Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

ARTS-SPECTACLES  RJLIBAN  N°16  du 2 septembre 2006 

 
Une exposition de caricatures sur l'Holocauste s'est ouverte à Téhéran
 
par MARIE-CLAUDE DECAMPS, publié dans le Monde du 17 août 2006
 
L'affiche en elle-même est explicite. Sur fond sépia, comme s'il s'agissait d'une vieille photo d'une réalité qui perdure, on voit dessinés des casques nazis renversés, surmontés d'un autre casque, frappé, celui-là, d'une étoile de David, qui semble leur faire pendant. Cette affiche annonce l'ouverture, lundi 14 août à Téhéran, au Musée d'art contemporain palestinien, d'une exposition de caricatures sur l'Holocauste, dernier avatar de la polémique sur les douze caricatures du prophète Mahomet publiées par le journal danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005 et qui avaient suscité la colère de millions de musulmans dans le monde entier. Protestations qui s'étaient soldées par des émeutes meurtrières, comme au Pakistan, et le saccage d'ambassades et d'églises. Des journaux européens qui avaient reproduit les caricatures avaient été pris à partie. Le rédacteur en chef du journal danois avait présenté ses excuses pour tenter de calmer ce qui était vite devenu une crise diplomatique majeure.
 

"Les journaux occidentaux ont publié ces dessins sacrilèges sous le prétexte de la liberté d'expression, alors voyons s'ils pensent vraiment ce qu'ils disent et publions des dessins sur l'Holocauste", avait lancé, en février 2006, le journal iranien Hamchari. Un quotidien à grand tirage proche de l'entourage du président iranien, le conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui, depuis son arrivée au pouvoir en août 2005, a multiplié les déclarations traitant l'Holocauste de "mythe" et souhaitant la " disparition" d'Israël. Le concours a été aussitôt ouvert, avec l'appui de la Maison de la caricature iranienne. Le 13 février, un avant-goût de la production à venir était diffusé sur son site Internet. On y voyait deux vignettes. Sur la première, un juif passe en 1942 sous le portail d'Auschwitz où une inscription annonce : "Le travail apporte la liberté". Sur l'autre vignette, datée de 2002, le même juif, fusil en main, entre sur un champ de bataille sous un fronton qui dit : "La guerre apporte la paix".

 

Les organisateurs du concours, qui, lundi, ont insisté à nouveau sur le fait que le véritable holocauste à leurs yeux était "celui des Palestiniens", ont reçu 1.100 caricatures, en provenance d'une soixantaine de pays. Deux cent quatre ont été retenues, les trois "meilleures" recevront 12.000, 8.000 et 5.000 dollars de récompense. La majorité des dessinateurs sont iraniens, mais figurent aussi sur la liste sept Français et douze Américains. La source d'inspiration, en revanche, est la même : croix gammée se transformant en étoile de David pour étrangler des Palestiniens ; le mot Israël dessiné avec un L final en forme de botte écrasant une mappemonde ou encore une statue de la Liberté tenant un livre sur l'Holocauste dans sa main gauche et faisant un salut nazi avec la droite.

 

L'exposition, prévue pour durer jusqu'au 13 septembre, a déjà suscité de vives réactions. Mardi, le mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem, à Jérusalem, dédié aux six millions de juifs exterminés par les nazis, a publié un communiqué exhortant la communauté internationale à réagir. "L'histoire a prouvé que le silence face à des déclarations malfaisantes engendre des actions malfaisantes", explique le Yad Vashem, qui conclut : "L'exposition de caricatures sur l'Holocauste à Téhéran, en Iran, un pays qui veut se doter de capacités nucléaires et dont le président s'est prononcé pour un génocide d'Israël, doit mettre les voyants au rouge, non seulement pour Israël mais pour toutes les nations éclairées." Site Web : www.irancartoon.com  
 
A Téhéran, le concours de dessins sur l'Holocauste organisé
au Musée d'art contemporain palestinien a accueilli, lundi 14 août,
ses premiers visiteurs. En arrière-plan, l'affiche de l'exposition

 

Un concert en blanc sous le signe de la solidarité
LIBAN JAZZ - Présenté à Paris au profit de la Croix-Rouge libanaise
 
par COLETTE KHALAF, publié dans l'Orient-le Jour le 30 août 2006
 
C’est sur la scène du Théâtre du Rond-Point (Paris) qu’aura lieu, le 5 septembre, un grand concert regroupant des jazzmen internationaux et des musiciens libanais. Organisé à l’initiative commune de Liban Jazz, des théâtres du Rond-Point et d’al-Madina, cet événement, dont les bénéfices seront versés intégralement au profit de la Croix-Rouge libanaise, sera présenté plus tard, dans les meilleurs délais, à Beyrouth. Depuis 2004, Liban Jazz avait habitué les mélomanes libanais à des rencontres musicales au mois de septembre dans la stratosphère jazz. En dépit des circonstances, les organisateurs ont tenu à maintenir ce rendez-vous. Il aura lieu le 5 septembre à Paris et regroupera des grands noms du jazz international ainsi que des musiciens qui ont eu l’occasion de visiter le Liban et qui ont tenu à rendre hommage à sa volonté de vivre. Associé aux théâtres Rond-Point et al-Madina, et fort donc du soutien des artistes que le Liban a eu le privilège de recevoir les années précédentes, Liban Jazz a réussi à réunir, sur la même scène, ces artistes dans un concert unique.

Ainsi, se succéderont les trio Romano, Sclavis et Texier (que les Libanais avaient eu l’occasion d’écouter à Zouk), Mina Agossi et Anouar Brahem, Julien Lourau ainsi que le trio Joubran. Pour sa part, Archie Shepp invitera Cheik Tidian Seck et David Murray à le rejoindre alors que Bojan Z et Dhafer Youssef auront pour invité le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf, sans oublier la chanteuse Camille que le Liban avait découverte et appréciée au Music-Hall de Starco. Celle-ci se produira en compagnie de Sébastien Martel. Autant de musiciens qui avaient enflammé la scène libanaise durant les étés 2004-2005, et qui se sont unis dans un même esprit de solidarité. Ensemble, ils témoignent que le jazz, musique de résistance et d’improvisations, est également pour la circonstance un acte de foi. Une foi inébranlable dans un pays qui ne veut céder ni à la léthargie ni à la mort, mais qui continue à résister à toutes les secousses.

Réservations : tarif unique de 35 euros au Théâtre du Rond-Point, 2 bis, av. Franklin D. Roosevelt 75008 Paris, tél.: +33.1.44.95.98.21, du lundi au samedi, de 11h à 19h et dimanche de 12h à 16h, achat en ligne (+2 euros pour les frais) : www.theatredurondpoint.fr , FNAC : +33.8.92.70.16.03. Les personnes qui désirent faire un don supplémentaire à la Croix-Rouge libanaise pourront le faire le soir du concert dans les locaux du théâtre.
 
Annonce du concert sur la route de Jiyeh au Liban 

 
Exposition de poissons fossiles du Liban à Bruxelles
 
L’équipe "MEMOIRE DU TEMPS - Abi-Saad frères" est fière d'annoncer pour la première fois sa participation au Salon International des Minéraux, Fossiles et Pierres précieuses (33e édition) qui aura lieu au Palais Mondial de l'Automobile, "Autoworld", Parc du Cinquantenaire, 11, à Bruxelles, en Belgique, les 2 et 3 septembre 2006, de 10h à 18h, sans interruption. Vous êtes invités à venir à la rencontre des poissons fossiles du Liban, provenant de la région de Byblos et datant de cent millions d'années, véritables merveilles de la nature et témoins d’une vie passée et de son évolution. Vous retrouverez sur le stand toutes les informations sur le pays des Cèdres et sur les fouilles effectuées, ainsi que des renseignements techniques sur les méthodes utilisées pour la découverte de ces surprenants fossiles. Si vous ne pouvez vous déplacer jusqu’en Belgique, sachez que vous pouvez tout de même continuer votre collection et choisir vous-même les pièces qui vous passionnent. Pour connaître les fossiles disponibles et passer votre commande, prendre contact avec la correspondante en France, Mme Christine Bourcier Abi-Saad au +33.6.84.22.15.32 ou sur christine@memoryoftime.com (Site Web : www.memoryoftime.com ).
 

 
Activités culturelles de la Délégation de la Commission européenne au Liban

 

La Délégation de la Commission européenne au Liban a annoncé le 29 août dans un communiqué qu’en raison de la situation de crise au Liban, l’appel à propositions pour le financement d’activités culturelles, lancé en juin dernier, a été annulé. Il est remplacé par un nouvel appel à propositions pour le financement d’activités culturelles, artistiques, récréatives et éducatives à l’intention des enfants et adolescents ayant été affectés par la guerre au Liban. Pour le dossier d’appel à propositions, visiter le site Web : www.dellbn.ec.europa.eu (rubrique "Appel d’offres et à propositions au Liban"). Le dossier est également disponible au siège de la Délégation de la Commission européenne à Saïfi, avenue Charles Hélou, immeuble 490 Harbor Drive. Téléphone : +961.1.569.400. Fax : +961.1.569.415 (Mme Chébli). La date limite de remise des propositions est fixée au vendredi 29 septembre 2006, à 16h.


 

Bibliothèque francophone de 15.000 livres à Kleiate

 

La bibilothèque francophone "J’aime lire" a été inaugurée hier à Kleiate (Kesrouan), en présence notamment du président de la municipalité, Samir Kahi, du curé de la paroisse, Youssef Moubarak, du père Habib Mehanna, du Dr Badih Abou Jaoudé et de l’avocat Alexandre Najjar, représentant le directeur du Centre culturel français (CCF), qui parrainait l’événement. La bibliothèque qui est une donation de scouts français est composée de 15.000 livres en langue française. Elle est ouverte à tous.

 


 

Le Nobel de littérature Naguib Mahfouz est mort

 

paru dans le Figaro le 30 août 2006

 

L’intellectuel le plus célèbre d'Egypte était le seul écrivain de langue arabe à avoir obtenu la récompense suprême en 1988. Il s’est éteint à 94 ans. "Le poète est parti", comme il l’avait écrit Impasse des deux palais. Le plus célèbre écrivain du monde arabe Naguib Mahfouz, est mort mercredi dans un hôpital public du Caire à l'âge de 94 ans. Depuis une semaine, il se trouvait dans un état critique après avoir été admis dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital de la police du Caire le 19 juillet, à la suite d'une chute dans son appartement. Son état s’était rapidement dégradé avec des complications rénales. Il sera inhumé jeudi dans la capitale égyptienne.

 
Né au Caire en 1911, Naguib Mahfouz était l'intellectuel le plus célèbre d'Egypte. C'est à l'âge de 17 ans qu'il a commencé à écrire et a publié ses premiers essais dans les années 30. Après des études de philosophie, il devient fonctionnaire et se consacre progressivement à la littérature. Auteur d’une cinquantaine de romans, on lui connaît surtout la trilogie Impasse des deux palais, Le palais des désirs et Le sucrier, énorme roman de 1.500 pages, dans lequel il décrit les espoirs et désillusions politiques d'une famille bourgeoise cairote sur trois générations entre 1917 et 1944. En 1988, il était devenu le premier romancier de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature, et reste le seul à ce jour.
 
Chantre la tolérance et la modération, il avait été attaqué à l’arme blanche par un extrémiste après l' "interdiction" par des islamistes de son livre "Les Fils de la Medina", jugé blasphématoire, en 1994. Depuis, il était paralysé de la main droite et avait cessé d'écrire, contraint de dicter ses textes. L’auteur a également été un des rares intellectuels égyptiens et arabes, à avoir approuvé les accords de paix entre l'Egypte et Israël en 1979, tout en se déclarant totalement solidaire des Palestiniens. Une position qui lui a valu d’être boycotté dans de nombreux pays arabes.
 

 
Les blogueurs dessinateurs reviennent sur une trêve fragile
 
par MATHILDE GERARD, publié dans le Monde du 26 août 2006
 
Dans le conflit qui secoue le Proche-Orient, les mots sont parfois trop durs. Avec pour seules armes un crayon, une paire de ciseaux ou un logiciel de retouche photos, les blogueurs dessinateurs donnent vie à la politique, aux violences quotidiennes, à leurs doutes et angoisses. Dans des dessins poétiques, le site de Mazen Kerbaj  pose des questions simples, parfois provocantes. Chez ce Libanais âgé de 31 ans, le moindre détail compte, comme la réapparition dans son blog de la couleur le 19 août, alors que durant tout le conflit, Mazen ne dessinait plus qu'en noir et blanc. Aujourd'hui, "le ciel de Beyrouth est bleu, commente-t-il, et j'entends les voitures klaxonner. […] Ma voiture est désormais pleine d'essence. J'ai dessiné en couleur."  Mais cet apparent retour au calme ne masque pas les doutes du dessinateur. Samedi 19 août, il interroge : "Depuis les entrailles du sol libanais, 1.500 personnes se demandent : 'pourquoi? '"  Un internaute laisse un commentaire admiratif : "Vous êtes pour moi un modèle : vous savez représenter l'indicible sans jamais écraser le lecteur par vos vues. Vous le provoquez à réfléchir, s'engager, agir, sans être dans le déni."

Depuis quelques jours, les posts de Laure Ghorayeb sur son site Witnessing (again)  titrent en alternance "la trêve branlante", "la trêve fragile" , "la trêve branlante".... Les ritournelles de la dessinatrice laissent entrevoir son inquiétude face à un cessez-le-feu précaire  : un de ses dessins est ainsi légendé : " Guerre... Paix... Guerre... Paix... Guerre ". Mardi 22 août, elle écrit : "Ce matin, les informations ne sont pas très réconfortantes [...]. Le monde ne réalise pas ou ne veut pas réaliser que la situation est très précaire [...] On dirait qu'on nous oublie déjà."

Gotham City

Dans les dessins de Raed Yassin, Beyrouth ressemble à Gotham City, et ses habitants aux superhéros américains de Marvel, fameux éditeur de comics américains dans les années 1960. Les planches de Raed Yassin mettent en scène Nabil Fawzi – Superman en arabe – venu couvrir l'offensive israélienne au Liban. Si le style des dessins évolue entre fantasy et comic strips, la réalité n'est jamais très loin. Le 13 août, à la veille de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, la couleur noire disparaît mystérieusement de la planche, "pour cause de bombardements israéliens" nous dit le commentaire. Les bulles sont vides d'inscription, le dessin se pare de taches blanches.

 

Côté israélien, Yaakov Kirshen, fameux dessinateur du Jerusalem Post, alterne tous les jours la publication de vieux et nouveaux dessins dans The dry bones blog. Ses planches dessinées il y a plus de vingt ans trouvent un écho retentissant dans l'actualité qui secoue le Proche-Orient. Mercredi 23 août, Yaakov met en ligne un dessin inédit. S'en prenant vivement aux Nations unies, la planche intitulée UN-fair [injuste] met en scène un couple attablé prenant un café. " Kofi Annan est furieux parce que Tsahal veut mettre fin au trafic d'armes vers le Liban – Israël doit-il se contenter de regarder ce qui se passe de l'autre côté ?! Et ignorer le réarmement des terroristes? – Non! ça, c'est le job de l'ONU! ". Le lendemain, Kirshen revient douze ans en arrière avec une planche publiée le 20 juillet 1984 intitulée "Coincés au Liban" : "C'est étrange ce bourbier libanais. C'est très facile d'y entrer, mais tellement difficile d'en sortir."  Mais Kirshen note toutefois dans le commentaire qui accompagne la planche, que la différence entre les deux guerres est de taille  : "Aujourd'hui nous sommes au Liban parce que la guerre nous a été imposée. Nous sommes au Liban car nous n'avons pas le choix."
 
Un autre site de dessins très fréquenté en Israël se trouve du côté de la diaspora. Il s'agit du blog de Cox and Forkum, deux illustrateurs juifs américains, qui commentent l'actualité internationale dans leurs dessins. De tendance plutôt conservatrice, ils n'hésitent pas à moquer dans leur post du 20 août l'annonce faite par la France le 17 août de l'envoi d'un contingent de 200 soldats. On y voit un Chirac demandant du bout des lèvres un " Disarm, s'il vous plaît "  aux chefs du Hezbollah, n'osant pas les regarder droit dans les yeux.
 
Nabil Fawzi - le 13 août 2006 "la couleur noire a foutu le camp"
par Raed Yassin

 
La culture en veilleuse
Les librairies à l'heure des bilans
 
par CARLA HENOUD, publié dans l'Orient-le Jour le 30 août 2006
 

La lecture… Un loisir, un plaisir, parfois même un voyage. Encore faut-il avoir l’esprit et les bagages légers et un cadre propice pour le faire. Durant ces 33 jours maudits, qui n’en finissent pas d’en finir, ceux qui lisaient ont continué à le faire, avec encore plus d’assiduité. Les autres ont préféré s’adonner aux jeux, mots croisés, mots fléchés et sudoku pour tromper la longue attente. Les librairies, et avec elles la culture, ont elles aussi, une fois de plus, essuyé de grosses pertes. Redonner le goût de la lecture aux Libanais a toujours été le souci des libraires, défendant avec les mots des autres présentation d’ouvrages, signatures, conférences, ateliers et activités diverses, une culture qui leur tenait à cœur. Les mois de juillet et d’août, habituellement réservés aux Libanais de l’étranger et aux touristes de passage, ont été sévèrement touchés. "Les guides, car le Libanais est un grand voyageur, les ouvrages et livres d’art sur le Liban ainsi que les nouveautés constituent le point fort de nos ventes en cette saison", précisent en chœur les principales librairies de la ville. "A cela il faudrait ajouter le parascolaire et le scolaire", soulignent les librairies Orientale et Antoine. Oubliés donc les devoirs de vacances et autres livres à lire, conseillés par l’école.

 

L’annonce de la rentrée, fixée au 9 octobre, sonne comme un rappel à l’ordre. "Nous avions déjà reçu une partie des livres scolaires, explique Maroun Nehmé, propriétaire de la Librairie Orientale et président du syndicat des importateurs de livres. Pour le reste, nous avons travaillé à sensibiliser, très vite, le Service culturel de l’ambassade de France et la Centrale d’édition en France. Nous espérons qu’ils nous aideront à obtenir un soutien exceptionnel au transport. Les livres seront ainsi acheminés par avion, mais sans frais supplémentaires pour nous." Quant à l’avenir, ce libraire, également et surtout éditeur, avoue avec réalisme : "Nous ne pouvons plus prendre de risques sur place, il nous faut délocaliser. Les investissements sont gelés. Nous devons pouvoir servir nos marchés en Afrique du Nord et aux Emirats grâce à des structures légères qui seront plus proches d’eux et plus stables." Outre ses points de vente "classiques" à Hamra, Achrafieh et Sin el-Fil, et dans les deux supermarchés Bou Khalil de Baabda et de Tripoli qui ont, durant ces derniers événements, ouvert pour la plupart presque tous les jours de 8 heures à 14 heures, la Librairie Antoine a surtout réalisé des ventes à l’ABC Dbayé et Achrafieh ainsi qu’au Metro superstore. Après le cessez-le-feu, l’activité a repris à 30%. Au top cinq des meilleures ventes, même timides : les best-sellers, les jeux, la vie pratique, les guides sur le Liban et surtout les livres de cuisine. "Si l’aéroport reprend son activité normale, tout ira en s’améliorant", confie un responsable.


Davantage de contraintes

 

Pour la Librairie al-Bourj et le Virgin Megastore, les problèmes se sont posés depuis l’assassinat de Rafic Hariri. Le centre-ville devenant le cœur d’un printemps en colère, puis un espace interdit à tous en raison des réunions politiques, dialogue national et autres Conseils des ministres qui ont paralysé le cœur de Beyrouth, l’accès y devenait quasi impossible. "Il fallait insister pour venir, souligne Michel Choueiri, directeur de la librairie al-Bourj. L’ambiance, le choix, le lieu ne suffisaient plus. Mais cela allait bien quand même." Pour cet espace qui ne connaît pas d’horaires d’été, "nous avons fermé les 10 premiers jours avant de reprendre jusqu’à 15 heures. Certains jours ont été vraiment difficiles...". Les plus vendus, "des cartes du Liban ! Nous nous sommes surtout chargés, durant cette période, de donner des livres à des bibliothèques qui les redistribuaient à des associations pour les enfants déplacés". Depuis le cessez-le-feu, les ventes ont atteint 30%. "A partir de ce lundi 28, nous ouvrons, comme avant, de 9 heures à 21 heures. Le fait que les restaurants aient repris leur activité et que Solidere ait ouvert à tous et gracieusement le parking de la place des Martyrs va beaucoup aider."

 

Le bilan du Virgin Megastore, qui a ouvert durant un mois au Mzaar (Faraya), est encore plus sombre. "Notre magasin du centre-ville, explique Johanne Karkour, directrice des opérations, représente 60% du chiffre d’affaires. Le Virgin Megastore a accusé une chute nette de 10,3 millions de dollars de son chiffre d’affaires 2006. En juillet, cinq de nos points de vente ont fermé: celui du centre-ville et quatre points de vente à l’aéroport. Cela représente 78% de notre chiffre d’affaires. Trois étaient ouverts, à l’ABC, au City Mall et à Tripoli, mais d’une manière irrégulière et en fonction des événements. Sachant que l’été et le mois de décembre représentent les meilleures ventes de l’année, on peut dire que la saison est perdue." Après un début de juillet favorable, l’optimisme est tombé quelques jours plus tard. A l’heure des comptes, force est de constater les dégâts et la révolte qui pourrait suivre. "Pour les seuls mois de juillet-août, nous avons perdu approximativement 1,7 millions de dollars… Mais nous gardons espoir", conclut vaillamment Johanne Karkour.


 

Nada Habet, une paysagiste libanaise à l’honneur en Grande-Bretagne
Chelsea Flower Show 2006
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 juin 2006
 
Le Liban s’est une nouvelle fois illustré... à l’extérieur de ses frontières. Nada Habet, paysagiste, a en effet décroché la médaille de bronze (Bronza Flora) dans la catégorie "Best City Garden Award : Natural Elements", lors du Chelsea Flower Show 2006, organisé du 23 au 27 mai dernier en Grande Bretagne. Selon Myrna Bustani et Rima Shéhadeh, qui étaient sur place, le jardin libanais de Nada a eu un succès fou, des milliers de visiteurs, dont la reine d’Angleterre, venant admirer l’arrangement qui comprenait notamment un olivier, une vigne, du jasmin, des coquelicots et des fleurs plantées dans des boîtes de Nido. De quoi recréer toute l’atmosphère calme et chaleureuse des jardins de village. Le Chelsea Flower Show est l’un des événements les plus prestigieux au monde en matière d’arrangements de jardins.
 
Le jardin libanais de Nada Habet

 
Islam en salle
 
par STEPHANE BAILLARGEON, publié dans le Devoir le 29 août 2006

Des musées s'ouvrent au Moyen-Orient, et le Moyen-Orient ouvre des musées. Mais les institutions canadiennes et québécoises traînent un peu derrière la tendance mondiale à s'intéresser à l'art chaud de ce point brûlant du globe. L'Orient, proche ou moyen, concentre les grandes peurs de l'Occident : le terrorisme est "arabe", le fanatisme "musulman" et l'intégrisme islamique. Dans l'imaginaire d'ici, cet étranger, proche ou lointain, renverse le monde pour finalement et immanquablement représenter la tradition par rapport à la modernité, l'intolérance opposée à la liberté, la théocratie contre la démocratie. L'effondrement des tours géantes et jumelles de New York, il y a tout juste cinq ans, n'a évidemment pas fait fructifier le déjà trop maigre capital de sympathie.

 

Pourtant, des efforts pour poncer les poncifs se multiplient, comme en témoignent les musées, ces concentrés pur jus des rapports de nos sociétés à l'autre, au pouvoir comme au passé. Et les plus imposants donnent le la. Le Victoria & Albert Museum de Londres vient d'inaugurer la Jameel Gallery of Islamic Art, une nouvelle aile consacrée exclusivement aux arts des civilisations de l'Islam. Le sort, ironique et méchant comme souvent, a voulu que les visites débutent il y a un mois, alors que Tsahal foudroyait le Hezbollah et le Liban. La nouvelle caverne d'Ali Baba rassemble le meilleur des fonds du vieil Albert Hall, une sélection de 400 objets tirés d'une collection d'art islamique rassemblant plus de 10.000 numéros. L'exposition permanente couvre une longue période historique (du VIIIe siècle à la Première Guerre mondiale) et un immense territoire (de l'Espagne à l'Ouzbékistan).

 

Le Louvre n'est pas en reste avec le très ambitieux projet de redéploiement des arts de l'Islam qui doit aboutir en 2009. La cour Visconti située au coeur de l'aile sud (dite Denon) a été retenue pour insérer les arts de l'Islam de manière cohérente dans le parcours des colossales collections. Au total, 4000 mètres carrés seront aménagés par l'architecte milanais Mario Bellini autour des points forts des collections du Louvre et du Musée des arts décoratifs. Ce nouveau chantier découle d'une volonté pédagogique clairement exprimée par l'État. Le président Chirac lui-même a demandé à l'institution parisienne qu'elle présente "une autre vision" de l'Islam dans la ville qui abrite déjà l'Institut du monde arabe. Les efforts se multiplient aussi ailleurs dans le monde. Baltimore a inauguré l'an dernier l'American Museum of Islamic Art. De janvier à avril, profitant des travaux de rénovation, le Victoria & Albert a fait circuler l'exposition Palace and Mosque à Washington, Fort Worth (au Texas), Tokyo et Sheffield (en Angleterre). Le Museum of Modern art (MOMA) de New York a passé l'hiver avec Without Boundary: Seventeen Ways of Looking. Comme le tire ne l'indique pas, le travail de groupe présentait des signatures contemporaines provenant presque toutes du giron mahométan.

 

D'où la question à plusieurs milliards de dinars : en demande-t-on trop à l'art, cet absolu de substitution ? La culture a beau toujours avoir été plus ou moins manipulée à des fins politiques, des cours de la Renaissance italienne aux sociétés totalitaires, n'est-ce pas troublant de voir les musées déployer avec autant de franchise leurs accointances idéologiques, aussi bien intentionnées soient-elles? Le tout nouveau tout beau Musée du quai Branly à Paris, qui a coûté plus de 350 millions, semble s'inscrire dans la même volonté d'adoucir l'histoire, de revoir le passé et de mieux comprendre l'autre à