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BIBLIO  RJLIBAN  N°13  du 22 octobre 2004  

 
Ce "Mur de Sharon" qui balafre une terre trois fois sainte
 

Le "Mur de Sharon" ne touche pas seulement des dizaines de milliers de Palestiniens prisonniers du béton sur leur propre terre trois fois sainte, mais également Radio France Internationale, dont le directeur de l'Information, Alain Ménargues, auteur du livre en question, a été contraint de démissionner il y a trois jours pour avoir tenu des propos anti-israéliens. Israël, un pays raciste ? Il n'y a pas lieu de s'offusquer devant cette vérité incontournable, dénoncée maintes fois par des Israéliens eux-mêmes, comme le professeur Israël Shahak, ancien président de la Ligue israélienne des Droits de l'Homme et professeur de l'Université hébraïque de Jérusalem, qui a écrit en 1975 un livre intitulé : "Le Racisme de l'Etat d'Israël".

 

"Le Racisme de l'Etat d'Israël"  ( lire Biblio RJLiban N°1 du 11 mars 2002 )
 
par ISRAEL SHAHAK, éditions Guy Authier, collection "Vérités" dirigée par Michel Rachline, préface de Eli Lobel, Paris, 1975
 
Ce livre a très vite disparu des rayons des librairies en France, dès sa parution. L'éditeur note : "L'auteur de ce livre est menacé de mort par des fascistes israéliens ! Il dénonce les tortures, les destructions de villages, la discrimination raciale, l'expropriation des terres arabes, l'occupation sauvage et la répression. Oui tout cela se passe en Israël ! Pour le croire, il faut lire ce terrible témoignage qui révèle pour la première fois la face cachée d'Israël."
 
Le sionisme, un intégrisme dangereux pour la France et pour l'Europe
 
Si le Liban ploie sous le diktat syrien, qui s'est traduit sur le plan des libertés d'expression, dans le secteur audiovisuel, par la fermeture, il y a deux ans, de la chaîne de télévision arabophone et francophone MTV, la France, quant à elle, ploie sous le diktat sioniste, véritable terrorisme intellectuel, en phase avec le terrorisme pratiqué au quotidien à l'encontre de la population palestinienne par Israël, depuis la création de cet Etat raciste. 
 
Cette explication est la seule logique que l'on puisse donner au nouvel assassinat médiatique secouant cette semaine Radio France Internationale, à savoir la démission forcée de son directeur de l'information nommé en juin, notre grand ami Alain Ménargues, accusé d'avoir dit la vérité sur les agissements du gouvernement Sharon se basant le Lévitique appliqué en Israël, pays où il a effectué un séjour en avril.
 
Nos propos ne sont pas "antisémites", car les Libanais et les Arabes sont un peuple sémite. Ils sont certes antisionistes, et partagés par bon nombre de bien-pensants de toutes confessions, y compris des juifs opposés aux pratiques de l'Etat d'Israël qui, depuis près de 60 ans, déchire le Proche-Orient où il s'est engouffré.
 
A la France et aux Nations unies - avec l'Angleterre -, de trouver une solution à la monstruosité de l'Etat d'Israël, dont ils sont à l'origine de la création sous couvert de thèse pseudo-historique, et qui ne peut survivre que par le sang des populations de la région qu'il fait couler en abondance.   
 
Sur le plan interne, seule une rechristianisation de la France, accompagnée d'un travail de mémoire collectif, dans un cadre laïc de tolérance, permettra à ce pays, ainsi qu'à l'Europe, de faire face aux intégrismes juifs - et musulmans - qui les rongent, et les empêchera de sombrer dans le désastre vers lequel on les accule.
 
 
Alain Ménargues au dîner du Club RJLiban
 
Le lendemain de la parution en France du "Mur de Sharon", notre Club RJLiban a organisé, au cours de son dîner-rencontre, le vendredi 24 septembre, au restaurant libanais Fakhreddine à Paris, une séance de signatures durant laquelle le journaliste Alain Ménargues a présenté son nouveau livre - comme il l'avait fait précédemment, le vendredi 7 mai, lors de la parution de son livre "Les secrets de la guerre du Liban" (éd. Albin Michel). Voici son discours de présentation intégral (disponible également sous format Word : alainmenargues-discours.doc ) :
 

"En ce qui concerne mon livre, le Mur de Sharon, j’étais en Israël au mois d’avril et j’ai voulu aller de Jérusalem à Jéricho. Pour aller de Jérusalem à Jéricho, on est obligé de passer le Mont des Oliviers. Et donc c’était la nuit tombée, j’ai roulé et brusquement je me suis trouvé devant un mur, je ne sais pas si ça vous est arrivé de conduire et de vous trouver devant un mur qui coupe la route, c’est assez stressant, d’autant que le mur est tellement haut que les phares n’éclairaient pas le haut du mur. Et j’ai voulu comprendre pourquoi un peuple, le peuple israélien en l’occurrence, peut accepter intellectuellement un mur, alors que c’est un peuple qui a souffert de tout ce qui est clôtures, qu’elles soient en bois, en ciment ou en barbelés. Et ça m’a amené à plonger dans l’histoire d’Israël, et du peuple juif, et là j’ai vu trois choses qui justifient intellectuellement la séparation.

 

Si cette séparation, si ce mur avait été construit sur la ligne verte, c’est-à-dire sur la frontière, la ligne de cessez-le-feu entre Israël et les territoires occupés, et la Cisjordanie, personne n’aurait rien dit. D’ailleurs personne n’a rien dit quand les Israéliens ont construit le mur de barbelés qui entoure Gaza parce que c’était sous la ligne de cessez-le-feu. Là cette ligne, ce mur, va à l’Est, c’est-à-dire empiète sur le territoire palestinien, mais de parfois 20 km, les Israéliens gagnent de la terre mais gagnent des villages palestiniens avec. Quand on veut séparer des gens, on met le mur à la limite des propriétés de chacun, alors là on empiète sur l’autre, ce qui est un non sens, un non sens géographique, un non sens historique, un non sens ethnique. Alors pourquoi ? Tout simplement parce que, quand on plonge dans le Lévitique, quand on plonge dans la Torah qui est la base du peuple juif, et d’ailleurs du peuple chrétien également, y compris d’ailleurs le peuple musulman, le Lévitique du 5e livre de la Torah est fait pour séparer le pur de l’impur.

 

Et ce qui m’est arrivé, le lendemain de l’assassinat du cheikh Yassine (le 22 mars) : j’ai pris un bus à Jérusalem parce que je voulais savoir comment ça faisait de prendre un bus alors qu’un attentat de cette importance avait eu lieu. Il n’y avait presque personne dans le bus, et en traversant le quartier de Méa Shéarim, le quartier des "cent portes", le quartier religieux, il y a un religieux, un "craignant Dieu" comme on dit, qui est monté dans le bus et qui m’a demandé de partir, je lui ai dit non, pourquoi, c’est ma place, excusez-moi je garde cette place, il avait un journal plié à la main, alors il l’a déplié, il l’a mis contre son épaule, et il s’est assis à côté de moi, de manière à séparer. Non, ce n’est absolument pas méprisant, dans sa tête, ce n’était pas quelque chose d’offensant, pour pouvoir prier, le juif doit être pur, la communauté juive, pour prier, doit être pure, il allait prier, il était pur, je suis un goy non juif, donc a priori je suis impur. Il n’y a rien, absolument rien de méprisant dans sa tête.

 

Le problème, quand on aborde ce genre de situation, c’est de comprendre pourquoi les autres font ça. Donc le Lévitique c’est la séparation du pur et de l’impur. On a beaucoup parlé des ghettos en Europe, des ghettos juifs à Varsovie ou ailleurs. Il faut savoir que le premier ghetto de l’Histoire, c’était à Venise, et c’étaient les juifs eux-mêmes qui s’étaient enfermés dans un quartier pour justement éviter l’impur, mais aussi pour éviter la mixité. Le grand débat qu’il y a en Israël, il y a une loi d’ailleurs sur les mariages, c’est qu’il faut se marier entre juifs pour garder la pureté. Le Lévitique, si jamais il y en a que ça intéresse, lisez-le, c’est assez intéressant, au niveau de la compréhension de certaines choses.  

 

Deuxième point important pour comprendre le mur, c’est bien évidemment la doctrine sioniste. Qu’est-ce que c’est que la doctrine sioniste ? Il y avait en Europe, à la fin du 18e siècle, une campagne antijuive très importante, les juifs ont voulu se retrouver, on a lancé l’idée d’un pays, pour les juifs, où les juifs seraient chez eux, on a cherché un peu partout, en Ouganda ou ailleurs, et puis on a dit c’était la Palestine. Dans la Palestine, il y avait la population, c’est ce qui a entraîné les guerres successives, vous connaissez l’histoire mieux que moi, et c’est la base de la loi du retour, le régime, la doctrine sioniste est une doctrine coloniale au même titre, à l’époque, que la doctrine coloniale française et anglaise. Les Français et les Anglais ont évolué, la doctrine sioniste n’a pas évolué. Et aujourd’hui, Sharon a dit, il y a deux ans : "chaque mètre de gagné est un mètre de plus pour Israël". Ils sont totalement sur la doctrine coloniale, et d’ailleurs ceux qui habitent dans les colonies, c’est leur terme, sont bien des colons, c’est tout à fait dans la ligne étymologique.

 

Mais ce qui est grave, et si on revient au mur, c’est que la ligne verte, et le mur, sont séparés parfois de 20 km, avec des villages qui sont habités par des Palestiniens, et Sharon a déjà avancé que quand le mur sera terminé, tous les Arabes, c’est clair, tous les Arabes qui seront pris en Israël, c’est-à-dire du bon côté israélien du mur, seront expulsés s’ils n’ont pas les papiers israéliens, et les Palestiniens n’auront pas de papiers israéliens. Ca veut dire qu’on va assister à une épuration ethnique qui considère 700.000 personnes. Ca c’est prévisible dans deux ans, deux ans et demi.

 

Dernier point, en Israël et en Palestine aujourd’hui, l’irraisonnable a été atteint. C’est la haine à cause de la frustration et de l’injustice d’un côté, et de l’autre côté c’est la haine à cause de la peur. Les Israéliens, les juifs israéliens sont paniqués d’être obligés de repartir, les Palestiniens sont haineux, mais ont un point extraordinaire, parce qu’ils se sentent brimés, injustement punis et méprisés. Il faut avoir deux chiffres en tête : Gaza c’est un million trois cent mille palestiniens, 68% d’entre eux ont moins de 15 ans, ils ne connaissent que la guerre, ils ne sont pas éduqués, et c’est une véritable bombe humaine, qui est à cet endroit. Le deuxième chiffre, c’est que 70% des Palestiniens sont au chômage, et ils vivent de rapines, quand on n’a pas d’argent et qu’on a des enfants, on va voler, ça s’est vu dans tous les peuples du monde, la justification de cela, cette compression de la haine et de la misère est une bombe qui risque de balayer Israël.

 

Un professeur de Droit très connu, Claude Klein, qui est le détenteur de la chaire de Droit de l’Université hébraïque de Jérusalem, m’a dit, et je l’ai dans mon livre : "Israël a perdu la bataille du sionisme, le peuple juif va être obligé de repartir en exil." Et je crois que beaucoup d’Israéliens le pensent actuellement très fort. Je vous remercie."

  

 
Le Mur de Sharon
 
par ALAIN MENARGUES, éditions Presses de la Renaissance, Paris, septembre 2004
 
Note de l'éditeur : De 70 à 100 mètres de large, avec fossés et barbelés, un mur de béton de 8 mètres de haut équipé de caméras et de mitrailleuses télécommandées, le tout sur 700 km : la "barrière de sécurité" érigée par Tsahal "pour stopper l'infiltration des kamikazes palestiniens" se met petit à petit en place, sus l'oeil bienveillant des Etats-Unis.
 
Englobant les colonies juives et les terres agricoles de Cisjordanie, le mur coupe en deux ou isole des villages palestiniens ; sépare les membres d'une même famille ; les élèves de leurs écoles ; les paysans de leurs champs ; les fidèles de leurs lieux de prière. Ce "mur de la honte" comme le surnomment les Palestiniens, est bâti dans l'indifférence totale de la communauté internationale.
 
Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient, Alain Ménargues fait un état des lieux saisissant de l'histoire de ce projet pharaonique qui, réalisé au mépris des résolutions de l'ONU, anéantit toute chance de réconciliation des deux frères ennemis.
 
Né en 1947, Alain Ménargues est l'un des grands spécialistes français du monde arabe. Grand reporter, envoyé spécial permanent au Moyen-Orient pendant 15 ans, il est aujourd'hui directeur général adjoint chargé des antennes et de l'information à Radio France Internationale. Lauréat des prix Pierre Mille (1985) pour la couverture des événements libanais et Scoop (1988) pour la couverture de l'actualité du monde arabe, il collabore à de nombreux magazines nationaux et radios étrangères. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Les larmes de la colère" et "Les secrets de la guerre du Liban".
 
Conclusion de l'auteur : Depuis l'origine et partout où ils se sont installés, les juifs ont bâti des eruv, ces murs symboliques qui les séparent des autres, des non-juifs, des goys. Curieusement, l'un des rares vestiges du temple de Jérusalem détruit par Rome est une inscription, ô combien symbolique dans le contexte actuel : "Goy, si tu passes ce Mur, tu ne pourras que te blâmer toi-même pour la mort atroce qui t'attend."
 
L'efficacité politique et stratégique des murs, murailles et rideaux de fer qui jalonnent l'histoire des peuples est plus que douteuse. Quand ces frontières artificielles ne se sont pas tout simplement écroulées, elles ont été contournées comme la Grande Muraille de Chine et la ligne Maginot, ou chargées de la symbolique du Mal, comme le mur de Berlin que chacun finalement rêvait de détruire.
 
Le mur de Sharon suffira-t-il à contenir ce terrorisme qu'Israël ne peut vaincre ? Le général devenu Premier ministre a-t-il oublié qu'aucun obstacle matériel ne résiste à l'imagination des hommes ? Lorsque mus par la haine et le désespoir les terroristes palestiniens transiteront par les pays voisins, que faudra-t-il faire ? Construire d'autres murs tout au long des frontières syrienne, libanaise, jordanienne, égyptienne ? Bâtir des blockhaus sur les plages et truffer de mines sous-marines la côte méditerranéenne ?
 
Israël s'enferme. Israël s'isole. Avec ce mur, ses habitants seront plus que jamais coupés des réalités de la région. Les juifs européens se sont battus pendant deux siècles pour sortir des ghettos, pour faire tomber le mur de la ségrégation et de l'arbitraire. Celui que les Israéliens construisent aujourd'hui illustre leur peur de l'avenir, leur  impuissance, leur désespoir.
 
Il est tel une ultime expression physique de l'une des maximes les plus importantes de l'enseignement juif : "Erige un mur autour de la Torah". Le mur de Sharon est aussi ce mur autour de la Torah, car comme m'a dit l'un de ses soutiens politiques : "Si vous laissez un goy circuler librement, tôt ou tard il tue un juif."
 
La formule est dure, mais elle cache une réalité intangible qui met en péril, aux yeux de bien des juifs, l'existence même de leur Etat et donc leur avenir : la situation démographique des deux côtés du mur est telle que si les Palestiniens renoncent demain au rêve d'avoir un Etat indépendant, ils réclameront le droit de vivre dans un Etat binational, au côté des juifs. Ils auront alors le soutien du million trois cent mille Arabes vivant à l'intérieur des frontières actuelles d'Israël et y seront majoritaires à court terme. Ils réclameront et obtiendront le droit de vote et entreront de plain-pied dans la communauté vivant sur le territoire considéré aujourd'hui comme "propriété d'Israël". L'idée d'évacuer les colonies deviendra alors absurde.
 
Les Israéliens et les Palestiniens sont donc condamnés à vivre côte à côte. La création d'un Etat palestinien est non seulement vitale pour Israël, mais elle est urgente. Plus l'injustice frappera l'un, plus l'autre en souffrira. Aujourd'hui, la question est de savoir de quoi demain sera fait.
 
Et pour qu'un avenir de paix et de justice ait une chance, il est indispensable qu'Israël devienne, enfin, un pays comme les autres.

 

 

Articles de presse

 

Ce dossier sera complété demain par un communiqué ( Communiqué RJLiban N°51 du 23 octobre 2004 ) qui reprendra plusieurs articles de presse sur les thèmes de la séparation provoquée par le mur en Israël et de l'ouverture engagée par l'Europe et ses religions.

 

 


 

 

Alain Ménargues présentant son livre au dîner du Club RJLiban le 24 septembre à Paris

 

Séance de signatures

 

Les fondateurs de RJLiban, Naji Farah et Habib Maaz (debout au milieu et à droite)

 

 
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