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"Palestine
avant 1948" : un
parfum de dolce vita
Deux expositions
sur la société
civile en Palestine et
les écoles du
Mont-Liban au début
du siècle dernier se
sont déroulées à
Beyrouth. Les albums
de familles
palestiniennes dont
ont été extraites
les photographies
appartiennent désormais
à la Fondation arabe
pour l'image, tandis
que les photographies
d'écoles libanaises réalisées
par le père jésuite
français Joseph
Delore sont publiées
dans un beau
livre-catalogue sous
la direction de la
Bibliothèque
orientale.
A signaler par
ailleurs, en Iran, une
importante découverte
archéologique sur la
civilisation de Jiroft
vieille de 5.000 ans.
L'inventaire des
objets, découverts
dans la province de
Kerman, est décrit
dans la revue française
les Dossiers d'archéologie.
"Palestine
avant 1948" : un
parfum de dolce vita
Au CCF, des
tableaux
photographiques présentés
par la Fondation arabe
pour l’image
par ZENA ZALZAL,
publié dans
l'Orient-le Jour le 7
octobre 2003
Dans le cadre de la série
d’expositions et de
colloques autour des
"Photographies et
mémoires d’Orient"
que présente,
jusqu’au 31 octobre,
la Mission culturelle
française au Liban
(en collaboration avec
la Banque Libano-Française),
"Palestine avant
1948" déroule,
au Centre culturel
français de Beyrouth,
une cinquantaine de
"tableaux
photographiques"
pleins de nostalgie. Ces
clichés en noir et
blanc, qui vont de
1900 à la cruciale
année 1967, dégagent,
en effet, une atmosphère
de temps irrémédiablement
perdu. Ils évoquent
un passé terni par la
guerre,
l’occupation, la
confiscation des
biens, l’émigration...Tout
ce par quoi sont passés
les acteurs
involontaires de cet
accrochage. Qui ne
sont autres que des
familles
palestiniennes, dont
les albums, souvent
dispersés dans la
tourmente,
appartiennent désormais
au fonds de la
Fondation arabe pour
l’image. Au fil
des photographies, sélectionnées
par Akram Zaatari, le
visiteur découvre des
visages anonymes mais
rayonnants de joie de
vivre. Et surtout des
personnes
"modernes",
vivant à la mode
occidentale, dans des
demeures cossues,
entourées de tout le
confort accessible à
l’époque... Ce qui
dément, comme
l’indique dans une
note Akram Zaatari,
l’idée que l’Etat
d’Israël a été créé
en 1948 dans un pays
censé être désert.
"Cette idée était
renforcée,
explique-t-il, par les
représentations
photographiques de la
Palestine au XIXe siècle
: pays biblique et peu
peuplé, vivant en
dehors du monde
urbain".
Les images accrochées
contrent cette fausse
vision, en montrant
des centres urbains
tels Jérusalem,
Naplouse, Ramallah et
Jaffa. Mais surtout en
déclinant des scènes
de vie citadine et
bourgeoise du début
du siècle dernier :
des portraits (1900)
et des photos de
mariage à
l’occidentale (1913)
à celles des établissements
hospitaliers et
scolaires (photos de
classe des élèves
des frères des écoles
chrétiennes à Jérusalem,
en 1932), en passant
par les salons (réunion
de femmes en 1920),
les images de loisirs
de la jeunesse:
enfants que l’on
dirait sortis d’un récit
de la Comtesse de Ségur,
balades en voiture de
jeunes gens des deux
sexes, où l’on voit
des jeunes filles
posant langoureusement
sur les capots...
Sorties champêtres
mais en costumes; réceptions
cossues, bals masqués...
des images
tourbillonnantes, qui
laissent comme une
impression de feuilles
mortes dans le vent.
Des images
grouillantes d’une
vie paisible qui
semble baignée dans
la fragrance des
fleurs d’orangers.
C’est du moins ce
qui ressort de
l’ensemble de cette
exposition, accompagnée
d’une vidéo, où la
voix-off d’une dame
palestinienne, dont
les membres de la
famille figurent dans
nombre de clichés
exposés, égrène les
souvenirs du pays
perdu. Emouvant et intéressant.
La
civilisation de Jiroft
sort de l'ombre
Deux mille pièces
archéologiques
saisies par les
douanes iraniennes
livrent les secrets
d'une culture méconnue
vieille de 5.000 ans
par
ISABELLE BRISSON,
publié dans le Figaro
le 4 octobre 2003
On
ne sait pas
grand-chose d'eux: il
y a environ cinq mille
ans, les habitants de
Jiroft, dans la
province de Kerman au
sud-est du plateau
iranien, produisaient
des vases et des
objets courants
richement décorés.
La découverte d'un
grand nombre des pièces
appuie la thèse d'une
origine iranienne de
la civilisation
moyen-orientale, selon
Jean Perrot, ancien
directeur de la
mission archéologique
française à Suse. Ce
matériel archéologique
récemment saisi par
les autorités
iraniennes est issu de
fouilles clandestines.
Il a été consigné
en Iran dans un
catalogue établi par
le professeur Yousef
Midjidzadeh. Les
Dossiers d'archéologie
(N° 287, octobre
2003, éditions Faton)
consacrent leur
dernier numéro à son
inventaire qui fera
ultérieurement
l'objet d'études
scientifiques plus détaillées.
"Un véritable
tremblement de terre
pour les archéologues",
s'enthousiasme Jean
Perrot, directeur de
recherche honoraire au
CNRS, qui a dirigé la
rédaction de
l'article dans le
dernier numéro des
Dossiers d'archéologie.
"Grâce à ces
objets datés du IIIe millénaire
avant J.-C, il y aura
désormais un avant et
un après-Jiroft."
Le scientifique est
formel : l'origine
iranienne de cette découverte
bouleverse notre
vision de l'histoire.
Le monde sumérien,
plus à l'ouest, dans
le croissant fertile
de la Mésopotamie
(dans l'actuel Irak),
ne serait pas le point
de départ unique des
civilisations. Une
affirmation audacieuse
qui ne manquera pas
d'alimenter le débat
entre spécialistes.
Deux mille pièces
magnifiques (objets en
métal, en marbre, en
lapis-lazuli...),
vestiges de cette mystérieuse
culture de Jiroft, ont
été extraites en
fraude depuis environ
cinq ans. Ces objets -
parmi lesquels deux
cents vases décorés
en chlorite, une roche
vert tendre facile à
graver - étaient
enfouis dans un grand
cimetière qui s'étend
sur une quarantaine de
kilomètres sur les
deux rives de la rivière
Halil Roud. Ce sont
les douanes iraniennes
qui les ont saisis et
les ont présentés
l'année dernière,
dans la cour de la
prison de la ville de
Kerman, au chercheur
iranien Yousef
Madjidazeh. Le service
archéologique
officiel a, depuis,
entrepris de fouiller
un secteur de 400 km
par 300 km, riche de
centaines de sites.
Difficile, avertit
Jean Perrot, d'établir
des liens entre les
différents objets de
la collection.
Cependant, ils sont
tous estimés comme
datant du IIIe millénaire
avant J.-C.
Ces trésors
constituent-ils une
absolue nouveauté ?
Pierre Amiet,
inspecteur général
honoraire des Musées
de France, évoquait déjà
en 1986 dans son livre
intitulé "l'Age
des échanges iraniens
(RMN, Paris)" la
très forte originalité
de cet art qu'il
qualifia de "transélamite"
et la diffusion dans
l'ensemble du
Proche-Orient de ces
productions de
chlorite taillées
dans les ateliers
iraniens. La
collection interceptée
par les douaniers et
les fouilles éclairent
cependant d'une lumière
nouvelle cette culture
de Jiroft,
pratiquement ignorée
jusqu'alors. Il y a
cinq mille ans, à la
fin de "l'Optimum
climatique" très
pluvieux, le temps est
devenu plus sec dans
la région. Le palmier
dattier est
probablement descendu
s'installer le long
des fleuves en Mésopotamie
et dans le sud-est du
plateau iranien,
jusqu'à Jiroft, situé
à 600 mètres
d'altitude au milieu
de sommets hauts de
4.000 mètres, indique
Martine
Rossignol-Strick,
directeur de recherche
honoraire au CNRS.
Voilà pourquoi cet
arbre apparaît sur
les vases ainsi que
d'autres buissons
constituant la végétation
de la région,
vraisemblablement
identique à celle
d'aujourd'hui.
La richesse de ces
hommes de la province
de Kerman venait
probablement de la
production agricole.
Ils effectuaient
vraisemblablement des
échanges en passant
par le détroit
d'Ormuz, distant de
moins de 200 km. Et le
pays était traversé
par la route du
lapis-lazuli ou du
cuivre qui,
d'Afghanistan, était
acheminé vers la
Haute-Egypte par le
contournement de la péninsule
arabique. Dans la
cuvette de Jiroft,
deux murs en terre sèche
de neuf et quatorze mètres
d'épaisseur indiquent
l'existence d'une
ville fortifiée
entourant des bâtiments.
Deux plateformes également
mises au jour laissent
penser que c'est peut-être
là qu'il faut situer
l'origine des
ziggourats. Connu dans
les récits bibliques
sous le nom de
"tour de
Babel", ce
monument est considéré
par la plupart des
archéologues du
Moyen-Orient comme un
élément fondamental
mésopotamien. Sur les
vases, cette tour
ancienne est surmontée
d'une ou plusieurs
cornes qui en marquent
le caractère divin.
Au troisième millénaire,
dans cette période
qui précède l'écriture,
les croyances
commencent en effet à
se mettre en forme.
Certaines forces sont
favorables, d'autres,
sources de souffrance
et de mort. Des hommes
présents sur les
vases en compagnie
d'animaux domestiques
représentent ce qui
est bon. Le danger
pour eux vient du
scorpion et des
serpents. La situation
se renverse quand
l'homme est revêtu
d'une parure
protectrice. Les
forces bonnes,
mauvaises ou neutres
sont clairement
identifiées.
Interviennent des
personnages mi-homme
mi-animal aux pouvoirs
particuliers, selon
une hiérarchie bien
précise des
puissances
surnaturelles. Les icônes
divines font leur
première apparition,
mais aucune représentation
donnant la forme de
l'homme à la divinité
n'existe encore.
"Nous sommes en
pleine évolution de
la pensée",
indique encore Jean
Perrot. "Les
hommes qui ont élargi
leurs horizons sont
obligés de se replier
pour des raisons
climatiques. Ils
imaginent une force
transcendante pour
maintenir l'ordre et
se montrent pour la
première fois
capables de
conceptualiser."
Pour en savoir
davantage, il faudra
attendre les résultats
de l'exploration de
villages et de villes
épargnés par les
pillards et les
trafiquants, en cours
sous la direction de
Yousef Madjidzadeh,
chargé en Iran du
programme Jiroft.
Les
"petites écoles
du Mont-Liban" :
images témoins du
passé...
par ZENA ZALZAL, publié
dans l'Orient-le Jour
le 28 octobre 2003
A la
crypte de l’église
Saint-Joseph (rue de
l’Université
Saint-Joseph),
jusqu’au 30 novembre,
"Les petites écoles
du Mont-Liban",
saisies par l’objectif
du père Joseph Delore
s.j. (1873-1944),
plongent le visiteur
dans le Liban rural du début
du XXe siècle. Réalisée
dans un esprit de
documentation, par le département
d’histoire et la
Bibliothèque orientale
de l’USJ, cette
exposition de quelque
quatre-vingts photos (en
noir et blanc, bien sûr)
tirées du fonds
photographique du père
Delore, déroule des
images d’un passé
certes pauvre mais
relativement serein. Flash-back
donc au temps des célèbres
"classes sous le chêne"
et des petites écoles
implantées par les
missionnaires jésuites
dans les villages les
plus reculés des cazas
de Ftouh-Kesrouan, Jbeil
et Batroun... De ces
villages étagés entre
le littoral et les
hauteurs de l’arrière-pays
que le religieux français
a sillonnés, durant ses
quarante années passées
au pays du cèdre, il a,
parallèlement à son
travail d’éducateur,
rapporté des clichés,
qui aujourd’hui
servent d’archives
pour mieux comprendre la
réalité socio-économique
et culturelle du Liban
de cette époque.
Traces des grandes
mutations
En effet, le père
Joseph Delore n’a pas
seulement fixé sur
pellicule lors de ses pérégrinations
les élèves des
"petites écoles"
de villages, il a également
immortalisé les
paysages de ce temps-là,
ainsi que certaines
coutumes (comme les
processions, les cérémonies
de première communion,
les prêches des
missionnaires étrangers,
les travaux des champs,
etc. ). Il a ainsi laissé
des traces
photographiques de ce à
quoi ressemblaient les
paysages - y
compris architecturaux -
de ce Mont-Liban dans
les quarante premières
années du siècle
dernier. On peut y
distinguer les
habitations paysannes
typiques, dont il ne
reste malheureusement
plus grand nombre
aujourd’hui, les
petites chapelles
construites à la
dimension des communautés
rurales ainsi que les
effets de la famine au
Liban durant la Première
Guerre mondiale visibles
dans les photos de
villages sinistrés. Les
photographies, de
plusieurs formats, dont
certaines sont en
tirages argentiques (réalisés
par Dominique Sudre) et
d’autres reproduites
sur posters géants,
s’intègrent
parfaitement sous les voûtes
en pierre de taille de
cet espace
d’exposition pas comme
les autres. Réparties
suivant une scénographie
simple (la plupart sont
sur panneaux) mais
suivant un parcours
ordonné (introduction
par la vie du père
Delore, puis les écoliers,
les paysages, les
coutumes, etc.), ces
photos sont intéressantes
à découvrir. Elles
visualisent les grandes
mutations qu’a connu
le Mont-Liban dans la
deuxième moitié du XXe
siècle. A signaler
: un beau
livre-catalogue édité
sous la direction de Léon
Nordiguian, responsable
de la photothèque de la
Bibliothèque orientale,
accompagne
l’accrochage.
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Copyright 2003 RJLiban
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