Avocat
et écrivain, lauréat de
nombreux prix littéraires,
Alexandre Najjar a publié,
entre autres, trois romans
historiques chez Grasset (dont
"les Exilés du
Caucase", prix de l'Asie,
et l' "Astronome",
prix France-Liban), deux
biographies ("Le
Procureur de l'Empire",
consacré à l'homme qui persécuta
Baudelaire et Flaubert, et
"Gibran"), et un récit
sur la guerre du Liban
("L'Ecole de la
guerre"), traduit en
plusieurs langues. www.najjar.org
"Le Général
de Gaulle est ce qu'il est.
Pas un oracle, ni le maître
d'une école, ni le fondateur
d'une église. C'est un
exemple." Olivier
Guichard
"Les
liens entre la France et le
Liban s'illustrent par leur
solidité et leur sincérité.
Si la France est investie
d'une mission en Orient, le
Liban est, de son côté,
investi d'une mission en
Europe. C'est pourquoi il
importe à nos deux pays de
demeurer en accord,
solidaires, non seulement sur
les questions d'ordre
pratique, mais également sur
les questions politiques.
Cette coopération peut aider
à restaurer la paix dans la région
où se trouve le Liban, et
contribuer ainsi à la paix
dans le monde." Ainsi
s'exprima le général de
Gaulle à propos du Liban,
lorsque l'ancien ambassadeur
du Liban en France, Philippe
Takla, lui remit ses lettres
de créances. Peu de temps après,
au lendemain de l'attaque menée
par l'aviation israélienne
contre l'aéroport de
Beyrouth, le général de
Gaulle lui exprima de façon
très touchante sa solidarité
avec le Liban.
Ce témoignage
figure en annexe du livre
"De Gaulle et le
Liban" - comprenant également
en annexe un dossier
iconographique, le discours du
3 juillet 1931 et des dédicaces
-, ainsi que huit autres vécus
par les anciens présidents de
la République Fouad Chéhab
et Charles Hélou, l'ancien président
du conseil Saëb Salam, les
anciens ministres Khalil
Abouhamad, Raymond Eddé,
Pierre Gemayel et Khalil
el-Khoury, et l'ancien
ambassadeur du Liban auprès
de l'Unesco Camille Aboussouan,
dont le père rapporte les
propos prémonitoires tenus
devant lui par le chef de la
France libre : "Tant
que je serai aux affaires, je
ne permettrai pas que l'on
nuise au Liban. C'est le seul
lieu du monde où islam et chrétienté
ont réussi une convivialité
que ses institutions
politiques favorisent. Pour
l'avenir des rapports des
civilisations en Méditerranée,
c'est un précédent
exemplaire précieux."
L'ambassadeur
Aboussouan écrit : "Le
climat politique, dans la
tradition de William Pitt,
Sydney Smith et du colonel
Lawrence, était tendu entre
la Grande-Bretagne, toute
puissante militairement au
Proche et Moyen-Orient, et le
Général arrivant de Londres.
Le vieux contentieux qui traînait
depuis l'expédition de
Bonaparte à travers tout le
XIXe siècle, surgissait à
nouveau au Liban. La route des
Indes ne devait toujours pas
risquer de voir la France
maintenue sur sa voie, même
à la faveur d'une amitié
libanaise indépendante et
millénaire dont de Gaulle
avait déclaré le 27 juillet
1941, le lendemain de son
arrivée à Beyrouth : "Si
nous sommes heureux de prendre
de nouveau, depuis hier,
contact avec le Liban, c'est
d'abord, évidemment, parce
que dans tout coeur de Français
digne de ce nom, je puis dire
que le nom seul du Liban fait
remuer quelque chose de très
particulier, et j'ajoute que
c'est d'autant plus justifié
que les Libanais, libres et
fiers, ont été le seul
peuple dans l'histoire du
monde, à travers les siècles,
quels qu'aient été les péripéties,
les malheurs, les bonheurs,
les destins, le seul peuple
dont jamais le coeur n'a cessé
de battre au rythme du coeur
de la France..."
Signant la
préface de cet ouvrage,
l'ancien ambassadeur du Liban
Boutros Dib précise que
"nul mieux que le Général
ne discernait la profonde
signification de l'histoire
des relations
franco-libanaises".
"Il l'entrevoyait depuis
les ténèbres de l'Antiquité
et la suivait à travers les
âges où elle n'a cessé de
se tisser sur les continents
et sur les flots. Témoins,
entre autres, les artères de
communication de la vieille
Gaule, le port et le nom de
Marseille (Marsa El, ou port
du dieu phénicien El), les
routes de l'ambre, de l'étain,
de la soie, des épices, de...
l'Inde, dont, selon la
conjoncture, nous eûmes, les
uns et les autres et souvent
ensemble, à payer ou à
percevoir les péages. Mais il
en est une qui, par sa nature
transcendante à la matière,
domine les conjonctures, c'est
la route de l''esprit et de sa
quintessence, la culture, que
nourrit cette Méditerranée,
suffisamment petite, selon le
mot de Braudel, pour différencier,
mais pas assez pour séparer.
Est-ce par pur hasard que le
Liban, berceau de l'alphabet,
a été considéré comme un
trait d'union entre l'Orient
et l'Occident, un Orient dont
il fait partie intégrante et
un Occident dont il ne sent
pas étranger ?"
L'ambassadeur
Dib poursuit : "Le Liban,
pays de grande histoire, médite
sans discontinuer son passé
omniprésent. A sa lumière,
il vit son avenir et aussi le
secret de son indéfectible
amitié avec la France. Il s'y
rencontre avec les idées du
maître à penser qu'était de
Gaulle et qui veillait
subtilement au maintien de la
chaîne solide et
invisible qui lie les deux
pays. Une longue histoire a
forcément ses dédales et ses
complications. C'est en
prenant contact avec le Liban,
qu'il abordait pour la première
fois "avec des idées
simples", que le
Général découvrit "l'Orient
compliqué". La
question du Liban résumait la
complexité de l'historique
Question d'Orient. Raison de
plus, pour lui, de pénétrer
dans ce monde. Raison relevant
autant de la raison que du
coeur. Le Liban ami se trouve
être de surcroît le seuil
naturel de ce monde, un pont
jeté par-dessus les déserts
et l'onde pour rapprocher,
sous le signe de l'humain,
peuples et continents..."
Dans son
introduction précédant les
cinq chapitres du livre (
1.Un voyage forcé - 2.Un
locataire nommé de Gaulle -
3.L'épée - 4.La plume - 5.Le
retour ), Alexandre Najjar
indique : "Au Liban, le
souvenir du général de
Gaulle est omniprésent.
Pendant la guerre qui a ravagé
le pays, cette phrase, prononcée
sur un ton amer et
nostalgique, revenait sans
cesse : "Ah ! si
seulement de Gaulle était là
!", avec cette certitude
que "le plus illustre des
Français" n'aurait
jamais toléré que le Liban fût
impunément occupé par l'étranger,
malmené par les grandes
puissances, oublié par la
France ! Toutes les
personnalités politiques
libanaises, de quelque bord
qu'elles soient, s'accordent
pour célébrer la mémoire de
cet homme d'exception.... Mais
indépendamment de toute référence
au mythe ou à ce qu'on
appelle "la politique
arabe du Général",
force est de constater que la
personnalité de De Gaulle séduit,
envoûte. Son caractère, sa ténacité
(comment oublier cette phrase,
prononcée le 14 juillet 1943
: "Soyons fermes,
purs et fidèles : au bout de
nos peines, il y a la plus
grande gloire du monde : celle
des hommes qui n'ont jamais cédé"
?), son courage, son
sens aigu du patriotisme font
de lui un homme politique hors
du commun, un homme que le
monde envie à la France. Et
que les Libanais respectent et
apprécient."
L'auteur
note que "De Gaulle
et le Liban se divise en
quatre volumes, à paraître
successivement, qui
correspondent à quatre phases
dans les relations que le Général
entretenait avec le Liban : Vers
l'Orient compliqué (1929-1931,
tome 1) raconte les deux années
que le commandant de
Gaulle passa au pays des Cèdres,
années difficiles, loin du
centre de décision, mais
profitables sur le plan de la
formation et de la pensée. De
la guerre à l'Indépendance
(1941-1943, tome II) raconte
les péripéties de l'entrée
des troupes anglo-gaullistes
au Liban, en juin 1941, le
double voyage du Général au
Levant, et les événements
qui conduisirent le pays
à l'Indépendance en novembre
1943. Le tome III (A l'Elysée
- 1965) évoque en détail le
voyage entrepris par le président
libanais Charles Hélou en
France et sa rencontre
historique avec de Gaulle,
tandis que le tome IV, intitulé
l'Embargo (1968), évoque les
relations du Général avec
les Arabes et Israël, et les
dessous de l'embargo sur les
armes françaises destinées
à l'Etat hébreu, qu'il
décréta au lendemain de
l'attaque par un commando israélien
de l'Aéroport International
de Beyrouth. Le tout, enrichi
d'annexes comprenant des
documents connus ou inédits,
des photos d'époque et des témoignages
de première main..."
"En
mai 1965, le général de
Gaulle salua le Liban, "nation
indépendante, prospère et
cultivée",
qu'il n'hésita pas secourir
au moment du danger. A l'heure
où ces trois adjectifs nous
font cruellement défaut, à
l'heure où le Liban se trouve
menacé aussi bien par
une crise économique sans précédent,
par la corruption ambiante et
par de multiples atteintes aux
libertés publiques, que par
les convoitises de son
voisinage, ce livre vient
insister sur la grandeur d'un
homme qui se faisait
"une certaine idée"
du Liban..."
Extraits
du discours du commandant de
Gaulle à l'adresse de la
jeunesse libanaise, prononcé
à l'Université Saint-Joseph
de Beyrouth, le 3 juillet 1931
:
"L'hellénisme,
la force romaine, la diffusion
du christianisme, l'ordre
classique, la Révolution française,
l'impérialisme récent, l'évolution
sociale d'aujourd'hui, n'ont
pas tenu seulement aux
circonstances. Ces grands
mouvements n'eussent pas été
possibles sans une flamme
partout répandue : la passion
pour un idéal."
"Oui,
le dévouement au bien commun,
voilà ce qui est nécessaire,
puisque le moment est venu de
rebâtir. Et justement, pour
vous, jeunesse libanaise, ce
grand devoir prend un sens immédiat
et impérieux ; car c'est une
patrie que vous avez à faire.
Sur ce sol merveilleux et pétri
d'histoire, appuyés au
rempart de vos montagnes, liés
par la mer aux activités de
l'Occident, aidés par la
sagesse et par la force de la
France, il vous appartient de
construire un Etat. Non point
seulement d'en partager les
fonctions, d'en exercer les
attributs, mais bien de lui
donner cette vie propre, cette
force intérieure, sans
lesquelles il n'y a que des
institutions vides. Il vous
faudra créer et nourrir un
esprit public, c'est-à-dire
la subordination volontaire de
chacun à l'intérêt général,
condition sine qua non de
l'autorité des gouvernants,
de la vraie justice dans les
prétoires, de l'ordre dans
les rues, de la conscience des
fonctionnaires. Point d'Etat
sans sacrifices : d'ailleurs,
c'est bien de sacrifices qu'en
est sorti celui du
Liban."
"Oui,
la jeunesse libanaise qui
sortira d'ici sera bien préparée
à la tâche nationale.
Marchant sur les traces de ses
aînés, parmi lesquels nous
saluerons avant tout le Président
de la République libanaise, résolue
à la discipline et au désintéressement,
liée à la France par toutes
les voies de l'esprit et du
coeur, cette élite sera le
ferment d'un peuple chargé,
dorénavant, des lourds
devoirs de la liberté."