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Une
exposition de caricatures
sur l'Holocauste s'est
ouverte à Téhéran
par
MARIE-CLAUDE DECAMPS,
publié dans le Monde du
17 août 2006
L'affiche
en elle-même est
explicite. Sur fond sépia,
comme s'il s'agissait
d'une vieille photo d'une
réalité qui perdure, on
voit dessinés des casques
nazis renversés, surmontés
d'un autre casque, frappé,
celui-là, d'une étoile
de David, qui semble leur
faire pendant. Cette
affiche annonce
l'ouverture, lundi 14 août
à Téhéran, au Musée
d'art contemporain
palestinien, d'une
exposition de caricatures
sur l'Holocauste, dernier
avatar de la polémique
sur les douze caricatures
du prophète Mahomet publiées
par le journal danois Jyllands-Posten
le 30 septembre 2005 et
qui avaient suscité la
colère de millions de
musulmans dans le monde
entier. Protestations qui
s'étaient soldées par
des émeutes meurtrières,
comme au Pakistan, et le
saccage d'ambassades et d'églises.
Des journaux européens
qui avaient reproduit les
caricatures avaient été
pris à partie. Le rédacteur
en chef du journal danois
avait présenté ses
excuses pour tenter de
calmer ce qui était vite
devenu une crise
diplomatique majeure.
"Les
journaux occidentaux ont
publié ces dessins sacrilèges
sous le prétexte de la
liberté d'expression, alors
voyons s'ils pensent
vraiment ce qu'ils disent et
publions des dessins sur
l'Holocauste",
avait lancé, en février
2006, le journal iranien Hamchari.
Un quotidien à grand tirage
proche de l'entourage du président
iranien, le conservateur
Mahmoud Ahmadinejad qui,
depuis son arrivée au
pouvoir en août 2005, a
multiplié les déclarations
traitant l'Holocauste de "mythe"
et souhaitant la "
disparition" d'Israël.
Le concours a été aussitôt
ouvert, avec l'appui de la
Maison de la caricature
iranienne. Le 13 février,
un avant-goût de la
production à venir était
diffusé sur son site
Internet. On y voyait deux
vignettes. Sur la première,
un juif passe en 1942 sous
le portail d'Auschwitz où
une inscription annonce : "Le
travail apporte la liberté".
Sur l'autre vignette, datée
de 2002, le même juif,
fusil en main, entre sur un
champ de bataille sous un
fronton qui dit : "La
guerre apporte la
paix".
Les
organisateurs du concours,
qui, lundi, ont insisté à
nouveau sur le fait que le véritable
holocauste à leurs yeux était
"celui des
Palestiniens", ont
reçu 1.100 caricatures, en
provenance d'une soixantaine
de pays. Deux cent quatre
ont été retenues, les
trois "meilleures"
recevront 12.000, 8.000 et
5.000 dollars de récompense.
La majorité des
dessinateurs sont iraniens,
mais figurent aussi sur la
liste sept Français et
douze Américains. La source
d'inspiration, en revanche,
est la même : croix gammée
se transformant en étoile
de David pour étrangler des
Palestiniens ; le mot Israël
dessiné avec un L final en
forme de botte écrasant une
mappemonde ou encore une
statue de la Liberté tenant
un livre sur l'Holocauste
dans sa main gauche et
faisant un salut nazi avec
la droite.
L'exposition,
prévue pour durer
jusqu'au 13 septembre, a déjà
suscité de vives réactions.
Mardi, le mémorial de
l'Holocauste de Yad Vashem,
à Jérusalem, dédié aux
six millions de juifs
exterminés par les nazis,
a publié un communiqué
exhortant la communauté
internationale à réagir.
"L'histoire a
prouvé que le silence
face à des déclarations
malfaisantes engendre des
actions malfaisantes",
explique le Yad Vashem,
qui conclut :
"L'exposition de
caricatures sur
l'Holocauste à Téhéran,
en Iran, un pays qui veut
se doter de capacités
nucléaires et dont le président
s'est prononcé pour un génocide
d'Israël, doit mettre les
voyants au rouge, non
seulement pour Israël
mais pour toutes les
nations éclairées."
Site Web : www.irancartoon.com
A Téhéran,
le concours de dessins
sur l'Holocauste
organisé
au
Musée d'art
contemporain
palestinien a
accueilli, lundi 14 août,
ses
premiers visiteurs. En
arrière-plan,
l'affiche de
l'exposition
Un
concert en blanc sous le
signe de la solidarité
LIBAN
JAZZ - Présenté à Paris
au profit de la
Croix-Rouge libanaise
par
COLETTE KHALAF, publié
dans l'Orient-le Jour le
30 août 2006
C’est
sur la scène du Théâtre
du Rond-Point (Paris)
qu’aura lieu, le 5
septembre, un grand
concert regroupant des
jazzmen internationaux et
des musiciens libanais.
Organisé à
l’initiative commune de
Liban Jazz, des théâtres
du Rond-Point et d’al-Madina,
cet événement, dont les
bénéfices seront versés
intégralement au profit
de la Croix-Rouge
libanaise, sera présenté
plus tard, dans les
meilleurs délais, à
Beyrouth. Depuis 2004,
Liban Jazz avait habitué
les mélomanes libanais à
des rencontres musicales
au mois de septembre dans
la stratosphère jazz. En
dépit des circonstances,
les organisateurs ont tenu
à maintenir ce
rendez-vous. Il aura lieu
le 5 septembre à Paris et
regroupera des grands noms
du jazz international
ainsi que des musiciens
qui ont eu l’occasion de
visiter le Liban et qui
ont tenu à rendre hommage
à sa volonté de vivre.
Associé aux théâtres
Rond-Point et al-Madina,
et fort donc du soutien
des artistes que le Liban
a eu le privilège de
recevoir les années précédentes,
Liban Jazz a réussi à réunir,
sur la même scène, ces
artistes dans un concert
unique.
Ainsi, se succéderont les
trio Romano, Sclavis et
Texier (que les Libanais
avaient eu l’occasion
d’écouter à Zouk),
Mina Agossi et Anouar
Brahem, Julien Lourau
ainsi que le trio Joubran.
Pour sa part, Archie Shepp
invitera Cheik Tidian Seck
et David Murray à le
rejoindre alors que Bojan
Z et Dhafer Youssef auront
pour invité le
trompettiste libanais
Ibrahim Maalouf, sans
oublier la chanteuse
Camille que le Liban avait
découverte et appréciée
au Music-Hall de Starco.
Celle-ci se produira en
compagnie de Sébastien
Martel. Autant de
musiciens qui avaient
enflammé la scène
libanaise durant les étés
2004-2005, et qui se sont
unis dans un même esprit
de solidarité. Ensemble,
ils témoignent que le
jazz, musique de résistance
et d’improvisations, est
également pour la
circonstance un acte de
foi. Une foi inébranlable
dans un pays qui ne veut céder
ni à la léthargie ni à
la mort, mais qui continue
à résister à toutes les
secousses.
Réservations : tarif
unique de 35 euros au Théâtre
du Rond-Point, 2 bis, av.
Franklin D. Roosevelt
75008 Paris, tél.:
+33.1.44.95.98.21, du
lundi au samedi, de 11h à
19h et dimanche de 12h à
16h, achat en ligne
(+2 euros pour les frais)
: www.theatredurondpoint.fr ,
FNAC : +33.8.92.70.16.03.
Les personnes qui désirent
faire un don supplémentaire
à la Croix-Rouge
libanaise pourront le
faire le soir du concert
dans les locaux du théâtre.
Annonce
du concert sur la
route de Jiyeh au
Liban
Exposition
de poissons fossiles du
Liban à Bruxelles
L’équipe
"MEMOIRE DU
TEMPS - Abi-Saad frères"
est fière d'annoncer pour
la première fois sa
participation au Salon
International des Minéraux,
Fossiles et Pierres précieuses
(33e édition) qui aura
lieu au Palais Mondial de
l'Automobile, "Autoworld",
Parc du Cinquantenaire,
11, à Bruxelles, en
Belgique, les 2 et 3
septembre 2006, de 10h à
18h, sans interruption.
Vous êtes invités à
venir à la rencontre des
poissons fossiles du
Liban, provenant de la région
de Byblos et datant de
cent millions d'années, véritables
merveilles de la nature et
témoins d’une vie passée
et de son évolution. Vous
retrouverez sur le
stand toutes les
informations sur le pays
des Cèdres et sur les
fouilles effectuées,
ainsi que des
renseignements techniques
sur les méthodes utilisées
pour la découverte de ces
surprenants fossiles. Si
vous ne pouvez vous déplacer
jusqu’en Belgique,
sachez que vous pouvez
tout de même continuer
votre collection et
choisir vous-même les pièces
qui vous passionnent. Pour
connaître les fossiles
disponibles et passer
votre commande, prendre
contact avec la
correspondante en France, Mme
Christine Bourcier
Abi-Saad au +33.6.84.22.15.32
ou sur christine@memoryoftime.com
(Site Web : www.memoryoftime.com
).
Activités
culturelles de la Délégation
de la Commission européenne
au Liban
La
Délégation de la
Commission européenne au
Liban a annoncé le 29 août
dans un communiqué qu’en
raison de la situation de
crise au Liban, l’appel à
propositions pour le
financement d’activités
culturelles, lancé en juin
dernier, a été annulé. Il
est remplacé par un nouvel
appel à propositions pour
le financement d’activités
culturelles, artistiques, récréatives
et éducatives à
l’intention des enfants et
adolescents ayant été
affectés par la guerre au
Liban. Pour le dossier
d’appel à propositions,
visiter le site Web : www.dellbn.ec.europa.eu (rubrique
"Appel d’offres et à
propositions au
Liban"). Le dossier est
également disponible au siège
de la Délégation de la
Commission européenne à Saïfi,
avenue Charles Hélou,
immeuble 490 Harbor Drive. Téléphone
: +961.1.569.400. Fax :
+961.1.569.415 (Mme Chébli).
La date limite de remise des
propositions est fixée au
vendredi 29 septembre 2006,
à 16h.
Bibliothèque
francophone de 15.000 livres
à Kleiate
La
bibilothèque francophone
"J’aime lire" a
été inaugurée hier à
Kleiate (Kesrouan), en présence
notamment du président de
la municipalité, Samir Kahi,
du curé de la paroisse,
Youssef Moubarak, du père
Habib Mehanna, du Dr Badih
Abou Jaoudé et de
l’avocat Alexandre Najjar,
représentant le directeur
du Centre culturel français
(CCF), qui parrainait l’événement.
La bibliothèque qui est une
donation de scouts français
est composée de 15.000
livres en langue française.
Elle est ouverte à tous.
Le
Nobel de littérature Naguib
Mahfouz est mort
paru
dans le Figaro le 30 août
2006
L’intellectuel
le plus célèbre d'Egypte
était le seul écrivain de
langue arabe à avoir obtenu
la récompense suprême en
1988. Il s’est éteint à
94 ans. "Le poète est
parti", comme il
l’avait écrit Impasse
des deux palais. Le plus
célèbre écrivain du monde
arabe Naguib Mahfouz, est
mort mercredi dans un hôpital
public du Caire à l'âge de
94 ans. Depuis une semaine,
il se trouvait dans un état
critique après avoir été
admis dans l'unité de soins
intensifs de l'hôpital de
la police du Caire le 19
juillet, à la suite d'une
chute dans son appartement.
Son état s’était
rapidement dégradé avec
des complications rénales.
Il sera inhumé jeudi dans
la capitale égyptienne.
Né
au Caire en 1911, Naguib
Mahfouz était
l'intellectuel le plus célèbre
d'Egypte. C'est à l'âge
de 17 ans qu'il a commencé
à écrire et a publié
ses premiers essais dans
les années 30. Après des
études de philosophie, il
devient fonctionnaire et
se consacre
progressivement à la littérature.
Auteur d’une
cinquantaine de romans, on
lui connaît surtout la
trilogie Impasse des
deux palais, Le
palais des désirs et Le
sucrier, énorme roman
de 1.500 pages, dans
lequel il décrit les
espoirs et désillusions
politiques d'une famille
bourgeoise cairote sur
trois générations entre
1917 et 1944. En 1988, il
était devenu le premier
romancier de langue arabe
à recevoir le prix Nobel
de littérature, et reste
le seul à ce jour.
Chantre
la tolérance et la modération,
il avait été attaqué à
l’arme blanche par un
extrémiste après l'
"interdiction"
par des islamistes de son
livre "Les Fils de la
Medina", jugé blasphématoire,
en 1994. Depuis, il était
paralysé de la main
droite et avait cessé d'écrire,
contraint de dicter ses
textes. L’auteur a également
été un des rares
intellectuels égyptiens
et arabes, à avoir
approuvé les accords de
paix entre l'Egypte et
Israël en 1979, tout en
se déclarant totalement
solidaire des
Palestiniens. Une position
qui lui a valu d’être
boycotté dans de nombreux
pays arabes.
Les
blogueurs dessinateurs
reviennent sur une trêve
fragile
par
MATHILDE GERARD, publié
dans le Monde du 26 août
2006
Dans
le conflit qui secoue le
Proche-Orient, les mots
sont parfois trop durs.
Avec pour seules armes un
crayon, une paire de
ciseaux ou un logiciel de
retouche photos, les
blogueurs dessinateurs
donnent vie à la
politique, aux violences
quotidiennes, à leurs
doutes et angoisses. Dans
des dessins poétiques, le
site de Mazen
Kerbaj pose des
questions simples, parfois
provocantes. Chez ce
Libanais âgé de 31 ans,
le moindre détail compte,
comme la réapparition
dans son blog de la couleur
le 19 août, alors que
durant tout le conflit,
Mazen ne dessinait plus
qu'en noir et blanc.
Aujourd'hui, "le
ciel de Beyrouth est bleu,
commente-t-il, et
j'entends les voitures
klaxonner. […] Ma
voiture est désormais
pleine d'essence. J'ai
dessiné en couleur."
Mais cet apparent retour
au calme ne masque pas les
doutes du dessinateur. Samedi
19 août, il interroge
: "Depuis les
entrailles du sol
libanais, 1.500 personnes
se demandent : 'pourquoi?
'" Un
internaute laisse un
commentaire admiratif : "Vous
êtes pour moi un modèle
: vous savez représenter
l'indicible sans jamais écraser
le lecteur par vos vues.
Vous le provoquez à réfléchir,
s'engager, agir, sans être
dans le déni."
Depuis
quelques jours, les posts
de Laure Ghorayeb sur son
site Witnessing
(again)
titrent en alternance "la
trêve branlante",
"la trêve
fragile" , "la
trêve branlante"....
Les ritournelles de la
dessinatrice laissent
entrevoir son inquiétude
face à un cessez-le-feu
précaire : un de
ses dessins
est ainsi légendé : " Guerre...
Paix... Guerre... Paix...
Guerre ".
Mardi 22 août, elle écrit
: "Ce matin, les
informations ne sont pas
très réconfortantes [...].
Le monde ne réalise pas
ou ne veut pas réaliser
que la situation est très
précaire [...] On
dirait qu'on nous oublie déjà."
Gotham
City
Dans
les dessins de Raed
Yassin, Beyrouth
ressemble à Gotham City,
et ses habitants aux
superhéros américains de
Marvel, fameux éditeur de
comics américains dans
les années 1960. Les
planches de Raed Yassin
mettent en scène Nabil
Fawzi – Superman en
arabe – venu couvrir
l'offensive israélienne
au Liban. Si le style des
dessins évolue entre
fantasy et comic strips,
la réalité n'est jamais
très loin. Le 13
août, à la veille de
l'entrée en vigueur du
cessez-le-feu, la couleur
noire disparaît mystérieusement
de la planche, "pour
cause de bombardements
israéliens" nous
dit le commentaire. Les
bulles sont vides
d'inscription, le dessin
se pare de taches
blanches.
Côté israélien,
Yaakov Kirshen, fameux
dessinateur du Jerusalem
Post, alterne tous
les jours la publication
de vieux et nouveaux
dessins dans The
dry bones blog.
Ses planches dessinées
il y a plus de vingt ans
trouvent un écho
retentissant dans
l'actualité qui secoue
le Proche-Orient.
Mercredi 23 août,
Yaakov met en ligne un
dessin inédit. S'en
prenant vivement aux
Nations unies, la
planche intitulée UN-fair
[injuste] met en scène
un couple attablé
prenant un café. " Kofi
Annan est furieux parce
que Tsahal veut mettre
fin au trafic d'armes
vers le Liban – Israël
doit-il se contenter de
regarder ce qui se passe
de l'autre côté ?! Et
ignorer le réarmement
des terroristes? –
Non! ça, c'est le job
de l'ONU! ".
Le lendemain, Kirshen
revient douze ans en
arrière avec une
planche publiée le 20
juillet 1984 intitulée "Coincés
au Liban" :
"C'est étrange
ce bourbier libanais.
C'est très facile d'y
entrer, mais tellement
difficile d'en
sortir."
Mais Kirshen note
toutefois dans le
commentaire qui
accompagne la planche,
que la différence entre
les deux guerres est de
taille : "Aujourd'hui
nous sommes au Liban
parce que la guerre nous
a été imposée. Nous
sommes au Liban car nous
n'avons pas le
choix."
Un autre site de dessins
très fréquenté en
Israël se trouve du côté
de la diaspora. Il
s'agit du blog de Cox
and Forkum, deux
illustrateurs juifs américains,
qui commentent
l'actualité
internationale dans
leurs dessins. De
tendance plutôt
conservatrice, ils n'hésitent
pas à moquer dans leur
post du 20 août
l'annonce faite par la
France le 17 août de
l'envoi d'un contingent
de 200 soldats. On y
voit un Chirac demandant
du bout des lèvres un " Disarm,
s'il vous plaît "
aux chefs du Hezbollah,
n'osant pas les regarder
droit dans les yeux.
Nabil
Fawzi - le 13 août
2006 "la couleur
noire a foutu le
camp"
par
Raed Yassin
La
culture en veilleuse
Les
librairies à l'heure des
bilans
par
CARLA HENOUD, publié dans
l'Orient-le Jour le 30 août
2006
La
lecture… Un loisir, un
plaisir, parfois même un
voyage. Encore faut-il avoir
l’esprit et les bagages légers
et un cadre propice pour le
faire. Durant ces 33 jours
maudits, qui n’en
finissent pas d’en finir,
ceux qui lisaient ont
continué à le faire, avec
encore plus d’assiduité.
Les autres ont préféré
s’adonner aux jeux, mots
croisés, mots fléchés et
sudoku pour tromper la
longue attente. Les
librairies, et avec elles la
culture, ont elles aussi,
une fois de plus, essuyé de
grosses pertes. Redonner le
goût de la lecture aux
Libanais a toujours été le
souci des libraires, défendant
avec les mots des autres présentation
d’ouvrages, signatures,
conférences, ateliers et
activités diverses, une
culture qui leur tenait à cœur.
Les mois de juillet et
d’août, habituellement réservés
aux Libanais de l’étranger
et aux touristes de passage,
ont été sévèrement touchés.
"Les guides, car le
Libanais est un grand
voyageur, les ouvrages et
livres d’art sur le Liban
ainsi que les nouveautés
constituent le point fort de
nos ventes en cette
saison", précisent en
chœur les principales
librairies de la ville. "A
cela il faudrait ajouter le
parascolaire et le
scolaire", soulignent
les librairies Orientale et
Antoine. Oubliés donc les
devoirs de vacances et
autres livres à lire,
conseillés par l’école.
L’annonce
de la rentrée, fixée au 9
octobre, sonne comme un
rappel à l’ordre.
"Nous avions déjà reçu
une partie des livres
scolaires, explique Maroun
Nehmé, propriétaire de la
Librairie Orientale et président
du syndicat des importateurs
de livres. Pour le reste,
nous avons travaillé à
sensibiliser, très vite, le
Service culturel de
l’ambassade de France et
la Centrale d’édition en
France. Nous espérons
qu’ils nous aideront à
obtenir un soutien
exceptionnel au transport.
Les livres seront ainsi
acheminés par avion, mais
sans frais supplémentaires
pour nous." Quant à
l’avenir, ce libraire, également
et surtout éditeur, avoue
avec réalisme : "Nous
ne pouvons plus prendre de
risques sur place, il nous
faut délocaliser. Les
investissements sont gelés.
Nous devons pouvoir servir
nos marchés en Afrique du
Nord et aux Emirats grâce
à des structures légères
qui seront plus proches
d’eux et plus
stables." Outre ses
points de vente
"classiques" à
Hamra, Achrafieh et Sin
el-Fil, et dans les deux
supermarchés Bou Khalil de
Baabda et de Tripoli qui
ont, durant ces derniers événements,
ouvert pour la plupart
presque tous les jours de 8
heures à 14 heures, la
Librairie Antoine a surtout
réalisé des ventes à l’ABC
Dbayé et Achrafieh ainsi
qu’au Metro superstore.
Après le cessez-le-feu,
l’activité a repris à
30%. Au top cinq des
meilleures ventes, même
timides : les best-sellers,
les jeux, la vie pratique,
les guides sur le Liban et
surtout les livres de
cuisine. "Si l’aéroport
reprend son activité
normale, tout ira en s’améliorant",
confie un responsable.
Davantage de
contraintes
Pour
la Librairie al-Bourj et le
Virgin Megastore, les problèmes
se sont posés depuis
l’assassinat de Rafic
Hariri. Le centre-ville
devenant le cœur d’un
printemps en colère, puis
un espace interdit à tous
en raison des réunions
politiques, dialogue
national et autres Conseils
des ministres qui ont
paralysé le cœur de
Beyrouth, l’accès y
devenait quasi impossible.
"Il fallait insister
pour venir, souligne Michel
Choueiri, directeur de la
librairie al-Bourj.
L’ambiance, le choix, le
lieu ne suffisaient plus.
Mais cela allait bien quand
même." Pour cet espace
qui ne connaît pas
d’horaires d’été,
"nous avons fermé les
10 premiers jours avant de
reprendre jusqu’à 15
heures. Certains jours ont
été vraiment
difficiles...". Les
plus vendus, "des
cartes du Liban ! Nous nous
sommes surtout chargés,
durant cette période, de
donner des livres à des
bibliothèques qui les
redistribuaient à des
associations pour les
enfants déplacés".
Depuis le cessez-le-feu, les
ventes ont atteint 30%.
"A partir de ce lundi
28, nous ouvrons, comme
avant, de 9 heures à 21
heures. Le fait que les
restaurants aient repris
leur activité et que
Solidere ait ouvert à tous
et gracieusement le parking
de la place des Martyrs va
beaucoup aider."
Le
bilan du Virgin Megastore,
qui a ouvert durant un mois
au Mzaar (Faraya), est
encore plus sombre.
"Notre magasin du
centre-ville, explique
Johanne Karkour, directrice
des opérations, représente
60% du chiffre d’affaires.
Le Virgin Megastore a accusé
une chute nette de 10,3
millions de dollars de son
chiffre d’affaires 2006.
En juillet, cinq de nos
points de vente ont fermé:
celui du centre-ville et
quatre points de vente à
l’aéroport. Cela représente
78% de notre chiffre
d’affaires. Trois étaient
ouverts, à l’ABC, au City
Mall et à Tripoli, mais
d’une manière irrégulière
et en fonction des événements.
Sachant que l’été et le
mois de décembre représentent
les meilleures ventes de
l’année, on peut dire que
la saison est perdue."
Après un début de juillet
favorable, l’optimisme est
tombé quelques jours plus
tard. A l’heure des
comptes, force est de
constater les dégâts et la
révolte qui pourrait
suivre. "Pour les seuls
mois de juillet-août, nous
avons perdu
approximativement 1,7
millions de dollars… Mais
nous gardons espoir",
conclut vaillamment Johanne
Karkour.
Nada
Habet, une paysagiste
libanaise à l’honneur
en Grande-Bretagne
Chelsea
Flower Show 2006
paru
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2006
Le
Liban s’est une nouvelle
fois illustré... à
l’extérieur de ses
frontières. Nada Habet,
paysagiste, a en effet décroché
la médaille de bronze
(Bronza Flora) dans la catégorie
"Best City Garden
Award : Natural Elements",
lors du Chelsea Flower
Show 2006, organisé du 23
au 27 mai dernier en
Grande Bretagne. Selon
Myrna Bustani et Rima Shéhadeh,
qui étaient sur place, le
jardin libanais de Nada a
eu un succès fou, des
milliers de visiteurs,
dont la reine
d’Angleterre, venant
admirer l’arrangement
qui comprenait notamment
un olivier, une vigne, du
jasmin, des coquelicots et
des fleurs plantées dans
des boîtes de Nido. De
quoi recréer toute
l’atmosphère calme et
chaleureuse des jardins de
village. Le Chelsea Flower
Show est l’un des événements
les plus prestigieux au
monde en matière
d’arrangements de
jardins.
Le
jardin libanais de
Nada Habet
Islam
en salle
par
STEPHANE BAILLARGEON,
publié dans le Devoir le
29 août 2006
Des
musées s'ouvrent au
Moyen-Orient, et le
Moyen-Orient ouvre des musées.
Mais les institutions
canadiennes et québécoises
traînent un peu derrière
la tendance mondiale à
s'intéresser à l'art
chaud de ce point brûlant
du globe. L'Orient, proche
ou moyen, concentre les
grandes peurs de
l'Occident : le terrorisme
est "arabe", le
fanatisme
"musulman" et
l'intégrisme islamique.
Dans l'imaginaire d'ici,
cet étranger, proche ou
lointain, renverse le
monde pour finalement et
immanquablement représenter
la tradition par rapport
à la modernité, l'intolérance
opposée à la liberté,
la théocratie contre la démocratie.
L'effondrement des tours géantes
et jumelles de New York,
il y a tout juste cinq
ans, n'a évidemment pas
fait fructifier le déjà
trop maigre capital de
sympathie.
Pourtant,
des efforts pour poncer
les poncifs se
multiplient, comme en témoignent
les musées, ces concentrés
pur jus des rapports de
nos sociétés à l'autre,
au pouvoir comme au passé.
Et les plus imposants
donnent le la. Le Victoria
& Albert Museum de
Londres vient d'inaugurer
la Jameel Gallery of
Islamic Art, une nouvelle
aile consacrée
exclusivement aux arts des
civilisations de l'Islam.
Le sort, ironique et méchant
comme souvent, a voulu que
les visites débutent il y
a un mois, alors que
Tsahal foudroyait le
Hezbollah et le Liban. La
nouvelle caverne d'Ali
Baba rassemble le meilleur
des fonds du vieil Albert
Hall, une sélection de
400 objets tirés d'une
collection d'art islamique
rassemblant plus de 10.000
numéros. L'exposition
permanente couvre une
longue période historique
(du VIIIe siècle à la
Première Guerre mondiale)
et un immense territoire
(de l'Espagne à l'Ouzbékistan).
Le
Louvre n'est pas en reste
avec le très ambitieux
projet de redéploiement
des arts de l'Islam qui
doit aboutir en 2009. La
cour Visconti située au
coeur de l'aile sud (dite
Denon) a été retenue
pour insérer les arts de
l'Islam de manière cohérente
dans le parcours des
colossales collections. Au
total, 4000 mètres carrés
seront aménagés par
l'architecte milanais
Mario Bellini autour des
points forts des
collections du Louvre et
du Musée des arts décoratifs.
Ce nouveau chantier découle
d'une volonté pédagogique
clairement exprimée par
l'État. Le président
Chirac lui-même a demandé
à l'institution
parisienne qu'elle présente
"une autre
vision" de l'Islam
dans la ville qui abrite déjà
l'Institut du monde arabe.
Les efforts se multiplient
aussi ailleurs dans le
monde. Baltimore a inauguré
l'an dernier l'American
Museum of Islamic Art. De
janvier à avril,
profitant des travaux de rénovation,
le Victoria & Albert a
fait circuler l'exposition
Palace and Mosque à
Washington, Fort Worth (au
Texas), Tokyo et Sheffield
(en Angleterre). Le Museum
of Modern art (MOMA) de
New York a passé l'hiver
avec Without Boundary:
Seventeen Ways of Looking.
Comme le tire ne l'indique
pas, le travail de groupe
présentait des signatures
contemporaines provenant
presque toutes du giron
mahométan.
D'où
la question à plusieurs
milliards de dinars : en
demande-t-on trop à
l'art, cet absolu de
substitution ? La culture
a beau toujours avoir été
plus ou moins manipulée
à des fins politiques,
des cours de la
Renaissance italienne aux
sociétés totalitaires,
n'est-ce pas troublant de
voir les musées déployer
avec autant de franchise
leurs accointances idéologiques,
aussi bien intentionnées
soient-elles? Le tout
nouveau tout beau Musée
du quai Branly à Paris,
qui a coûté plus de 350
millions, semble
s'inscrire dans la même
volonté d'adoucir
l'histoire, de revoir le
passé et de mieux
comprendre l'autre à
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