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BIBLIO
RJLIBAN N°15 du 3
juin 2006
Etonnants
Voyageurs s'offre un rêve
d'Orient
A
Saint-Malo, du 3 au
5 juin, "Orients rêvés,
Orients réels" est
le thème de la 17e édition
du festival qui réunit plus
de 190 auteurs. Nouveauté,
cette année, à travers
la manifestation "Livres
en scène", dans
laquelle on verra des
comédiens et comédiennes
tels Jacques Bonnafé,
Emmanuelle Devos,
Marie-France Pisier ou
encore Ariane Ascaride,
lire devant un public
attentif les textes des
auteurs invités.
Des
écrivains francophones
viendront aussi y lire
leurs propres textes.
Mais le festival de littérature
est également un grand
rendez-vous des cinéphiles
qui y découvrent des
dizaines de
documentaires et de
fictions. L'occasion
cette année, de se
plonger dans des univers
aussi variés que ceux
du Cambodgien Rithy Panh,
avec une rétrospective
sur son oeuvre, ou de
Christophe de Pontfilly
: un hommage est rendu
à celui dont on vient
d'apprendre la
disparition à 55 ans.
Coup de coeur, en outre,
pour deux sociétés régionales,
Aligal (Rennes) et 13
production (Marseille),
ainsi que pour la réalisatrice
yéménite Khadija
Al-Salami. Au total, 75
films seront diffusés
au cours de ces 3 jours.
Etonnants
Voyageurs, c'est aussi
des expositions (Hugo
Pratt, Bollywood...), le
chapiteau des saveurs
avec le chef Olivier
Roellinger, le retour
des slameurs (Rouda sera
accompagné cette année
de Grand Corps Malade,
qui cartonne en ce
moment avec son premier
album), un lieu de poésie
à la Tour des moulins
et un hommage à
"Jacques Lacarrière
l'enchanteur" au théâtre
Chateaubriand...
Etonnants
Voyageurs, à Saint-Malo
du vendredi 2 au lundi 5
juin. Gratuit le
vendredi, puis 8 Euros
les autres jours, pass
à 18 Euros pour les 3
jours, gratuit moins de
10 ans. Programme sur le
site Saint-Malo.maville.com
et sur le site etonnants-voyageurs.net .
Rencontre
avec l'écrivain MICHEL
LE BRIS, directeur-fondateur
d'Etonnants Voyageurs
par
GEORGES GUITTON, publié
dans Ouest-France le 2
juin 2006
-
L'Orient, fil
conducteur du
festival 2006.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y
pas de plus beau thème
pour Etonnants
Voyageurs ! L'Orient
c'est d'abord un
continent imaginaire
forgé par
l'Occident, où se
sont précipités poètes,
aventuriers,
marchands et
mystiques. Il était
donc tentant de
confronter cet
Orient-là à celui,
bien réel, qui
surgit aujourd'hui
devant nous, avec
une force qui fait
penser que le centre
de gravité du monde
est en train de se déplacer...
Surtout, nous avons
été "bluffés"
par l'inventivité
des jeunes écrivains
indiens, japonais,
afghans, et j'en
passe.
- Trait
dominant de cette
littérature ?
L'énergie,
d'abord. Un bonheur
à raconter des
histoires, c'est-à-dire
aussi à se lancer
dans le monde, à déployer
toutes les
puissances de
l'imaginaire -
quand, de notre côté,
nous avons un peu
trop tendance à
faire des romans où
l'on se demande à
longueur de page si
l'on va oui ou non
tremper le bout de
son orteil dans
l'eau du
fleuve-monde.
- Des
exemples ?
Ouvrez Loin de
Chandigarh, de
Tarun Tejpal, le
dernier roman de Mo
Yan. Ceux de Duong
Tu Hong ou d'Anna Moï,
ce n'est pas précisément
une production
basses calories pour
anorexiques
claustrophobes ! Je
dis cela, mais en même
temps, je sens cette
année, plus qu'un
frémissement dans
la littérature française.
Les Français
commencent à
apercevoir que le
monde existe et ne
se réduit pas à un
divan de
"psy".
-
L'Orient, c'est un
peu la tentation de
l'exotisme ?
Non, on est très
loin des littératures
des années 1950. Le
monde dont ces
auteurs parlent est
déjà le nôtre.
D'ailleurs, une
bonne partie de ces
auteurs habitent en
Occident. La
nouvelle littérature
anglaise des années
80 (Rushdie,
Ishiguro, Kureishi)
est largement le
fait d'écrivains
exilés.
Aujourd'hui, ils ont
pour nom Ranu
Dasgupta, Chieh
Cheng, Rattawut
Lapcharoensap, Yoko
Tawada, etc. Et ils
sont formidables,
vous allez voir !
- Comment
voyez-vous l'avenir
du festival
Etonnants Voyageurs
?
Tant qu'il sera
vivant, novateur...
nous l'avons lancé
en 1990 pour défendre
l'idée et l'urgence
d'une "littérature-monde".
Eh bien ! Nous y
sommes. Nous avions
donc vu juste. Ca
donne envie de
poursuivre, non ?
Ils
sont les écrivains
d'une littérature du
monde
par
SABRINA ROUILLÉ, publié
dans Ouest-France le 28
mai 2006
Festival. A
Saint-Malo,
Etonnants Voyageurs
va réunir plus de
190 auteurs, sur les
routes de
l'Orient... D'où
surgissent des écrivains
porteurs du choc des
cultures. "Orients
rêvés, Orients réels".
C'est le thème,
cette année, d'Etonnants
Voyageurs. Sur
la route des épices,
le long des
caravanes de musc et
de la soie... Vaste
Orient, tiraillé
entre ses traditions
et la modernité
teintée de
mondialisation. Ils
sont des centaines
d'écrivains qui
relaient ce
bouleversement dans
une "littérature-monde",
comme aime à la définir
Michel Le Bris,
directeur du
festival. "Le
monde est présent
dans leurs oeuvres
avec une force, une
puissance rare.
Lisez Tejpal, lisez
Al Aswani : cette
jubilation à créer
des mondes, à les
porter, ça fait du
bien ! Parce que
nous avons la
sensation que c'est
le monde actuel, le
monde qui vient, qui
se donne ainsi à
lire."
Mais
la "littérature-monde",
c'est aussi le télescopage
des cultures, Orient
et Occident mêlés.
"Avec l'explosion
économique et
technique, l'Occident
est entré en Orient,
bousculant les
clivages
traditionnels. Anna Moï
annonce une "littérature-monde"
en français. La révolution
dans les lettres
anglaises, suscitée
par les enfants de
l'ex-Empire arrive
enfin dans l'espace
francophone. Avec ces
auteurs, la terre
devient ronde. Ce
n'est pas trop tôt
!"
L'Orient
illumine Etonnants
Voyageurs
La 17e
édition du grand
festival littéraire
aura lieu du 3 au
5 juin à
Saint-Malo. Une
promenade en Asie
entre livres,
documentaires et
saveurs...
par SABRINA ROUILLÉ,
publié dans
Ouest-France le 27
avril 2006
Enthousiasmé,
fasciné, "bluffé"...
Michel Le Bris est
élogieux face à
l'inventivité des
romanciers de par
le monde. "Le
bouillonnement créateur
de l'Orient est énorme,
ajoute le
directeur du
festival malouin
Etonnants
Voyageurs. Lors de
la dernière édition,
consacrée à la
littérature de
demain, nous avons
eu l'occasion de découvrir
des littératures
extraordinaires,
de jeunes auteurs
bourrés de
talent. On assiste
à l'avènement
d'une littérature
en prise avec le
monde, bien loin
d'une manière
toute française
de s'enfouir la tête
dans le sable.
L'Inde représente
à elle seule une
richesse
incroyable. Toute
l'équipe a plongé
dans la littérature
indienne comme
dans un océan."
Et puis il y a le
Japon, la Chine,
bien sûr, mais
aussi
l'Afghanistan...
190
auteurs invités
Orients
rêvés, Orient réels
: le thème de la
17e édition
du festival littéraire
promet de belles
rencontres du 3 au
5 juin. Saint-Malo
se prépare à
mettre le cap sur
cet Orient
nouveau. Cette année,
la Ville s'est
davantage mobilisée,
avec notamment la
participation
active du musée,
du Centre Allende,
de la bibliothèque
et de la Maison
des associations
qui, pour
l'occasion, se
transformera en
Maison de l'Orient
et programmera de
nombreux films
consacrés à
cette terre. Avec
190 auteurs invités,
plus de 150 débats
et rencontres, le
festival reprend
son agenda sur
trois jours. Avec
une nouveauté qui
devrait convaincre
: un espace où la
lecture réunira
auteurs (Ousmane
Diarra, Olivier
Adam, François
Begeaudeau, Sylvie
Robic, Yvon Le Men...)
et acteurs de
renom (Ariane
Ascaride, Jacques
Bonnafé, Bruno
Putzulu...). On y
retrouvera également
le slameur Rouda
(poète urbain) et
son complice Grand
Corps malade. Ce
lieu remplacera
les caves Surcouf,
trop éloignées
du coeur du
festival.
Bien
sûr, au regard du
succès remporté
l'an dernier par
l'espace
"Toutes les
saveurs du
monde", animé
par Olivier
Roellinger, le
rendez-vous sera
très attendu.
Avec ce thème
consacré à
L'Orient, terre
des épices et des
senteurs,
l'inventif
cuisinier aux
trois étoiles est
en terrain connu.
Etonnants
Voyageurs, c'est
aussi un
rendez-vous cinématographique.
Un festival dans
le festival.
Signalons
notamment deux
grands temps forts
avec une rétrospective
du Cambodgien
Rithy Panh,
l'auteur, entre
autres, de S21
la machine khmère
rouge et un "Zoom
avant sur
l'Afghanistan"
avec un hommage à
Christophe de
Ponfilly. Son
premier film de
fiction, L'étoile
du soldat,
sera projeté en
avant-première.
Gens d'Ouest
Explorateurs d'Asie
paru dans
Ouest-France le 26
mai 2006
Originaires de
l'Ouest, ils sont
devenus
explorateurs de
l'Asie.
Ouest-France vous
invite à découvrir
ces destins
exceptionnels dans
un superbe hors-série.
Jean-Baptiste
Chaigneau, marin
lorientais,
rencontre son
destin à Macao,
devient
Capitaine,
Grand
Mandarin et
Général ; Paul
Proust de la
Gironière,
jeune médecin de
Vertou, part à
l’aventure aux
Philippines et
devient un
personnage d’un
roman
d’Alexandre
Dumas ; Mathurin
Méheut, natif
de Lamballe,
brave
les
interdits en
peignant le Parc
de Nara au Japon ;
Pierre-Marie
Osouf,
enfant
du bocage Normand,
bâtit sa propre
Cathédrale à
Tokyo...
Ouest-France
retrace l’Odyssée
incroyable de
Maisonneuve,
Gicquel, Fontaney
et bien d’autres
qui ont exploré
le Tibet, la Chine
à une époque où
les charters
n’existaient pas
!
Poètes
et voyageurs sur les
routes d’Orient
Poètes,
voyageurs, romanciers,
traducteurs, érudits,
ils ont arpenté, rêvé,
étudié les routes de
l’Orient, fait de la
rencontre entre Orient
et Occident l’espace
même de leur aventure
intellectuelle - pour
nous ils ont été
d’indispensables "passeurs".
Et ils le seront une
fois de plus à
Saint-Malo.
Rencontres, débats,
lectures, spectacles
avec : Corinne
Atlan, Patrick Boman,
Sara et Jacques Dars,
Gérard Duc, Alain
Dugrand, Noel et
Liliane Dutrait,
Yveline Feray,
Philippe Forest,
Christian Jambet,
Alain Kervern, Claude
Levenson, Peter May,
Bernard Ollivier,
Jean-Claude Perrier,
Jacques Pimpaneau,
Olivier Roellinger,
André Velter, Olivier
Weber, Kenneth
White...
Orients
rêvés, Orients réels
: Le thème 2006
par
MICHEL LE BRIS
La
route des épices, les
longues caravanes de
musc, de soies et
d’or sur les dunes
écarlates, et, passé
l’horizon, la
promesse de mondes
recommencés, de
royaumes de
merveilles, de
civilisations étranges
et raffinées pour
s’enivrer enfin "d’espace
et de lumière et de
cieux embrasés"
(Baudelaire) :
l’Orient. Et peut-être
déjà faudrait-il le
dire au pluriel :
Orients proches et
lointains,
"moyens" ou
"extrêmes"
mais toujours
"autres" -
multiples comme nos rêves
de partance, nos
fantasmes et nos
peurs, dont ils sont
le miroir. Voyageurs
et marchands, poètes
et conquérants, rêveurs
de royaume et
mystiques, depuis
l’aube des temps
n’ont eu de cesse de
le trouver, pour se
trouver ou pour s’y
perdre : est-il
de plus beau sujet,
pour un festival comme
"Etonnants
Voyageurs" ?
L’Orient, ou la
figure même de
l’Ailleurs. Mais où
le situer, au juste,
cet Orient - puisque
la terre est ronde ?
Delacroix le trouvait
déjà au Maroc, dans
l’éblouissement
tout à la fois de la
lumière et d’une
autre culture :
il n’aura de cesse,
cet Orient, de se déplacer,
des sables du désert,
jusqu’à la Chine
immense, l’Inde mystérieuse,
le Japon si lointain -
autre manière de dire
qu’il est peut-être,
d’abord, un
continent imaginaire,
l’ "Autre"
de l’Occident, son
double inversé, qui
accompagne sa course
depuis les origines :
l’Empire de la
sagesse contre celui
de la raison,
l’Empire des sens
contre nos morales
trop étroites, et
celui de la Tradition
contre notre religion
de l’Histoire.
Orients
rêvés, Orient réels :
qui ne ressent pas que
le monde de demain
s’invente d’abord
là-bas, très loin
probablement de nos
imageries "exotiques" ?
Et cet énorme
enfantement tout à la
fois fascine et inquiète
- où l’on dirait
que l’Occident, à
son tour, fonctionne
pour bien des acteurs
comme leur double
inversé, désiré et
haï. Orient-Occident :
demain le grand
affrontement ? Ou
bien au contraire la
promesse enfin d’un
dialogue, d’une
pollinisation croisée
- quand la terre,
enfin, devient ronde ?
Cette édition du
festival, aussi, comme
l’occasion d’une
grande rencontre, de
multiples débats...
Tous, préparant cette
édition, nous avons
été fascinés,
enthousiasmés,
"bluffés"
par l’énorme
bouillonnement créateur
de cet Orient nouveau,
la prolifération
d’artistes, de cinéastes,
d’écrivains
novateurs. Nous vous
avons fait découvrir
l’année dernière
les futurs
"grands" de
la littérature
mondiale. Cap cette
année sur l’Orient :
un monde, à découvrir.
NAJJAR
Alexandre, Liban
Alexandre
Najjar est né à
Beyrouth en 1967.
Avocat à la Cour et
auteur de romans
historiques (Les Exilés
du Caucase, Grasset,
1995), de biographies
(Khalil Gibran, paru récemment
aux éditions J’ai
Lu ; Saint
Jean-Baptiste,
Pygmalion, 2005) et de
récits (L’Ecole de
la guerre, La Table
Ronde, préface de
Richard Millet),
traduits dans une
dizaine de langues, il
est considéré comme
l’un des meilleurs
écrivains
francophones de sa génération.
Il a publié chez
Plon, en 2005, Le
Roman de Beyrouth, une
histoire de Beyrouth
sur un siècle, entre
fiction et réalité.
www.najjar.org
Bibliographie :
Roman :
L’école
de la guerre (La
Table Ronde, 2006 ;
Balland, 1999)
Le
Roman de Beyrouth
(Plon, 2005)
Lady
Virus (Balland,
2002)
Athina
(Grasset, 2000)
L’astronome
(Grasset, 1997)
Les
exilés du Caucase
(Grasset, 1995)
Poèmes :
Khiam
(éditions An-Nahar,
2000)
A
quoi rêvent les
statues ? (éditions
Anthologie, 1989)
Récits :
La
honte du survivant
(éditions Naaman,
1989)
Comme
un aigle en dérive
(Publisud, 1993)
Essai :
La
Passion de lire (Dar
An-Nahar, 2005)
Pérennité
de la littérature libanaise
d’expression française
(éditions Anthologie,
1993)
Théâtre :
Le
crapaud (FMA,
2001)
Biographie :
Le
procureur de
l’Empire :
Ernest Pinard,
1822-1909
(Belfond, 2006)
Saint
Jean-Baptiste
(Pygmalion, 2005)
Khalil
Gibran (Pygmalion
/ Gérard Watelet,
2002)
De
Gaulle et le Liban,
tome II (Terre du Liban,
2004)
Le
Mousquetaire (Balland,
2004)
De Gaulle
et le Liban,
Vers l’Orient
compliqué 1929-1931
(Terre du Liban, 2002)
Le
procureur de
l’Empire (Balland
2001)
Résumé
de L’école de la
guerre :
La
guerre du Liban a été
pour moi un cauchemar,
mais aussi - comment
le nier ? - une
école de vie.
Hemingway disait que
"toute expérience
de la guerre est sans
prix pour un écrivain".
Je veux le croire.
Sans la guerre,
j’aurais été un
autre homme. Toute ma
vie, je regretterai
sans doute de ne pas
avoir eu une jeunesse
paisible (j’avais
huit ans quand la
guerre a éclaté,
vingt-trois lorsque le
canon s’est tu).
Mais ces regrets, ces
épreuves, m’ont
donné du bonheur un
autre goût.
DIMANCHE 4 JUIN,
Villes monstres
11:00 12:00, Théâtre
Chateaubriand ;
Dans le cratère de
l’histoire 17:30
19:00, Rotonde
Surcouf
LUNDI 5 JUIN,
L’esprit des lieux
14:45 15:30, Hôtel
Du Louvre
Charif
Majdalani est né
en 1960 à
Beyrouth, dans une
vieille famille
orthodoxe de cette
ville. Il a fait
toute sa scolarité
au Lycée français
de Beyrouth. Il a
quinze ans quand
se déclenche la
guerre civile. A
vingt ans, il part
en France et fait
ses études de
Lettres modernes
à l’Université
d’Aix-en-Provence.
Il y soutient, en
1993, une thèse
sur Antonin
Artaud. Il revient
au Liban
la même année.
Entre 1995 et
1998, il collabore
étroitement à la
revue L’Orient-Express,
dirigée par le
journaliste Samir
Kassir, et qui
sera pendant trois
ans la revue
francophone
d’opposition la
plus audacieuse au
Liban. L’Orient-Express
a cessé de paraître
en 1998. En 1999,
il dirige le Département
de Lettres françaises
de l’Université
Saint-Joseph de
Beyrouth. Adepte
du métissage
culturel, amoureux
du baroque, Charif
Majdalani se définit
comme méditerranéen.
Il publie son
premier livre en
2002, Petit traité
des mélanges, du
métissage considéré
comme un des
beaux-arts, et son
premier roman en
2005, Histoire de
la grande maison,
où il raconte
l’histoire
d’une vieille
famille orthodoxe
de Beyrouth. Cette
grande fresque
romanesque,
foisonnante, amène
à parler de
l’utilisation de
l’histoire, des
mythes, de ce
Liban traversé
par la tradition.
Bibliographie :
Histoire
de la Grande
Maison (Seuil,
2005)
Petit
traité des mélanges,
du métissage
considéré comme
un des beaux-arts
(Editions Layali,
Beyrouth, 2002)
Résumé
de Histoire
de la Grande
Maison :
Dans
les dernières années
du XIXe siècle,
dans un Liban
qui fait encore
partie de
l’Empire
ottoman, Wakim
Nassar, fils
d’une famille
chrétienne des
environs de
Beyrouth, doit
fuir son village
à la suite
d’une obscure
querelle. Reparti
de rien, il va
introduire au
Liban la culture
de l’oranger, créer
des plantations au
centre desquelles
il fait bâtir, la
"Grande
Maison",
fonder une
nombreuse famille,
bref devenir un
notable fastueux
et craint, un
"zaïm".
C’est
l’histoire haute
en couleur de
l’ascension, de
la grandeur puis
de la décadence
du clan Nassar, un
destin libanais,
que conte ce
roman. A la fin du
livre, Wakim est
mort, la Grande
Maison menacée de
ruine et les fils
quittent l’un
après l’autre
le Liban désormais
sous mandat français
pour émigrer aux
quatre coins du
monde.
DIMANCHE 4 JUIN,
Ma maison est un
livre 15:15 16:00,
Hôtel Du Louvre ;
Dans le cratère
de l’histoire
17:30 19:00,
Rotonde Surcouf
LUNDI 5 JUIN, Le
poids des
traditions 16:00
17:00, Café Littéraire
L’Orient
à petit feu
JACQUES
DEBS,
France, 2000,
59' (ADR
Productions,
La sept Arte,
RTBF)
A la
recherche d’un
Orient intime
qui se mijote
dans les
cuisines...
Beyrouth
au Liban,
Alep en Syrie,
Tel-Aviv en Israël
et Ramallah en
Palestine :
quatre étapes
dans quatre pays
du Proche-Orient
dont les peuples
s’entre-déchirent
depuis un siècle.
Hanté par ces
guerres et par
ces haines, le réalisateur,
libanais, est
parti à la
recherche d’un
autre Orient, un
Orient plus
feutré, plus
intime, qui se
mijote dans les
cuisines et qui
se perd dans le
labyrinthe des
identités. Il
rencontre des
hommes et des
femmes qui nous
révèlent le
rapport de
l’Orient à la
cuisine et à
l’art
culinaire, et
nous invite à
partager la
recette d’un
bonheur perdu,
celui de la
convivialité et
de
l’hospitalité...
Ce film est un
voyage dans
quatre pays du
Proche Orient en
guerre, le
Liban, la Syrie,
Israël et la
Palestine. Un pèlerinage
à la découverte
de la recette
d'un bonheur
perdu...
Originaire d'un
Beyrouth "déchiré
par les
conflits",
Jacques Debs
choisit un angle
inattendu pour
évoquer
l'Orient. Il
filme l'élaboration
lente, soigneuse
et patiente des
mets, et, par là
même, les
liaisons intimes
de la cuisine
avec la culture,
la tradition,
les modes de
vie, les destins
individuels, la
sensualité et
l'amour. Un film
qui
"cuisine"
en profondeur
les identités
et questionne
directement les
façons d'être
et de vivre.
A Beyrouth, la
guerre est
finie. On mange
à nouveau
ensemble sous
les oliviers et
on célèbre par
des chants le
taboulé,
"meilleur
que le miel dans
sa ruche".
Mais toute
cuisine commence
par les achats
et, ici, par les
marchandages.
Après, c'est
l'alchimie des
ingrédients et
des étapes de
la cuisson. En
préparant les
plats, on mijote
aussi les
confidences. La
Libanaise s'est
faite hôtelière
et a ouvert une
maison
"pour tout
le monde"
puisque
"nourrir
une personne ou
dix, c'est
pareil".
Abandonnée par
son mari, la
Syrienne gagne
sa vie en
cuisinant dans
les familles
d'Alep pour que
ses filles ne
soient jamais
comme elle,
"au service
de l'homme, rien
de plus".
L'Israélienne,
pour qui amour
et nourriture se
font d'une même
passion, réussit
comme personne
le "Tcholent".
La
Palestinienne,
qui travaille au
restaurant
universitaire de
Ramallah et au
sein de l'Union
des femmes
palestiniennes,
reconnaît,
quant à elle,
ne pas aimer
faire la
cuisine, cet
"asservissement
des
femmes".
Jacques
Debs. Né
au Liban en
1957. Titulaire
d'une maîtrise
en réalisation
de cinéma
obtenue à
l'Institut du
Cinéma de
Moscou en 1981.
Il réalisa ses
premiers
documentaires dès
1983 pour la télévision
libanaise L.B.C.
En 1994, il
remporta le Prix
Vic le Compte et
fut sélectioné
à la FIPA 95,
au Prix Albert
Londres, à
l'Euro Aim
Screenings
Donostia 95, à
Lussas 95 et à
l'IFDA
(Amsterdam) 95;
pour le
documentaire
Adieu Bakou. De
même Les mystères
d'Asie Centrale
(1997) fut sélectionné
cette année
2001au Festival
de l'Imaginaire
de Paris.
L'Orient à
petit feu est
son dernier
projet en date.
Jacques Debs
publia également
Un sourire dans
le brouillard
aux Editions Méridiens-Klincksciek,
en 1990.
SAMEDI 3 JUIN,
12h00 :
Maison de
l’Orient
DENIAU
Jean-François,
France
Né à
Paris en 1928, Jean-François
Deniau est issu d’une
famille de viticulteurs
et forestiers de
Sologne. La chance ne
semble pas lui avoir
souri : son père
meurt prématurément
et, parti combattre en
Indochine dans une unité
de partisans
montagnards, il est donné
pour mort (paludisme).
Jean-François Deniau décide
de résister, gràce à
son tempéramment de
survivant. C’est cette
espérance qu’il
raconte dans son dernier
livre, Survivre (Plon,
2006). Ce tempéramment
lui permettra par
exemple d’effectuer
une traversée de
l’Atlantique à la
voile en 1995, après un
triple pontage !
Homme
politique, grand
reporter, mais aussi
grand voyageur, il a
commencé par des études
brillantes (lauréat du
Concours général,
titulaire d’un D.E.S.S
d’économie politique
et d’une licence de
lettres en ethnologie et
sociologie, il a aussi
été élève à
l’Institut d’études
politiques). En 1949 à
Saïgon, il passe l’écrit
de l’ENA avant de
travailler à Bonn auprès
de l’Ambassadeur de
France André François-Poncet.
Il s’intéresse très
tôt à l’Europe.
Chargé de mission en
1955 auprès du président
du Conseil, il participe
à la rédaction du
Traité de Rome. Il
exercera ensuite
diverses fonctions
politiques (membre de la
commission européenne,
secrétaire d’Etat,
ambassadeur en
Mauritanie et en
Espagne, ministre), qui
lui permettront de créer
les principaux
organismes d’aide en
faveur des pays du
Tiers-Monde.
A partir
de 1982, il se consacre
au soutien des peuples
victimes de dictature et
d’occupation dans des
pays tels que le
Cambodge,
l’Afghanistan ou le Liban.
L’écriture, une autre
passion, lui a valu le
grand prix Paul Morand
de l’Académie française
en 1990. Jean-François
Deniau y est élu en
1992, au fauteuil de
Jacques Soustelle. La
mer lui vaudra le grand
prix de la mer en 2004,
pour son action de président-fondateur
du corps des Ecrivains
de marine. Il est élu
en 1999 à l’académie
de Marine, en
remplacement d’Eric
Tabarly. www.jeanfrancois-deniau.org
Bibliographie :
Survivre
(Plon, 2006)
Le
grand jeu (Hachette
Littérature, 2005)
La
lune et le miroir
(Gallimard, 2004)
La
double passion
(Robert Laffont, 2004)
La
gloire à vingt ans
(XO éditions, 2003)
Dictionnaire
amoureux de la mer
(Plon, 2002)
L’île
Madame (Hachette
Littérature, 2001)
La
bande à Suzanne
(Stock, 2000)
Histoires
de courage (Plon,
2000)
Tadjoura
(Hachette Littérature,
1999)
Le
bureau des secrets
perdus (Odile Jacob,
1998)
L’Atlantique
est mon désert(Gallimard,
1996)
Mémoires
de 7 vies (Plon,
Tome 1 en 1994, Tome 2
en 1997)
Le
secret du roi des
serpents et autres
contes (Plon, 1993)
Ce
que je crois
(Grasset, 1992)
L’empire
nocturne (Olivier
Orban, 1990)
Un
héros très discret
(Plon, 1989)
La
désirade (Plon,
1989)
Deux
heures après minuit
(Grasset, 1985)
L’Europe
interdite (Seuil,
1977)
La
mer est ronde (Voile
Gallimard, 1975)
Le
marché commun (PUF,
collection Que sais-je,
1958)
Le
bord des larmes
(Grasset, 1955, sous le
pseudonyme de Thomas
Sercq)
Résumé
de Survivre :
La vie
de Jean François Demau,
c’est d’abord
survivre. Aux rêves
d’une enfance enchantée. A
la maladie et à l’hôpital
qui ne le lâchent pas
depuis près de vingt
ans. Aux pièges de la
jungle, aux secrets de
la diplomatie, aux
risques des maquis
afghans ou de la guerre
en Bosnie, aux
tentations du pouvoir,
aux complots de la
politique française,
aux dangers de la mer. A
la vie elle-même avec
ses passions amoureuses,
ses moments d’aveux et
de désespoir - le
courage quand même de
ne jamais abandonner. La
volonté d’espoir
quand il n’y a pas
d’espoir s’appelle
l’espérance.
SAMEDI 3 JUIN,
Entre-deux 17:30 18:30,
Café Littéraire
LUNDI 5 JUIN, Héros
14:00 15:00, Rotonde
Surcouf
BARUK
Stella, France
Née à Yezd, en
Iran, Stella Baruk
passe son enfance en
Syrie puis au Liban,
et s’installe à
Paris à la fin des
années cinquante.
Spécialiste de
la pédagogie des
mathématiques, elle
est propulsée sur
la scène médiatique
par le succès d’Echec
et Maths (Seuil,
1973). Elle a publié
une quinzaine
d’ouvrages.
Egalement professeur
de mathématiques,
elle a fait de la
relation entre
langage mathématique
et langage courant,
son cheval de
bataille. Elle
publie chez
Gallimard "Naître
en français",
un récit plein de
tendresse sur ses
souvenirs
d’enfance en Iran,
en Syrie et au
Liban.
Bibliographie :
Naître
en français
(Gallimard, février
2006)
Si
7=0 : quelles
mathématiques
pour l’école ?
(Odile Jacob,
2004)
Comptes
pour petits et
grands : pour
un apprentissage
des opérations,
des calculs, et
des problèmes,
fondé sur la
langue et le sens
(Magnard, 2003)
Doubles
jeux (Seuil,
2000)
C’est-à-dire
(Seuil, 1999)
Comptes
pour petits et
grands : pour
un apprentissage
du nombre et de la
numérotation,
fondé sur la
langue et le sens
(Magnard, 1998)
Dictionnaire
des mathématiques
élémentaires
(Seuil, 1995)
L’âge
du capitaine, de
l’erreur en mathématiques
(Seuil, 1985)
Fabrice
ou l’école des
mathématiques
(Seuil, 1977)
Echec
et maths
(Seuil, 1973)
Résumé
de Naître
en français :
“Si
je n’étais pas
née, mes parents
seraient morts
d’ennui... On ne
pouvait naître
sous de meilleurs
auspices. Ceux à
qui j’étais
redevable de la
vie m’étaient
redevables de la
leur...".
C’est à Yezd,
“perle du désert”
perdue dans les
plateaux arides du
cœur de l’Iran,
que débute la
première des
trois enfances de
Stella Baruk. Une
naissance... en
français entre
deux jeunes
parents chargés
par l’Alliance
Israélite
d’instruire les
enfants de la
communauté juive
en Iran, à Alep
en Syrie, puis à
Beyrouth. Chérie
par son père,
mais bridée par
sa mère :
“Avec elle, tout
était tellement
comme ça et pas
autrement que
l’autrement était
constante
tentation”, la
petite fille modèle
n’est pas si modèle
et pratique la
“philosophie du
pouf ” :
“C’est le
corps mine de
rien, mais la tête
qui pense. Qui
pense ce qu’elle
veut, en établissant
des plans pour le
jour où pouvoir
prolongerait
vouloir. Comme
prendre ses jambes
à son cou.”
Dans ce décor des
Mille et Une
Nuits, personnes
et coutumes
semblent tissées
d’une autre matière
que celle du petit
monde de Stella.
Une matière qui résiste.
C’est un vibrant
éloge de
l’intelligence
et de la résistance
de l’enfant qui
nourrit ce récit.
Son esprit
s’endurcit de
tels
apprentissages,
des compulsions et
des exigences de
sa mère, de cette
alchimie
fascinante des
origines, de ces
saveurs et ces
parfums
d’Orient, et
surtout de cette
question restée
sans réponse :
la langue est-elle
une forme de
patrie ?
“Pour être née,
avoir grandi et éprouvé
tout ce que je
ressentais, savais
et vivais en français,
je voulais aussi
la France. Ce
serait alors tout
à la fois une
histoire qui
continuerait, et
une autre qui
commencerait."
SAMEDI 3 JUIN,
Ecrire dans une
autre langue 16:00
17:00, Salle
Maupertuis
DIMANCHE 4 JUIN,
Stella Baruk 16:00
17:00, Mipe
LUNDI 5 JUIN,
Langues étrangères
11:00 12:00, Café
Littéraire
Les jeunes
jurés aiment lire,
ça s'entend
Hier, les jeunes
jurés ont sélectionné
cinq ouvrages pour
le Prix Ouest-France/Etonnants
Voyageurs. Le lauréat
sera connu le 5
juin, lors du
festival à
Saint-Malo
par OLIVIER
BERREZAI, publié
dans Ouest-France
le 14 mai 2006
Du 3 au 5 juin,
ce sera la 17e
édition du
festival Etonnants
Voyageurs à
Saint-Malo. Et la
seconde édition
du prix littéraire
lancé par Ouest-France
l'an passé, avec
le parrainage de
la Caisse d'Epargne
et de la SNCF. Le
principe est
simple : un
jury de dix jeunes
lecteurs fait son
choix parmi une
liste de dix
livres. Il en présélectionne
cinq, avant de
choisir le lauréat
lors du festival.
Hier matin, les
dix jeunes, venus
du grand Ouest, se
sont retrouvés
pour la première
fois à l'espace
culturel des
Champs-Libres, à
Rennes, pour faire
connaissance et
procéder au
premier vote.
Michel Le Bris, le
directeur du
festival malouin,
a rappelé la portée
de ce prix qui a
couronné, l'année
dernière, l'écrivain
congolais Alain
Mabanckou, pour
son roman "Verre
Cassé". "Grâce
au prix, son livre
a bénéficié
d'un formidable
coup de
projecteur. Les médias
se sont intéressés
à lui, ce qui lui
a permis d'exister
bien au-delà de
l'été." Cet
hiver, Alain
Mabanckou était
d'ailleurs la
coqueluche des
journalistes, lors
du salon du Livre
de Paris, consacré
à la
francophonie. Le
choix des jeunes
jurés avait donc
été le bon. Espérons
qu'il en sera de même
cette année.
Personne n'en
doute, car le cru
semble, là
encore, excellent.
Sélectionnés
parmi une centaine
de candidats par
un jury d'écrivains
et de partenaires,
ces dix jeunes ont
tous en commun d'être
passionnés de
littérature. Pour
le reste, chacun a
son parcours bien
à lui.
Pierre-Antoine, 16
ans, prépare un
CAP de tapissier
à Tréguier, avec
l'espoir de
devenir décorateur
d'intérieur.
"J'adore me
plonger dans les
romans policiers,
décortiquer les
enquêtes."
Fanny, 18 ans, est
à l'Institut d'études
politiques de
Bordeaux, une école
prestigieuse,
vivier de futurs
hauts
fonctionnaires.
Elle penche plutôt
pour les auteurs
classiques, comme
Voltaire, "ou
la littérature
russe. Je ne me
lasse pas de
relire Dostoïevski."
Des profils différents,
mais tous dévorent
des bouquins. Plutôt
rassurant, à
l'heure où l'on
parle tant d'une
jeunesse esclave
de l'image. Pour
ce premier rôle
en tant que jurés,
tous avaient lu et
relu les dix
ouvrages en lice.
Au moment de sélectionner
cinq d'entre eux,
deux sont arrivés
ex aequo pour la
cinquième place.
Difficile de
choisir entre
"Eve de ses décombres",
de la romancière
mauricienne Ananda
Devi et "En
retard pour la
guerre", le
livre de Valérie
Zenatti. Le
premier emmène le
lecteur à
Troumaron, ce
goulet de l'île
Maurice où
viennent se déverser
les eaux usées du
pays et où l'on
recase les réfugiés
des cyclones. Le
second se situe
bien ailleurs, à
Jérusalem, en
pleine Guerre du
Golfe. C'est au
troisième tour de
scrutin que le
suspense a prix
fin. Les cinq
livres sélectionnés
par le jury des
jeunes sont : "Falaises",
d'OLIVIER ADAM
(L'Olivier) ;
"Eve de ses décombres",
de ANANDA DEVI
(Gallimard) ; "Le
fou de Printzberg",
de STEPHANE HÉAUME
(Anne Carrière) ; "En
attendant le roi
du monde",
d'OLIVIER MAULIN
(L'esprit des péninsules)
; "Les
doigts écorchés",
de SYLVIE ROBIC
(Naïve). Le jury
se retrouvera le 5
juin à
Saint-Malo, pour désigner
le lauréat. Il
est à parier que
le vote sera
encore serré.
Livres
du prix
Ouest-France/Etonnants
Voyageurs
par GEORGES
GUITTON
Falaises,
d'OLIVIER ADAM
(chez
l'Olivier), est
l'un des cinq
romans sélectionnés
pour le prix
Ouest-France/Etonnants
Voyageurs. Le héros
de Falaises a
31 ans, comme
l'auteur. Il
raconte sa vie.
Plongée vingt
ans en arrière
quand sa mère
s'est jetée du
haut d'une
falaise d'Etretat.
Ensuite, la
souffrance : le
père mal-aimant,
le frère qui
disparaît...
Litanie d'écorchures
exposées avec
un "lyrisme
sec" cher
à l'auteur. Falaises
a fait forte
impression sur
les jeunes jurés. "Livre
très très émouvant"
(Elodie, de Longèves).
Il y a certes la
galère "mais
il ne s'agit pas
d'une
lamentation
continue. Adam a
l'art de revenir
au présent, sur
le balcon face
à la mer où il
est heureux avec
sa femme et son
enfant" (Mélinée,
de Parigné-le-Polin).
Ce livre noir
est aussi le
livre de la
possibilité du
bonheur. Les jurés
ont été
sensibles aux
qualités du
style :
"Livre
remarquablement
écrit"
(Fanny, de Mérignac).
"Style
splendide et
simple",
note Gaëlle (de
Talence) pour
qui "c'est
un livre qui
nous ramène à
notre propre
existence, avec
un narrateur
dont on se sent
très
proche."
Le
Fou de
Printzberg,
de STEPHANE HÉAUME
(chez Anne Carrière), "est
l'histoire d'un
amour impossible
sur fond d'enquête
policière",
résume l'un des
dix jurés,
Pierre-Antoine,
de
Perros-Guirec.
Frémissant récit
sur la banquise.
Julien reçoit
un message de
son ami Costa,
un célèbre
architecte qui
meurt
accidentellement
sur le chantier
d'une station
thermale
futuriste dans
l'océan
Arctique. Entre
les deux hommes,
une femme étrange,
Altaléna, qui a
quitté Julien
pour épouser
Costa. Julien se
rend donc à
Printzberg pour
éclaircir les
circonstances de
la mort de son
ami et ramener
en France son épouse.
Avec Le Fou
de Printzberg, Stéphane
Héaume, 34 ans,
a séduit le
jeune jury.
"On est
emporté par
cette histoire
à suspense et
par l'atmosphère
glaciale. On
plonge dans le
livre et l'on va
jusqu'au bout,
sans en
sortir",
applaudit Mélinée,
de Parigné-le-Polin.
Apprécié
aussi, "le
lien mystérieux
entre les
personnages"
(Elodie, de Longèves)
et "la
chute du roman,
qui est vraiment
du roman" (Marie-Aude,
de Ploeren).
Les
doigts écorchés,
de SYLVIE ROBIC
(chez Naïve).
Quand on joue
beaucoup de
guitare électrique,
on a les doigts écorchés.
Sylvie Robic, 42
ans, native de
Bretagne,
enseignante,
essayiste et
romancière, nous
entraîne sur les
pas d'un groupe
rock natif de
Sheffield, les
Hoggboys. Son héros-narrateur
les a entendus par
hasard en 2003. Le
déclic : "Hoggboy
n'a pas son pareil
pour ressusciter
l'exaltation
radieuse de mes
dix-sept ans, pour
raviver malgré
moi tant d'émotions
ensevelies."
Cela donne un récit
haché où
ressurgissent les
années 1980 en même
temps que la quête
joyeuse de quelque
chose de fort qui
passe par la
musique. Le héros
finit par
rencontrer les
Hoggboys,
notamment au
Chabada, une salle
d'Angers. Les jurés
ont adoré ce
petit livre plein
de rythme et d'émotion
retenue.
"C'est
construit comme
des pistes de CD.
Cela ouvre la voie
à une nouvelle
manière d'écrire",
analyse Elodie, 17
ans, de Longèves.
"C'est rock'n
roll et classieux.
On entend la
musique énervée
dans nos
oreilles."
(Gaëlle, 20 ans,
de Talence).
Jean-François, 15
ans, de Nantes de
conclure :
"Dommage que
le livre soit trop
court."
Eve
de ses décombres,
d'ANANDA DEVI (chez
Gallimard). Ananda
Devi, originaire
de l'île Maurice,
situe son livre
sur sa terre
natale. Quatre
adolescents : Sad,
Eve, Savita et Clélio,
racontent : leur
vie terrible, le
quartier de
Troumaron, sa misère,
sa souffrance. Il
y a Eve qui se
prostitue, le
crime qui rôde
et, sans cesse, la
violence. Ananda
Devi, remarquable
romancière, délivre
cette histoire
d'une écriture
dense, poétique,
maîtrisée.
"Un livre
original et
poignant",
estime Morgane, 15
ans, de Guipavas.
"Par moments
j'avais les larmes
aux yeux. Ce livre
est nettement
au-dessus du
lot", ajoute
Céline, 17 ans,
de Cossé-le-Vivien.
"Ce roman est
magnifique. Son découpage
est singulier. Il
montre une réalité
que l'on ne soupçonne
pas", note Gaëlle,
20 ans, de
Talence. "Il
y a un côté
provocateur avec
cette Eve qui se
prostitue, mais
c'est très
fort" (Elodie,
17 ans, de Longèves). "Cela
permet de
comprendre la
situation de la
femme face à la
violence dans les
banlieues" (Marie-Aude,
15 ans, de Ploeren). "De
réfléchir sur
les rapports entre
hommes et
femmes",
complète Mélinée,
16 ans, de Parigné-le-Polin.
Un
Malouin voyageur
chez les
Yanomamis
Parmi les films présentés
durant Etonnants
Voyageurs, il
y aura celui de
THIERRY HUET, réalisé
avec un autre
Malouin, MARC
GUYOT, chez les
indiens Yanomanis.
Il sera présenté
au Festival des
Etonnants
Voyageurs, le
samedi 3 juin à
11 h 40 à l'hôtel
de l'Univers
par GERARD
LEBAILLY, publié
dans Ouest-France
le 26 mai 2006
Le
DVD a le format
d'un documentaire
télé (52
minutes) sur les
Yanomanis, et ses
auteurs ne cachent
pas qu'ils
comptent sur le
festival Etonnants
Voyageurs pour
intéresser une
chaîne. Il sera
également présenté
à des festivals
à Douarnenez, et
à Paris. Thierry
Huet, 53 ans,
patron d'une
entreprise de
couverture étanchéité,
va depuis 14 ans
aux confins du
Venezuela, dans
une tribu indienne
de l'Amazonie. Ces
deux dernières
années, il en a
ramené une
vingtaine d'heures
de films. Il s'est
tourné vers un
ami de longue
date, Marc Guyot,
39 ans, réalisateur,
pour faire le
montage et les
commentaires. Un
travail à quatre
mains qui débouche
sur un voyage
totalement dépaysant,
fascinant, entre
fleuve et forêt.
Les auteurs n'ont
pas voulu tomber
dans le piège de
la facilité, du
sensationnel, du
voyeurisme : "Ce
n'est pas un
zoo."
Pour
ramener un tel
reportage, il faut
savoir se faire
accepter. "Depuis
14 ans, je suis un
peu devenu leur
blanc. Une sorte
de Père Noël qui
leur apporte pour
le troc des
perles, machettes,
limes, couteaux,
du tissu rouge et
autres objets qui
s'inscrivent dans
leur culture, sans
la dénaturer. Il
faut également
une solide
logistique en
hommes et en matériel.
Par exemple 2.000
litres de
carburant pour
descendre le
fleuve pendant
cinq à sept
jours." Le
challenge pour
Thierry était
d'aller vers des
indiens
authentiquement
isolés, n'ayant
jamais vu d'homme
blanc, à la différence
de ceux qui vivent
près des
missions. "Nous
avons voulu délivrer
une chronique au
quotidien sur la
difficulté de
vivre, sans
noircir le
tableau. Même si
leur fréquentation
peut devenir
dangereuse si l'on
s'attarde trop,
s'il y a la sueur,
les moustiques,
etc. Mais être
primitifs, c'est
un choix, ce ne
sont pas des
idiots. Leur
spiritualité est
omniprésente."
Ariane
Ascaride lira
à voix haute
à Saint-Malo
Au festival
Etonnants
Voyageurs, qui débute
samedi à
Saint-Malo, des
comédiens
liront
publiquement des
textes. Parmi
eux, Ariane
Ascaride
par SABRINA
ROUILLÉ, publié
dans
Ouest-France le
30 mai 2006
Elle
vante les mérites
de la lecture
publique depuis
longtemps.
Ariane Ascaride
est une comédienne
convaincue des
bienfaits de
l'oralité du
texte. Avec
elle, le
festival de littérature
Etonnants
Voyageurs a
trouvé la
personne adéquate.
Comme Jacques
Bonnafé,
Emmanuelle
Devos, Robin
Renucci ou
Marie-France
Pisier, elle
lira des textes
choisis
d'auteurs
francophones ou
étrangers dans
l'espace "Livres
en scène".
Ariane Ascaride,
héroïne du
film Marius
et Jeannette,
a choisi Dessine-moi
un coq, un
recueil de
nouvelles de Spôjmaï
Zariâb, auteure
d'origine
afghane, exilée
en France depuis
plus de dix ans. "Elle
évoque sa
famille. Ce
qu'elle raconte
est terrifiant
et en même
temps,
j'imagine,
tellement réel.
Elle dit à quel
point
l'obscurantisme
peut anéantir
le monde."
Actrice
militante,
Ariane Ascaride
souligne
l'importance de
la lecture
publique "dans
une société où
l'on ne se parle
plus". Où
lire est une
activité enrobée
de silence.
"Je pense,
au contraire,
qu'il doit y
avoir un partage
autour d'un
texte qu'on a
aimé. Ce qui
m'amuse, c'est
de faire
entendre des
auteurs qu'on ne
connaît pas ou
très peu."
Aujourd'hui,
chaque soir à
Paris, elle lit
les textes de
Serge Valetti,
Marseillais lui
aussi. Elle se
souvient que
lorsqu'elle
lisait des
lettres d'Algérie,
les spectateurs
lui confiaient
qu'ils avaient
le sentiment
qu'elle
s'adressait à
chacun d'entre
eux. "La
lecture publique
crée une
profonde intimité.
C'est un temps
arrêté."
Chez elle, "et
surtout dans le
métro",
elle dévore les
livres. Ceux de
ses amis, comme
Marie Desplechin,
ceux qu'on lui
conseille comme Le
temps où nous
chantions,
de Richard
Powers (Le
Cherche Midi) et
les auteurs méditerranéens,
comme l'Egyptien
Najib Mahfouz. "Egypte,
Algérie, Israël,
Inde... Il faut
se donner la
peine de découvrir
ces écrivains
qui parlent de
tolérance d'une
manière
incroyable.
Quand je les
lis, j'y trouve
une telle force,
un tel courage !
Tous ces
intellectuels se
battent pour que
leur culture
continue à
vivre, tout en
absorbant la
modernité."
Feria del Libro
de Madrid
www.ferialibromadrid.com
Libros y ciencia : La
65ª Feria del Libro de
Madrid se celebra en el
Parque del Retiro entre
el 26 de mayo y el 11 de
junio 2006. El eje temático
de esta edición es Leer
la ciencia. Como
cada año, por sus 350
casetas desfilarán los
autores de mayor éxito
para marcar el final de
una temporada editorial
que quiere celebrar el
centenario de la concesión
del Nobel a Santiago Ramón
y Cajal.
El sabio Ibn
Jaldún regresa a
Sevilla
Alianza de
Civilizaciones - El Real
Alcázar acoge una
muestra dedicada al
pensador árabe y las
relaciones entre Oriente
y Occidente en el siglo
XIV
SANTIAGO
BELAUSTEGUIGOITIA, El
País, el 19
de mayo de 2006
El
Real Alcázar de Sevilla
acogió ayer la inauguración
de la muestra Ibn Jaldún.
El Mediterráneo en el
siglo XIV : Auge y declive
de los imperios. La
exposición, que estará
abierta hasta el 30 de
septiembre, recorre un
siglo lleno de
intercambios entre Oriente
y Occidente. La sangría
ocasionada por la peste y
las guerras coincide en el
siglo XIV con avances
intelectuales y científicos.
Es un momento de
globalización que sirve
de pórtico a la explosión
de avances del siglo XV.
La exposición presenta a
Ibn Jaldún (1332-1406),
en el cuarto centenario de
su muerte, como personaje
clave e hilo argumental.
Este pensador de origen
yemení y ascendencia
andalusí es considerado
por muchos el padre de la
Historia moderna.
La
corte nazarí de Muhammad
V fue el lugar en el que
residió durante su
estancia en Andalucía.
Ibn Jaldún fue embajador
de la corte nazarí ante
el rey castellano Pedro I
el Cruel. Precisamente, el
Real Alcázar fue el lugar
donde se produjo un
encuentro entre Pedro I e
Ibn Jaldún, que es
recordado como el
precursor de la filosofía
de la historia. Ibn Jaldún,
autor de la Muqqadima,
fue un historiador que
incidió en la lógica de
los imperios, así como en
su expansión y declive.
Un historiador de la talla
de Arnold Toynbee señaló
que su trabajo era
"el más grande que
jamás haya sido creado
por una inteligencia, en
ningún tiempo y en ningún
lugar". Nacido en Túnez,
Ibn Jaldún se movió por
las riberas del Mediterráneo
como por su casa. Su paso
por Marruecos, Granada,
Castilla, Argelia, Egipto
y Siria estuvo acompañado
de misiones políticas de
envergadura.
La
exposición reúne un
centenar de piezas
procedentes de distintos
países - Marruecos,
Grecia, Argelia, Turquía,
Italia, Francia y Siria,
entre otros - en un marco,
el Real Alcázar, que
constituye un atractivo añadido.
El Real Alcázar es el más
antiguo recinto real y en
uso de las monarquías
europeas. Otro factor que
puede contribuir a atraer
al público es que la
exposición estará
abierta hasta las 23.30,
lo que supone una buena
ocasión para ver el Real
Alcázar de noche. La
muestra repasa las
relaciones entre Oriente y
Occidente y entre Europa y
el mundo árabe-magrebí
en un periodo clave. La
exposición hace especial
hincapié en el papel histórico
de Sevilla y la península
Ibérica en el siglo XIV.
Virgilio Martínez
Enamorado, uno de los
comisarios de la muestra,
explicó ayer que "el
siglo XIV es un periodo de
confrontación,
seguramente el primer
siglo globalizado de la
historia de Occidente y
Oriente". "El
personaje de Ibn Jaldún
ha sido el pretexto para
explicar ese convulso
siglo XIV con guerras
interminables en Europa y
con la decadencia del
islam", señaló Martínez
Enamorado, que es profesor
de Historia Medieval de la
Universidad de Málaga.
"La
exposición quiere darle
importancia al intercambio
comercial del siglo XIV
cuando se crean redes
importantísimas entre
Oriente y Occidente. En el
centro de ese mundo está
el mar Mediterráneo, que
se abre al Atlántico. Ya
hay un intento de
Castilla, Portugal e
Inglaterra de abrirse al
Atlántico que se
confirmará en el siglo XV.
Ibn Jaldún hace un
periplo desde Occidente
hasta Oriente deteniéndose
en Castilla y en todos los
estados musulmanes de África
y Oriente Próximo. El
siglo XIV es un gozne, una
situación de tránsito
hacia un mundo nuevo que
se abre en el siglo XV",
comentó Martínez
Enamorado. La muestra
recala en algunos de los
episodios fundamentales de
ese siglo, como las luchas
para la formación y
consolidación de los
reinos de la península Ibérica;
la guerra de los Cien Años,
que diezmó Europa ; la
peste negra ; y las luchas
continuas y los cambios de
gobierno en el mundo árabe.
El recorrido de la
exposición se estructura
en los siguientes
apartados : El siglo
XIV : tiempos y espacios ;
La situación de los
estados ; Guerras y
expansiones ; Comerciantes
y mercancías ; Demografía
y Apocalipsis ; Geografía
artística ; Perfil
histórico y aportaciones
culturales de Ibn Jaldún
(1332-1406) ; El camino
hacia el Renacimiento,
y Sevilla en el siglo
XIV.
Hay
varias piezas que
sobresalen en la muestra.
La llamada Carta
Magrebina representa
el primer portulano (colección
de planos de puertos) árabe
conocido. Escrita en letra
magrebí, muestra los
principales puertos y
fondeaderos de las costas
del Mediterráneo
Occidental. El tesorillo
de monedas de Pedro I da
cuenta de los grandes
recursos de este monarca,
que acuñó dos tipos de
dobla (moneda castellana)
en oro. Otra pieza de
valor sobresaliente es el
casco con el nombre del
sultán Ibn Qalawun. Se
trata del único casco que
llevaba el nombre de este
sultán mameluco. La silla
prioral de Blanca de Aragón
y Anjou muestra la belleza
de sus pinturas al temple.
El estandarte personal del
sexto sultán meriní Abu
l-Hasan'Ali es otra pieza
a destacar. El estandarte
fue tomado como botín por
los castellanos en la
batalla del Salado. Una
estatua de un doctor
procedente de Bolonia (Italia)
atraviesa los siglos con
su rostro reflexivo. Una
espada cuya pertenencia se
atribuye a Boabdil brilla
también en el recinto. La
muestra, que ha sido
coordinada por Jerónimo Páez,
está organizada por la
Consejería de la
Presidencia y la Consejería
de Cultura a través de la
Fundación El Legado
Andalusí. La exposición
cuenta con el patrocinio
de la Fundación El Monte
y Telefónica, así como
con la colaboración de
diversas instituciones
(Ayuntamiento, Ministerio
de Asuntos Exteriores y
Ministerio de Cultura,
entre otras).
Entr'acte : A
bridge for the gap of
Europe and Islam
by ALAN RIDING,
International Herald
Tribune, 2 March 2006
Paris. With memories
still fresh of recent
riots in immigrant
suburbs of Paris, with
anger still simmering
over Danish cartoons
lampooning the Prophet
Muhammad, the Institut
du Monde Arabe - the
Institute of the Arab
World - on the banks of
the Seine might seem an
unlikely refuge from the
tensions straining
relations between
European and Muslim
societies. Yet on a
recent chilly Sunday,
large crowds of French
men, women and children
- and only a smattering
of foreigners - were
visiting the institute
to see an exhibition
called "The Golden
Age of Arab
Sciences." And by
the time the show closes
on March 19, its
organizers expect to
have received over
200,000 visitors.
Further, this is not a
one-time phenomenon. A
2004-05 exhibition
devoted to the pharaohs
notched up a remarkable
700,000 visitors over
eight months. In recent
years, a score of other
popular shows have also
highlighted both the
artistic heritage and
the modern creativity of
countries from Morocco,
Algeria and Tunisia, to
Lebanon, Yemen, Iraq and
Saudi Arabia. In other
words, for all the talk
of a fresh schism
between Christian and
Islamic worlds, for all
the perception of
mounting resentment in
European societies
toward Muslim
immigrants, the French,
at least, seem
interested in learning
more about Arab culture.
So can culture serve as
a bridge between Europe
and the Middle East ? In
recent decades, the
traffic has been largely
one-way, with Western
popular culture - movies,
television, music,
fashion and the like -
penetrating Islamic
countries much as
colonial power did in
the 19th century. Yet
something of a
rediscovery of Islamic
art is now under way in
the West, with new
Islamic galleries in the
works at the Louvre, the
Victoria & Albert in
London and many other
major museums. Still,
the prevailing
perception is that the
European and Arab worlds
are strangers who must
learn to respect each
other as equals. And
this is where a show
like "The Golden
Age of Arab
Sciences" can throw
valuable light on the
relationship. It
demonstrates that in
art, architecture,
medicine, engineering,
mathematics, geography
and astronomy, these
worlds are not in fact
strangers.
Most pertinent, they
share common roots in
the ancient
civilizations of Greece,
Persia, Egypt and
Mesopotamia. When Islam
was born in the seventh
century, however, Europe
was living in the
chaotic post-Roman era
known as the Dark Ages.
And while Arab power was
first manifest through
military might, its
empire embracing the
Middle East, North
Africa, Sicily and much
of Spain, Arab scholars
picked up in many areas
where the Greeks had
left off. A crucial tool
was translation, first
of Indian and Greek
texts into Arabic, then
later of these and other
Arab-language texts into
Latin and Hebrew. In
mathematics, for
instance, while the
Greeks made important
advances in geometry,
the Arabs became masters
of algebra (our very
word is Arabic in origin,
from al-jabr) and
trigonometry. Having
adopted the zero from
India, they also turned
it into the key to
multiplication.
The exhibition at the
Institut du Monde Arabe
tracks the development
of Arab sciences through
a series of fine objects
- many, as it happens,
borrowed from Western
collections. There are
stunning bronze
astrolabes used to map
the sky, as well as
10th-century maps
underlining the
importance of geography
to the Arabs' empire.
Small hand-held
compasses were, in turn,
vital for determining
the direction of Mecca
at prayer time.
Chemistry is a good
example of how knowledge
flowed: in ninth-century
Baghdad, the show
recounts, Greek,
Egyptian and
Mesopotamian texts were
translated into Arabic
and enabled Arab
scholars to advance in
their own research.
Similarly, enormous
progress was recorded in
medicine, illustrated
here by anatomical
drawings and surgical
instruments. Hospitals
and versions of medical
schools were active in
Damascus, Cairo, Baghdad
and even Córdoba, in
Spain. Engineering and
art came together to
create perhaps the best
known Arab
"science,"
architecture, with the
10th- century mosque of
Córdoba - occupied by a
Catholic church after
the "reconquest"
of Spain - among its
treasures. Indeed,
through the Arab
presence in Spain and
Portugal, Arab
architectural style,
including decorative
tiles, also made itself
felt in Latin America.
What makes this
exhibition so different
from the traditional
displays of Islamic art
in Western museums, then,
is that it not only
shows the extraordinary
dynamism of Arab
civilization between the
eighth and 14th
centuries, but also
gives Arab culture its
rightful place as one of
the fonts of European
art and science. In that
sense, the Institut du
Monde Arabe is
fulfilling one of its
mandates, that of
deepening French
knowledge of the Arab
world. And yet, despite
the success of its
exhibitions, the
institute remains
something of a strange
hybrid: Located in a
striking building
designed by Jean Nouvel,
it has operated since
1987 as a partnership
between France and 22
Arab countries. Its
150-member staff is
multinational, but it is
headed by a French
political appointee, at
present an octogenarian
Gaullist, Yves Guéna.
Further, while all its
partners are committed
to supporting its annual
budget (22 million
Euros, or 26 million
Euros, in 2005), some
Arab countries fail to
pay up, with the result
that the French Foreign
Ministry is regularly
called on to cover the
deficit (2.6 million
Euros last year).
As a cultural body
ultimately subject to
French and Arab
political whims, then,
the institute's freedom
to address contemporary
issues between Europe
and the Arab world is
limited. Many of its
conferences and debates
address cultural
subjects or nonpolitical
themes like health,
although two recent
debates were topical:
One addressed the
culture of violence
under Saddam Hussein,
and the other explored
North Africa's "memory"
of French colonialism.
Some French and Arab
scholars nonetheless
believe the institute is
well placed to do more
to stimulate exchanges
on broader issues
dividing Europe and the
Arab world. And many
French appear to be
ready. As the crowds
flocking to the
institute's exhibitions
testify, they are more
open to the Arab world
than recent headlines
might suggest.
New Middle East
art centre opens
A
new centre for Middle
Eastern art and culture is
officially opening at
Oxford University. The
Khalili Research Centre
(KRC) for the Art and
Material Culture of the
Middle East is based in St
John Street. The KRC was
created thanks to a £2.3m
donation from Professor
Nasser D Khalili, an
Iranian millionaire. The
centre includes tutorial
rooms for academic staff
and researchers, lecture
and seminar rooms and
self-contained
accommodation for visiting
scholars.
Transcends
divisions
The
university said the KRC
would become the hub for
undergraduate and graduate
teaching in Islamic art
and archaeology. Jeremy
Johns, the first director
of the KRC, added: "The
importance of this project
is primarily academic, but
not exclusively so, for
the study of art and
material culture
transcends the ethnic,
linguistic and religious
divisions that plague the
modern Middle East. The
KRC is founded on the
common ground of material
and visual culture shared
by all the great
traditions of the region."
L’émergence
d’une "littérature-monde"
par
MICHEL LE BRIS
Nous
l’annoncions il
y a 13 ans, à
Saint-Malo :
c’est
aujourd’hui un
raz-de-marée. Un
séisme dont les
signes
avant-coureurs
commençaient à
se faire sentir au
tournant des années
80-90, avec le
surgissement
d’une génération
d’écrivains,
Salman Rushdie,
Kazuo Ishiguro,
Ben Okri, Hanif
Kureishi, Michael
Ondatjee, Amitav
Gosh. "Nous
ressemblons à des
hommes et des
femmes d’après
la Chute. Nous
sommes des hindous
qui avons traversé
les eaux noires,
et le résultat,
c’est que nous
appartenons en
partie à
l’Occident.
Notre identité
est à la fois
plurielle et
partielle", déclarait
Rushdie.
Transfuges, immigrés,
nomades, nés dans
une culture mais
vivant dans une
autre, déchirés
entre leurs
communautés,
entre les
traditions quittées
et les libertés
à gagner,
"homes
traduits" écrivant
dans une autre
langue que leur
langue maternelle :
Carlos Fuentès
avait vu en ces
auteurs les "messagers
du 21ème siècle".
Comme
il avait raison !
Et la
contradiction (ou
la déchirure)
n’est plus entre
écrivains émigrés,
exilés, déplacés,
et ceux restés au
pays, entre
Occident et Orient :
la contradiction,
d’externe est
devenue interne et
a travaillé tous
les pays. Parce
que l’Occident
est entré en
Orient et le
bouleverse. Ces
croisements, ces
processus
d’hybridation :
le nouveau monde
en train de naître.
Que les plus
jeunes écrivains
disent avec une
force rare. Très
exactement cela,
l’émergence
d’une "littérature
monde". La
littérature
n’est jamais
aussi vivante que
lorsqu’elle
s’attache à
dire le monde, à
l’inventer, à
lui donner un
visage, un
langage, quand
elle établit avec
lui un rapport
d’incandescence.
Sans doute ces télescopages
de cultures, ces métissages
parfois, ces
hybridations
sont-elles
rarement une
partie de plaisir,
s’accompagnent
de bien des
douleurs - mais
n’est-ce pas précisément
la fonction de la
littérature que
de faire œuvre de
ce chaos, de le
mettre en forme,
de le nommer, et
du même coup de
le rendre
habitable ?
Si tel est le cas,
elle n’a jamais
été aussi nécessaire.
Pour
une littérature
monde francophone
"Pendant
longtemps, ingénu,
j’ai rêvé de
l’intégration
de la littérature
francophone dans
la littérature
française. Avec
le temps, je me
suis aperçu que
je me trompais. La
littérature
francophone est un
grand ensemble
dont les
tentacules
enlacent plusieurs
continents. Son
histoire se précise,
son autonomie éclate
au grand jour
[...]. La littérature
française est une
littérature
nationale. C’est
à elle d’entrer
dans ce grand
ensemble
francophone. Ce
n’est qu’à ce
prix que nous bâtirons
une tour de contrôle
afin de mieux préserver
notre langue, lui
redonner son
prestige et sa
place
d’antan..."
Alain
Mabanckou
(Le Monde, 18 mars
2006)
Une
francophonie sans
français ?
"Peut-on
imaginer, un jour,
une intégration
des destinées
polychromes dans
le rayonnement
francophone ?
Assistera-t-on à
la naissance
d’un lectorat
français
sensibilisé par
des questions
d’enfance
africaine, de conséquences
de l’indépendance
en Inde, de destinées
tziganes, de
castes ? Les
amours illicites
et fatales d’une
Indienne du Kerala
et d’un
intouchable
toucheront-elles
autant les
lecteurs français
que les émois
amoureux des
acteurs du
microcosme
parisien ? On
me rétorquera :
encore faut-il des
écrivains
francophones de
cette qualité !
Je doute que les
talents se
recrutent
exclusivement
parmi les anciens
administrés de la
Couronne
britannique. Je
trouve suspecte
l’idée d’une
dégénérescence
congénitale des héritiers
de l’empire
colonial français."
Anna
MoÏ (Le
Monde, 25 novembre
2005)
La
francophonie est
une chance
Une réponse
au texte
d'Amin Maalouf,
"Contre
la littérature
francophone"
("Le
Monde des
Livres"
du 10 mars ;
lire
ci-dessous)
par
ALEXANDRE NAJJAR,
publié dans le
Monde des Livres du
24 mars 2006
Ecrivain
libanais
francophone,
l'auteur a écrit
notamment Le
Roman de
Beyrouth
(Plon, 2005)
J'ai
lu avec intérêt
l'article publié
par Amin Maalouf
dans les colonnes
du "Monde des
livres" (du
10 mars), où il
considère que la
notion d' "écrivain
francophone"
ne repose sur
aucun critère défini
et conduit à une
sorte de ghetto en
créant une
discrimination
inacceptable entre
littérature française
et littérature écrite
par les étrangers
en français. Cet
article soulève
des questions
pertinentes
(l'absence de critères
précis, les réticences
de certains à
considérer les
auteurs français
eux-mêmes comme
"francophones"
ou leur refus
d'inclure les écrivains
francophones dans
les traités de
littérature française...)
et exprime bien le
malaise qu'éprouvent
les écrivains étrangers
installés en
France et
naturalisés français
dans la mesure où
leur intégration
demeure incomplète
à leurs yeux tant
qu'ils sont
qualifiés de
"francophones".
Mais
il n'est pas à
l'abri de la
critique : poussé
à l'extrême, le
raisonnement
d'Amin Maalouf
conduirait à
abolir tous les
particularismes et
à faire
abstraction de la
langue et de la
nationalité pour
aboutir à une
sorte d'écrivain
sans passeport.
Pour séduisante
qu'elle soit,
cette vision est
utopique et va à
l'encontre des
efforts entrepris
pour protéger la
diversité
culturelle (que
Maalouf lui-même
considère
justement comme "notre
première
richesse")
et s'opposer aux
dangers connus de
la mondialisation.
En outre, la thèse
de l'auteur du Rocher
de Tanios reflète
mal la réalité
telle que nous l'éprouvons,
nous autres, écrivains
"francophones"
ou
"d'expression
française"
établis hors de
France.
Dire
d'un écrivain
libanais, québécois,
tunisien ou sénégalais
qu'il est
"francophone"
n'est pas réducteur,
bien au contraire
: ce statut lui
confère une
certaine
universalité en
le plaçant,
d'emblée, au sein
d'un ensemble qui
compte aujourd'hui
une cinquantaine
de pays
francophones et
lui permet de
s'adresser à deux
publics : "celui,
immédiat, qui
partage son
univers référentiel,
et un autre, plus
éloigné, à qui
il doit rendre sa
culture
intelligible",
selon la formule
de Lise Gauvin.
La
francophonie
apparaît plutôt
comme une chance
tant pour les écrivains
étrangers que
pour les Français
eux-mêmes. Les
premiers s'intègrent,
du fait même de
leur adoption de
la langue française
comme moyen
d'expression et de
communication,
dans la vaste
famille
francophone et
peuvent, à partir
de cette tribune,
mieux défendre
leur identité
culturelle et
mieux transmettre
les idées qui les
préoccupent,
sachant, du reste,
que de nombreuses
études relèvent
des
correspondances
frappantes, aussi
bien thématiques
que stylistiques,
entre les différents
auteurs
francophones ; les
seconds trouvent
dans ces écrivains
venus d'ailleurs
de nouvelles
sources
d'inspiration, des
formes inédites
d'expression, des
images et des mots
savoureux... Au
demeurant, le
"clivage"
dont parle Amin
Maalouf, lui-même
lauréat du plus
prestigieux prix
littéraire français,
n'est pas patent :
il existe entre
littérature
francophone et
littérature française
une osmose
permanente, une
synergie féconde,
un enrichissement
mutuel.
Lors
de son passage à
Beyrouth en 1994,
François
Nourissier avait
bien souligné
cette idée : "De
1973 à 1993, cinq
écrivains
francophones de la
Suisse, du Canada,
du Maroc, des
Antilles et du
Liban ont
obtenu le prix
Goncourt. Il est
certain qu'il y a
là une volonté
très claire...
Cela est
d'ailleurs bien
accepté par les
auteurs français
et par le public.
La littérature
francophone peut
être bénéfique
à la langue française
à deux niveaux.
D'abord, au niveau
de la langue. Le
français est une
langue assez fixe
(...). De
nouvelles façons
d'écrire, des
mots nouveaux
empruntés à un
autre langage
peuvent l'enrichir
(...). D'autre
part, du point de
vue de la richesse
d'inspiration, la
littérature
francophone peut
beaucoup nous
apporter. Une des
faiblesses du
roman français
contemporain,
c'est quand même
une certaine répugnance
à traiter les
grands problèmes
: on fait de
l'intimisme, on
fait du
laboratoire, on
fait de la littérature
de recherche, très
cérébrale. Il
n'y a plus d'équivalent
aujourd'hui au
travail de Zola,
Flaubert ou Balzac
; il n'y a plus,
sur les grands
problèmes de la
société française,
une sorte de
compte-rendu
romanesque de
grande qualité.
C'est une
inspiration que
nous avons perdue.
Or, il y a un
souffle différent
qui passe avec des
écrivains qu'on
va chercher un peu
plus loin..."
Pourquoi, dès
lors, remettre en
question l'idée
de littérature
"francophone",
pourquoi semer le
doute dans les
esprits ?
L'indifférence
affichée
quelquefois à l'égard
des littératures
francophones n'est
pas signe
d'hostilité, mais
de méconnaissance.
Nous n'avons
jamais éprouvé
en France cette prétendue
ségrégation vis-à-vis
des auteurs
francophones ;
nous n'avons
jamais perçu chez
les Français la
volonté de nous
"exclure"
sous prétexte que
nous sommes
"francophones".
A l'heure où
s'achève le Salon
du livre de Paris,
qui a réuni des
dizaines d'auteurs
ayant le français
en partage,
affirmer que la
francophonie est
un "outil
de
discrimination"
est profondément
injuste : elle
est, et restera,
un formidable
espace d'échange,
de fraternité et
de dialogue.
Ces
considérations
faites, force est
de constater que
le véritable
enjeu,
aujourd'hui, est
moins le statut
des écrivains
francophones que
l'avenir de leur
langue d'adoption,
menacée, de moins
en moins présente
à l'étranger,
marginalisée dans
les domaines des
nouvelles
technologies de la
communication et
de la recherche
scientifique.
Comment organiser
"le combat
pour le français"
? Par quels moyens
les instances de
la francophonie
entendent-elles
consolider la
place du français
dans le monde ?
Comment faire face
à l'hégémonie
d'une langue
unique et aux
dangers réels
d'une pensée
unique ? Il est
heureux que des
auteurs comme
Claude Hagège ou
Dominique Wolton
se mobilisent,
dans des ouvrages
récents, pour réveiller
les consciences et
inciter le pouvoir
politique à mieux
défendre le français.
Dans ce combat,
les écrivains
francophones
seront assurément
en première
ligne. Car défendre
la langue française,
c'est, avant tout,
se battre pour une
certaine idée de
la liberté.
Contre
"la littérature
francophone"
Prix Goncourt
1993 (Le Rocher
de Tanios), Amin
Maalouf exhorte
la France à se
regarder dans "le
miroir du
temps"
par AMIN
MAALOUF, publié
dans le Mondes
des Livres du 10
mars 2006
Pourtant,
à l'origine, tout
cela partait d'une
excellente idée.
Je ne sais plus si
c'était Bourguiba
ou Senghor qui
l'avait formulée
en premier. Peu
importe, le
concept venait à
son heure. La
France et ses
anciennes dépendances
avaient hâte de dépasser
les traumatismes
de l'ère
coloniale vers une
alliance
consentie, bâtie
sur le terrain le
plus stable et le
plus élevé qui
soit, celui de la
langue commune.
Plus de colons,
plus d'indigènes,
plus de
"second collège"
; les ancêtres
gaulois n'étaient
plus exigés à
l'entrée. De
Montréal à Phnom
Penh, de Lyon à
Brazzaville, de
Bucarest à
Port-au-Prince,
tous ceux qui
avaient "la
langue française
en partage",
ceux qui étaient
nés en son sein
comme ceux qui
l'avaient adoptée,
et même ceux qui
avaient le
sentiment de
l'avoir subie, se
retrouvaient désormais
égaux, tous frères
en francophonie,
unis les uns aux
autres par les
liens sacrés de
la langue, à
peine moins
indissociables que
ceux du sol ou du
sang.
Le
"glissement sémantique"
s'est produit par
la suite. Je parle
de
"glissement"
parce qu'il n'y
avait là aucune
intention
pernicieuse. Il
semblait naturel,
en effet, dès
lors qu'on avait
constitué un
ensemble global
francophone, mis
en place des
institutions
francophones, tenu
des sommets
francophones, que
l'on se mît à
parler de littérature
francophone et
d'auteurs
francophones. Car,
après tout,
qu'est-ce qu'un
auteur francophone
? Une personne qui
écrit en français.
L'évidence... du
moins en théorie.
Car le sens s'est
aussitôt
perverti. Il s'est
même carrément
inversé.
"Francophones",
en France, aurait
dû signifier
"nous" ;
il a fini par
signifier
"eux",
"les
autres", "les
étrangers", "ceux
des anciennes
colonies"...
En ces temps d'égarement
où les identités
se raidissent et où
l'universalisme
est en perpétuelle
régression, les
vieux réflexes
sont revenus. Peu
de gens auraient
l'idée d'appeler
Flaubert ou Céline
"francophones"
; et même des écrivains
d'origine étrangère,
s'ils ne viennent
pas d'un pays du
Sud, sont vite
assimilés à des
écrivains français
; je n'ai jamais
entendu décrire
Apollinaire ou
Cioran comme des
"francophones"...
J'ai
passé récemment
en revue une
longue liste de
noms pour tenter
de cerner les critères
qui régissent ce
clivage. Ce que
j'ai découvert,
j'aurais honte de
l'écrire. Même
si je ne faisais
qu'énumérer ces
critères, je me
sentirais souillé.
Disons seulement
qu'il y a là des
subtilités
discriminatoires
indignes de la
France, indignes
de ses idéaux,
indignes de ce
qu'elle représente
dans l'histoire
des idées et des
hommes...
Devrais-je aligner
les exemples ?
Evoquer le cas de
ces universités où
l'on ne peut plus
étudier l'oeuvre
d'un écrivain
"francophone",
sauf si l'on fait
un parallèle avec
un écrivain
proprement français
? Non, je m'arrête
là, pour dire
seulement, à
mi-voix mais avec
fermeté, et avec
solennité :
mettons fin à
cette aberration !
Réservons les
vocables de
"francophonie"
et de
"francophone"
à la sphère
diplomatique et géopolitique,
et prenons
l'habitude de dire
"écrivains
de langue française",
en évitant de
fouiller leurs
papiers, leurs
bagages, leurs prénoms
ou leur peau !
Considérons les dérapages
passés comme une
parenthèse
malheureuse, comme
un regrettable
malentendu, et
repartons du bon
pied !
En
cela, nous
rejoindrions ce
qui se pratique déjà
dans les espaces
linguistiques les
plus épanouis et
les plus conquérants,
ceux de la langue
anglaise ou de la
langue espagnole,
qui ne connaissent
plus aucune ségrégation
de cet ordre.
Personne n'aurait
l'idée de
distinguer les
"écrivains
espagnols"
des
"hispanophones",
ni les "anglais"
des
"anglophones".
Il y a des écrivains
de langue
anglaise, tout
simplement, qu'ils
soient noirs ou
blonds, qu'ils
viennent de
Birmingham, de
Dublin, de
Calcutta ou de
Johannesburg ; et
des écrivains de
langue espagnole,
qu'ils soient
Andalous,
Colombiens ou Guatémaltèques...
Ai-je
besoin de le dire,
ces appellations
unificatrices
n'abolissent point
la diversité. Il
y a une littérature
africaine de
langue anglaise,
une littérature
indienne, des littératures
caribéenne,
nord-américaine,
irlandaise, etc.
Chez nous de même
; on n'écrit pas
de la même manière
à Dakar, à
Bruxelles, à
Beyrouth, à
Alger, à
Toulouse, à Québec
et à
Fort-de-France.
Nous avons nous
aussi notre littérature
africaine de
langue française,
notre littérature
antillaise, notre
littérature
nord-américaine...
La diversité des
voix est notre
première
richesse. Ce qu'il
s'agit d'abolir,
ce sont les
oppositions stériles
et
discriminatoires :
littérature du
Nord contre littérature
du Sud ; littérature
des Blancs contre
celle des Noirs ;
littérature de la
métropole contre
celle des périphéries...
Il ne faudrait
tout de même pas
que la langue française
devienne, pour
ceux qui l'ont
choisie, un autre
lieu d'exil !
Cela
étant dit, mon
propos n'est pas
de défendre une
quelconque
"confrérie"
des écrivains
migrants. Eux se
nourrissent de
l'adversité
autant que de
l'hospitalité, de
la souffrance plus
que de la joie, du
confinement mieux
encore que de la
liberté - de tout
cela est faite la
littérature,
depuis toujours.
Pour eux, je ne me
fais pas de
soucis. Pour la
France, je m'en
fais. Car ce dérapage
sémantique est,
à l'évidence, un
symptôme. Si la
notion de
"littérature
francophone"
a été pervertie,
détournée de son
rôle rassembleur
pour devenir un
outil de
discrimination, si
le mot qui devait
signifier
"nous
tous" a fini
par signifier
"eux", "les
étrangers",
c'est - ne nous
voilons pas la
face ! - parce que
la société française
d'aujourd'hui est
en train de
devenir une
machine à
exclure, une
machine à
fabriquer des étrangers
en son propre
sein.
Son
carburant, la
peur. Peur de
l'Europe, soudain
; - encore un
"nous"
qui s'est
transformé
insidieusement en
"eux" !
Peur des
Anglo-saxons. Peur
de l'islam. Peur
de l'Asie qui s'élance.
Peur de l'Afrique
qui piétine. Peur
des jeunes. Peur
des banlieues.
Peur de la
violence, de la
vache folle, de la
grippe aviaire...
Peur et honte de
son passé, au
point d'enterrer
ses dossiers et de
ne plus oser célébrer
ses victoires.
Ceux qui chérissent
la France et qui
se sont nourris de
son Histoire, ceux
qui y sont nés
comme ceux qui
l'ont choisie, ne
peuvent que
souffrir au
spectacle d'une
société
tremblante et
honteuse qui n'ose
plus se regarder
dans le miroir du
temps.
Sans
doute certaines
peurs ne
sont-elles pas
injustifiées. Ce
siècle a fort mal
commencé, les
forces de
l'obscurantisme et
de la régression
sont manifestement
à l'oeuvre, sur
tous les
continents ;
certains jours,
elles paraissent même
triomphantes. Mais
n'est-ce pas là
une raison supplémentaire
pour que la France
ne se trompe pas
de combat ? En
entrant dans la
logique des
crispations
identitaires, on
perd sa propre
raison d'être, on
perd sa crédibilité
morale et sa place
parmi les
nations... Or le
monde a besoin de
la France. Quand
elle soutient des
causes justes,
elle peut encore
faire la différence
; moi qui viens du
Liban, je puis en
témoigner. Mais
le monde n'a pas
besoin de
n'importe quelle
France. Il n'a que
faire d'une France
frileuse et déboussolée
qui veut se protéger
des fantomatiques
"plombiers
polonais"
voleurs d'emplois,
et se démarquer
à tout prix de
ces poètes étranges
qui viennent de si
loin pour lui
voler sa langue.
Faire
passer de
l’air dans la
littérature
Depuis
la Bible ou
l’Odyssée
d’Homère,
le voyage
n’a pas cessé
de bousculer
la littérature.
Eclairage avec
Michel Le
Bris, écrivain,
historien des
flibustiers et
du romantisme,
biographe de
Stevenson et
créateur du
festival
Etonnants
Voyageurs, à
Saint Malo
Propos
recueillis par
LOUIS IMBERT,
publiés dans Muze
le 29 mai 2006
www.muze.fr
- Qu’est-ce
que c’est,
un écrivain
voyageur ?
Un
écrivain.
C’est-à-dire
quelqu’un
pour qui toute
langue est étrangère.
A commencer
par la sienne.
Et de même,
le monde.
Quelqu’un
qui tente d’établir
entre les deux
comme un
rapport
d’incandescence,
pour tenter de
les habiter.
Parce que la
littérature
n’est jamais
aussi vivante
que
lorsqu’elle
dit le monde.
Parce que
c’est la
parole vive du
monde qui sans
cesse empêche
la littérature
de se refermer
en clichés,
en stéréotypes,
en paroles
mortes, en
jeux de mots.
Chaque écrivain
a ses propres
raisons de
prendre la
route. Mais
quand
l’ordinaire
des jours pèse
comme une
prison, que
notre monde
semble se
refermer, se
faire trop
vieux, alors
la littérature
de voyage
immanquablement
resurgit.
Voyez le
romantisme :
Gérard de
Nerval part
alors en
Orient, Victor
Hugo sur les
rives du
Rhin... De même,
à la fin du
XIXe siècle,
Stevenson
entend à
toute force
s’échapper
à
l’Angleterre
victorienne,
parcourt le
monde, se
frotte à la
culture
samoane, et
invente ce
faisant une
littérature "autre".
Avant lui, il
y avait eu
Melville.
Quelques années
plus tard,
Victor Segalen
s’embarquera
pour l’Océanie,
et la Chine...
Un écrivain
voyageur, ça
n’est pas
quelqu’un
qui entend
nourrir un "genre
littéraire" :
il cherche à
tracer des
chemins pour
ouvrir de
nouveaux
espaces, à
faire passer
de l’air
dans la littérature.
Et dans la
société,
quand toutes
deux
commencent à
sentir le
moisi...
Considérez
les
expressions
populaires :
on part
"pour se
changer les idées"
- c’est à
dire en avoir,
qui ne soit
pas le caquet
du troupeau,
le moulin à
prières des
idéologies...
- Cela
pourrait
ressembler à
une fuite ?
Ca
vous gênerait ?
Attention :
c’est généralement
le reproche
fait par les
garde-chiourmes
de tous poils,
à ceux qui
revendiquent
le droit de
sortir de la
prison qu’on
leur peignait
aux couleurs
du paradis.
Communiste,
par exemple.
J’ai connu
ça. C’est même
ce qui
distingue le
"militant"
du
"dissident".
Autre manière
de dire que ça
a un sens
politique,
fort. Je fais
partie d’une
génération
d’écrivains
apparus à la
fin des années
1970, au
moment de
l’effondrement
du marxisme -
j’en fus un
des acteurs,
par mon essai
L’homme aux
semelles de
vent. Il
fallait oser,
effondrer les
murailles, si
l’on voulait
respirer enfin
à l’air
libre. C’est
comme cela que
je me suis
retrouvé
classé
"nouveau
philosophe",
alors qu’il
s’agissait
d’un essai
de
"philosophie
voyageuse".
Ce que l’on
n’a pas vu
sur le coup,
mais qui crève
les yeux, rétrospectivement :
en 1977, la même
année, Gilles
Lapouge publie
les
Equinoxiales,
Alain Borer
part sur les
traces de
Rimbaud en
Abyssinie,
Jean-Marie Le
Clézio publie
Désert, Hugo
Pratt invente
Corto Maltese,
Jacques
Meunier publie
les Gamins de
Bogota, Jean
Rolin Chemins
d’eaux, et
Jacques
Lacarrière
Chemins
faisant,
tandis qu’en
Angleterre
paraît un
livre culte :
En Patagonie,
de Bruce
Chatwin !
Si ça n’est
pas la
naissance
d’un
mouvement,
cela... Après,
ça a été
mon combat :
création de
la revue
Gulliver pour
rassembler
tous ces
auteurs,
lancement de
plusieurs
collections,
chez Payot, Phébus,
la Table
Ronde, puis
Flammarion,
Hoebeke...
Avant de créer
en 1990 le
festival
Etonnants
Voyageurs, qui
tout de suite
a été un
grand succès.
Et c’est
ainsi que
j’ai fait découvrir
un certain
nombre de
"grands
anciens"
oubliés - à
commencer par
Nicolas
Bouvier, dont
j’ai été
l’éditeur.
Nicolas avait
publié son
chef-d’œuvre,
L’usage du
monde, en
1963, dans
l’indifférence
totale de la
critique. Il a
fallu que les
grands clercs
de l’idéologie
cèdent la
place pour
qu’on le
remarque enfin !
Il fallait
aussi que le
public en
ressente
l’urgence :
au sortir de décennies
d’abrutissement,
le besoin de réapprendre
"l’usage
du
monde".
Un peu comme
on réapprend
à marcher.
- Ecrire
sur le voyage,
est-ce une façon
de ne plus
parler
seulement de
soi ?
C’est
une démarche
à l’exact
opposé de ce
qu’en France
on a appelé "l’autofiction"
- cette pauvre
chose d’une
coterie à
l’agonie,
qui tente de
survivre comme
une fleur en
pot, pour ne
rien savoir du
rugissement du
monde,
au-dehors.
Celle-là,
d’une
certaine manière,
est morte le
11 septembre -
puisque le "dehors"
est entré par
effraction, ce
jour-là, dans
la bulle où
l’on se
croyait entre
soi, à
l’abri. A
l’exact
opposé ?
En apparence,
seulement :
la littérature
voyageuse
n’ignore pas
la littérature
du moi, bien
au contraire -
mais d’un "moi"
mis à l’épreuve
de l’autre,
et du dehors,
d’un moi
transformé,
concassé, révélé
à lui-même
par son
rapport à
l’autre.
Deux phrases
de Stevenson
sont à penser
ensemble : "le
dehors guérit"
( du trop
plein de soi,
en
particulier)
et "tout
récit de
voyage réussi
est un
fragment
d’autobiographie."
Mais ça n’a
plus rien à
voir avec le
maigre brouet
des
anorexiques
claustrophobes.
C’est contre
cela que nous
avons fondé
le festival
"Etonnants
Voyageurs",
à Saint-Malo,
en 1990. Une
ville de
corsaires !
Ça tombait
bien.
- Le
récit de
voyage a-t-il
encore un
sens,
maintenant que
chacun peut
faire le tour
du monde ?
Pourquoi
courir le
monde
puisqu’il
est partout
identique, Mac
Do et Coca
Cola à chaque
coin de rue ?
Cette
question,
c’est une spécialité
française. On
a du me la
poser dix
mille fois !
Curieusement,
jamais par des
journalistes
ou des
critiques étrangers.
Il faut vivre
la tête
enfouie dans
le sable pour
ne pas voir
qu’un monde
devant nous
disparaît,
qu’un autre
est en train
de naître,
inquiétant,
fascinant - et
que nous
attendons des
artistes, précisément,
qu’ils nous
le donnent à
voir. Rien à
voir avec
"l’universel
reportage" :
Bruce Chatwin
a dit joliment
qu’il
"appliquait
au réel la
technique de
narration du
roman, pour révéler
la dimension
romanesque du
réel."
Il faut un
vrai travail
littéraire,
un rapport
d’incandescence
avec le monde.
C’est toute
la différence
avec les récits
de voyage ou
d’exploration
au sens
classique. Le
monde est
beaucoup plus
complexe,
beaucoup plus
obscur qu’il
y a trente
ans, parce
qu’il n’y
a plus
d’explications
pré-mâchées
pour servir de
béquilles,
quand le
moulin à prières
des idéologies
nous donnait
des réponses
sur tout pour
ne plus avoir
peur dans le
noir - à
condition de
ne plus se
poser de
questions sur
rien. On voit
apparaître
des livres
comme ceux de
Jean Hatzfeld
(Dans le nu de
la vie), qui
s’inventent
à la frontière
du
journalisme,
de la fiction
et de
l’essai.
Probablement
parce qu’on
cherche de
nouvelles
formes, pour
dire le monde
nouveau.
Ainsi, un écrivain
d’origine
indienne comme
Suketu Mehta
écrit la
biographie de
Bombay, dans
Maximum city,
en racontant
l’énorme et
douloureuse
naissance
d’une ville,
où la
modernité
accouche de
quelque chose
de nouveau. Le
livre devrait
paraître à
l’automne
prochain :
il est
magnifique.
- Où
va,
aujourd’hui,
la littérature
voyageuse ?
Elle
est marrante,
votre question :
où va le
voyageur ?
S’il le
savait, il
n’irait pas.
Alors
paraphrasons
le poète :
dans
l’inconnu,
pour chercher
du nouveau !
L’année
dernière,
nous avions
pris comme thème
du festival la
"littérature
qui
vient" :
un choix de
ceux qui nous
paraissaient
les plus
grands parmi
les jeunes écrivains
du monde
entier. Ce qui
frappait le
plus, véritable
phénomène
planétaire,
c’était le
déferlement
d’auteurs
"métis",
ceux-là qui
vivent en
eux-mêmes le
télescopage
de différentes
cultures - ces
"hommes
traduits"
dont parle
Salman
Rushdie. Un
grand nombre
de ces
nouveaux
auteurs,
d’ailleurs,
se réclament
de lui . Une
"littérature-monde"
est en train
de naître.
Choisirons-nous
de nous
barricader,
une fois
encore, ou
bien
oserons-nous
prendre le
large ?
C’est tout
l’enjeu des
temps présents.
Et, vous le
voyez bien,
pas seulement
en littérature.
Mais je reste
optimiste :
le fond de
l’air littéraire
français se
fait plus vif,
me
semble-t-il,
ces
temps-ci...
Interview
de Michel Le
Bris pour La
Vie
Propos
recueillis par
JEAN-LUC POUSSIER
le 29 mai
2006
-
Cette année, pour
Etonnants
Voyageurs, vous
avez choisi pour
thème
"Orients rêvés,
Orients réels"
Orient,
et pas Asie, Extrême,
ou Moyen Orient.
Parce que
l’Orient est
d’abord un
continent
imaginaire, forgé
par l’Occident
comme la figure même
de son
"Autre",
la figure de "l’Ailleurs",
et qu’il n’a
cessé de déplacer
au fil de
l’histoire :
quand Byron part
en Grèce, il
s’imagine partir
en Orient !
Dire
"Orient"
c’est donc déjà
dire le rapport
entre Orient et
Occident, c’est
déjà
s’interroger sur
soi. Dire
"continent
imaginaire"
n’est pas péjoratif,
pour moi. Le réel
se tisse
d’imaginaire,
n’est
perceptible qu’à
travers lui -
sinon la création
artistique ne
serait que jeu
futile. Ce sont
d’immenses
savants,
d’immenses poètes
qui se sont lancés
ainsi dans
"l’Orient
immense" !
Dont certains
seront à
Saint-Malo,
justement... Et
puis il y a la réalité
d’aujourd’hui,
de mondes en
pleine mutation.
De nomadismes
massifs,
volontaires ou
contraints. Où
l’Orient est
entré en Occident
- ne serait-ce que
par l’apport de
populations immigrées,
et le phénomène
de "deuxième
génération",
de jeunes qui sont
deux cultures à
la fois et
apprennent à les
conjuguer. Où
l’Occident est
entré en Orient -
ne serait-ce que
du fait de
l’expansion économique,
du progrès
technique, de la
circulation planétaires
des musiques, des
films, de modes de
comportement,
d’exigences démocratiques,
d’un
surgissement de
l’idée
"d’individu",
qui lui est lié...
Cet entremêlement,
ces oppositions,
ces rapprochements
- et ce qui naît
de neuf de cela :
le thème du
festival.
-
Vous recevrez huit
écrivains
indiens. Quelle
sera leur place
dans le festival ?
Huit,
oui, parmi une
cinquantaine venus
d’un peu
partout, de l’Egypte
au Japon, de
l’Afghanistan au
Vietnam. Plus une
bonne soixantaine
d’auteurs français
liés à cette thématique
orientale. Sur 200
invités au total !
Mais vous avez
raison :
l’Inde y a une
belle place. Parce
qu’il nous a
semblé qu’il y
avait là-bas une
véritable
explosion de créativité.
Et c’est vrai
tout autant pour
les "écrivains
de l’intérieur"
que les écrivains
de la diaspora.
D’ailleurs, on
pourrait dire que
ce sont ces
derniers qui ont
joué le rôle de
déclencheurs. Ce
qui ne veut pas
dire qu’il n’y
avait pas avant
d’immenses écrivains
indiens, comme
Tagore.
Simplement,
quelque chose a
changé au
tournant des années
80. Parce que le
monde changeait,
et même
basculait.
-
Où cela a-t-il
commencé ?
Ça
a commencé par
les émeutes dans
les banlieues des
grandes villes
londoniennes - qui
étaient largement
le fait des immigrés
de deuxième génération.
Ça s’est
poursuivi par le
surgissement
d’une génération
d’écrivains,
tous enfants de
l’ex-empire
britannique :
Salman Rushdie,
Kazuo Ishiguro,
Hanif Kureishi,
Amitav Gosh,
Michael Ondatjee,
etc., qui ont littéralement
pris d’assaut
les lettres
anglaises, les ont
bousculées,
revivifiées. En
faisant de ce télescopage
culturel la matière
même de leurs œuvres.
Il faut voir ce
que ça veut dire :
mettre en forme ce
chaos, dans une œuvre,
le nommer, c’est
commencer à le
rendre habitable.
C’est la
fonction même de
l’art. Nous
sommes dans une
nouvelle phase.
-
Où en sommes-nous
aujourd’hui ?
Le
clivage est moins
net entre les
"écrivains
de l’intérieur"
et les "écrivains
de l’extérieur"
- du moins entre
certains d’entre
eux. Parce que la
mobilité est plus
grande. Un Pankaj
Mishra se partage
sans problème
entre Londres, New
York et New Delhi.
Il écrit régulièrement
dans la New York
Review of Books,
cite comme références
littéraires
majeures, pour
lui, les auteurs
européens et
russes, et vient
de publier un beau
livre sur Bouddha.
Ça nous avait déjà
frappé l’année
dernière,
d’ailleurs,
alors que nous
faisions un
"tour du
monde" des
jeunes écrivains :
à peu près tous
citaient comme
influences
majeures des
auteurs européens
ou américains. Un
Rana Dasgupta
(Tokyo, vol annulé)
formidablement doué,
a été élevé à
Oxford, a vécu un
peu en France, en
Malaisie et aux
Etats Unis.
Rattawut
Lapcharoensap (Café
Lovely) gamin
surdoué, se
partage entre
Thailande et
Etats-Unis. Il est
moins net aussi
parce que
l’Occident
d’aujourd’hui
est entré en
Inde. Avec
l’explosion
technique, économique.
Du coup les
auteurs les plus
intéressants à
mon sens, attachés
à donner à voir
cette Inde
nouvelle en train
de naître, se
retrouvent dans la
situation
d’avoir à dire,
comme leurs aînés
à Londres ou
Liverpool, mais
cette fois sur
place, ce télescopage.
Pour, contre, ça
c’est un autre
problème. Ce qui
me passionne, ce
sont ces phénomènes
d’hybridation :
les figures
multiples du monde
qui vient. C’est
ce qui fait la
force, et la séduction
singulière du
roman de Tejpal,
Loin de
Chandigarth :
la manière dont
il insère tout un
imaginaire indien
dans les formes
romanesques
anglo-saxonnes,
jusqu’à les
faire expliquer.
-
Aux côtés de
Tarun Tejpal (Loin
de Chandigardh),
pourquoi ne pas
avoir fait venir
Vikram Seth (un
garçon
convenable) ou
encore Arundathi
Roy (le Dieu des
petits riens) qui
sont édités en
français ?
Parce
que Vikram Seth
n’a rien publié
en français
depuis un moment -
mais il est déjà
venu à
Saint-Malo. En
1995. Et nous
avons invité
Arundathi Roy,
mais elle n’était
pas libre.
-
Quels sont les thèmes
abordés et les
parti pris
de ces
jeunes auteurs ?
Que racontent-ils ?
Quelle est la part
de l’histoire
dans le roman
indien ?
J’ai
beaucoup de mal à
penser en ces
termes. Qu’à
vrai dire je ne
comprends pas,
s’agissant de
littérature, et
pas d’idéologie.
La richesse
d’une littérature,
c’est sa
diversité. La
multiplicité des
histoires racontées.
Des thèmes, si
vous y tenez. Vous
voulez vraiment
rentrer tout ça
dans des boîtes ?
Avec une Taslima
Nasreen, par
exemple, c’est
facile - et son
combat est éminemment
respectable, son témoignage
est émouvant, il
faut la soutenir,
mais il ne
s’agit pas à
proprement parler
d’un écrivain.
Enfin, pour moi...
Un Tarun Tejpal,
par exemple, est
exemplaire :
fondateur-directeur
de la revue
Tehelka (
aujourd’hui Tehelka.com
) il a été de
tous les combats
contre la
corruption, le
fanatisme
religieux, les délires
identitaires,
menacé pour cela
de mort - mais son
roman n’a rien
à voir avec cela.
Et je regrette que
le livre de Suketa
Mehta, Maximum
City, n’est pas
pu être prêt à
temps en France,
formidable livre,
livre
d’engagement,
mais de tout l’être
d’un écrivain
pour dire, avec
tous les moyens de
la littérature,
le Bombay
d’aujourd’hui.
Ça c’est de la
littérature "engagée"
- dans l’effort
de dire le monde !
Devant le
surgissement
d’un monde
nouveau, il y a
toute la gamme des
positions, la
crainte, le refus,
la fascination. La
fatwa contre
Rushdie a pour moi
valeur de symbole :
Rushdie ou les intégristes ?
Entre les deux,
toutes les
couleurs de
l’arc-en-ciel.
La douleur de
sentir un monde
traditionnel en péril
de disparaître.
L’excitation de
sentir qu’un
monde neuf vient.
Qui sera l’Inde,
aussi, mais différente.
Dont chacun sera
l’acteur.
Ce
qui m’intéresse,
moi, c’est que
l‘on vienne au
festival sans trop
chercher à
appliquer ses catégories
à priori - que
l’on vienne pour
découvrir les
voix multiples du
monde, là-bas, en
train de se faire.
Ce qui me frappe
chez les plus
jeunes, c’est
l’absence de
parti pris. Un
Rana Dasgupta se
revendique comme
écrivain, point,
ne veut pas se
laisser embarquer
dans des combats
idéologiques, ni
des schémas
identitaires.
Indien, il se sent
du monde entier.
Mais ça ne veut
pas dire qu’ils
ne "s’engagent"
pas. D’abord
parce qu’il y a
des combats à
mener au nom des
valeurs auxquelles
on croit. Bien sûr
vous trouverez des
défenseurs de
l’Inde éternelle,
surtout chez les
plus vieux, écrivant
comme Verma en
hindi. Et ça peut
être respectable.
Mais gardons-nous
nous-mêmes du "regard
de
l’ethnologue"
( ou du touriste)
- qui aimerait
tant que ses
objets d’étude
ne bougent jamais
plus. Depuis quand
existe-t-il des
identités
immobiles ?
Qui refuse le
mouvement, la
transformation,
meurt. Ce que nous
disons
"tradition"
a été à un
moment donné la
nouveauté qui
balayait des
"traditions
anciennes".
Jusqu’où
faut-il remonter, aux
premiers grands
primates ?
C’est de la
responsabilité
des écrivains,
des artistes, de
faire le tri :
dans l’avènement
du monde nouveau
que soit préservé
le meilleur de la
"tradition".
C’est
d’ailleurs
pourquoi j’apprécie
tant Loin de
Chandigarh !
Alors, quelle
place à
l’histoire ?
Elle est éminemment
variable. Chaque
époque marque sa
nouveauté en réinterprétant
l’histoire.
C’est encore
vrai
aujourd’hui.
C’était
l’ambition
d’un Shashi
Tharoor, dans le
Grand roman
indien. Ça peut
paraître loin des
jeunes préoccupés
de dire surtout le
neuf qui émerge -
mais ça ne
l’est pas forcément :
on ne pose jamais
au passé que les
questions du présent,
et celles-ci
changent comme
change le présent.
-
Quelles sont les
formes littéraires
empruntées par
les écrivains
indiens, essais,
romans, policiers,
biographies ... ?
Quelle
drôle de question !
Toutes les formes
littéraires
occidentales, bien
sûr. Et d’abord
le roman qui
s’accorde le
mieux à leur manière
de tisse ensemble
l’imaginaire et
le "réel".
Mais aussi
l’essai (Ian
Buruma dont
malheureusement le
livre ne sort pas
à temps pour le
festival est un
essayiste
hors-pair), la
nouvelle (Dasgupta),
le récit de
voyage, genre
anglo-saxon s’il
en est (Pankaj
Mishra) Ce qui est
passionnant,
c’est la manière
dont s’y incluent
les
formes indiennes,
la mythologie
indienne, la
structure
narrative du
conte. Et ce qui
est le plus intéressant
je trouve, c’est
( mais ça ne se
limite pas à
l’Inde) l’émergence
de formes
nouvelles, tenant
tout à la fois du
roman, de
l’essai, du récit
de voyage, pour
dire le monde
nouveau. Suketa
Mehta en est un
bel exemple... A
monde nouveau,
formes nouvelles.
-
Aux côtés de la
littérature
anglophone, sans
doute la plus représentée,
quelle est la
place pour les
autres littératures
indiennes (langues
régionales) et
l’édition française ?
La
littérature
anglophone domine
largement.
D’abord tout
simplement parce
que la plupart des
jeunes écrivains
indiens écrivent
en anglais.
Ensuite parce que
les agents
(anglo-saxons) y
ont accès
directement et
qu’elle touche
directement le
public anglophone.
Pour ce que j’ai
lu, traduit de
l’hindi, et qui
est insuffisant,
à savoir Nirma
Verma et la
bengali Mahasweta
Devi, disons que
je reste sur une
prudente réserve,
même si Verma a
été un quasi révolutionnaire
à une époque,
puisant dans les
avant-gardes européennes
les formes de
renouvellement des
ses propres
fictions.
Aujourd’hui,
est-ce l’âge ?
Il est surtout
l’écrivain de
la fuite du temps,
irrémédiablement
perdu. Mahasweta
Devi est d’abord
une militante.
Peut-être,
demain,
allons-nous découvrir
une forte littérature
en hindi ! Ça
serait très bien
- si l’hindi
n’est pas pris
en otage, réduit
à être le cache
misère de
mouvements
nationalistes, de
repli sur soi, de
haine de
l’autre. C’est
un enjeu. Mais je
ne suis pas un obsédé
des langues, et très
méfiant devant
les replis
identitaires. Si
le propos de la
littérature est
de tenter, en
vain, de dire
l’indicible,
celle-ci se situe
dans un mystérieux
en-deçà de la
langue. Mais ceci
est une autre
histoire...
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