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Une
exposition de caricatures
sur l'Holocauste s'est
ouverte à Téhéran
par
MARIE-CLAUDE DECAMPS,
publié dans le Monde du
17 août 2006
L'affiche
en elle-même est
explicite. Sur fond sépia,
comme s'il s'agissait
d'une vieille photo d'une
réalité qui perdure, on
voit dessinés des casques
nazis renversés, surmontés
d'un autre casque, frappé,
celui-là, d'une étoile
de David, qui semble leur
faire pendant. Cette
affiche annonce
l'ouverture, lundi 14 août
à Téhéran, au Musée
d'art contemporain
palestinien, d'une
exposition de caricatures
sur l'Holocauste, dernier
avatar de la polémique
sur les douze caricatures
du prophète Mahomet publiées
par le journal danois Jyllands-Posten
le 30 septembre 2005 et
qui avaient suscité la
colère de millions de
musulmans dans le monde
entier. Protestations qui
s'étaient soldées par
des émeutes meurtrières,
comme au Pakistan, et le
saccage d'ambassades et d'églises.
Des journaux européens
qui avaient reproduit les
caricatures avaient été
pris à partie. Le rédacteur
en chef du journal danois
avait présenté ses
excuses pour tenter de
calmer ce qui était vite
devenu une crise
diplomatique majeure.
"Les
journaux occidentaux ont
publié ces dessins sacrilèges
sous le prétexte de la
liberté d'expression, alors
voyons s'ils pensent
vraiment ce qu'ils disent et
publions des dessins sur
l'Holocauste",
avait lancé, en février
2006, le journal iranien Hamchari.
Un quotidien à grand tirage
proche de l'entourage du président
iranien, le conservateur
Mahmoud Ahmadinejad qui,
depuis son arrivée au
pouvoir en août 2005, a
multiplié les déclarations
traitant l'Holocauste de "mythe"
et souhaitant la "
disparition" d'Israël.
Le concours a été aussitôt
ouvert, avec l'appui de la
Maison de la caricature
iranienne. Le 13 février,
un avant-goût de la
production à venir était
diffusé sur son site
Internet. On y voyait deux
vignettes. Sur la première,
un juif passe en 1942 sous
le portail d'Auschwitz où
une inscription annonce : "Le
travail apporte la liberté".
Sur l'autre vignette, datée
de 2002, le même juif,
fusil en main, entre sur un
champ de bataille sous un
fronton qui dit : "La
guerre apporte la
paix".
Les
organisateurs du concours,
qui, lundi, ont insisté à
nouveau sur le fait que le véritable
holocauste à leurs yeux était
"celui des
Palestiniens", ont
reçu 1.100 caricatures, en
provenance d'une soixantaine
de pays. Deux cent quatre
ont été retenues, les
trois "meilleures"
recevront 12.000, 8.000 et
5.000 dollars de récompense.
La majorité des
dessinateurs sont iraniens,
mais figurent aussi sur la
liste sept Français et
douze Américains. La source
d'inspiration, en revanche,
est la même : croix gammée
se transformant en étoile
de David pour étrangler des
Palestiniens ; le mot Israël
dessiné avec un L final en
forme de botte écrasant une
mappemonde ou encore une
statue de la Liberté tenant
un livre sur l'Holocauste
dans sa main gauche et
faisant un salut nazi avec
la droite.
L'exposition,
prévue pour durer
jusqu'au 13 septembre, a déjà
suscité de vives réactions.
Mardi, le mémorial de
l'Holocauste de Yad Vashem,
à Jérusalem, dédié aux
six millions de juifs
exterminés par les nazis,
a publié un communiqué
exhortant la communauté
internationale à réagir.
"L'histoire a
prouvé que le silence
face à des déclarations
malfaisantes engendre des
actions malfaisantes",
explique le Yad Vashem,
qui conclut :
"L'exposition de
caricatures sur
l'Holocauste à Téhéran,
en Iran, un pays qui veut
se doter de capacités
nucléaires et dont le président
s'est prononcé pour un génocide
d'Israël, doit mettre les
voyants au rouge, non
seulement pour Israël
mais pour toutes les
nations éclairées."
Site Web : www.irancartoon.com
A Téhéran,
le concours de dessins
sur l'Holocauste
organisé
au
Musée d'art
contemporain
palestinien a
accueilli, lundi 14 août,
ses
premiers visiteurs. En
arrière-plan,
l'affiche de
l'exposition
Un
concert en blanc sous le
signe de la solidarité
LIBAN
JAZZ - Présenté à Paris
au profit de la
Croix-Rouge libanaise
par
COLETTE KHALAF, publié
dans l'Orient-le Jour le
30 août 2006
C’est
sur la scène du Théâtre
du Rond-Point (Paris)
qu’aura lieu, le 5
septembre, un grand
concert regroupant des
jazzmen internationaux et
des musiciens libanais.
Organisé à
l’initiative commune de
Liban Jazz, des théâtres
du Rond-Point et d’al-Madina,
cet événement, dont les
bénéfices seront versés
intégralement au profit
de la Croix-Rouge
libanaise, sera présenté
plus tard, dans les
meilleurs délais, à
Beyrouth. Depuis 2004,
Liban Jazz avait habitué
les mélomanes libanais à
des rencontres musicales
au mois de septembre dans
la stratosphère jazz. En
dépit des circonstances,
les organisateurs ont tenu
à maintenir ce
rendez-vous. Il aura lieu
le 5 septembre à Paris et
regroupera des grands noms
du jazz international
ainsi que des musiciens
qui ont eu l’occasion de
visiter le Liban et qui
ont tenu à rendre hommage
à sa volonté de vivre.
Associé aux théâtres
Rond-Point et al-Madina,
et fort donc du soutien
des artistes que le Liban
a eu le privilège de
recevoir les années précédentes,
Liban Jazz a réussi à réunir,
sur la même scène, ces
artistes dans un concert
unique.
Ainsi, se succéderont les
trio Romano, Sclavis et
Texier (que les Libanais
avaient eu l’occasion
d’écouter à Zouk),
Mina Agossi et Anouar
Brahem, Julien Lourau
ainsi que le trio Joubran.
Pour sa part, Archie Shepp
invitera Cheik Tidian Seck
et David Murray à le
rejoindre alors que Bojan
Z et Dhafer Youssef auront
pour invité le
trompettiste libanais
Ibrahim Maalouf, sans
oublier la chanteuse
Camille que le Liban avait
découverte et appréciée
au Music-Hall de Starco.
Celle-ci se produira en
compagnie de Sébastien
Martel. Autant de
musiciens qui avaient
enflammé la scène
libanaise durant les étés
2004-2005, et qui se sont
unis dans un même esprit
de solidarité. Ensemble,
ils témoignent que le
jazz, musique de résistance
et d’improvisations, est
également pour la
circonstance un acte de
foi. Une foi inébranlable
dans un pays qui ne veut céder
ni à la léthargie ni à
la mort, mais qui continue
à résister à toutes les
secousses.
Réservations : tarif
unique de 35 euros au Théâtre
du Rond-Point, 2 bis, av.
Franklin D. Roosevelt
75008 Paris, tél.:
+33.1.44.95.98.21, du
lundi au samedi, de 11h à
19h et dimanche de 12h à
16h, achat en ligne
(+2 euros pour les frais)
: www.theatredurondpoint.fr ,
FNAC : +33.8.92.70.16.03.
Les personnes qui désirent
faire un don supplémentaire
à la Croix-Rouge
libanaise pourront le
faire le soir du concert
dans les locaux du théâtre.
Annonce
du concert sur la
route de Jiyeh au
Liban
Exposition
de poissons fossiles du
Liban à Bruxelles
L’équipe
"MEMOIRE DU
TEMPS - Abi-Saad frères"
est fière d'annoncer pour
la première fois sa
participation au Salon
International des Minéraux,
Fossiles et Pierres précieuses
(33e édition) qui aura
lieu au Palais Mondial de
l'Automobile, "Autoworld",
Parc du Cinquantenaire,
11, à Bruxelles, en
Belgique, les 2 et 3
septembre 2006, de 10h à
18h, sans interruption.
Vous êtes invités à
venir à la rencontre des
poissons fossiles du
Liban, provenant de la région
de Byblos et datant de
cent millions d'années, véritables
merveilles de la nature et
témoins d’une vie passée
et de son évolution. Vous
retrouverez sur le
stand toutes les
informations sur le pays
des Cèdres et sur les
fouilles effectuées,
ainsi que des
renseignements techniques
sur les méthodes utilisées
pour la découverte de ces
surprenants fossiles. Si
vous ne pouvez vous déplacer
jusqu’en Belgique,
sachez que vous pouvez
tout de même continuer
votre collection et
choisir vous-même les pièces
qui vous passionnent. Pour
connaître les fossiles
disponibles et passer
votre commande, prendre
contact avec la
correspondante en France, Mme
Christine Bourcier
Abi-Saad au +33.6.84.22.15.32
ou sur christine@memoryoftime.com
(Site Web : www.memoryoftime.com
).
Activités
culturelles de la Délégation
de la Commission européenne
au Liban
La
Délégation de la
Commission européenne au
Liban a annoncé le 29 août
dans un communiqué qu’en
raison de la situation de
crise au Liban, l’appel à
propositions pour le
financement d’activités
culturelles, lancé en juin
dernier, a été annulé. Il
est remplacé par un nouvel
appel à propositions pour
le financement d’activités
culturelles, artistiques, récréatives
et éducatives à
l’intention des enfants et
adolescents ayant été
affectés par la guerre au
Liban. Pour le dossier
d’appel à propositions,
visiter le site Web : www.dellbn.ec.europa.eu (rubrique
"Appel d’offres et à
propositions au
Liban"). Le dossier est
également disponible au siège
de la Délégation de la
Commission européenne à Saïfi,
avenue Charles Hélou,
immeuble 490 Harbor Drive. Téléphone
: +961.1.569.400. Fax :
+961.1.569.415 (Mme Chébli).
La date limite de remise des
propositions est fixée au
vendredi 29 septembre 2006,
à 16h.
Bibliothèque
francophone de 15.000 livres
à Kleiate
La
bibilothèque francophone
"J’aime lire" a
été inaugurée hier à
Kleiate (Kesrouan), en présence
notamment du président de
la municipalité, Samir Kahi,
du curé de la paroisse,
Youssef Moubarak, du père
Habib Mehanna, du Dr Badih
Abou Jaoudé et de
l’avocat Alexandre Najjar,
représentant le directeur
du Centre culturel français
(CCF), qui parrainait l’événement.
La bibliothèque qui est une
donation de scouts français
est composée de 15.000
livres en langue française.
Elle est ouverte à tous.
Le
Nobel de littérature Naguib
Mahfouz est mort
paru
dans le Figaro le 30 août
2006
L’intellectuel
le plus célèbre d'Egypte
était le seul écrivain de
langue arabe à avoir obtenu
la récompense suprême en
1988. Il s’est éteint à
94 ans. "Le poète est
parti", comme il
l’avait écrit Impasse
des deux palais. Le plus
célèbre écrivain du monde
arabe Naguib Mahfouz, est
mort mercredi dans un hôpital
public du Caire à l'âge de
94 ans. Depuis une semaine,
il se trouvait dans un état
critique après avoir été
admis dans l'unité de soins
intensifs de l'hôpital de
la police du Caire le 19
juillet, à la suite d'une
chute dans son appartement.
Son état s’était
rapidement dégradé avec
des complications rénales.
Il sera inhumé jeudi dans
la capitale égyptienne.
Né
au Caire en 1911, Naguib
Mahfouz était
l'intellectuel le plus célèbre
d'Egypte. C'est à l'âge
de 17 ans qu'il a commencé
à écrire et a publié
ses premiers essais dans
les années 30. Après des
études de philosophie, il
devient fonctionnaire et
se consacre
progressivement à la littérature.
Auteur d’une
cinquantaine de romans, on
lui connaît surtout la
trilogie Impasse des
deux palais, Le
palais des désirs et Le
sucrier, énorme roman
de 1.500 pages, dans
lequel il décrit les
espoirs et désillusions
politiques d'une famille
bourgeoise cairote sur
trois générations entre
1917 et 1944. En 1988, il
était devenu le premier
romancier de langue arabe
à recevoir le prix Nobel
de littérature, et reste
le seul à ce jour.
Chantre
la tolérance et la modération,
il avait été attaqué à
l’arme blanche par un
extrémiste après l'
"interdiction"
par des islamistes de son
livre "Les Fils de la
Medina", jugé blasphématoire,
en 1994. Depuis, il était
paralysé de la main
droite et avait cessé d'écrire,
contraint de dicter ses
textes. L’auteur a également
été un des rares
intellectuels égyptiens
et arabes, à avoir
approuvé les accords de
paix entre l'Egypte et
Israël en 1979, tout en
se déclarant totalement
solidaire des
Palestiniens. Une position
qui lui a valu d’être
boycotté dans de nombreux
pays arabes.
Les
blogueurs dessinateurs
reviennent sur une trêve
fragile
par
MATHILDE GERARD, publié
dans le Monde du 26 août
2006
Dans
le conflit qui secoue le
Proche-Orient, les mots
sont parfois trop durs.
Avec pour seules armes un
crayon, une paire de
ciseaux ou un logiciel de
retouche photos, les
blogueurs dessinateurs
donnent vie à la
politique, aux violences
quotidiennes, à leurs
doutes et angoisses. Dans
des dessins poétiques, le
site de Mazen
Kerbaj pose des
questions simples, parfois
provocantes. Chez ce
Libanais âgé de 31 ans,
le moindre détail compte,
comme la réapparition
dans son blog de la couleur
le 19 août, alors que
durant tout le conflit,
Mazen ne dessinait plus
qu'en noir et blanc.
Aujourd'hui, "le
ciel de Beyrouth est bleu,
commente-t-il, et
j'entends les voitures
klaxonner. […] Ma
voiture est désormais
pleine d'essence. J'ai
dessiné en couleur."
Mais cet apparent retour
au calme ne masque pas les
doutes du dessinateur. Samedi
19 août, il interroge
: "Depuis les
entrailles du sol
libanais, 1.500 personnes
se demandent : 'pourquoi?
'" Un
internaute laisse un
commentaire admiratif : "Vous
êtes pour moi un modèle
: vous savez représenter
l'indicible sans jamais écraser
le lecteur par vos vues.
Vous le provoquez à réfléchir,
s'engager, agir, sans être
dans le déni."
Depuis
quelques jours, les posts
de Laure Ghorayeb sur son
site Witnessing
(again)
titrent en alternance "la
trêve branlante",
"la trêve
fragile" , "la
trêve branlante"....
Les ritournelles de la
dessinatrice laissent
entrevoir son inquiétude
face à un cessez-le-feu
précaire : un de
ses dessins
est ainsi légendé : " Guerre...
Paix... Guerre... Paix...
Guerre ".
Mardi 22 août, elle écrit
: "Ce matin, les
informations ne sont pas
très réconfortantes [...].
Le monde ne réalise pas
ou ne veut pas réaliser
que la situation est très
précaire [...] On
dirait qu'on nous oublie déjà."
Gotham
City
Dans
les dessins de Raed
Yassin, Beyrouth
ressemble à Gotham City,
et ses habitants aux
superhéros américains de
Marvel, fameux éditeur de
comics américains dans
les années 1960. Les
planches de Raed Yassin
mettent en scène Nabil
Fawzi – Superman en
arabe – venu couvrir
l'offensive israélienne
au Liban. Si le style des
dessins évolue entre
fantasy et comic strips,
la réalité n'est jamais
très loin. Le 13
août, à la veille de
l'entrée en vigueur du
cessez-le-feu, la couleur
noire disparaît mystérieusement
de la planche, "pour
cause de bombardements
israéliens" nous
dit le commentaire. Les
bulles sont vides
d'inscription, le dessin
se pare de taches
blanches.
Côté israélien,
Yaakov Kirshen, fameux
dessinateur du Jerusalem
Post, alterne tous
les jours la publication
de vieux et nouveaux
dessins dans The
dry bones blog.
Ses planches dessinées
il y a plus de vingt ans
trouvent un écho
retentissant dans
l'actualité qui secoue
le Proche-Orient.
Mercredi 23 août,
Yaakov met en ligne un
dessin inédit. S'en
prenant vivement aux
Nations unies, la
planche intitulée UN-fair
[injuste] met en scène
un couple attablé
prenant un café. " Kofi
Annan est furieux parce
que Tsahal veut mettre
fin au trafic d'armes
vers le Liban – Israël
doit-il se contenter de
regarder ce qui se passe
de l'autre côté ?! Et
ignorer le réarmement
des terroristes? –
Non! ça, c'est le job
de l'ONU! ".
Le lendemain, Kirshen
revient douze ans en
arrière avec une
planche publiée le 20
juillet 1984 intitulée "Coincés
au Liban" :
"C'est étrange
ce bourbier libanais.
C'est très facile d'y
entrer, mais tellement
difficile d'en
sortir."
Mais Kirshen note
toutefois dans le
commentaire qui
accompagne la planche,
que la différence entre
les deux guerres est de
taille : "Aujourd'hui
nous sommes au Liban
parce que la guerre nous
a été imposée. Nous
sommes au Liban car nous
n'avons pas le
choix."
Un autre site de dessins
très fréquenté en
Israël se trouve du côté
de la diaspora. Il
s'agit du blog de Cox
and Forkum, deux
illustrateurs juifs américains,
qui commentent
l'actualité
internationale dans
leurs dessins. De
tendance plutôt
conservatrice, ils n'hésitent
pas à moquer dans leur
post du 20 août
l'annonce faite par la
France le 17 août de
l'envoi d'un contingent
de 200 soldats. On y
voit un Chirac demandant
du bout des lèvres un " Disarm,
s'il vous plaît "
aux chefs du Hezbollah,
n'osant pas les regarder
droit dans les yeux.
Nabil
Fawzi - le 13 août
2006 "la couleur
noire a foutu le
camp"
par
Raed Yassin
La
culture en veilleuse
Les
librairies à l'heure des
bilans
par
CARLA HENOUD, publié dans
l'Orient-le Jour le 30 août
2006
La
lecture… Un loisir, un
plaisir, parfois même un
voyage. Encore faut-il avoir
l’esprit et les bagages légers
et un cadre propice pour le
faire. Durant ces 33 jours
maudits, qui n’en
finissent pas d’en finir,
ceux qui lisaient ont
continué à le faire, avec
encore plus d’assiduité.
Les autres ont préféré
s’adonner aux jeux, mots
croisés, mots fléchés et
sudoku pour tromper la
longue attente. Les
librairies, et avec elles la
culture, ont elles aussi,
une fois de plus, essuyé de
grosses pertes. Redonner le
goût de la lecture aux
Libanais a toujours été le
souci des libraires, défendant
avec les mots des autres présentation
d’ouvrages, signatures,
conférences, ateliers et
activités diverses, une
culture qui leur tenait à cœur.
Les mois de juillet et
d’août, habituellement réservés
aux Libanais de l’étranger
et aux touristes de passage,
ont été sévèrement touchés.
"Les guides, car le
Libanais est un grand
voyageur, les ouvrages et
livres d’art sur le Liban
ainsi que les nouveautés
constituent le point fort de
nos ventes en cette
saison", précisent en
chœur les principales
librairies de la ville. "A
cela il faudrait ajouter le
parascolaire et le
scolaire", soulignent
les librairies Orientale et
Antoine. Oubliés donc les
devoirs de vacances et
autres livres à lire,
conseillés par l’école.
L’annonce
de la rentrée, fixée au 9
octobre, sonne comme un
rappel à l’ordre.
"Nous avions déjà reçu
une partie des livres
scolaires, explique Maroun
Nehmé, propriétaire de la
Librairie Orientale et président
du syndicat des importateurs
de livres. Pour le reste,
nous avons travaillé à
sensibiliser, très vite, le
Service culturel de
l’ambassade de France et
la Centrale d’édition en
France. Nous espérons
qu’ils nous aideront à
obtenir un soutien
exceptionnel au transport.
Les livres seront ainsi
acheminés par avion, mais
sans frais supplémentaires
pour nous." Quant à
l’avenir, ce libraire, également
et surtout éditeur, avoue
avec réalisme : "Nous
ne pouvons plus prendre de
risques sur place, il nous
faut délocaliser. Les
investissements sont gelés.
Nous devons pouvoir servir
nos marchés en Afrique du
Nord et aux Emirats grâce
à des structures légères
qui seront plus proches
d’eux et plus
stables." Outre ses
points de vente
"classiques" à
Hamra, Achrafieh et Sin
el-Fil, et dans les deux
supermarchés Bou Khalil de
Baabda et de Tripoli qui
ont, durant ces derniers événements,
ouvert pour la plupart
presque tous les jours de 8
heures à 14 heures, la
Librairie Antoine a surtout
réalisé des ventes à l’ABC
Dbayé et Achrafieh ainsi
qu’au Metro superstore.
Après le cessez-le-feu,
l’activité a repris à
30%. Au top cinq des
meilleures ventes, même
timides : les best-sellers,
les jeux, la vie pratique,
les guides sur le Liban et
surtout les livres de
cuisine. "Si l’aéroport
reprend son activité
normale, tout ira en s’améliorant",
confie un responsable.
Davantage de
contraintes
Pour
la Librairie al-Bourj et le
Virgin Megastore, les problèmes
se sont posés depuis
l’assassinat de Rafic
Hariri. Le centre-ville
devenant le cœur d’un
printemps en colère, puis
un espace interdit à tous
en raison des réunions
politiques, dialogue
national et autres Conseils
des ministres qui ont
paralysé le cœur de
Beyrouth, l’accès y
devenait quasi impossible.
"Il fallait insister
pour venir, souligne Michel
Choueiri, directeur de la
librairie al-Bourj.
L’ambiance, le choix, le
lieu ne suffisaient plus.
Mais cela allait bien quand
même." Pour cet espace
qui ne connaît pas
d’horaires d’été,
"nous avons fermé les
10 premiers jours avant de
reprendre jusqu’à 15
heures. Certains jours ont
été vraiment
difficiles...". Les
plus vendus, "des
cartes du Liban ! Nous nous
sommes surtout chargés,
durant cette période, de
donner des livres à des
bibliothèques qui les
redistribuaient à des
associations pour les
enfants déplacés".
Depuis le cessez-le-feu, les
ventes ont atteint 30%.
"A partir de ce lundi
28, nous ouvrons, comme
avant, de 9 heures à 21
heures. Le fait que les
restaurants aient repris
leur activité et que
Solidere ait ouvert à tous
et gracieusement le parking
de la place des Martyrs va
beaucoup aider."
Le
bilan du Virgin Megastore,
qui a ouvert durant un mois
au Mzaar (Faraya), est
encore plus sombre.
"Notre magasin du
centre-ville, explique
Johanne Karkour, directrice
des opérations, représente
60% du chiffre d’affaires.
Le Virgin Megastore a accusé
une chute nette de 10,3
millions de dollars de son
chiffre d’affaires 2006.
En juillet, cinq de nos
points de vente ont fermé:
celui du centre-ville et
quatre points de vente à
l’aéroport. Cela représente
78% de notre chiffre
d’affaires. Trois étaient
ouverts, à l’ABC, au City
Mall et à Tripoli, mais
d’une manière irrégulière
et en fonction des événements.
Sachant que l’été et le
mois de décembre représentent
les meilleures ventes de
l’année, on peut dire que
la saison est perdue."
Après un début de juillet
favorable, l’optimisme est
tombé quelques jours plus
tard. A l’heure des
comptes, force est de
constater les dégâts et la
révolte qui pourrait
suivre. "Pour les seuls
mois de juillet-août, nous
avons perdu
approximativement 1,7
millions de dollars… Mais
nous gardons espoir",
conclut vaillamment Johanne
Karkour.
Nada
Habet, une paysagiste
libanaise à l’honneur
en Grande-Bretagne
Chelsea
Flower Show 2006
paru
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2006
Le
Liban s’est une nouvelle
fois illustré... à
l’extérieur de ses
frontières. Nada Habet,
paysagiste, a en effet décroché
la médaille de bronze
(Bronza Flora) dans la catégorie
"Best City Garden
Award : Natural Elements",
lors du Chelsea Flower
Show 2006, organisé du 23
au 27 mai dernier en
Grande Bretagne. Selon
Myrna Bustani et Rima Shéhadeh,
qui étaient sur place, le
jardin libanais de Nada a
eu un succès fou, des
milliers de visiteurs,
dont la reine
d’Angleterre, venant
admirer l’arrangement
qui comprenait notamment
un olivier, une vigne, du
jasmin, des coquelicots et
des fleurs plantées dans
des boîtes de Nido. De
quoi recréer toute
l’atmosphère calme et
chaleureuse des jardins de
village. Le Chelsea Flower
Show est l’un des événements
les plus prestigieux au
monde en matière
d’arrangements de
jardins.
Le
jardin libanais de
Nada Habet
Islam
en salle
par
STEPHANE BAILLARGEON,
publié dans le Devoir le
29 août 2006
Des
musées s'ouvrent au
Moyen-Orient, et le
Moyen-Orient ouvre des musées.
Mais les institutions
canadiennes et québécoises
traînent un peu derrière
la tendance mondiale à
s'intéresser à l'art
chaud de ce point brûlant
du globe. L'Orient, proche
ou moyen, concentre les
grandes peurs de
l'Occident : le terrorisme
est "arabe", le
fanatisme
"musulman" et
l'intégrisme islamique.
Dans l'imaginaire d'ici,
cet étranger, proche ou
lointain, renverse le
monde pour finalement et
immanquablement représenter
la tradition par rapport
à la modernité, l'intolérance
opposée à la liberté,
la théocratie contre la démocratie.
L'effondrement des tours géantes
et jumelles de New York,
il y a tout juste cinq
ans, n'a évidemment pas
fait fructifier le déjà
trop maigre capital de
sympathie.
Pourtant,
des efforts pour poncer
les poncifs se
multiplient, comme en témoignent
les musées, ces concentrés
pur jus des rapports de
nos sociétés à l'autre,
au pouvoir comme au passé.
Et les plus imposants
donnent le la. Le Victoria
& Albert Museum de
Londres vient d'inaugurer
la Jameel Gallery of
Islamic Art, une nouvelle
aile consacrée
exclusivement aux arts des
civilisations de l'Islam.
Le sort, ironique et méchant
comme souvent, a voulu que
les visites débutent il y
a un mois, alors que
Tsahal foudroyait le
Hezbollah et le Liban. La
nouvelle caverne d'Ali
Baba rassemble le meilleur
des fonds du vieil Albert
Hall, une sélection de
400 objets tirés d'une
collection d'art islamique
rassemblant plus de 10.000
numéros. L'exposition
permanente couvre une
longue période historique
(du VIIIe siècle à la
Première Guerre mondiale)
et un immense territoire
(de l'Espagne à l'Ouzbékistan).
Le
Louvre n'est pas en reste
avec le très ambitieux
projet de redéploiement
des arts de l'Islam qui
doit aboutir en 2009. La
cour Visconti située au
coeur de l'aile sud (dite
Denon) a été retenue
pour insérer les arts de
l'Islam de manière cohérente
dans le parcours des
colossales collections. Au
total, 4000 mètres carrés
seront aménagés par
l'architecte milanais
Mario Bellini autour des
points forts des
collections du Louvre et
du Musée des arts décoratifs.
Ce nouveau chantier découle
d'une volonté pédagogique
clairement exprimée par
l'État. Le président
Chirac lui-même a demandé
à l'institution
parisienne qu'elle présente
"une autre
vision" de l'Islam
dans la ville qui abrite déjà
l'Institut du monde arabe.
Les efforts se multiplient
aussi ailleurs dans le
monde. Baltimore a inauguré
l'an dernier l'American
Museum of Islamic Art. De
janvier à avril,
profitant des travaux de rénovation,
le Victoria & Albert a
fait circuler l'exposition
Palace and Mosque à
Washington, Fort Worth (au
Texas), Tokyo et Sheffield
(en Angleterre). Le Museum
of Modern art (MOMA) de
New York a passé l'hiver
avec Without Boundary:
Seventeen Ways of Looking.
Comme le tire ne l'indique
pas, le travail de groupe
présentait des signatures
contemporaines provenant
presque toutes du giron
mahométan.
D'où
la question à plusieurs
milliards de dinars : en
demande-t-on trop à
l'art, cet absolu de
substitution ? La culture
a beau toujours avoir été
plus ou moins manipulée
à des fins politiques,
des cours de la
Renaissance italienne aux
sociétés totalitaires,
n'est-ce pas troublant de
voir les musées déployer
avec autant de franchise
leurs accointances idéologiques,
aussi bien intentionnées
soient-elles? Le tout
nouveau tout beau Musée
du quai Branly à Paris,
qui a coûté plus de 350
millions, semble
s'inscrire dans la même
volonté d'adoucir
l'histoire, de revoir le
passé et de mieux
comprendre l'autre à
travers ce qu'il a de
meilleur, la faveur muséale
concernant cette fois les
"peuples
premiers" longtemps
dits sauvages pour être
mieux colonisés et
exploités sans
vergogne...
Le
Canada à la traîne
Quoi
qu'il en soit, le Canada
demeure à la traîne dans
cette tendance. Sauf
erreur, aucun des grands
musées du pays ne prépare
d'exposition notable
autour d'un thème
islamique pour les trois
prochaines années. Les
deux musées consacrés
aux civilisations (celui
de Gatineau et celui de Québec)
n'ont présenté qu'une
seule exposition sur un thème
arabo-musulman depuis cinq
ans, Petra, présentement
à l'affiche en Outaouais.
Et encore, il s'agit d'une
exposition sur l'antique
cité perdue de Jordanie.
Il faut dire que le Musée
canadien des civilisations
avait été échaudé avec
la tentative de report de
l'exposition Ces pays qui
m'habitent, sur des
artistes canadiens
d'origine moyen-orientale,
quelques semaines après
les attentats du 11
septembre 2001. Le résultat
final s'était révélé
assez médiocre, mais très
peu controversé.
Les
grands musées des
beaux-arts du pays
consacrent des espaces à
des oeuvres islamiques de
leurs collections
permanentes. Le Musée des
beaux-arts reverra l'aménagement
de sa salle spécialisée
cet automne, et il planche
toujours sur son projet
d'agrandissement d'une
aile des arts religieux
dans l'église Erskine
& American, qui
pourrait se concrétiser
avant la fin de la décennie.
"Mais notre
collection d'art religieux
est surtout chrétienne",
avertit Danielle
Champagne, la directrice
des communications de
l'institution. Le Royal
Ontario Museum possède au
contraire une collection
orientalisante assez
impressionnante. Elle est
malheureusement fermée
pour rénovation et ne
devrait rouvrir que l'an
prochain. Là encore, il
n'y a aucune exposition
temporaire sur un thème
islamique prévue dans les
cartons. Même le petit
Musée des religions de
Nicolet ne prévoit rien
en ce sens d'ici trois
ans. Le dernier travail ad
hoc de l'établissement,
Au nom d'Allah, Islam et
musulmanes du Québec
remonte à une décennie,
aussi bien dire toute une
époque.
Aucun
porte-parole des musées
québécois ou canadiens
interviewés hier n'a tenté
de justifier cet
aveuglement volontaire.
"Nous ne voulons pas
éviter de controverse,
dit un muséologue montréalais
interviewé hier. II nous
manque peut-être tout
simplement des
collectionneurs
d'importance et des fonds
pour stimuler notre intérêt."
Il est vrai qu'ailleurs
les immenses fortunes
engendrées par le pétrole
aident à repositionner
l'Islam dans les grandes
institutions. La donation
d'une quinzaine de
millions de la famille du
milliardaire saoudien
Abdul Latif Jameel a
financé la rénovation de
l'aile qui porte
maintenant son nom au
Victoria and Albert Museum.
Au Louvre, fait rarissime
pour un musée habitué
aux largesses étatiques,
25 des quelque 90 millions
nécessaires pour le
projet islamique
proviennent d'un autre mécène
saoudien, le prince
Al-Walid ben Talal al-Saud.
Les
fortunes moyen-orientales
s'intéressent aussi à
l'art et aux musées pour
leurs propres bénéfices.
Le Qatar dirige la charge
avec des investissements
de quelque 20 milliards
pour attirer des
touristes. Après tout, l'âge
du pétrole s'achève. La
famille du cheik Saud a
embauché les plus grands
architectes du monde pour
construire plusieurs musées
à Doha. I. M. Pei,
l'architecte de la
pyramide du Louvre et de
la Place Ville-Marie a conçu
l'écrin musée de l'art
islamique. L'Espagnol
Calatrava se charge du musée
de la photographie. Un
autre consacré à l'art
moderne abritera les
fabuleuses collections du
cheik Saud Al-Thani,
longtemps considéré
comme le plus important
acheteur du monde. En huit
ans, il aurait dépensé
plus d'un milliard pour
monter une collection
fabuleuse allant de photos
de nus de Man Ray à des
sculptures cochonnes de
Jeff Koons. Il est
maintenant accusé d'avoir
utilisé des fonds publics
pour assouvir sa passion
qui aura au moins servi à
raboter un cliché de
plus. Quand même, un
cheik et ses Jeff Koons,
kitschs et contemporains
à souhait, qui dit mieux
pour critiquer les préjugés
?
Les
Mille et Une Nuits de
l'Inde des Moghols
"Le
Trésor du monde - Joyaux
indiens au temps des
Grands Moghols". Au
Louvre jusqu'au 4
septembre. Hall Napoléon.
par
ANNE-MARIE ROMERO, publié
dans le Figaro le 24
juillet 2006
Cinq
cents joyaux indiens du
temps de la domination
moghole sont exposés au
Louvre, choisis dans la
collection du cheikh Nasser
al-Sabah, fils de l'émir du
Koweït. Une leçon de
joaillerie de la part de ce
connaisseur avisé.
Emeraudes grosses comme un
oeuf de poule, rubis et
diamants sertis dans des
fourreaux de dagues, sur des
harnachements de chevaux,
boucles d'oreilles aussi
larges que des soucoupes,
pendentifs, bracelets,
ceintures où les gemmes
sont si rapprochées qu'on
distingue à peine l'or dans
lequel elles sont incrustées.
Pour quelques semaines, le
Louvre est devenu l'écrin
de la plus éblouissante
collection de joyaux moghols
au monde, celle constituée
par le cheikh Nasser
al-Sabah, fils de l'émir du
Koweït, collectionneur et
expert, sans cesse à la
recherche de nouvelles pièces
pour accroître une série
de merveilles qui en compte
déjà... 34.000 !
Des
chefs-d'oeuvre d'artisanat
Inaugurée
par le ministre de la
Culture, Renaud Donnedieu
de Vabres, qui a salué le
cheikh, comme "un
homme de goût et
d'engagement au service de
l'art", et par
Henri Loyrette, PDG du
Grand Louvre, pour qui ce
prêt "préfigure
le département des Arts
de l'Islam", l'exposition
"Le Trésor du
Monde" réunit 500 pièces,
plus somptueuses les unes
que les autres, dans une
mise en scène d'une
grande élégance.
Vitrines grises, murs gris
sur lesquels sont affichés
des agrandissements de
miniatures mogholes des
XVIe et XVIIe siècles,
des images évoquant la
Perse et l'Inde et représentant
des personnages de cour
portant les bijoux exposés
en regard. Pour ce fils d'émir,
le métier de
collectionneur ne serait
rien sans une connaissance
parfaite des objets qu'il
acquiert, de leur
chronologie, des
techniques de fabrication,
des styles et même de la
minéralogie. Ainsi, il
parle avec émotion d'une
simple rosette d'argent
incrustée de pierres
blanches, datant du IIIe
millénaire avant notre ère,
devant laquelle on
pourrait passer sans se
retourner. Pour lui, c'est
un chef-d'oeuvre plus
remarquable que certaines
parures truffées de rubis
ou de perles géantes.
La
période considérée est
très circonscrite dans le
temps. Elle va de 1556 à
1707, sous les règnes des
Grands Moghols, Akbar,
Jahangir, Shah Jahan et
Aurengzeb. Les descendants
de Gengis Khan et de
Tamerlan avaient en effet
conquis, en 1526, l'Inde
islamisée depuis les
Omeyyades. De ces trois
civilisations, l'indienne,
la musulmane et
l'asiatique, va naître
une culture d'un
raffinement et d'une
richesse inouïs, servis
par un sous-sol riche en
pierres précieuses, qui
connaîtra son apogée
entre la fin du XVIe siècle
et le XVIIe. Le classement
choisi pour l'exposition
est bien celui d'un expert
: cheikh Nasser a voulu présenter
ses parures en fonction
des techniques, la plus
originale et la plus
extraordinaire étant la
technique dite "kundan",
typique de l'Inde. Elle
consistait à battre et étirer
l'or chauffé 90 fois,
avant d'obtenir une pâte
dans laquelle les gemmes
s'incrustaient comme dans
de l'argile.
Rubis,
diamants et émeraudes
Une
telle souplesse permettait
toutes les prouesses
notamment sur les manches
de poignards à deux
montants réunis par un étrier,
entièrement garnis de
rubis, de diamants et d'émeraudes.
Le rouge et le vert
dominent du reste tous les
objets présentés. Non
pas faute d'autres
pierres, mais le saphir,
par exemple, était considéré
comme de mauvais augure,
le bleu étant la couleur
du deuil. Viennent ensuite
les incrustations de
filets d'or dans des
pierres dures comme le
jade ou le cristal de
roche, filets qui
servaient eux-mêmes d'écrins
à des pierres précieuses.
Puis le martelage, qui,
poussé à l'extrême
comble de la minutie, a
produit des boîtes d'or
fin entièrement garnies
de fleurs et d'oiseaux.
Une
tradition européenne
s'est également imposée,
celle des émaux champlevés,
que les artistes moghols
de la cour ont exploitée
dans toutes ses possibilités
: on remarquera un petit
bracelet de 1630, en or émaillé
de blanc, lui-même
incrusté d'émeraudes, de
diamants et de chrysobéryls,
fermé par deux têtes de
félins affrontés, d'une
délicatesse infinie. Tout
n'est cependant pas aussi
élégant. Au XVIIIe siècle
et au début du XIXe, la
richesse devient
ostentatoire. Les
dimensions des pierres,
leur profusion adoptent,
à nos yeux d'Occidentaux,
un caractère un peu
m'as-tu-vu, telle cette
parure de cou de 8,1 cm de
hauteur, faite de rangées
superposées d'énormes
perles, de gros diamants,
d'où pendent en breloques
encore des perles, des
diamants et des émeraudes...
Mais ces excès ne
sauraient en aucun cas gâter
l'émerveillement que dégagent
ces merveilles
d'artisanat, ces
chefs-d'oeuvre de patience
et d'ingéniosité qui éclipsent
même la richesse des matériaux
utilisés.
Poignée
(probablement d'une
canne), or, fer, rubis,
émeraudes, diamants,
agate.
Inde,
empire moghol ou Decan,
fin XVIe - début XVIIe
siècle
Le
"mot dans
l’art", ou un autre
visage du Moyen-Orient
Plus
de quatre-vingts artistes
arabes présents au
British Museum
paru
dans l'Orient-le Jour le
1er septembre 2006
Regroupant
plus de quatre-vingts
artistes contemporains du
Moyen-Orient et
d’Afrique du Nord,
l’affichage qui se déroule
jusqu’à ce jour au
British Museum de Londres
a rendu hommage aux
lettres arabes
(calligraphie) ainsi
qu’aux belles lettres
(littérature). Il témoigne
de la richesse de
l’histoire de cette
partie du monde. Une
"histoire" en
marche. C’est en 1980
que le British Museum
s’est mis à compléter
sa collection d’art
arabe et islamique,
ajoutant ainsi au fonds
d’art ancien un grand
nombre d’œuvres
contemporaines et
modernes. Première
exposition à explorer la
calligraphie arabe sous
différents angles (littéraire,
poétique, social ou
politique), "Word in
Art" (le mot dans
l’art) jette la lumière
sur les dimensions illimitées
du mot. La langue arabe,
langue d’amour et de
guerre, divine et profane,
qui puise son origine dans
les textes sacrés du
Coran, s’affiche
aujourd’hui sur différents
supports artistiques.
D’un coup, les lettres
sous la brosse, le pinceau
ou la plume deviennent des
formes, des arabesques et
parfois des sculptures.
Venus de tous les coins du
Moyen-Orient et
d’Afrique du Nord, les
artistes ont oublié leurs
dissensions, leurs
querelles, leurs différences,
pour s’unir dans cet élan
littéraire et artistique.
Sur un support commun, qui
est celui de l’art, ils
vont réunir leurs
angoisses, leurs peurs,
leurs joies et également
leurs rêves pour véhiculer
des émotions. Si certains
s’en sont tenus au style
traditionnel pour exprimer
les sons de la
calligraphie arabe, comme
l’Irakien Moustapha
Jaafar, d’autres, par
contre, à l’instar de
Hussein Madi, dans cet
alphabet conçu en 1994,
ont pu créer leur propre
vocabulaire. Des
installations, des
sculptures (Hij en cage de
Parviz Tanoli, 2005), mais
également des poèmes
(d’Etel Adnan ou de
Kamal Boullata); autant de
techniques artistiques qui
magnifient la calligraphie
arabe et qui rendent
hommage à la civilisation
arabe et islamique.
Le monde au pied
de la tour Eiffel
par LAURENT WOLF,
publié dans le Temps le
20 juin 2006
• Voulu par Jacques
Chirac, le Musée du Quai
Branly présente 3500
objets venus des cinq
continents dans une
architecture de Jean
Nouvel.
• Après dix ans de polémiques,
la France montre ses
immenses collections d'art
non européen dans une
institution digne d'elles.
Voici un nouveau bâtiment
à Paris, un musée, un
long bâtiment derrière
une sorte de grande barrière
vitrée qui préserve le
silence de ses jardins
ondulés, et une façade végétale.
A l'intérieur, dans une pénombre
un peu oppressante mais
spectaculaire comme ces
dioramas qui fascinent les
enfants, quelque 3.500
objets (un peu plus du
dixième d'un patrimoine
de quelque 300.000), des
statues, des masques, des
tissus, des instruments de
rituels, venus des cinq
continents, de toutes les
cultures qui ne
ressemblent pas à la nôtre,
et dont les cérémonials
étranges nous interrogent
sur l'unité du genre
humain.
C'est le Musée du Quai
Branly, à deux pas de la
tour Eiffel, un musée qui
n'a pour l'instant que le
nom de son adresse, qui
aurait pu s'appeler musée
des "arts
premiers" si cette
expression ne suscitait
pas l'émotion de ceux qui
détestent qu'on applique
un mot venu d'Occident
(l'art) aux œuvres des
autres civilisations que
la nôtre. Ce musée,
construit par l'architecte
Jean Nouvel, qui y a mis
son sens aigu de l'emphase
architecturale,
s'appellera un jour musée
Jacques Chirac, car il est
le résultat de la
curiosité et de la volonté
personnelle du président
de la République.
Il y a onze ans, immédiatement
après sa première élection
à la magistrature suprême,
ce fut l'une de ses premières
décisions. Il lance une réflexion
sur la place des arts dits
"primitifs" dans
les collections
nationales. A l'époque,
l'art d'Afrique, d'Océanie,
d'Asie et des Amériques
est dispersé dans
plusieurs institutions,
alors que le Musée Guimet
est consacré aux arts
d'Extrême-Orient. Les
intentions du président
de la République sont
claires. Le Musée du
Louvre est rempli d'objets
de culte qui en leur temps
n'étaient pas considérés
comme des œuvres d'art au
sens où nous l'entendons
aujourd'hui. Pourquoi
n'accueille-t-il ni
sculptures africaines, ni
parures amazoniennes, ni
masques de Polynésie ?
L'héritage colonial
aurait ainsi relégué une
partie du patrimoine
humain dans les musées
d'ethnographie, dont les
recherches sont
passionnantes mais dont
l'attraction publique
laisse à désirer, alors
qu'il est aussi riche de
beautés et de
signification que le nôtre.
En octobre 1996, Jacques
Chirac prend deux décisions.
Premièrement : on créera
au Louvre, au grand dépit
de certains de ses
conservateurs qui voient
mal la Joconde voisiner
avec un masque esquimau
dans la même aile du
palais, un département
pour accueillir les
chefs-d'œuvre d'Afrique,
d'Asie, d'Océanie et des
Amériques - ce département
a été inauguré en l'an
2000. Deuxièmement : on
rassemblera les deux
grandes collections
ethnographiques nationales
dans un seul bâtiment, ce
sera le Quai Branly, qui
ouvre cette semaine au
public.
Il a fallu vaincre pas mal
de préjugés, d'habitudes
administratives et
d'hostilité pour en
arriver là. Le personnel
du musée l'homme, qui se
voyait dépouillé de son
patrimoine, s'est mis
longuement en grève pour
s'opposer à la nouvelle
institution, pendant que
certains récusaient son
existence pour cause de néocolonialisme
et de mépris des autres
cultures. On allait, prétendaient
les détracteurs du
projet, montrer à un
public peu informé des
objets associés à des
rituels et à une vie
sociale qu'ils ne connaîtraient
pas, puisqu'on les
exposerait comme des œuvres
d'art. On allait livrer à
une émotion tout européenne
des objets chargés d'un
sens dont seul le contexte
culturel pourrait rendre
compte. Et on livrerait le
temple de la culture
humaine aux marchands et
aux spéculateurs (les 5,9
millions d'euros obtenus
par un masque fang du pays
dogon dans une vente aux
enchères samedi à Paris
persuadent sans doute le
dernier carré des réticents
que la spéculation a
triomphé).
En fait, le Musée du Quai
Branly est un compromis
entre la logique des
anthropologues et celle
des amateurs d'art. On n'y
trouvera pas la mise en
majesté du Pavillon des
Sessions, au Louvre, qui
rassemble une centaine de
chefs-d'œuvre des
"arts premiers".
Parmi les 3.500 pièces
exposées, parmi les
milliers de visages, de
couleurs, de matières, et
d'images, dans ce mélange
de familiarité et de différences,
il y a aussi des chefs-d'œuvre.
Ainsi cette statue dogon
du Mali des X-XIe siècles,
qui accueille les
visiteurs avec son bras
levé comme dans un salut,
en haut de l'interminable
rampe qu'il faut gravir en
marchant sur des images
projetées sur le sol.
Pour entrer ici, semblent
dire l'architecte et les
muséographes, chacun doit
abandonner un peu de sa
propre culture, subir une
espèce d'initiation
express, avant de
s'enfoncer dans la pénombre,
dans le dédale des
parcours qui s'enroulent
comme un grand serpent et
conduisent le visiteur
dans la ronde des
continents.
Musée du Quai Branly,
75007 Paris. Rens.
+33.1.56.61.70.00 et "
www.quaibranly.fr
". Ouvert du mardi au
dimanche de 10h à 18h30,
le jeudi jusqu'à 22h.
Pour l'inauguration: entrée
libre le vendredi 23 juin
de 10 à 18h30 et du
samedi 24 à 10 h au
dimanche 25 à 18h30 sans
interruption.
Le
nouveau musée du quai
Branly
dessiné
par Jean Nouvel intégre
d´immenses
collections d´art
extra-
européennes.
Un projet qui tenait
à
coeur à Jacques
Chirac
Le
grappilleur d'Orient
Paysages
d'époque du tour méditerranéen
de Chateaubriand
par
VINCENT NOCE, publié dans
Libération le 29 mai 2006
Maison
de Chateaubriand, la Vallée
aux loups, 87, rue
Chateaubriand, 92290 Châtenay-Malabry.
Tél. 01 47 02 08 62. www2.cg92.fr/chateaubriand
Il
y a exactement deux siècles,
Chateaubriand entama un
grand périple vers
l'Orient, "aux
sources de la
civilisation", qui
l'entraînera pendant près
d'une année tout autour
de la Méditerranée. La
maison de la Vallée aux
loups, à Châtenay-Malabry,
dans laquelle l'écrivain
se retira à son retour de
Terre sainte, retrace ce périple
à travers 80 dessins,
cartes, peintures,
estampes ou photographies
du XIXe siècle représentant
les monuments et paysages
traversés. Les
organisateurs ont également
réussi à faire venir du
Trésor gardé par les
Franciscains à Jérusalem
le calice en argent doré
offert par Louis XIV au
Saint-Sépulcre.
Ces
voyages n'étaient pas
faciles, les attaques de
brigands succédant à
celles des rats, les tempêtes
au large de Malte précédant
les vents de sable. "Tout
se taisait. La peur régnait
sur l'espace. Les cris
plaintifs des animaux
annonçaient l'arrivée du
terrible Semoum, vent
pestilentiel, l'effroi du
désert." Entre
deux bourrasques, de Grèce
en Egypte, l'écrivain
aime "errer parmi
les ruines",
interrogeant "la
moindre pierre"
en méditant sur la chute
des civilisations.
L'auteur du Génie du
christianisme se
montre très ému par le
tombeau du Christ au
Saint-Sépulcre, où il se
rend à toute heure. Sans
se gêner, il emporte des
fragments de marbre du
Parthénon, du tombeau
d'Agamemnon ou des stucs
de l'Alhambra.
"J'ai toujours dérobé
quelque chose aux
monuments sur lesquels
j'ai passé." Et
aussi une paire de
cariatides semi-antiques,
qui se dresse toujours à
l'entrée de la maison,
devant ce grand parc qu'il
a planté et dans lequel
il est si doux de se
promener sous le soleil du
printemps.
La
chaîne Al-Jazira vise 1
milliard de téléspectateurs
anglophones
Installée
à Londres depuis peu,
elle ne diffuse toujours
pas
par
BAPTISTE ABOULIAN, publié
dans le Temps le 28 août
2006
Les
rials qataris n'y
peuvent rien. Al-Jazira,
la chaîne d'information
en langue arabe, a bien
du mal à sortir sa
version anglaise. Ses débuts
londoniens étaient prévus
au mois d'avril. Mais
elle ne commencera à
diffuser ses programmes
qu'en novembre. A la
condition, bien sûr,
que les difficultés
technologiques se
dissipent. La station,
joyau médiatique de l'Emir
du Qatar, s'est posé un
défi gigantesque qui
explique aussi les
retards : relier quatre
bureaux à Doha,
Londres, Washington et
Kuala Lumpur par câblage
optique. Cette
tuyauterie high-tech
doit permettre, grâce
à la quasi-instantanéité
des échanges
d'information, de faire
fonctionner une salle de
rédaction unique,
mondiale et virtuelle.
En suivant la course du
soleil, Al-Jazira
International débutera
la journée dans les
studios malaisiens, puis
l'équipe du siège au
Qatar prendra le relais,
avant de passer
l'antenne aux capitales
occidentales. Cette
duplication des rédactions
doit servir une
politique éditoriale
ambitieuse : "Une
voix régionale et une
perspective
internationale pour une
audience potentielle
d'un milliard
d'anglophones", dit
la brochure.
Depuis ses débuts en
1996, Al-Jazira a
atteint une notoriété
mondiale grâce,
notamment, à la
diffusion des messages
de ben Laden. Mais pas
seulement. Construite
par d'anciens
journalistes de la BBC,
elle s'est imposée au
Moyen-Orient comme une
vraie source
d'information. Elle veut
désormais élargir son
champ d'influence. Pour
mener à bien cette
mission, les pourvoyeurs
de fonds d'Al-Jazira ont
sorti le chéquier. Le
budget dépasserait 200
millions de livres, soit
trois fois le
financement de France
24, la chaîne française
d'information qui doit
voir le jour à la fin
de l'année. Depuis un
an et demi, la future
chaîne annonce à
intervalle régulier
l'arrivée de stars du
petit écran. Comme
David Frost, le seul
journaliste qui a
interviewé «les sept
derniers présidents américains
et les six derniers
premiers ministres
britanniques». Dans
cette même logique,
Al-Jazira a pris ses
quartiers londoniens au
prestigieux
Knightsbridge, à deux
pas du grand magasin
Harrods. La concurrence
- BBC24, Sky News -
s'est exilée depuis
longtemps vers des zones
industrielles périphériques.
Mais, comme ses
programmes et ses
vedettes, la salle de rédaction
reste invisible. Les
curieux et les reporters
sont gardés à l'écart.
A moins que la chaîne
elle-même ne demande
aux dits reporters de
venir prendre place sur
le divan du journal télévisé
pour parler politique
européenne lors d'une
interview... de répétition.
Depuis plusieurs
semaines, les équipes
font «comme si»,
histoire d'huiler les mécanismes.
Ce soir-là, un journal
de soixante minutes est
produit dans les
conditions du direct. Ou
presque. Les reportages
sont absents. La
correspondante de New
York, qui était à l'écran
il y a une minute sur
fond de siège des
Nations Unies, apparaît
dans un couloir. Le
studio, aux tons bleutés
consensuels, bien éloignés
du rouge et or de la
version arabe, donne
directement dans une
salle de rédaction suréquipée.
Le temps d'une page de
fausse pub, le présentateur,
Stephen Cole, vétéran
de la BBC, fait part de
son impatience. "Je
suis venu ici à la
condition que l'on
m'envoie sur les grosses
histoires et on vient de
louper le Liban",
tempête-t-il. Des
regrets ? "Jamais !
C'est la dernière fois
qu'une chaîne info de
cette envergure est lancée."
Les télévisions
francophones envisagent
des "doubles
tournages"
paru dans le Devoir
le 27 juin 2006
S'inspirant de
Radio-Canada, les télévisions
publiques francophones
entendent se lancer dans
quelques mois dans la
production de fictions
en "double
tournage". L'idée
a été émise à
l'occasion de la 72e
session plénière de la
Communauté des télévisions
francophones, qui a réuni
en fin de semaine à
Deauville les représentants
de 13 chaînes publiques
françaises, belges,
suisses et canadiennes.
C'est Louise Lantagne,
la directrice des
Dramatiques de la société
d'Etat, qui a suggéré
à ses collègues d'expérimenter
cette approche. Pratiqué
par la SRC et CBC, le
"double shooting"
consiste à tourner en même
temps les versions
anglaise et française
d'un programme, comme
cela a été le cas pour
la série René Lévesque
; au sein des télévisions
francophones, les deux
langues seraient remplacées
par deux accents.
"Oui, on a des
accents différents, et
il faut l'accepter, a
fait remarquer Louise
Lantagne. Les fictions
à la télévision sont
très identitaires. Le
public veut ses acteurs,
son accent, son star
system."
Pour l'instant, les
futurs partenaires n'ont
pas pour ambition de
coproduire une série,
mais plutôt des téléfilms
tirés de pièces de théâtre.
On peut déjà imaginer
une histoire réunissant
une poignée de
personnages dans un lieu
unique, un réalisateur
du Québec mettant en scène
"dans les deux
langues" le texte
d'un auteur français
par ailleurs adapté en
québécois et joué par
deux distributions
distinctes. "C'est
une formule de
coproduction
prometteuse. C'est une
bonne piste à
suivre", a estimé
la responsable d'une chaîne
française, en
reconnaissant que
"l'accent est un
problème concret"
pour les diffuseurs,
d'autant que les téléspectateurs,
comme on l'a répété
à Deauville, "ne
veulent pas d'un casting
qu'ils ne connaissent
pas".
L'idée
de voir naître des séries
francophones en
"double
tournage" réjouit
la directrice des
programmes de TV5 Monde,
Suzanne Laverdière.
Depuis son arrivée à
Paris, la Québécoise
affiche sa volonté de
voir sa chaîne jouer un
rôle de catalyseur
entre les diffuseurs
francophones. Elle
annonce son intention de
diffuser les deux
versions de cette
fiction inédite, pour
"faire circuler
l'oeuvre et faire
entendre les accents de
la Francophonie".
"L'idée
essentielle est de
croiser les regards sur
une même oeuvre",
souligne-t-elle. Sur le
plan financier, le
"double
tournage" a aussi
ses avantages, fait-on
remarquer. La formule
permet surtout de sortir
des lourdes contraintes
des coproductions
traditionnelles.
Un
jour, l'Asie incarnera
la beauté universelle
par JEAN-DANIEL
TORDJMAN, président
du club des
Ambassadeurs, publié
dans le Figaro le 29
août 2006
L'exaltation de la beauté
a longtemps été
l'apanage de l'Occident.
Issu de l'idéal
platonicien, véhiculé
dans le monde antique
par la puissance de
Rome, incarné dans les
splendeurs de la
statuaire, de la Vénus
de Milo ou du Discobole,
le culte de la beauté
reflète la primauté de
l'homme dans l'Univers. "L'homme
fait à l'image de
Dieu", c'est
aussi "Dieu
fait à l'image de
l'homme". L'homme
est au centre du monde,
et peut même accéder,
par les héros comme Thésée
ou Hercule, au statut de
demi-Dieu. Les dieux
grecs ont les réactions
ou les jalousies des
hommes dont ils ne se
distinguent que par leur
caractère éternel. Réinventée
à la Renaissance, épanouie
depuis cinq siècles,
cette vision du monde a
fait de l'Europe le
centre universel de la
beauté dans les arts.
Depuis cette époque,
l'Italie, grâce à la
splendeur des Médicis
ou des Colonna, à la
gloire de Venise ou de
Ferrare, au génie de
Jules II Della Rovere ou
de Paul III Farnèse et
la France de François
Ier, Louis XIV et Napoléon
dominent les marchés de
la beauté, de la mode,
des parfums, de l'art de
vivre et de l'art de la
table. Et, depuis un siècle,
Hollywood a rajouté aux
étoiles françaises et
italiennes les stars
consacrées par les
studios américains.
Cette période
d'incarnation
exclusivement
occidentale de la beauté
universelle touche peut-être
à sa fin sous
l'influence de deux
vagues d'horizons différents
mais fortement
convergentes. L'Occident
récuse ce qui a été
son essence même : l'idée
de beauté. Depuis un siècle,
sous l'influence de "critiques"
au nom bien choisi
et de " théoriciens
de l'art" parfois
abscons, le culte de la
beauté est devenu
synonyme d'académisme,
de référence au passé,
voire de "philosophie
bourgeoise". L'art
dit " contemporain"
se qualifie, à
juste titre, de "non-art",
d' " art
pauvre", voire
même d' " art
excrémentiel" et
ne produit plus
d'oeuvres mais des "vidéos"
ou des "installations"
éphémères. Et
les artistes qui
continuent à produire
des oeuvres superbes
issues de la tradition
comme les sculpteurs
Serge Bloch ou Patrick
Bintz sont exclus de l'Ecole
ou de l'Académie des
beaux-arts.
On conçoit que les
artistes d'aujourd'hui
soient écrasés par
l'accumulation inouïe
de génies que recèlent
le Louvre ou le Vatican
et que la comparaison de
leurs oeuvres avec
celles d'Ingres, de
Matisse ou Modigliani
soit paralysante. Mais
le refus de la notion de
beauté - et son
remplacement par l'autoproclamation
est oeuvre d'art celle
que je qualifie, moi,
artiste, d'oeuvre d'art,
fût-ce une poubelle ou
un tas de mégots -
sont profondément déstabilisants.
"Penseurs"
et "artistes"
occidentaux sapent
eux-mêmes les
fondements de leurs succès.
Et il n'est pas exclu
que des pans entiers de
l' " art
contemporain" soutenus
par un marketing habile
ne s'effondrent à la
suite d'une crise économique
ou financière.
L'Asie est partie à la
conquête de la beauté
universelle. L'Asie a,
de tous temps, produit
des oeuvres d'art
splendides, de l'art du
Gandhara aux coupes
sassanides, des bijoux
de Shilla aux bronzes
chinois, de
l'architecture de
Fatepour Sikri aux
dessins d'Hokusaï. Mais
contrairement à
l'Europe, l'Asie n'a pas
concentré son art sur
le corps humain, sur le
nu masculin ou féminin.
La vision asiatique est
différente de
l'occidentale. En Asie,
l'homme n'est pas " la
mesure de toute
chose". Il est "une
poussière dans le
cosmos". De
plus, les religions et
philosophies asiatiques
récusent, sauf
exception, la représentation
du nu, spécialement féminin,
considéré en Occident
comme le canon de la
beauté. Enfin, jusqu'à
une date récente,
l'Occident a dominé
culturellement le reste
du monde, imposant par
l'art, le cinéma, la télévision
ou les médias sa vision
du monde.
Tout cela est en train
de changer par la montée
en puissance inexorable
de l'Asie, Chine, Japon,
Inde et Corée. Pionner
du développement
asiatique, le Japon a
exercé une influence
profonde sur l'art
occidental : Van Gogh ne
peut se comprendre sans
Hiroshige,
Toulouse-Lautrec sans
Utamaro, Degas et Félix
Bracquemond sans Hokusaï.
Mais le Japon n'a jamais
eu l'ambition d'imposer
la femme japonaise comme
modèle de beauté
universelle, ni la femme
japonaise la volonté
d'assumer ce rôle. Dans
les magazines japonais
ce sont souvent des Américaines,
des Australiennes ou des
Italiennes qui incarnent
la beauté. L'irruption
de la Chine et de la Corée
sur la scène mondiale
peut changer cet état
de fait. Les Chinoises
comme les Coréennes
semblent plus à même
d'accepter, voire de
rechercher ce rôle d'icône,
indispensable pour
exercer un attrait
profond sur les foules,
y compris occidentales.
C'est déjà le cas pour
les actrices comme Gong
Li. La Chine qui représente
déjà, selon Ernst
& Young, 14% du
marché mondial du luxe,
progresse au rythme de
20% par an et pourrait
devenir dans 20 ans le
premier marché mondial.
En parallèle, l'Asie se
lance dans la reconquête
de son patrimoine
culturel et dans un
programme phénoménal
de construction de musées,
de salles d'opéra et de
concerts. Pékin et
Shanghaï sont en compétition
pour offrir aux
visiteurs 150 musées
chacun. Séoul vient
d'ouvrir, coup sur coup,
deux musées majeurs :
le splendide Musée
national de Corée, qui
regorge de trésors
nationaux de cette
grande civilisation trop
ignorée des Français
et le Leeum, Musée de
la famille Lee de
Samsung, chef-d'oeuvre
de muséologie autant
sur l'art traditionnel
qu'en art contemporain.
Les groupes du luxe LVMH,
Armani, L'Oréal, les
chaînes des grands
magasins, les magazines
comme Elle ou Vogue,
les agences de
publicité, les
industries du spectacle
ou des médias
accompagnent ce
mouvement, tant ils sont
à l'affût de nouveauté,
d'authenticité et de
diversification. Retenez
le nom de Du Juan, Miss
Chine et top model
chinois. Elle est peut-être
le premier top model
asiatique à incarner la
beauté universelle.
"Le
Japon a exercé une
influence profonde sur
l'art occidental : Van
Gogh ne peut
se
comprendre sans
Hiroshige (photo),
Toulouse-Lautrec sans
Utamaro"
Muere el gigante
literario y moral árabe
El escritor Naguib
Mahfuz, premio Nobel en
1988, falleció ayer a
los 95 años
JAVIER VALENZUELA,
El País, el 31
de agosto de 2006
En febrero de 2003,
Naguib Mahfuz tuvo que
ser hospitalizado. Tenía
92 años y, sin haberse
recuperado nunca de las
puñaladas que le habían
dado en 1994 unos
terroristas islamistas,
el único escritor árabe
galardonado con el Nobel
de Literatura no lograba
vencer una fuerte gripe.
Aun así, enviaba
mensajes al diario
cairota Al-Ahram.
En uno se mostraba
"muy preocupado"
por la guerra que Bush
preparaba contra Irak.
"Mi posición",
decía, "es muy
clara: me opongo a Sadam
y me opongo también a
esta guerra. La guerra
generará una cantidad
enorme de destrucción,
no sólo en Irak, sino
en todo el mundo árabe.
Esto es algo que no
necesitamos". En
otro de los mensaje a Al-Ahram,
se preguntaba si el
presidente del Gobierno
español que jaleaba la
posición belicista de
Bush era el mismo que le
había visitado en su
casa de El Cairo y le
había dicho que España
siempre sería amiga del
mundo árabe. La
respuesta era afirmativa:
se trataba del mismo
individuo, José María
Aznar.
Mahfuz, que ayer
falleció a los 95 años
en un hospital de El
Cairo, ha sido durante décadas
un gigante literario y
moral en el mundo árabe.
Como escritor, era el
gran retratista de la
vida cairota del siglo
XX, el genio
indiscutible del
realismo social egipcio
y el maestro en una de
las lenguas más
hermosas y más habladas
del planeta. Mahfuz
"dio a conocer la
cultura y la literatura
árabe contemporáneas a
todo el mundo",
dijo ayer el presidente
egipcio, Hosni Mubarak,
en uno de los numerosos
homenajes que le
rindieron a Mahfuz políticos
y escritores de todo el
planeta. Como
personalidad pública,
Mahfuz era un baluarte
contra los extremismos
políticos -y en
particular los basados
en creencias religiosas,
sean éstas musulmanas,
judías o cristianas- y
un firme partidario de
la coexistencia en
Tierra Santa de dos
Estados: el israelí y
el palestino. Era,
asimismo, un filósofo
epicúreo. "Cuando
veo mi vida en su
conjunto, me pongo
contento", declaró
en 1993 a Le Figaro.
"El sentido de la
vida", añadió,
"no es
independiente de la vida
misma. Vivir quiere
decir comer, beber,
dormir, amar, trabajar,
pensar. Tal es el
sentido de la
vida".
En noviembre de 1994,
en el hospital cairota
adonde le había llevado
el atentado sufrido el
mes anterior, Mahfuz citó
el viejo proverbio árabe:
"Los perros ladran,
la caravana sigue su
camino". Desde
entonces han pasado
muchas más cosas
horribles, incluidos los
atentados terroristas
del 11-S y el 11-M en
Estados Unidos y España,
la calamitosa invasión
norteamericana de Irak y
la reactivación de los
conflictos en Palestina
y Líbano. Y, no
obstante, Mahfuz -casi
ciego, con el oído muy
duro, la lengua
balbuciente y la mano
derecha paralizada desde
el atentado- siguió
sosteniendo hasta el
final que la caravana de
un diálogo universal de
culturas, que
consideraba el aspecto más
interesante de la
globalización, seguiría
caminando. También
continuó escribiendo;
mejor dicho, dictando
pequeñas historias o
reflexiones. "Si
las ganas de escribir me
abandonan un día, deseo
que ése sea el de mi
muerte", dijo en
1988.
Lo malo es que los
perros no sólo ladran,
sino que también
muerden. Así que Mahfuz
pasó su último periodo
viviendo bajo protección
policial en su modesto
apartamento cairota de
Gezirag Zamalek. Sobre
la cabeza de un escritor
comparado con Flaubert,
Tolstói o Balzac seguía
pesando la fatwa
que lo condenaba a
muerte por presentar de
modo supuestamente
irreverente a Moisés,
Jesucristo y Mahoma en
su novela Hijos de
nuestro barrio. Ese
delirante decreto
religioso -similar al
que Jomeini dictó
contra Salman Rushdie-
fue emitido en los años
ochenta por el jeque
islamista egipcio Omar
Abdel Rahman,
actualmente en prisión
en Estados Unidos por su
participación en el
primer atentado contra
las Torres Gemelas, el
de 1993. Fue esa fatwa
la que intentaron
aplicar en octubre de
1994 los integristas que
acuchillaron a Mahfuz en
el cuello cuando salía
de su casa.
El Cairo de este
comienzo del siglo XXI
ya no ofrecía, pues, la
oportunidad de departir
con Mahfuz en el café
Alí Baba, donde durante
décadas ojeaba por la
mañana la prensa local
antes de acercarse a Al-Ahram
a entregar su columna.
La figura del escriba
enjuto y elegante, de
gruesas lentes y pulcra
sahariana, había
desaparecido del paisaje
público cairota. El
atentado le había
convertido en un hombre
enfermo y recluido en su
casa, aunque siempre lúcido.
"Doy gracias a Dios
de ser ciego, para no
ver la muerte de los niños
palestinos", declaró
en octubre de 2000 a
Randa Achnawi, en una
entrevista para EL PAÍS.
"Nunca pensé que
Israel pudiera obrar así",
añadió. "Siempre
he tenido un alto
concepto de ellos,
siempre los he juzgado
como un pueblo muy
civilizado, incapaz de
actuar de forma
irracional".
Moderado políticamente,
también lo era en
materia religiosa. Para
él, la religión,
cualquier religión, era
"amor a la gente y
a la vida" y "una
relación íntima entre
la persona y Dios".
Por eso le preocupaban
por igual los
llamamientos de Bush a
la cruzada y los de Bin
Laden a la yihad.
"Si el mundo hace
caso a esa gente, vamos
a la perdición",
decía.
Nacido en 1911 en el
viejo El Cairo fatimita,
hijo de un funcionario y
funcionario él mismo
durante buena parte de
su vida, casado y con
dos hijas, Mahfuz, con
novelas como El
callejón de los
milagros, la Trilogía
de El Cairo, Hijos
de nuestro barrio, Jan
Aljili, El ladrón
y los perros y Miramar,
entre otras, abordó
repetidamente el tema de
la lucha de los seres
humanos por mantener la
memoria, la dignidad y
el amor frente al
destino y las
convenciones sociales.
Su lenguaje siempre fue
sencillo y hermoso, y
sus descripciones de El
Cairo, equiparables a
las que realizaran
Dickens de Londres y
Zola de París. En la
lengua del Corán,
perfecta para la poesía
y la oratoria, no existía
una obra novelística
tan sólida y fecunda
hasta que llegó él. Y
por eso recibió en 1988
el Premio Nobel de
Literatura. Fue el
primer árabe -y hasta
ahora el único- en
conseguirlo.
Mahfuz, que entre los
escritores españoles
adoraba a Cervantes y
Lorca, creía en la
utilidad de las
palabras. En octubre de
2001 declaró a Babelia:
"Cuando se habla de
conciencia, hermandad y
justicia en el mundo,
alguna gente dice que
eso sólo son palabras
que expresan sueños.
Pero no sólo las
pesadillas pueden
hacerse realidad, también
pueden materializarse
los sueños". Una
afirmación que completó
con otra igualmente
maravillosa: "La
justicia consiste en
tener respeto por el
derecho de la gente a
vivir como quiera".
Maasalama, adiós,
querido maestro.
Mahfouz and his
literary 'diwans'
Up until a fall in July
that put him in hospital,
Egyptian laureate Naguib
Mahfouz, who has died
aged 94, could be found
on almost any given
night with friends at
one of his many literary
haunts around Cairo
by PENNY SPILLER,
BBC, 30 August 2006
It was
a tradition that began
decades ago, when he and
his fellow writers and
poets would gather in one
of the city's many coffee
shops, restaurants and
hotels to mull over the
issues of the day. In
later years, these
gatherings or "diwans"
would attract a new crowd
- thinkers from a broad
spectrum of professions
who kept the ageing writer
in touch with the changing
world. They would also
become an opportunity for
fans to spend some time in
the company of the only
Arabic writer to have been
awarded the Nobel Prize
for literature, which he
won in 1988. Egyptian
novelist Ahdaf Soueif, who
knew Mahfouz well, said
the meetings allowed
people to pay "a kind
of homage" to "the
grand old man of Egyptian
literature".
"People held him in
great affection. He was a
very big deal. People
could be in his presence
for a bit," she said.
He had lived long enough
to see his legacy come
into effect. "There
is nobody writing in
Arabic today that has not
been influenced by him,"
she said.
Appreciation
But old
age and deteriorating
hearing and eyesight
limited his ability to
contribute to the
gatherings in later years.
He often had a friend
sitting next to him who
would shout loudly in his
ear about what was going
on, which made the
meetings surreal at times.
Khalid Kishtainy, an Iraqi
journalist and writer
based in London who has
attended several such
gatherings, was asked at
one to read out his latest
published work. "I
sat next to him and tried
to read, but he couldn't
hear me - I think he found
my Iraqi accent difficult,
but also I didn't shout
loud enough," he
explained. "In the
end, one of his prompters
said he would read it out.
But Mahfouz showed great
appreciation of my work,
and laughed at all the
funny bits." Raymond
Stock, Mahfouz's American
biographer and friend of
14 years, said the writer
would often go into what
he called his "screen-saver
mode". "He would
seem to be asleep, but he
was very much aware of
what was going on,"
he said. "On one
occasion, a mosquito
landed on his forehead and
a friend raised his hand
to swat it away. Naguib
looked up and said: 'What
do you want to hit me
for?'" Naim Sabry, an
Egyptian poet and novelist
and another long-time
friend, says it was his
nature to say little.
"He was a very good
listener. He concentrated,"
Mr Sabry said.
Progressive thinker
The "diwans"
were the brainchild of
renowned Egyptian
psychologist and
long-time friend of
Mahfouz, Dr Yehia
el-Rakkhawi. They
started after Mahfouz
was stabbed in 1994 by
an Islamist extremist
who had been inspired by
a fatwa issued over the
writer's portrayal of
God in one of his novels
decades earlier. Mahfouz
spent several weeks in
hospital and suffered
damaged nerves that
limited his ability to
write. The gatherings
"were a way of
keeping his spirits up
after the stabbing. And
it worked. It did have
the effect of keeping
him in touch with the
world," Mr Stock
said. Informal affairs,
the "diwans"
were attended by a small
group of regulars as
well as journalists,
doctors and engineers
among others. They were
held at a different
location each night -
most often at one of the
hotels in downtown Cairo
- and each one had a
slightly different
political emphasis.
"The more
pro-Western liberals
tended to come on
Sundays, while those
with more opposing views
would attend on Tuesdays
and Fridays. Wednesdays
were more mixed,"
Mr Stock said.
Thursdays
were invitation-only, for
his closest group of
friends known as the
Harafish ("riff-raff"),
while on Saturdays he
would receive people at
home. Mr Sabry says there
is talk of keeping the
gatherings going in memory
of their friend. But he
thinks it is unlikely they
will carry on for very
long. "Naguib was the
core of the gatherings and
it will be strange without
him there," he said.
Mahfouz continued to write
by dictation until he fell
ill, adding to an output
that included more than 30
novels and over 100 short
stories, as well as
numerous articles and film
scripts. He became famous
for his vivid portrayals
of life in his beloved
city and Egypt's
experience of colonialism
and authoritarianism. He
was considered a
progressive thinker who
was a strong advocate of
moderation and religious
tolerance, which often
pitted him against
conservatives in Egypt. Mr
Stock said he detected a
shift in the writer's
political views in the
last few years over US
foreign policy,
particularly over the
"war on terror".
"He
was very much against it.
He had a simple view that
if you remove the
injustice, there will be
no more trouble," he
said. "But he was
wise. On one occasion,
someone was attacking the
idea of the US proposing
democracy in the Middle
East, and it was pointed
out that Egypt had once
had democracy, and people
wanted it again. "'We
agree about democracy,'
Mahfouz said. 'Sometimes
our interests are the same,'"
Mr Stock recalled. Ahdaf
Soueif says it will be his
literary, rather than his
political legacy that will
remain. "He was
always a novelist before
anything else."
Le Liban
entre-deux-guerres, par
Marion Poussier
par FLORENCE LE
MEHAUTE, publié dans
Ouest-France le 9 août
2006
Le Liban vit depuis près
d'un mois sous la peur des
bombardements. Marion
Poussier, une photographe
rennaise de 26 ans, repérée
par Raymond Depardon, y a
baladé son objectif en
avril. Juste avant le début
des frappes israéliennes.
Le pays cicatrisait à
peine de la guerre précédente.
"Je n'ai pas toutes
les clés, je peux juste
montrer ce que j'ai
ressenti." Mine
souriante hâlée, mèches
éclatantes de blondeur,
piercing au menton, Marion
Poussier paraît presque gênée
de parler du Liban. Ce
pays qu'elle ne
connaissait pour ainsi
dire pas il y a encore
quelques mois. Avant de
l'explorer en avril,
l'oeil rivé dans le
viseur de son Hasselblad
moyen format. "J'ai
lu quelques bouquins avant
de partir, raconte cette
photographe indépendante
sortie de l'école Louis
Lumière, à Paris, en
2003. J'avais du mal à me
faire une image du Liban.
Un Libanais, rencontré à
Paris, me l'avait présenté
comme un joyeux pays,
minuscule et anarchique.
En fait, c'est vraiment ça.
Il y a des voitures dans
tous les sens, des
baraques rutilantes qui en
côtoient d'autres délabrées,
des traces de la guerre un
peu partout." Celle
qui a déjà dévasté le
pays de 1975 à 1990.
Marion
Poussier ne venait pas
traquer ces séquelles.
Accompagnée d'une amie
journaliste et d'un confrère
de Louis Lumière, la jeune
Rennaise s'est escrimée à
illustrer plusieurs
reportages, notamment sur la
littérature francophone à
Beyrouth. Mais, ce qui l'a
le plus impressionnée, ce
sont ces impacts de balles
qui défigurent les murs des
immeubles de la capitale
libanaise, ces balles rouillées
qui traînent sur le sol de
demeures abandonnées, ces
jeunes pousses émergeant à
peine d'une terre couleur
brique... "Que les
arbres soient si petits, ça
m'a marquée. On sentait que
tout était encore en
construction."
Pourtant, ajoute-t-elle,
"j'y ai ressenti
beaucoup d'énergie
positive. Les gens, très
chaleureux, sont énormément
tournés vers l'avenir.
Enfin... Je ne sais pas si
c'est encore le cas."
Les frappes israéliennes
contre le Hezbollah, depuis
la mi-juillet, ont changé
la donne. Surtout dans le
sud du pays et de la
banlieue de Beyrouth.
Incapable
de regarder les images de
corps déchiquetés à la télévision
- "ça me fait
vomir" - Marion
Poussier suit le conflit à
travers les yeux et les colères
des jeunes Libanais qu'elle
a rencontrés sur place :
Ritta, Randa et Mohamad.
"Aucun n'est vraiment
directement menacé. Mais
ils se sentent prisonniers.
Ils savent qu'eux n'y sont
pour rien, que les enjeux
sont ailleurs." Mohamad
Hamdan vit à Paris. Il y a
organisé, fin juillet, un
rassemblement pacifique pour
un cessez-le-feu. Randa
Mirza, photographe,
participe à une résidence
d'artiste en Finlande. Dans
ses mails, elle fait état
de ses rêves où "ça
explose de partout".
Ritta Baddoura, poète, la
seule à être restée à
Beyrouth, se demande s'il
faut partir, comment. Pour
l'instant, elle se contente
d'alimenter un blog, "Ritta
parmi les bombes" ( http://rittabaddouraparmilesbombes.chezblog.com/
), sur lequel elle évacue
ses angoisses en prose et en
vers.
Sur le site qui lui sert
de book ( http://marion.poussier.book.picturetank.com/ ),
Marion Poussier a mis en
ligne quelques extraits de
leurs messages, en
filigrane de ses photos du
Liban. La jeune femme, qui
a déjà tiré le portrait
de soldats de Tsahal et
immortalisé la jeunesse
de Tel-Aviv, aimerait également
avoir l'avis d'Israéliens
sur cette guerre en cours.
Une nouvelle photographe
engagée ? "Oui, sur
certains terrains. Quand
je réalise une campagne
d'affichage sur des étrangers
qui n'ont pas le droit de
vote, par exemple."
Son travail ne passe pas
inaperçu. Raymond
Depardon l'a invitée cet
été à exposer une série
de photos sur les
adolescents aux Rencontres
d'Arles, un des
rendez-vous du 6 e
art les plus prestigieux.
Dans Télérama, le
fondateur de l'agence
Gamma juge ses images
"extraordinaires".
Et il voit déjà en elle
une jeune femme qui
"va aller très
loin".
Des
balles rouillées agglomérées
sur le sol d’une maison
abandonnée dans le
village de
Dhour
Choueir, un mur criblé
d’impacts, un bar
populaire déserté à
Beyrouth, une plage
publique
au sud de la capitale...
Marion Poussier a pris ces
images du Liban en avril
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Copyright 2006 RJLiban
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