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BIBLIO  RJLIBAN  N°2  du 6 mai 2003 

 
De Gaulle et le Liban : Vers l'Orient compliqué  (1929-1931)
 
par ALEXANDRE NAJJAR, éditions Terre du Liban, Beyrouth, septembre 2002
 
Ce livre est diffusé en France par la Librairie orientaliste Paul Geuthner, 12 rue Vavin, 75006 Paris
 

Avocat et écrivain, lauréat de nombreux prix littéraires, Alexandre Najjar a publié, entre autres, trois romans historiques chez Grasset (dont "les Exilés du Caucase", prix de l'Asie, et l' "Astronome", prix France-Liban), deux biographies ("Le Procureur de l'Empire", consacré à l'homme qui persécuta Baudelaire et Flaubert, et "Gibran"), et un récit sur la guerre du Liban ("L'Ecole de la guerre"), traduit en plusieurs langues. www.najjar.org

 

"Le Général de Gaulle est ce qu'il est. Pas un oracle, ni le maître d'une école, ni le fondateur d'une église. C'est un exemple." Olivier Guichard

 

"Les liens entre la France et le Liban s'illustrent par leur solidité et leur sincérité. Si la France est investie d'une mission en Orient, le Liban est, de son côté, investi d'une mission en Europe. C'est pourquoi il importe à nos deux pays de demeurer en accord, solidaires, non seulement sur les questions d'ordre pratique, mais également sur les questions politiques. Cette coopération peut aider à restaurer la paix dans la région où se trouve le Liban, et contribuer ainsi à la paix dans le monde." Ainsi s'exprima le général de Gaulle à propos du Liban, lorsque l'ancien ambassadeur du Liban en France, Philippe Takla, lui remit ses lettres de créances. Peu de temps après, au lendemain de l'attaque menée par l'aviation israélienne contre l'aéroport de Beyrouth, le général de Gaulle lui exprima de façon très touchante sa solidarité avec le Liban.

 

Ce témoignage figure en annexe du livre "De Gaulle et le Liban" - comprenant également en annexe un dossier iconographique, le discours du 3 juillet 1931 et des dédicaces -, ainsi que huit autres vécus par les anciens présidents de la République Fouad Chéhab et Charles Hélou, l'ancien président du conseil Saëb Salam, les anciens ministres Khalil Abouhamad, Raymond Eddé, Pierre Gemayel et Khalil el-Khoury, et l'ancien ambassadeur du Liban auprès de l'Unesco Camille Aboussouan, dont le père rapporte les propos prémonitoires tenus devant lui par le chef de la France libre : "Tant que je serai aux affaires, je ne permettrai pas que l'on nuise au Liban. C'est le seul lieu du monde où islam et chrétienté ont réussi une convivialité que ses institutions politiques favorisent. Pour l'avenir des rapports des civilisations en Méditerranée, c'est un précédent exemplaire précieux."

 

L'ambassadeur Aboussouan écrit : "Le climat politique, dans la tradition de William Pitt, Sydney Smith et du colonel Lawrence, était tendu entre la Grande-Bretagne, toute puissante militairement au Proche et Moyen-Orient, et le Général arrivant de Londres. Le vieux contentieux qui traînait depuis l'expédition de Bonaparte à travers tout le XIXe siècle, surgissait à nouveau au Liban. La route des Indes ne devait toujours pas risquer de voir la France maintenue sur sa voie, même à la faveur d'une amitié libanaise indépendante et millénaire dont de Gaulle avait déclaré le 27 juillet 1941, le lendemain de son arrivée à Beyrouth : "Si nous sommes heureux de prendre de nouveau, depuis hier, contact avec le Liban, c'est d'abord, évidemment, parce que dans tout coeur de Français digne de ce nom, je puis dire que le nom seul du Liban fait remuer quelque chose de très particulier, et j'ajoute que c'est d'autant plus justifié que les Libanais, libres et fiers, ont été le seul peuple dans l'histoire du monde, à travers les siècles, quels qu'aient été les péripéties, les malheurs, les bonheurs, les destins, le seul peuple dont jamais le coeur n'a cessé de battre au rythme du coeur de la France..."

 

Signant la préface de cet ouvrage, l'ancien ambassadeur du Liban Boutros Dib précise que "nul mieux que le Général ne discernait la profonde signification de l'histoire des relations franco-libanaises". "Il l'entrevoyait depuis les ténèbres de l'Antiquité et la suivait à travers les âges où elle n'a cessé de se tisser sur les continents et sur les flots. Témoins, entre autres, les artères de communication de la vieille Gaule, le port et le nom de Marseille (Marsa El, ou port du dieu phénicien El), les routes de l'ambre, de l'étain, de la soie, des épices, de... l'Inde, dont, selon la conjoncture, nous eûmes, les uns et les autres et souvent ensemble, à payer ou à percevoir les péages. Mais il en est une qui, par sa nature transcendante à la matière, domine les conjonctures, c'est la route de l''esprit et de sa quintessence, la culture, que nourrit cette Méditerranée, suffisamment petite, selon le mot de Braudel, pour différencier, mais pas assez pour séparer. Est-ce par pur hasard que le Liban, berceau de l'alphabet, a été considéré comme un trait d'union entre l'Orient et l'Occident, un Orient dont il fait partie intégrante et un Occident dont il ne sent pas étranger ?"

 

L'ambassadeur Dib poursuit : "Le Liban, pays de grande histoire, médite sans discontinuer son passé omniprésent. A sa lumière, il vit son avenir et aussi le secret de son indéfectible amitié avec la France. Il s'y rencontre avec les idées du maître à penser qu'était de Gaulle et qui veillait subtilement au maintien de la chaîne solide et invisible qui lie les deux pays. Une longue histoire a forcément ses dédales et ses complications. C'est en prenant contact avec le Liban, qu'il abordait pour la première fois "avec des idées simples", que le Général découvrit "l'Orient compliqué". La question du Liban résumait la complexité de l'historique Question d'Orient. Raison de plus, pour lui, de pénétrer dans ce monde. Raison relevant autant de la raison que du coeur. Le Liban ami se trouve être de surcroît le seuil naturel de ce monde, un pont jeté par-dessus les déserts et l'onde pour rapprocher, sous le signe de l'humain, peuples et continents..."

 

Dans son introduction précédant les cinq chapitres du livre ( 1.Un voyage forcé - 2.Un locataire nommé de Gaulle - 3.L'épée - 4.La plume - 5.Le retour ), Alexandre Najjar indique : "Au Liban, le souvenir du général de Gaulle est omniprésent. Pendant la guerre qui a ravagé le pays, cette phrase, prononcée sur un ton amer et nostalgique, revenait sans cesse : "Ah ! si seulement de Gaulle était là !", avec cette certitude que "le plus illustre des Français" n'aurait jamais toléré que le Liban fût impunément occupé par l'étranger, malmené par les grandes puissances, oublié par la France ! Toutes les personnalités politiques libanaises, de quelque bord qu'elles soient, s'accordent pour célébrer la mémoire de cet homme d'exception.... Mais indépendamment de toute référence au mythe ou à ce qu'on appelle "la politique arabe du Général", force est de constater que la personnalité de De Gaulle séduit, envoûte. Son caractère, sa ténacité (comment oublier cette phrase, prononcée le 14 juillet 1943 : "Soyons fermes, purs et fidèles : au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde : celle des hommes qui n'ont jamais cédé" ?), son courage, son sens aigu du patriotisme font de lui un homme politique hors du commun, un homme que le monde envie à la France. Et que les Libanais respectent et apprécient."

 

L'auteur note que "De Gaulle et le Liban se divise en quatre volumes, à paraître successivement, qui correspondent à quatre phases dans les relations que le Général entretenait avec le Liban : Vers l'Orient compliqué (1929-1931, tome 1) raconte les deux années que le commandant de Gaulle passa au pays des Cèdres, années difficiles, loin du centre de décision, mais profitables sur le plan de la formation et de la pensée. De la guerre à l'Indépendance (1941-1943, tome II) raconte les péripéties de l'entrée des troupes anglo-gaullistes au Liban, en juin 1941, le double voyage du Général au Levant, et les événements qui conduisirent le pays à l'Indépendance en novembre 1943. Le tome III (A l'Elysée - 1965) évoque en détail le voyage entrepris par le président libanais Charles Hélou en France et sa rencontre historique avec de Gaulle, tandis que le tome IV, intitulé l'Embargo (1968), évoque les relations du Général avec les Arabes et Israël, et les dessous de l'embargo sur les armes françaises destinées à l'Etat hébreu, qu'il décréta au lendemain de l'attaque par un commando israélien de l'Aéroport International de Beyrouth. Le tout, enrichi d'annexes comprenant des documents connus ou inédits, des photos d'époque et des témoignages de première main..."

 

"En mai 1965, le général de Gaulle salua le Liban, "nation indépendante, prospère et cultivée", qu'il n'hésita pas secourir au moment du danger. A l'heure où ces trois adjectifs nous font cruellement défaut, à l'heure où le Liban se trouve menacé aussi bien par une crise économique sans précédent, par la corruption ambiante et par de multiples atteintes aux libertés publiques, que par les convoitises de son voisinage, ce livre vient insister sur la grandeur d'un homme qui se faisait "une certaine idée" du Liban..."

 

Extraits du discours du commandant de Gaulle à l'adresse de la jeunesse libanaise, prononcé à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, le 3 juillet 1931 :

"L'hellénisme, la force romaine, la diffusion du christianisme, l'ordre classique, la Révolution française, l'impérialisme récent, l'évolution sociale d'aujourd'hui, n'ont pas tenu seulement aux circonstances. Ces grands mouvements n'eussent pas été possibles sans une flamme partout répandue : la passion pour un idéal."

"Oui, le dévouement au bien commun, voilà ce qui est nécessaire, puisque le moment est venu de rebâtir. Et justement, pour vous, jeunesse libanaise, ce grand devoir prend un sens immédiat et impérieux ; car c'est une patrie que vous avez à faire. Sur ce sol merveilleux et pétri d'histoire, appuyés au rempart de vos montagnes, liés par la mer aux activités de l'Occident, aidés par la sagesse et par la force de la France, il vous appartient de construire un Etat. Non point seulement d'en partager les fonctions, d'en exercer les attributs, mais bien de lui donner cette vie propre, cette force intérieure, sans lesquelles il n'y a que des institutions vides. Il vous faudra créer et nourrir un esprit public, c'est-à-dire la subordination volontaire de chacun à l'intérêt général, condition sine qua non de l'autorité des gouvernants, de la vraie justice dans les prétoires, de l'ordre dans les rues, de la conscience des fonctionnaires. Point d'Etat sans sacrifices : d'ailleurs, c'est bien de sacrifices qu'en est sorti celui du Liban."

"Oui, la jeunesse libanaise qui sortira d'ici sera bien préparée à la tâche nationale. Marchant sur les traces de ses aînés, parmi lesquels nous saluerons avant tout le Président de la République libanaise, résolue à la discipline et au désintéressement, liée à la France par toutes les voies de l'esprit et du coeur, cette élite sera le ferment d'un peuple chargé, dorénavant, des lourds devoirs de la liberté."

 

 
 
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