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BIBLIO  RJLIBAN  N°1  du 11 mars 2002 

 
Le conflit israélo-palestinien vient de prendre une nouvelle dimension, six mois après les attentats anti-américains de New York et de Washington, avec une violence inégalée jusque-là. Incursions israéliennes, accompagnées de liquidations de responsables militaires et de bombardements en règle des infrastructures, en territoire palestinien, d'un côté, et attentats palestiniens contre des cibles civiles et militaires, en plein coeur des grandes villes israéliennes, de l'autre, se succèdent à un rythme effréné depuis décembre dernier. Ceci a donné lieu ces derniers jours à une véritable guerre, conduite par Ariel Sharon, qui a reçu le feu vert américain lors de sa visite il y a un mois à George Bush. Pendant ce temps, la guerre lancée en octobre dernier par les Etats-Unis contre l'Afghanistan se poursuit, les troupes américaines et leurs alliés européens attaquant les dernières poches de résistance des éléments d'el-Qaëda en haute montagne, alors que des informations en provenance des Etats-Unis confirment l'implication directe ou indirecte des services de renseignements israéliens dans les attentats qui ont endeuillé l'Amérique le 11 septembre 2001. Au Liban, des centaines de Palestiniens sont toujours en armes dans les camps encerclés par l'armée libanaise, dont celui de Aïn-el-Héloué à Saïda, le plus important du pays, qui abrite l'organisation Esbat el-Ansar, classée terroriste par l'Administration américaine.
Un demi-siècle plus tôt, la création de l'Etat d'Israël en 1948, suivie par la guerre des Six jours en 1967, avaient constitué un important tournant au Levant, plongeant cette contrée du monde dans des guerres durables. Ce fut le cas du Liban, que le Hezbollah a libéré de l'occupation israélienne en mai 2000, mais qui demeure depuis les accords de Taëf, signés en 1989, avec l'aval des Etats-Unis, sous occupation syrienne. Le Liban avait été envahi par Israël à plusieurs reprises, principalement en mars 1978 et en juin 1982, date à laquelle l'armée israélienne avait chassé l'OLP de Beyrouth. L'organisation de Yasser Arafat croyait en effet, ainsi que les pays arabes la finançant, faire du Liban un pays de remplacement, au lieu de concentrer ses efforts pour récupérer la Palestine. Mais c'était sans compter sur la volonté du peuple libanais, les chrétiens ayant été suivis par les musulmans chiites dans leur lutte armée contre les factions palestiniennes, lesquelles avaient déclaré dès 1973 la guerre à l'Etat libanais qui les hébergeait.
Dans ce contexte, nous consacrons le premier numéro de notre nouvelle publication bibliographique "Biblio" - s'ajoutant à "Lettre", "Reportage", "Communiqué", "Presse" et "Interview" - au livre suivant, "Le Racisme de l'Etat d'Israël", édité par Guy Authier, que de discrètes manoeuvres avaient, dès sa parution en 1975, réussi à éliminer complètement du marché et du monde parisien.
 

Le Racisme de l'Etat d'Israël

 

par ISRAEL SHAHAK, éditions Guy Authier, collection "Vérités" dirigée par Michel Rachline, préface de Eli Lobel, Paris, 1975

 
NOTE DE L'EDITEUR : "L'auteur de ce livre est menacé de mort par des fascistes israéliens ! Il dénonce les tortures, les destructions de villages, la discrimination raciale, l'expropriation des terres arabes, l'occupation sauvage et la répression. Oui tout cela se passe en Israël ! Pour le croire, il faut lire ce terrible témoignage qui révèle pour la première fois la face cachée d'Israël."
 
Qui est Israël Shahak ?
"Le racisme de l'Etat d'Israël", écrit en 1975 par le président de la Ligue israélienne des droits de l'homme (élu à ce poste en 1970), décrit la réalité intérieure en Israël, qui n'a guère changé depuis, et dénonce les tortures, les destructions de villages, la discrimination raciale, l'expropriation des terres arabes, l'occupation sauvage et la répression. Son auteur, Israël Shahak, nommé en 1973 professeur titulaire à l'université hébraïque de Jérusalem, est né à Varsovie en 1933. De 1939 à 1945, il a vécu sous le régime nazi et, particulièrement, a passé deux années (1943-1945) au camp de concentration de Bergen-Belsen. Il est arrivé en Palestine en 1945, et termine en 1951 ses études secondaires, avant d'accomplir son service militaire obligatoire dans l'armée israélienne de 1951 à 1953. Il obtient son agrégation et son doctorat en chimie organique à l'université hébraïque de Jérusalem en 1963 et fait des études supplémentaires à l'université de Stanford en Californie. Son combat actif dans la lutte pour les droits de l'homme commence en 1968. En 1990, il critique fortement le "processus de paix" d'Oslo, le considérant comme "une fraude et un véhicule pour rendre l'occupation israélienne plus efficace".
Citons parmi les autres publications de l'auteur : "Jewish History, Jewish Religion : The Weight of Three Thousand Years" (Pluto Press, 1994) - peu de mois après la sortie de ce livre, le Premier ministre Yitzhak Rabin a été assassiné, en novembre 1995, par un étudiant juif orthodoxe - , "Israeli Nuclear and Foreign Policies" (Pluto Press, 1997) et "Jewish Fundamentalism in Israel" (Pluto Press, 1999). Israël Shahak est décédé en juillet 2001 à Jérusalem, suite à des complications causées par un fort diabète.
 
La Ligue israélienne des droits de l'homme
La première partie de ce livre est consacrée à la présentation de la Ligue israélienne des droits de l'homme et des pressions qu'elle rencontre dans l'exercice de ses fonctions, aussi bien de la part de la classe politique que de la presse, citant une tentative de récupération de cette Ligue par le parti travailliste israélien en 1972, financé essentiellement par l' "Appel juif unifié" des Etats-Unis. Un an auparavant, elle seule avait dénoncé, entre autres, les exactions dans la bande de Gaza, et parlé du cas de Abu Zuneima, camp de concentration dans le désert du Sinaï, où des familles entières - enfants et bébés compris - de fedayins n'ayant pas été capturés, étaient envoyées pour faire pression sur eux.
Revenant au financement du parti travailliste, le professeur Shahak écrit : "La plus grande partie des fonds acquise par le parti travailliste provient des différents appels, dits "charitables", lancés à l'étranger et déductibles des impôts des pays respectifs où sont lancés ses appels, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. La principale source est l' "Appel juif unifié" des Etats-Unis, par ses versements à la Fédération sioniste et à l'Agence juive, toutes deux contrôlées par une coalition de partis politiques, dont le parti travailliste est le chef... Ces fonds proviennent ainsi, indirectement, des revenus de tous les citoyens des pays dont les impôts sont si élevés qu'ils peuvent financer des oeuvres "charitables" qui corrompent et pervertissent des associations indépendantes en Israël. J'ai dit que c'est du gangstérisme politique. Mais je voudrais bien faire comprendre que c'est un gangstérisme sans précédent... Même Al Capone n'a pas revendiqué ce privilège."
 
Les crimes
La deuxième partie du livre porte sur les crimes perpétrés par l'armée israélienne, détaillant des cas de répression, d'occupation et de torture, dénonçant les conditions de vie dans les prisons israéliennes ainsi que l'administration des "territoires occupés", et abordant la question des villages arabes détruits : "La vérité sur les populations arabes, telles qu'elles existaient sur le territoire de l'Etat d'Israël avant 1948, est l'un des secrets les mieux gardés de la vie israélienne... Ce silence, bien sûr, a pour but l'authentification du mythe, accepté officiellement, "d'un pays désert"... Cette falsification est, à mon avis, d'autant plus grave qu'elle est presque universellement admise hors du Moyen-Orient. Etant donné que les villages arabes furent presque toujours détruits, complètement, avec leurs maisons, leurs clôtures, et même leurs cimetières et leurs tombes, pas une pierre n'étant restée visible, les visiteurs peuvent accepter l'idée qu'il n'y avait là qu'un désert."  Dans un rapport établi sur la base des 16 anciens districts palestiniens et comptabilisant ces villages, desquels la plupart des tribus furent expulsées, l'auteur chiffre le nombre de villages détruits à 385 sur 475.
 
Opinions et discussions
Des opinions et discussions sur trois thèmes : les discriminations en Israël, l'éducation et le terrorisme, sont publiées dans la troisième partie du livre. En annexes, dans la quatrième partie, figurent le témoignage du professeur Shahak devant le Congrès américain (4 avril 1974), ainsi qu'une carte des "colonies israéliennes" (1967-1974) et un tableau des terres confisquées par Israël dans les territoires occupés : janvier 1968 - août 1972. "Plus de 50 colonies, de plusieurs sortes - avant-postes militaires, colonies rurales et urbaines, villages, centres de villes, etc. -, furent établies depuis les hauteurs du Golan au nord jusqu'à la péninsule du Sinaï au sud."
 
Conclusion
"Si l'on n'extirpe pas le racisme en Israël et si le "double modèle" de racisme et de pluralisme continue à coexister, un exemple de racisme similaire finira certainement alors par s'établir contre les Juifs. Pour conclure je voudrais m'adresser à ceux de mes lecteurs qui sont juifs comme moi. Je souffre beaucoup de constater que la plus grande partie de mon peuple vit dans un état d'apostasie. Au lieu d'adorer Dieu, de poursuivre et de rendre réelle l'idée de justice... ces hommes non seulement font le contraire, cherchent un refuge dans le système tribal le plus brutal et l'adoration de la force, mais ils sont en train de couper la branche sur laquelle ils sont assis... Mais apparemment pour la majorité de mes frères juifs qui adorent l'Etat matérialiste d'Israël comme nos ancêtres adoraient le veau d'or et le Baal, cette considération n'est pas importante. Ainsi leur dirai-je : "Par votre hypocrisie et votre double pensée, par votre façon de pardonner et de soutenir le racisme et l'oppression, vous allez amener un nouveau malheur sur vos propres têtes. Tout ce que les Palestiniens et les Arabes supportent aujourd'hui, avec votre encouragement et votre soutien, vous le supporterez demain."
 

 

 
 
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