l’université
St. John".
– Dmitri Osipov (Centre
d’études orientales,
Bibliothèque de la fédération
russe pour la littérature
étrangère, Moscou),
"Manuscrits arabes,
persans et turcs des
collections de Moscou à
travers le catalogue électronique"
; Andrew Peacock
(Université de Cambridge,
Angleterre), "Les
manuscrits islamiques
(historiques et géographiques)
non inventoriés de la
bibliothèque de
l’université de
Cambridge" ; Muhammad
Isa Waley (British Library,
Londres), "Les trésors
cachés de
Birmingham".