|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Au
temps où l'arabe régnait
sur les sciences
EXPOSITION
L'Institut du monde
arabe évoque l'âge
d'or des sciences arabes
en 200 objets, du VIIIe
au XVe siècle
par
ERIC BIETRY-RIVIERRE,
publié dans le Figaro
le 25 octobre 2005
Jamais
probablement une
exposition n'a aussi bien
répondu à la vocation de
l'Institut du monde arabe.
Evoquer "L'Age d'or
des sciences arabes",
comme son titre l'indique,
c'est tout simplement évoquer
l'âge d'or de la
civilisation arabe. Et
c'est rappeler combien
l'humanité est redevable
de ses productions. On
citera pêle-mêle l'usage
du zéro, l'invention de
l'algèbre, la
transmission à l'Occident
de la plupart des textes
grecs, le perfectionnement
de l'astrolabe, la découverte
de la circulation
pulmonaire, l'agronomie...
Entre le VIIIe
et le XVe siècle,
une communauté
linguistique vit son apogée
des contreforts des Pyrénées
à Samarkand. Avicenne,
Averroès, Rhazès,
Alhazen et bien d'autres
savants, d'origines régionales
et religieuses fort
diverses, soufflent de
concert des lumières si
éclatantes qu'il suffit,
encore aujourd'hui, de
simplement les rappeler
pour démontrer que
l'islam fanatique n'est
qu'un obscurantisme.
Quelques-uns s'en chargent
aujourd'hui, ils sont
encore trop rares. Tel
Ahmed Djebbar, le
commissaire scientifique
de l'exposition.
Ce mathématicien
et historien des sciences,
enseignant à l'université
de Lille, fut, en Algérie,
ministre de l'Education et
de la Recherche et
conseiller du président
Mohammed Boudiaf, assassiné
en 1992. Cheville ouvrière
d'un trop bref moment
d'espoir durant la guerre
civile qui a ensanglanté
ce pays, il est l'exemple
du parfait honnête homme,
puits de science et
d'enthousiasme. Par sa
voix on entend celle des
grands sages encylopédistes
de l'âge d'or tels Abou
el Rihan al-Bayrouni, un génie
qui savait à peu près
tout ce que l'on savait à
son époque (vers
973-1048), qui calcula le
diamètre de la Terre sans
erreur et discuta même de
la possibilité qu'elle
tourne bien avant Galilée.
"Un
mouvement de progrès irrésistible"
Passionné,
le geste méditerranéen,
Ahmed Djebbar s'enflamme
lorsqu'il raconte ces siècles
sous-estimés de tolérance
et de liberté de pensée.
"Le génie des
musulmans est de ne
rejeter aucun savoir, résume-t-il.
Dans les premiers temps
de leur grandeur, ils ont
commencé, élèves
admiratifs et révérencieux,
à traduire pendant cent
cinquante ans des milliers
d'ouvrages des maîtres
grecs mais aussi indiens,
latins, chinois, hébreux,
mésopotamiens. Puis ils
ne se sont pas arrêtés là.
Non contents de propager
le savoir, ils ont innové
dans un mouvement de progrès
irrésistible qui nous mène
jusqu'à la
Renaissance." Tant
il est vrai que la
temporalité du savoir et
de l'intelligence est
autre que celle des
guerres et de la
politique.
A
Alep, Allah et les mathématiques
"Huit
siècles d'apogée et
l'opinion n'attribue aux
Arabes que l'invention des
chiffres. Invention que
l'on doit pourtant aux
Indiens !" La bêtise
et l'ignorance des masses
ont beau être parfois
insondables, Ahmed Djebbar
ne se lasse pas de les
combattre. C'est un
plaisir de se promener
avec cet historien des
sciences arabes à Alep,
lieu où le savoir ancien
affleure encore dans
l'architecture,
l'ornementation ou la
musique. En cette journée
de ramadan, la métropole
syrienne fait pourtant
grise mine. La vénérable
cité – sa fondation
remonterait à 4.500 ans
avant notre ère –
semble d'autant plus morte
que le suicide mystérieux
du ministre de l'Intérieur,
suspecté de complicité
dans l'attentat qui a tué
le leader de l'opposition
libanaise Rafi c Hariri le
14 février dernier, est
dans toutes les têtes.
La
violence politique vient
rappeler ici qu'il faut
toujours compter avec
elle. Moeurs anciennes
qu'un haut degré de
civilisation n'a jamais
fait abandonner, bien au
contraire. Même du temps
où les meilleurs
architectes du monde bâtissaient
des minarets
antisismiques. "Regardez
celui de la mosquée des
Omeyyades qui a résisté
au tremblement de terre de
1822. Il a été construit
au XIIe siècle
par les Seldjoukides.
Chaque étage a été élevé
par un roitelet qui a fait
tuer son prédécesseur.
Mais, comme c'était une
oeuvre pieuse, le
meurtrier n'a jamais fait
effacer le nom du précédent
gravé sur la paroi."
Ainsi semble aller
Alep, aussi cruelle que
raffinée.
Trouver
La Mecque
Au pied
du minaret, Ahmed Djebbar
ôte le couvercle en
bronze d'un cadran solaire
doté d'une table de
conversion lunaire.
L'instrument rythmait la
vie et d'abord la prière.
Lui et l'orientation du
minaret résument à eux
seuls les trois problèmes
les plus vitaux qu'eut à
résoudre la religion
musulmane dès sa
naissance. Problèmes si
bien résolus qu'ils sont
à la base de l'essor du
savoir scientifique arabe.
"Le premier était
de trouver la direction de
La Mecque où que l'on
soit dans le monde. Pour
cela, la trigonométrie a
été inventée, au IXe
siècle. Le second était
de fixer précisément les
cinq moments de la prière.
D'où la mise au point
d'instruments de mesure du
temps. Quand le soleil était
absent, le sablier
assurait l'intérim.
Enfin, il fallait déterminer
le début du ramadan. Ce
problème était le plus
compliqué car tributaire
du croissant de lune,
c'est-à-dire de considérations
astronomiques et météorologiques.
C'est par là que les
Arabes du XIIIe
siècle ont compris, par
exemple, qu'il fallait réformer
le système de Ptolémée.
Une découverte d'une
telle puissance que
Copernic la recopiera
telle quelle, plagiant les
modèles planétaires
d'ibn Chater."
Incidemment,
les Omeyyades et surtout
les Abbassides se sont mis
à lier l'observation et
le calcul chers aux
Indiens à la démonstration
tellement pratiquée par
les Grecs. On appelle cela
la démarche scientifique,
sans doute leur plus
profond apport. Ils l'ont
célébré magnifiquement
dans leurs arts : tous les
motifs géométriques,
entrelacs, symétries,
formes répétées, que
l'on admire dans le monde
arabe, de Fès à
Boukhara, peuvent être
considérés comme la mise
à plat de systèmes
combinatoires. Il en va de
même pour la musique,
construite d'intervalles
rythmiques. Derrière il y
a toujours une structure
mathématique.
Mathématiques
De mathêma,
science en grec. Le
vieux mot des vieux
manuscrits est lâché. Il
est l'harmonie
universelle, cosmique. Il
est Dieu en sa perfection.
Il fait du bien à
l'homme. A Alep, on peut
aussi visiter le
Bimaristan Arghoun. Ce
lieu, bâti au XIVe
siècle, est l'un des plus
anciens hôpitaux
psychiatriques (autre
invention arabe). Il est
construit de cours intérieures
carrées aux murs
octogonaux couverts de dômes
ronds troués d'une
ouverture... ovale ! Emboîtements
sophistiqués, théorèmes
résolus. La raison
soignant la déraison. Ici
l'on tentait aussi de guérir
par des chants et des
concerts. Par des règles
somme toute identiques
puisque elles aussi
sorties du Livre des éléments
d'Euclide et de sa théorie
des proportions. Ainsi,
malgré la succession des
forces ravageuses,
hittites, perses,
byzantines, arabes, croisées,
mongoles, ottomanes, et
jusqu'à celles actuelles,
le secret de l'équilibre
qui fut trouvé et théorisé
ici, sur la route des épices
entre la Méditerranée et
les confins de l'Orient,
brille de sa lueur
apaisante et atemporelle.
Beautés
et secrets de l'astrolabe
et de l'alambic
Trois
grands ensembles sont évoqués
dans cette exposition : le
ciel et le monde, le monde
du vivant et l'homme dans
son environnement,
sciences et art.
Ce ne
sont pas seulement 200
objets anciens qui sont
exposés aux niveaux 1 et
2 de l'IMA. Est proposée
une approche simultanément
esthétique, pédagogique
et ludique. Ainsi les
cartels et la signalétique
ont-ils été particulièrement
travaillés. On ne
s'arrachera donc pas les
cheveux à essayer de
comprendre le
fonctionnement d'un
astrolabe à inscription
judéo-arabe du début du
XIVe siècle.
Comme pour l'entonnoir en
verre iranien du XVIIIe
siècle ou le manuel de géographie
d'Ibn Hawqal du XVIe
siècle : passées les
explications nécessaires,
on aura encore le temps de
rêver sur la beauté mystérieuse
de ses formes. Alchimie ?
Magie ? Fantaisie ? Non
toutefois. Car les
explications ont eu tôt
fait de vous orienter dans
le droit chemin des
connaissances rationnelles
et du progrès, notamment
au moyen de modules
audiovisuels (interviews,
séquences filmées,
images de synthèse) qui
jalonnent en nombre le
parcours.
De même
"L'Age d'or des
sciences arabes" ne
noie pas le visiteur dans
une encyclopédie
exhaustive des disciplines
savantes ou artistiques,
intellectuelles ou
techniques. Trois grands
ensembles sont évoqués,
une fois passé le préambule
historique : le ciel et le
monde, le monde du vivant
et l'homme dans son
environnement, sciences et
art. Un regroupement gênant
car il minore l'extrême
interpénétration des
savoirs durant ces siècles,
encourage une vision déterministe
de l'histoire, mais qui a
le mérite de la clarté.
Un
luth du XVe siècle
Les géographes
trouveront donc vite leur
lot de planisphères, de
cartes, globes et
manuscrits d'astronomie
(traduction en arabe de
Ptolémée). Et peut-être
seront-ils surpris par les
indicateurs de L'Almageste
Traité des étoiles fixes
zijqibla d'al-Sufi,
utiles pour savoir à coup
sûr vers où est La
Mecque.
Médecins,
chirurgiens ou chimistes
évalueront dans la deuxième
partie ce qu'ils doivent
aux Arabes du Moyen Age en
examinant le détail d'une
vue en coupe d'une femme
enceinte dans le Tashrih
bi al-Tawsir de Mansur
Ibn Muhammad (Iran, 1672)
ou dans diverses
miniatures illustrant la
préparation de remèdes.
Et sans doute
commenteront-ils
positivement cette
reconstitution d'un
automate permettant de
mesurer la quantité de
sang prélevée lors d'une
saignée ou, mieux encore,
entre deux albarelles,
mortiers et coupelles
professionnelles, les
traités de botanique et
de pharmacopée
(traduction en arabe et en
persan du De Materia
Medica de Dioscoride)
cataloguant à la fois les
plantes et les moyens de
les rendre aptes à
soigner.
Enfin,
artistes et esthètes
admireront dans la dernière
partie de l'exposition un
luth du XVe siècle
ou cette lampe de mosquée
en verre émaillé et doré,
somptueusement calligraphiée,
venue d'Egypte ou de Syrie
et datant du deuxième
quart du XIVe
siècle. A propos, comme
le luth, la calligraphie
recourt elle aussi à la
théorie des proportions.
Une telle harmonie a
quelque chose
d'implacable.
Heureusement, pour nous
rassurer, dans les
miniatures, il y a des
petites choses à gros
turbans qui s'agitent : ce
sont des hommes. Toujours
les mêmes, incapables,
dans leur quête risible
et grandiose, de s'arrêter,
d'être satisfaits.
Institut
du monde arabe,
jusqu'au 19 mars. Tél. :
01.40.51.38.38, www.imarabe.org
Lire
en français et en musique
14e édition : encore plus
d’écrivains et
d'intellectuels...
Le
Salon du livre annoncé
par l’ambassadeur
Emié
- www.lireenfrancais.org
paru
dans l'Orient-le Jour le
29 octobre 2005
C’est
l’ambassadeur Bernard
Emié qui a annoncé hier,
au cours d’une conférence
de presse donnée à la Résidence
des Pins, la tenue du 14e
Salon lire en français et
en musique à Beyrouth, au
Biel, du 11 au 20
novembre. Entouré de Frédéric
Clavier, directeur de la
Mission culturelle française
et conseiller culturel près
l’ambassade de France,
de Josette Rollin,
commissaire général du
Salon, et d’Eric
Garnier, responsable de la
section jeunesse du Salon,
l’ambassadeur de France
n’a pas caché son
"plaisir à parler de
culture et de tous ces
sujets hors politique qui
sont importants pour
l’homme". Signalant
l’ampleur toujours
croissante que ce Salon,
fondé en 1992, a pris au
cours des années, M. Emié
a rappelé "qu’il
est aujourd’hui le
troisième Salon
francophone du livre au
monde, après Paris et
Montréal". Inscrit désormais
au calendrier des "événements
majeurs de la francophonie
(…), ce Salon du livre,
parce qu’il se tient
dans une ville dont toute
l’histoire est marquée
par le cosmopolitisme,
l’échange, la rencontre
et l’enrichissement
mutuel des cultures et des
civilisations de
l’Orient et de
l’Occident, parce
qu’il se tient dans une
région qui, aujourd’hui
plus que jamais, doit
relever le défi du
dialogue, de la paix, de
la compréhension mutuelle
malgré les différences,
ce Salon porte haut et
fort le message de la
francophonie, un message
de respect mutuel et de
richesse dans la diversité".
Devenu
donc une véritable
tradition culturelle de
haut niveau, ce Salon,
dont la fréquentation
s’accroît d’année en
année, confirme
"l’excellente santé
de la francophonie et de
la langue française dans
ce pays et l’attrait des
Libanais pour la
lecture". M. Emié a
d’ailleurs rappelé, à
ce sujet, l’action de la
France au Liban en faveur
du développement de la
lecture. Action menée au
moyen de trois grands axes
: "C’est,
d’abord, l’aide à la
traduction, en arabe, de
livres de langue française.
Baptisée “Plan Georges
Shéhadé”, cette aide
est destinée à diffuser
les grandes idées
contemporaines en France
et à susciter des débats
intellectuels. (…)
C’est ensuite un plan
qui devrait être lancé
en 2006, en collaboration
étroite avec le ministère
de la Culture, en faveur
de la lecture publique au
Liban et qui touchera
notamment la formation des
bibliothécaires et la
dotation en livres et en
documentation du réseau
des bibliothèques et des
centres de lecture et
d’action culturelle
(CLAC). C’est enfin un
appui à la Bibliothèque
nationale du Liban, à
travers une coopération
institutionnelle,
notamment avec la Bibliothèque
nationale de France, en
concertation avec la délégation
de l’Union européenne."
Pour en revenir au Salon
édition 2005,
l’ambassadeur a assuré
qu’ "avec plus
de 50 auteurs français et
32 libanais, soit plus de
80 écrivains et
intellectuels - dix
de plus que l’année
dernière - il se présentait
bien."
Commissaire
général du Salon,
Josette Rollin a relevé,
pour sa part, un certain
nombre de plumes intéressantes
: Alain Decaux, Daniel
Rondeau, Frédéric
Beigbeder, Pascal Dessaint,
Richard Millet, Olivier
Germain-Thomas, Edgard
Morin et Mohammed Kacimi…
Mais aussi des
conversations fort intéressantes
entre écrivains, à
l’instar des duos
Vincent Colonna et Rachid
el-Daïf sur
l’autofiction ou J.P.
Thiollet et Olivier
Germain-Thomas sur Le Génie
de Byblos. Elle a aussi
regretté la défection de
l’historien Elias Sanbar,
auteur avec Farouk Mardam
Bey et Christophe
Kantcheff d’ Etre
arabe, une œuvre
pour la réconciliation
israélo-arabe. Elias
Sanbar ne pourra pas
participer au Salon parce
qu’il vient d’être
nommé ambassadeur de la
Palestine auprès de
l’Unesco. Eric Garnier
a, pour sa part, évoqué
l’importance du livre de
jeunesse dans ce Salon,
dont le quart des
visiteurs est issu des
scolaires. "Dix
auteurs jeunesse seront présents
cette année. Outre les
signatures aux stands des
libraires, ils donneront
des conférences,
tourneront dans les écoles
et participeront à
diverses animations."
Enfin Frédéric Clavier a
tenu à remercier tous les
partenaires de ce Salon,
"qui a été un des
plus faciles à organiser
grâce à la grande qualité
de collaboration dont ont
fait preuve libraires, éditeurs
et sponsors".
Conformément à la
tradition, on retrouvera
au cours de cette
manifestation : conférences,
cafés littéraires -
qui seront animés, cette
année, par l’écrivain
Jean-Luc Barré -,
expositions (notamment
pour la jeunesse avec
L’histoire des sciences,
présentée en partenariat
avec l’académie des
sciences), animations
diverses (ateliers d’écriture
et projet multimédia
intitulé "Murs
Murs" portant sur les
diverses expressions
murales existantes au
Liban doté d’un
concours et de nombreux
prix), sans compter la présence
des médias radiophoniques
(RFI et France Culture) et
des concerts. Trois
concerts sont ainsi
programmés au cours de ce
Salon. Alexis H.K., jeune
artiste prometteur, se
produira le 10 novembre,
en ouverture du Salon à
la Salle Montaigne du
Centre culturel français
(rue de Damas). Yann
Tiersen, compositeur de la
musique d’Amélie
Poulain, sera au Music
Hall le dimanche 13
novembre. Et les nombreux
fans de Georges Moustaki,
qui n’est plus à présenter,
pourront le retrouver en
concert au palais de
l’Unesco, les 18 et 19
novembre.
Les
relations euro-méditerranéennes
sur RFI et RMC
Moyen-Orient
La
quatrième phase du
Programme
d’information et de
communication sur les
relations euro-méditerranéennes
débutera demain,
dimanche, avec les
magazines hebdomadaires
en français sur Radio
France International et
en arabe sur Radio
Monte-Carlo
Moyen-Orient. "Rivages,
le magazine de la Méditerranée",
sera diffusé tous les
dimanches soir sur RFI
à 19h40 heure de
Beyrouth à partir du 30
octobre 2005, et "D’une
rive à l’autre"
tous les vendredis à
18h33 heure de Beyrouth,
à partir du 11 novembre
2005. La première émission
de Rivages, ce dimanche
30 octobre, sera consacrée
à la presse dans les
pays du pourtour méditerranéen
avec un reportage sur le
récent colloque "Euromed
et les médias",
qui s’est tenu à
Marseille, et la journée
d’action sur la liberté
de la presse en mémoire
du journaliste Samir
Kassir, qui s’est
tenue au Parlement européen
à Strasbourg le 26
octobre 2005.
A
Brasilia, une
exposition met en
relief l'héritage
arabe de l' "Amrik"
par ANNIE GASNIER,
publié dans le Monde du
13 mai 2005
Distants
géographiquement, l'Amérique
latine et les pays arabes
ont pourtant des relations
anciennes. L'influence
arabe en Amérique du Sud
remonte à l'époque de la
conquête, avec l'arrivée
de colons imprégnés par
des siècles d'occupation
de la péninsule Ibérique.
Dès le XVe siècle, les
Espagnols puis les
Portugais introduisent la
culture arabe. Dans la
langue, les meilleurs
exemples en sont sans
doute le "Ojala"
espagnol et le "Oxala"
brésilien, hérités du "Inch'Allah"
arabe ; dans
l'architecture, les
azulejos des maisons
coloniales (musée de
l'Azulejo à Colonia, en
Uruguay), des palais (la
Glorieta de Sucre, en
Bolivie), des églises (Igrejinha,
à Salvador de Bahia) ;
dans la musique, le luth
devenu le "cavaquinho"
de la samba ; dans
l'agriculture, les méthodes
d'irrigation et les
cultures de la canne à
sucre, du café, du blé
et du riz.
Puis,
à partir de 1875, des
vagues d'immigrants,
essentiellement des chrétiens
provenant de la Grande
Syrie, partent à la conquête
de l'Amérique, l' "Amrik"
ou "l'autre Amérique",
par opposition à celle du
Nord. Un petit bagage à
la main, ils débarquent
dans les ports de Santos,
Buenos Aires, Santiago,
Lima et Veracruz. Cent
trente ans plus tard, la
communauté arabe d'Amérique
latine compte 17 millions
de personnes. Ils doivent
être "le trait
d'union" des
relations entre les deux régions,
a souhaité le président
algérien Abdelaziz
Bouteflika, dans son
discours inaugural prononcé
au sommet de Brasilia. Ces
immigrés ont fui la
pauvreté, les persécutions
et discriminations de
l'Empire ottoman. Ils ont
été appelés "turcos",
à cause des passeports
turcs qu'ils exhibaient à
leur arrivée. Ces "turcos"
ont été adoptés par les
romanciers Jorge Amado,
Gabriel Garcia Marquez ou
Isabel Allende.
A
Brasilia, la belle
exposition "Amrik",
organisée par le ministère
brésilien des relations
extérieures, est consacrée
à leur histoire. Au début,
les hommes sont venus
seuls, avec un frère, un
père, des voisins. Très
vite, poussés par la nécessité,
ils ont repris leur
domaine d'activité
favori, le commerce, en
tant que colporteurs, de
village en village pour
proposer tissus et
colifichets, ou bien dans
des échoppes au coeur des
grandes villes.
Nouvelle
terre promise
Ces
quartiers ont traversé
les années, comme le
Saara, dans le centre
historique de Rio de
Janeiro. Les familles les
ont rejoints dans leur
nouvelle terre promise,
mais des clichés jaunis témoignent
aussi de l'intégration
des arrivants par des
mariages avec des jeunes
Sud-Américains comme
celui de Don Elias et Dona
Luisa à Buenos Aires,
avant la seconde guerre
mondiale. Toutes les
grandes cités latino-américaines
comptent leur club, leur
école, leur hôpital
syro-libanais, devenus des
lieux huppés. Les Arabes
s'intègrent et se fondent
dans une société perméable
à leurs coutumes. En
ouvrant le sommet, à
Brasilia, le président
Luiz Inacio Lula da Silva
a évoqué l'hospitalité
arabe du peuple brésilien.
Les descendants de Syriens
et de Libanais, et aussi
de Palestiniens (au Chili
et dans le sud du Brésil)
sont présents dans tous
les secteurs : la
politique (présidents
Carlos Menem en Argentine,
Jamil Mahuad ou Abdala
Bucaram en Equateur, Tony
Saca au Salvador), la médecine,
l'Université, la littérature
et les affaires (le
Mexicain Carlos Slim détient
la plus grosse fortune de
l'Amérique latine).
Il est
impossible d'imaginer la
cuisine latino-américaine
sans l'influence du
safran, de l'huile
d'olive, substitut de la
graisse de porc interdite,
du clou de girofle et de
la cannelle. A Sao Paulo,
mégapole qui compte
plusieurs millions de
descendants d'Arabes (12
millions pour le seul Brésil),
un quart des repas servis
dans les bars et
restaurants sont issus de
recettes arabes : taboulé,
brochettes de viande, purée
de pois chiches, desserts
au miel. Il existe même
une chaîne nationale de
fast-food, Habib's, qui
fabrique mensuellement
deux millions de "kibe"
, la boulette de viande
frite.
Avec
les vagues d'immigrations
plus récentes sont
apparues les constructions
d'édifices religieux. De
grandes photos couleurs,
à l'exposition, montrent
l'élégance de la mosquée
du Centre culturel de
Buenos Aires, inaugurée
il y a quelques années près
du stade de polo, à
Palermo. Au Centre éducatif
libanais de Ciudad del
Este (Paraguay), des
petites Paraguayennes voilées
se jouent de l'objectif
qui les vise. Enfin, des
danseuses du ventre, dans
un salon de thé égyptien,
à Sao Paulo, ou la maison
des Bédouins de Buenos
Aires, révèlent une
vision plus chic des
jeunes générations. Au
Brésil, un feuilleton télévisé,
censé se passer au Maroc,
avait popularisé la "dança
do ventre" et ses
artifices, qui n'a
cependant pas supplanté
la samba. En quittant
l'exposition, la plupart
des visiteurs brésiliens
sortent étonnés. Ils ont
découvert l'importance
d'un héritage qu'au
quotidien ils ne perçoivent
plus.
Saleh
Barakat retrace les
grandes lignes de l’évolution
de l’art contemporain
dans le monde arabe
De Daoud Corm aux
installationnistes
d’aujourd’hui
par ZENA ZALZAL,
publié dans l'Orient-le
Jour le 17 août 2005
Quelle
est la situation
actuelle de l’art dans
les pays arabes ? Quels
sont ses thèmes de prédilections
? Comment s’est faite
son évolution ? Des
questions auxquelles
Saleh Barakat, propriétaire
de la galerie Agial (Hamra,
rue Abdel-Aziz, à
Beyrouth), spécialisée
dans l’art
contemporain arabe, a
bien voulu répondre. Ce
marchand d’art, qui a
ouvert sa galerie au
tout début des années
quatre-vingt-dix, est
aujourd’hui parmi les
galeristes reconnus de
la place. Outre ses
expositions qui mettent
l’accent sur les œuvres
des chefs de file des
courants artistiques
moyen-orientaux, Saleh
Barakat participe, à
l’étranger, à de
nombreuses conférences
sur l’art dans le
monde arabe et a
collaboré à des
ouvrages traitant de ce
sujet.
Pour
retracer les grandes
lignes de l’évolution
artistique au Liban et
dans les pays du
Moyen-Orient, il
s’agit de séparer, en
priorité, l’art qui
était pratiqué avant
l’arrivée des
artistes voyageurs européens
et celui qui a vu le
jour vers le troisième
quart du XIXe siècle. L’art,
tel que défini par les
normes occidentales –
une œuvre encadrée,
qui n’a d’autre
fonction que décorative
– a éclos au Liban et
dans la région
pratiquement avec
l’arrivée des Européens
et en même temps que
l’invention de la
photographie. «L’introduction
et le développement de
la peinture de chevalet
au Liban, en Egypte, au
Maroc, en Tunisie, en
Syrie, en Irak, s’est
faite globalement vers
la fin du XIXe siècle,
commence par indiquer
Saleh Barakat. Avant la
ruée des orientalistes,
l’art dans les pays du
Levant était dans les
églises, dans les
boiseries, dans le fixé
sous verre, dans
l’architecture, dans
les tissages, les
tapis… Il s’agissait
d’un art qui entrait
dans la vie des gens. Ce
sont les peintres
voyageurs, bien qu’étant
venus peindre l’Orient
pour l’Europe, qui ont
suscité chez les
autochtones un intérêt
pour la peinture de
chevalet.»
Le
Liban et l’Egypte
furent, parmi les pays
arabes, les précurseurs
en matière de peinture
et la première Académie
des beaux-arts de la région
fut instaurée, par un
Français, au Caire, en
1908. A la même époque,
Daoud Corm (1852-1930)
était déjà installé
en tant que peintre
professionnel au Liban. Le
pays du Cèdre n’ayant
pas d’académie, ceux
que l’on appellera par
la suite les pionniers
de la peinture
libanaise, à l’instar
de Daoud Corm, Habib
Srour, Khalil es-Saliby
ou Philippe Mourani,
partaient se former à
l’étranger. Le plus
souvent au Caire, à
Paris ou à Rome…
Des pionniers à la génération
de l’académie
Des
capitales occidentales
ils rapportèrent donc,
tout naturellement, non
seulement une technique,
mais aussi des
influences thématiques.
Lesquelles se manifestèrent
surtout par l’abandon
des scènes religieuses
traditionnelles pour
privilégier les
portraits, les paysages
et les natures mortes. "A
la même période, des
artistes comme Rassem en
Algérie ou Abdel-Kader
Rassam en Irak,
s’inspiraient, pour
leur part, de la
peinture européenne
pour développer et
reprendre, avec la
technique occidentale,
un art ancien comme la
miniature", signale
Saleh Barakat. Une
constante cependant :
tous ces artistes qui
vivaient sous la tutelle
de l’Empire ottoman,
puis durant la période
colonialiste,
n’abordaient pas dans
leurs œuvres les
questions identitaires.
"Formés
dans les ateliers des
pionniers, les peintres
(libanais) de la génération
suivante, tels Georges
Cyr, Mustapha Farroukh,
Omar Onsi, César
Gemayel, ont, à
l’instar de leurs aînés,
consciemment incorporé
et élaboré, dans des
styles importés
d’Europe, des thèmes
religieux, séculaires
et vernaculaires. Ils se
sont mis par exemple à
peindre le Liban d’une
façon
impressionniste",
poursuit le galeriste. "Puis
est arrivée la génération
que j’appellerai celle
de l’académie, ou de
l’ALBA. Celle des
artistes, comme Abboud,
Jurdak, Khalifé, Kanaan,
qui ont commencé à
poindre en 1949."
La
France était sortie du
Liban. Les puissances
mandataires quittaient
les autres pays de la région.
"Les jeunes
artistes de cette période,
qui se réveillaient à
l’indépendance,
cherchaient un langage
nouveau, une technologie
de l’art nouvelle,
quelque chose de très
vernaculaire qui ne soit
pas importée
d’Europe. Pour
cette génération,
peindre un paysage
libanais dans une
technique occidentale ne
rendait pas la peinture
strictement libanaise.
Ainsi, par exemple,
Farroukh ou Gemayel
croyaient faire de la
peinture libanaise,
lorsqu’ils
reproduisaient des scènes
historiques libanaises,
alors qu’en réalité,
leur peinture était
impressionniste sur un
thème libanais."
Abstraction, répétition,
signes et lettrisme
Concernée
par la question
identitaire, la "génération
de l’académie"
ira puiser à quatre
grandes sources
d’inspiration. La
philosophie islamique,
d’abord, en donnant
une nouvelle interprétation
et une nouvelle
dimension à
l’abstraction et à
l’art non figuratif.
"Al-mi’raj",
ou l’ascension du
Prophète, sera traité,
dans les années
cinquante, par
l’Irakien Chaker
Hassan as-Saïd, par
exemple, dans une
abstraction absolue, en
mouvement ascensionnel
reproduit plastiquement
en un dégradé de
couleurs, laissant
transparaître un
sillon… Par ailleurs,
la répétition de
dessins, que l’on
observera chez ce même
artiste, comme chez son
compatriote Nadim
el-Kufi, s’appuie sur
le principe suivant :
"Le monde est fait
de choses à la fois
similaires et différentes."
D’autres
artistes s’inspireront
de la calligraphie arabe
et des signes (les
tatouages en Irak et au
Maroc). Ce sera le cas
de Hussein Madi, qui a
stylisé l’alphabet
arabe et l’a transformé
en formes et qui a également
abordé dans ses œuvres
le thème de la répétition,
et Salwa Raouda Chkeir,
qui s’est inspirée de
la poésie arabe ou
encore du lettrisme dans
ses gouaches. D’autres
encore iront chercher
l’inspiration dans les
œuvres iconographiques
chrétiennes et
byzantines. C’est le
cas de Paul Guiragossian,
puis Mahmoud Zibawi, au
Liban, Elias Zayat ou
Fateh Moudaress, en
Syrie. Enfin,
certains vont
s’inspirer de la
mythologie (les légendes
de Gilgamesh ou Adonis
comme thèmes) de
l’histoire ancienne et
de l’archéologie.
Cela s’est exprimé
par l’inspiration
pharaonique chez le
sculpteur égyptien Adam
Hnein, mésopotamienne
pour l’Irakien Ismaïl
Fattah, ou encore phénicienne
au Liban…
Si
pendant plusieurs décennies
les artistes du monde
arabe se sont surtout
inspirés de l’islam,
dans sa conception
abstraite de la divinité
("Dieu ne ressemble
à rien
d’existant"), ou
de la chrétienneté
orientale, qui fige dans
une semi-abstraction la
représentation
figurative, à partir
des années
quatre-vingt-dix, ils
ont commencé à se
tourner vers
l’exploration de la mémoire
et de leur propre intériorité. Cette
recherche les a amenés
à transposer leur créativité
sur le plan des problèmes
humains
d’aujourd’hui. A
l’heure actuelle, la
question se pose plus
sur un travail de mémoire
individuelle et de préoccupations
tant esthétiques, que
sociales et politiques,
que sur une affirmation
identitaire. Au Liban,
la mémoire de la
guerre, telle que
retranscrite par la mémoire
individuelle, est traitée
au moyen de techniques
artistiques nouvelles
(photos, vidéo,
installation…) par de
jeunes artistes qui se
font systématiquement
connaître à l’étranger
et dans leur pays. De
Walid Raad à Lamia
Jreige, en passant par
Nabil Nahas, Mona Hatoum
ou Fouad el-Khoury…
Des signatures arabes
que l’on retrouve désormais
dans les plus
importantes galeries et
institutions artistiques
de par le monde.
La
culture à la conquête
de l’Europe
Lors
des "Rencontres
pour l’Europe de la
culture", artistes
et intellectuels ont
plaidé pour une Union
qui honore la diversité
de ses cultures
par GENEVIEVE
WELCOMME, publié
dans la Croix le 3 mai
2005
Lundi et hier, place
Colette, devant la Comédie-Française,
à Paris, on croisait
sous un soleil généreux,
un écrivain slovène et
une styliste
britannique, un
philosophe allemand et
un peintre hongrois, un
conseiller culturel
danois ou encore une
danseuse espagnole…
Tous, et bien d’autres
encore, réunis pour
deux journées d’échanges
et de débats autour de
la construction d’une
Europe de la culture.
Ces rencontres, inaugurées
par Jacques Chirac,
s’inscrivaient dans le
prolongement de la conférence
organisée, les 26 et 27
novembre 2004, à
Berlin, intitulées
"Donner une âme à
l’Europe". José
Manuel Barroso, président
de la Commission européenne,
y avait alors affirmé :
"La culture est, à
mes yeux, au premier
rang dans la hiérarchie
des valeurs, devant l’économie."
Aucun des 800 créateurs,
interprètes,
gestionnaires ou médiateurs
présents à Paris ne
songerait à contester
l’indispensable prise
en compte des arts et de
la culture dans la
construction européenne.
"Pour moi, Belge
flamand, ancien
directeur du festival de
Salzbourg et
aujourd’hui à la tête
de l’opéra de Paris,
l’Europe va de
soi", remarque Gérard
Mortier.
Mais, pour autant,
plusieurs voix s’élèvent
pour ne pas faire de la
culture un alibi ou un
masque, destiné, dans
les discours et dans les
faits, à pallier les
vacances de la politique
et les brutalités de
l’économie. Pour l’écrivain
Italien Alessandro
Baricco, "l’Union
européenne est avant
tout une décision
politique, à laquelle
[il est] favorable. Il
me semble artificiel
d’y plaquer, a
posteriori, une
recherche de légitimité
culturelle."
"L'Europe
pleure de manquer d'âme"
Le psychanalyste
Jacques-Alain Miller
partage ce point de vue,
quand il constate que
"L’Europe pleure
de manquer d’âme et
appelle la culture à la
rescousse. C’est une
demande irresponsable et
naïve pour remplir le
creux du
politique…" Ces
mises en garde contre
une instrumentalisation
de la pensée et de la
création, donnent, par
contraste, toute leur
valeur aux apports
essentiels d’une réflexion
sur la nature de la
culture européenne
contemporaine et sa
place dans les
institutions. Autant de
témoins, autant
d’angles de vue et
d’expériences vécues,
livrés en français,
avec élégance et par
égard pour le pays
d’accueil des
rencontres.
Boris Pahor, écrivain
slovène de Trieste, prône
une Europe qui sache
promouvoir ses régions
et ses langues en voie
d’extinction, une
Europe diverse et
respectueuse des
traditions menacées.
Pour le philosophe
portugais José Gil,
"l’Europe n’est
pas une idée en elle-même,
mais la terre sur
laquelle les sciences et
la philosophie ont pu naître
et se développer.
L’Europe comme
possibilité de création…" A
l’opposé de cette
"entreprise de
services" que déplore
Alain Finkielkraut évoquant
avec un humour désabusé
les jeunes Français
face à Jacques Chirac,
lors d’une récente émission
de télévision :
"Comment se
satisfaire d’une
Europe de la réclamation,
à laquelle on demande
tout pour soi mais rien
pour les autres, ces
autres, notamment à
l’Est, que l’on a si
longtemps abandonnés au
joug soviétique ?"
Et de se désoler, sous
les applaudissements
nourris de
l’assistance, que l’école
ne remplisse pas son rôle
fondamental d’éveilleur
artistique et culturel.
Débarrassée des idéologies
totalitaires,
"post-impériale,
post-héroïque,
post-machiste et
post-enthousiaste",
selon le brillant
philosophe allemand
Peter Sloterdijk,
l’Europe de 2005 aime
à commémorer son passé
(tragique le plus
souvent) mais doit aussi
se projeter dans
l’avenir, se penser
avec imagination et réalisme,
se définir au-delà de
l’antithèse classique
entre État et marché.
Comme un futur de l’Amérique,
riche de ses multiples
langues et cultures,
"ensemble et soi-même",
selon la devise de la
Comédie-Française, hôtesse
des journées. Encore
faut-il donner aux
citoyens le goût et les
moyens d’apprendre les
langues de leurs
voisins, de familiariser
les enfants à la
diversité des
expressions européennes,
d’accéder aux
traductions des grandes
œuvres de la pensée.
La langue commune des
Européens n’est-elle
pas la traduction, ainsi
que le rappelait Jorge
Semprun citant Umberto
Eco ?
La culture
toujours en quête de
moyens
Moins de 0,12 % du
budget communautaire,
soit 28 centimes
d’euro par an et par
habitant. Les programmes
européens dédiés à
la culture font figure
de parents pauvres avec
une enveloppe globale
d’environ 130 millions
d’euros jusqu’en
2006 inclus. La
Commission propose, pour
2007-2013, une
augmentation portant ce
budget à 214 millions
d’euros, soit 0,15 %
du budget
communautaire… Par
comparaison, un ménage
européen dépense en
moyenne 4,5 % de son
budget pour des activités
culturelles (calcul
effectué sur les 15
pays avant élargissement),
tandis que le secteur de
la culture emploie 4,2
millions de personnes,
soit 2,5 % de la
population active de
l’Europe des 25. Des
chiffres qui seront
certainement commentés
lors des prochaines «Rencontres»,
à Budapest, les 17 et
19 novembre prochains…
Les
milliards de la culture
échappent à la
concurrence
Les
Etats-Unis perdent la
bataille de la libéralisation
des produits de
l'industrie culturelle
paru
dans le Temps le 21
octobre 2005
L'Unesco
a adopté jeudi une
convention sur la
diversité culturelle.
Les biens artistiques et
les productions
audiovisuelles ou
musicales seront exclus
des négociations sur la
libéralisation dès que
30 pays auront ratifié
cet instrument. Une
condition qui ne devrait
causer aucune difficulté.
Opposés au texte, les
Etats-Unis se sont
retrouvés isolés. Ils
pourraient
contre-attaquer en
refusant de reconnaître
la convention. Même la
Grande-Bretagne a
soutenu le texte au nom
de l'Union européenne.
La Suisse aussi, qui a
joué un rôle important
dans les débats. Au nom
de la Confédération,
Andrea Raschèr a
notamment défendu deux
principes cardinaux :
l'importance du secteur
audiovisuel public et le
droit des Etats à
promouvoir leurs
productions culturelles.
Le
pape face à la crise de
la culture
Composé
de trois conférences
prononcées avant son élection,
le dernier livre du
nouveau pape s’intéresse
aux conflits entre le
christianisme et la
culture européenne
contemporaine
par
YVES PITETTE, publié
dans la Croix le 26 juin
2005
Le
«nouveau» livre de
Joseph Ratzinger – en
couverture, le nom de
l’auteur est deux fois
plus gros que le titre
– est intitulé en
italien L’Europe de
Benoît dans la crise
des cultures. Il
s’agit du recueil de
trois textes prononcés
en différentes
occasions. L’un, Qu’est-ce
que croire ? date de
1992, pour la remise
d’un Prix école et
culture catholique décerné
à Bassano del Grappa.
Le second, Le Droit
à la vie et l’Europe,
a été prononcé en
1997 devant le Mouvement
[italien] pour la vie.
Le troisième document
(lire extraits
ci-dessous), qui donne
son titre au livre en
jouant sur le nom de
Benoît, est le plus récent.
Simplement intitulé à
l’origine La Crise
des cultures, il a
été prononcé le 1er
avril dernier, veille de
la mort de Jean-Paul II,
dans l’abbaye bénédictine
Sainte-Scholastique de
Subiaco, tout près de
la grotte où saint Benoît
vécut plusieurs années
avant de partir écrire
sa règle monastique au
Mont Cassin. Le cardinal
Ratzinger y recevait le
prix Saint-Benoît pour
l’Europe, décerné
par une fondation
locale, Vie et Famille.
Selon la tradition
romaine, la présentation
du livre avait alors
donné lieu à une
importante
manifestation, au cours
de laquelle le cardinal
Camillo Ruini, vicaire
du pape pour le diocèse
de Rome, a montré que
ces trois textes avaient
en commun les questions
décisives pour les
rapports entre le
christianisme et la
culture européenne, à
commencer par ce qui
concerne la vie avec
tous les débats
ouverts, de
l’avortement –
qualifié par le
cardinal Ratzinger de
"petit
homicide" –
jusqu’au refus, réaffirmé
par le cardinal Ruini,
du mariage pour les
couples homosexuels.
Extraits.
"Une idéologie
confuse de la liberté
conduit au
dogmatisme"
"L’affirmation
selon laquelle la
mention des racines chrétiennes
de l’Europe blesserait
les sentiments des
nombreux non-chrétiens
qui vivent en Europe est
peu convaincante, vu
qu’il s’agit avant
tout d’un fait
historique que personne
ne peut sérieusement
nier. […] Qui serait
offensé ? De qui
l’identité
serait-elle menacée ?
Les musulmans, souvent
et volontiers mis en
cause à cet égard, ne
se sentent pas menacés
par nos bases morales
chrétiennes, mais par
le cynisme d’une
culture sécularisée
qui nie ses propres
fondements. Et nos
concitoyens juifs ne
sont pas offensés par
la référence aux
racines chrétiennes de
l’Europe, dans la
mesure où ces racines
remontent jusqu’au
mont Sinaï : elles
portent l’empreinte de
la voix qui se fit
entendre sur la montagne
de Dieu et nous unissent
dans les grandes
orientations
fondamentales que le décalogue
a données à
l’humanité.
C’est
la même chose pour la référence
à Dieu : ce n’est pas
la mention de Dieu qui
offense ceux qui
appartiennent à
d’autres religions,
mais plutôt la
tentative de construire
la communauté humaine
absolument sans Dieu.
Les raisons de ce double
«non» sont plus
profondes que ce que
laissent penser les
raisons avancées. Elles
présupposent que la
seule culture des Lumières,
radicale, laquelle a
atteint son plein développement
à notre époque,
pourrait être
constitutive de
l’identité européenne.
[…] Cette culture des
Lumières est
substantiellement définie
par la liberté ; elle
part de la liberté
comme valeur
fondamentale qui est la
mesure de tout […].
Le concept de
discrimination s’élargit
toujours plus et
l’interdiction des
discriminations peut se
transformer toujours
plus en une limitation
de la liberté
d’opinion et de la
liberté religieuse. On
ne pourra bientôt plus
affirmer que
l’homosexualité,
comme l’enseigne l’Eglise
catholique, constitue un
désordre objectif dans
la structuration de
l’existence humaine.
Et le fait que l’Eglise
est convaincue de ne pas
avoir le droit de donner
l’ordination
sacerdotale aux femmes
sera considéré, par
certains, à partir de
maintenant inconciliable
avec l’esprit de la
Constitution européenne.
Il est évident que ce
canon de la culture des
Lumières, pas du tout définitif,
contient des valeurs
importantes dont nous,
chrétiens, ne voulons
et ne pouvons nous
passer ; mais il est
tout autant évident que
la conception mal définie
ou pas du tout définie
de la liberté qui est
à la base de cette
culture, comporte inévitablement
des contradictions.
[…] Une idéologie
confuse de la liberté
conduit à un dogmatisme
qui se révèle toujours
plus hostile à la
liberté. […] Il fait
partie de sa nature, en
tant que culture d’une
raison qui a finalement
une complète conscience
d’elle-même, de se
vanter d’une prétention
universelle et de se
concevoir comme
accomplie en elle-même,
sans besoin d’aucun
complément venu
d’autres facteurs
culturels.
Ces deux caractéristiques
se voient clairement
quand se pose la
question de qui peut
devenir membre de la
Communauté européenne,
et surtout dans le débat
sur l’entrée de la
Turquie dans cette
Communauté. Il s’agit
d’un État, ou peut-être
mieux, d’un
environnement culturel,
qui n’a pas de racines
chrétiennes, mais qui a
été influencé par la
culture islamique. Puis
Ataturk a cherché à
transformer la Turquie
en un Etat laïciste, en
tenant d’implanter le
laïcisme mûri dans le
monde chrétien
d’Europe sur un
terrain musulman. On
peut se demander si cela
est possible : selon la
thèse de la culture des
Lumières et laïciste
de l’Europe, seuls les
normes et contenus de la
même culture des Lumières
pourront déterminer
l’identité de
l’Europe et, par conséquent,
tout Etat qui fait siens
ces critères pourra
appartenir à
l’Europe. Peu importe,
finalement, sur quel
entrelacs de racines
cette culture de la
liberté et de la démocratie
sera implantée.
C’est vraiment pour
cela, affirme-t-on, que
les racines ne peuvent
entrer dans la définition
des fondements de
l’Europe, s’agissant
de racines mortes qui ne
font pas partie de
l’identité actuelle.
Par conséquent, cette
nouvelle identité, déterminée
exclusivement par la
culture des Lumières,
entraîne aussi que Dieu
n’a rien à voir avec
la vie publique et avec
les bases de l’Etat."
Inauguration
d’une école de mosaïque
au couvent Mar Roukoz
des pères antonins
En présence du
ministre de la Culture
et de l’ambassadeur
d’Italie au Liban
paru dans
l'Orient-le Jour le 27
octobre 2005
Dans
le cadre des
manifestations de la
cinquième semaine de
la langue italienne
que M. Franco
Mistretta,
l'ambassadeur
d’Italie au Liban, a
inauguré hier, au
couvent Mar Roukoz des
pères antonins de Dékouaneh,
une école ainsi
qu’une exposition de
mosaïques de Ravenne.
C’est en présence
de l’abbé Boulos
Tannouri, supérieur général
de l’Ordre des pères
antonins, de
nombreuses personnalités
ainsi que d’amis que
les allocutions se
sont succédé,
entrecoupées
d’intermèdes
musicaux interprétés
par la chorale de
l’Université
antonine, sous la
direction du frère
Toufic Maatouk.
Prenant le premier la
parole, l’abbé
Boulos Tannouri devait
souhaiter la bienvenue
aux personnes présentes.
Après avoir évoqué
l’historique de la
mosaïque, née en
Orient avant de
s’expatrier à
Ravenne, pour revenir
aux sources, le supérieur
de l’Ordre antonin a
relaté les différentes
étapes de la concrétisation
de ce projet malgré
les circonstances
tragiques que le pays
a connues. Le supérieur
général a rappelé
que si les Libanais
vivaient chacun sa
différence dans le
respect de l’autre,
le Liban serait aussi
harmonieux qu’une
belle mosaïque.
Enfin, l’abbé
Tannouri devait
remercier tous ceux
qui ont participé au
succès de cette opération,
particulièrement les
responsables italiens
avec, à leur tête,
l’ambassadeur Franco
Mistretta, le
directeur du Centre
culturel italien, le
Dr Nicolas Firmani,
Luigi Facchini et
enfin l’artiste
Marco Bravura qui, les
premiers temps,
dirigera lui-même
l’école assurant la
relève.
A son tour,
l’ambassadeur
Mistretta a remercié,
lui aussi, tous ceux
qui, de près ou de
loin, ont participé
au succès de cette précieuse
initiative : "La
culture de la mosaïque
fait partie de la
tradition de nos deux
peuples et a des
racines très
anciennes. Ce moyen
d’expression, né
probablement de la
simple utilisation de
cailloux pour
consolider les sols ou
délimiter des
espaces, a évolué au
cours des siècles
rencontrant un succès
croissant grâce,
entre autres, au désir
sous-jacent de
l’homme de donner à
ses réalisations, décoratives
ou artistiques, la
plus longue durée de
vie possible…",
a dit l’ambassadeur.
Il devait conclure son
allocution "en
espérant revenir ici
bientôt pour
inaugurer, avec vous,
une exposition des
travaux réalisés par
les élèves de cette
nouvelle école de
mosaïque". Pour
sa part, Vidmer
Mercatali, président
du conseil municipal
de Ravenne, a insisté
sur ce témoignage éloquent
d’amitié que représente
ce jumelage culturel
entre les deux pays.
Une idée née en 1998
et concrétisée
aujourd’hui.
Nicolas Firmani,
directeur du Centre
culturel italien, a
mis l’accent sur la
culture qui est un élément
d’union et de
dynamisme entre deux
peuples (qui ont
beaucoup d’intérêts
en commun) à travers
ces deux
manifestations :
l’inauguration de
l’école et celle de
l’exposition de mosaïques.
Firmani a rendu
hommage aux pères
antonins pour ce
projet soulignant que
ces derniers ont plus
d’une fois collaboré
avec son centre. Il ne
devait pas oublier de
remercier également
Raymond Nahas qui a
toujours œuvré pour
diffuser la culture
italienne au Liban.
Ayant largement
contribué à la création
de cette école
professionnelle de
mosaïque, Nahas,
quant à lui, a rappelé
le premier voyage de
Marco Bravura à
Beyrouth pour
l’installation, rue
de Verdun, d’une œuvre
réalisée par lui.
"Depuis, l’idée
d’une école a fait
son chemin",
devait-il dire en évoquant
également la
participation de
l’Association
culturelle
italo-libanaise. Nahas
espère parsemer le
Liban de fontaines en
mosaïque comme celle
de la rue de Verdun
signée par Bravura,
mais ces dernières
seraient l’œuvre
des Libanais. Le mot
de la fin a été
celui du Dr Tarek
Mitri, ministre de la
Culture, qui a remercié
l’Ordre des pères
antonins pour tous les
projets qu’ils
entreprennent au
service du pays,
mentionnant l’amitié
ancestrale entre
Ravenne et le Liban
qui se concrétise
justement par cette
collaboration.
Le français
doit demeurer la
deuxième langue du
Liban, déclare
Bernard Emié
Signature d’une
convention sur le
financement d’un
projet de rénovation
de l’enseignement
de la langue de Molière
à l’UL
paru dans
l'Orient-le Jour le
2 août 2005
Dans
le cadre de sa réforme
de l’enseignement
des langues,
l’Université
libanaise a élaboré,
conjointement avec
l’ambassade de
France, un projet de
plan de "rénovation
de l’enseignement du
français et en français
à l’UL". Ce
projet a reçu le
soutien du ministère
français des Affaires
étrangères, avec un
budget de 3,25
millions d’euros
affecté sur une période
de trois ans et demi.
La signature, hier, de
la convention de
financement par le
ministre de l’Education
et de l’Enseignement
supérieur, Khaled
Kabbani, et
l’ambassadeur de
France, Bernard Emié,
marque le début
effectif de cet
ambitieux projet de
coopération.
Dans
l’allocution qu’il
a prononcée au cours
de la cérémonie, M.
Kabbani a souligné
que l’accord
intervient au
lendemain de
l’engagement pris
par le gouvernement
Siniora de lancer dans
tous les ministères
"des chantiers
visant à asseoir les
piliers de la réforme
pour un développement
humain et économique
durable". Selon
lui, le secteur de
l’éducation
"s’impose de
plus en plus comme
base de ce développement
durable dans un
contexte de
mondialisation où
l’économie du
savoir et la maîtrise
des nouvelles
technologies de
l’information et de
la communication nécessitent
la maîtrise de
langues
internationales
occupant une place de
choix". M.
Kabbani a ensuite précisé
que l’importance du
projet réside dans le
fait qu’il "se
propose de remédier
au problème que pose
la baisse du niveau de
maîtrise de la langue
française parmi les
étudiants, à travers
des sessions de
formation" ciblées.
Prenant
à son tour la parole,
l’ambassadeur de
France a souligné
"le caractère
fondamental et
prioritaire de la coopération
libano-française dans
les domaines de l’éducation
et de l’enseignement
supérieur". Après
avoir mis l’accent
sur le fait que
l’appui à
l’enseignement du
français et en français,
à travers
l’enseignement
scolaire et
universitaire, reste
pour la France
"une absolue
priorité", M.
Emié a relevé que le
Liban est appelé à
devenir un pays
trilingue, "mais
dans lequel la langue
française, enracinée
dans l’identité
française, doit
demeurer la deuxième
langue du pays après
la langue maternelle
arabe". "Les
efforts de la France
concourent en ce
sens", a-t-il
ajouté. "Ils
se concrétisent dans
le domaine scolaire où
le réseau des 26 établissements
franco-libanais
conventionnés et
homologués scolarise
plus de 40.000 élèves
à travers
l’ensemble du
territoire.
L’engagement de la
France pour soutenir
ces établissements,
de l’ordre de 10
millions d’euros par
an, est très conséquent",
a enchaîné M. Emié,
rappelant que "la
France accueille également
plus de 5.000 étudiants
libanais dans ses
universités, qui sont
publiques et
gratuites" et
qu’elle
"soutient les
filières les plus
performantes des
universités dans
leurs projets de coopération
avec leurs homologues
françaises".
"Cet
appui, a ajouté M.
Emié, concerne dans
la durée les grandes
universités
francophones du
secteur privé telles
que les universités
Saint-Joseph et
Saint-Esprit de Kaslik,
ou certaines
composantes de
Balamand. Il concerne
aussi les grandes
universités
arabophones telles
l’Université arabe
de Beyrouth et
l’Université
islamique, pour y
faciliter
l’apprentissage du
français. Il concerne
aussi, et tout
naturellement,
l’Université
libanaise, parce
qu’elle est le
service public. Parce
qu’elle est, comme
l’a souligné le
gouvernement dans sa déclaration
ministérielle, le
lieu privilégié de
la cohésion nationale
et de l’égalité
des chances."
Concernant le projet
de coopération, il a
expliqué qu’il se
traduira "par la
formation didactique
des enseignants, complétée
par des actions de
perfectionnement
linguistique. Il prévoit
aussi la dotation et
l’équipement en matériel
documentaire et multimédia
de 9 centres de
ressources et de 80
salles de langues pour
les infrastructures de
l’Université
libanaise réparties
sur l’ensemble du
territoire
national".
M.
Emié a ensuite fait
remarquer qu’ "en
rehaussant le niveau général
de français, Paris
agit sur le long terme
pour que
l’enseignement en
français demeure un véritable
avantage comparatif
pour les étudiants
qui le choisissent,
quelle que soit leur
discipline". Ce
projet permettra aussi
aux étudiants de
mieux valoriser leurs
diplômes de
l’Université
libanaise, dont la
position, en tant
qu’université
francophone, sera
renforcée. Il y a
lieu de préciser
qu’il s’inscrit
dans le prolongement
de celui qui est mené
depuis l’an 2000 par
l’ambassade de
France avec le Centre
de recherche et de
documentation pédagogiques
pour la mise en œuvre
de la formation
continue des
enseignants..
Saveurs
de la culture juive
par FRANCOISE
DARGENT, publié dans
le Figaro le 30 août
2005
Après
les arts en 2003 et l'éducation
en 2004, le thème de l'édition
invite cette fois juifs
et non juifs à la
gourmandise. Vingt-six
pays, de l'Allemagne à
l'Ukraine, participent
à la manifestation qui
a accueilli l'année
dernière pas moins de
100.000 visiteurs. A
tout seigneur, tout
honneur, l'Alsace, le
fondateur de cette journée
en 1996, mène encore le
bal avec une foule de
manifestations autour de
la culture et de la
gastronomie. Riche d'un
patrimoine de synagogues
construites en milieu
rural et de près de 200
sites recensés par
l'office de tourisme du
Bas-Rhin, précurseur de
cette initiative, la région
ouvre grand les portes
de ses lieux de culte,
de ses écoles, de ses
bains rituels.
Ainsi
l'office de tourisme de
Strasbourg organisera
des visites en français
et en allemand à la découverte
de son patrimoine juif
tandis qu'à Benfeld, le
rabbin expliquera les
lois alimentaires dans
la tradition juive avant
de s'attarder plus spécifiquement
sur la cuisine judéo-alsacienne,
confection du zemmet küeh,
le fameux gâteau à la
cannelle, à l'appui.
Car qui dit cuisine
juive, dit cuisine aux
multiples influences,
selon qu'elle vienne
d'Orient, d'Afrique du
Nord ou d'Europe de
l'Est. Démonstrations
et dégustations égayeront
donc la journée comme
à Strasbourg où le musée
du chocolat s'attardera
sur la place de cet
aliment dans la cuisine
juive avec des ateliers
spécifiquement destinés
aux enfants jusqu'au
restaurant du Conseil de
l'Europe qui revisitera
son menu le temps d'une
journée. A Paris, la
Maison de la culture
yiddish organisera même
un concours de
confection du strudel et
du kez kukhn, ouvert
aussi aux débutants, précise-t-on
aimablement.
Outre
l'Alsace et Paris, les
cités de Lorraine
participent activement
à la Journée, Metz, Gérardmer
et Nancy en tête tout
comme cette année la
Provence qui met en
valeur les spécificités
de l'histoire de sa
communauté juive. A
Saint-Maximin, la toute
jeune Association
culturelle hébraïque
de la Sainte-Baume a
imaginé un «parcours
de culture et d'histoire
sur les traces des juifs
provençaux». L'itinéraire
mènera les visiteurs de
la grande synagogue de
la rue de Breteuil à
Marseille à celle de
Carpentras, la plus
ancienne de France, en
passant par Cavaillon et
Avignon. Les guides évoqueront
entre autres l'histoire
d'Abraham et de son
fils, les médecins du
Roi René qui, au Moyen
Age, firent partie de
ces juifs protégés par
le pape dans le Comtat
Venaissin. La Journée
européenne de la
culture juive est depuis
quelques années le
temps fort d'une
politique active en
faveur de la
reconnaissance de ce
patrimoine singulier.
L'année dernière, le
Conseil de l'Europe a
ainsi reconnu comme itinéraire
culturel le parcours
européen du patrimoine
juif proposé par le B'nai
B'rith Europe, le
Conseil européen des
communautés juives et
la Red de Juderias de
España. La première
plaque a été apposée
sur une synagogue en
bois de Lituanie. Les
renseignements sur cette
journée sont
disponibles sur www.jewisheritage.org
.
Arts
islamiques : 17 millions
d'euros pour le Louvre
Le
futur département des
Arts islamiques présentera
l'une des plus
importantes collections
au monde. Un projet
rendu possible grâce à
la participation du
prince saoudien Alwaleed
par
KATIA CLARENS, publié
dans le Figaro le 30
juillet 2005
Mardi
26 juillet, 15 h 30. L'élégante
assemblée tourne les
yeux et observe, à
travers la vitre, la
cour Visconti, qui
abritera bientôt le
huitième département
du musée du Louvre :
celui des Arts
islamiques. Un dessein
cher à Jacques Chirac.
Retour dans la galerie
marbrée de l'aile
Denon, crépitement de
flashs, Renaud Donnedieu
de Vabres, ministre de
la Culture comblé, entérine
d'une signature la
donation de 17 millions
d'euros qui rend ce
projet - estimé à 50
millions d'euros -
possible. Un don privé,
le plus important jamais
perçu par le musée. A
côté de lui, le prince
Alwaleed sourit. C'est
lui qui a offert les 17
millions. Presque une
goutte d'eau au regard
de sa fortune
personnelle, estimée à
23,7 milliards de
dollars. La cinquième
fortune mondiale.
Le
prince Alwaleed bin
Talal bin AbdulAziz
Alsaud, 50 ans, est
saoudien, petit-fils du
fondateur de l'Arabie
saoudite, le roi
AbdulAziz Alsaud, et
entrepreneur.
Construction,
immobilier, banque, télécommunications,
divertissements, hôtellerie...
Son champ
d'investissement est
vaste. En France, il
possède le très chic hôtel
George-V et 17,3% de
Disneyland Paris. Mais
Alwaleed est surtout le
plus atypique des
princes saoudiens.
D'abord, c'est un
philanthrope. Pour
l'aide aux victimes du
tsunami, il a donné 18
millions de dollars, et
10 millions de dollars
à la ville de New York
après le 11 Septembre.
Et ses legs partent
aussi vers l'Egypte, le
Liban, le Congo, le
Mali... Dans son pays,
il est surtout connu
pour sa lutte en faveur
de l'émancipation des
femmes. Elles représentent
d'ailleurs 50% des
effectifs de sa société,
la Kingdom Holding
Company. D'elles, il a
fait des "exécutives".
Dans son équipe, il
compte la première
femme saoudienne pilote
(il possède trois
avions), la première
photographe, la première
caméraman et nombre de
premières
directrices...
-
Après la signature,
vous aviez rendez-vous
avec le président
Chirac à l'Elysée. De
quoi avez-vous parlé ?
Les relations entre
la France et l'Arabie
saoudite, particulièrement
celles entre leurs
dirigeants, sont
exceptionnelles. Nous
avons inauguré ce très
important projet qui
symbolise l'esprit de
paix et la véritable
mentalité de l'islam.
-
Est-ce une façon pour
vous de condamner les
actes d'al-Qaida ?
Ce projet est différent
de ceux que je soutiens
d'habitude. Il est
culturel et islamique.
Ces derniers temps,
l'Islam a été attaqué,
kidnappé par une très
petite minorité qui a
sali son nom dans le
monde. Lorsque le président
Chirac m'a demandé de
contribuer à ce département
des Arts islamiques,
j'ai immédiatement dit
oui. Pour nous, c'est un
honneur d'avoir
l'opportunité de créer
un pont entre islam et
chrétienté. De dire à
l'Ouest : "Venez
nous voir, regardez ce
que l'islam a fait en
Europe, voyez comme nous
sommes amis."
-
On dit que vous avez une
affection particulière
pour la France, pourquoi
?
Il y a tant de raisons !
Mon père a été le
premier ambassadeur en
France, ma mère a habité
ici pendant dix ans,
chaque été, je vais à
Cannes, Nice et
Saint-Tropez. En hiver,
je vais skier à
Courchevel. Il y a
quelque temps, mon fils
a eu un grave accident
et c'est un professeur
français, à Marseille,
qui lui a sauvé la vie.
Et puis, j'ai aussi des
affaires ici : le
George-V, Eurodisney et
un hôtel Four Seasons
à Cannes.
-
La légende veut que
vous soyez un
autodidacte, est-ce vrai
?
Oui. Je n'ai reçu
d'aide de personne. Mon
père m'a simplement
donné 30.000 dollars
pour démarrer. Après,
j'ai travaillé très
dur, pris de sages décisions
et Dieu m'a aidé. J'ai
appliqué les cinq
piliers de l'islam. En
religion, je suis très
conservateur. Pour le
reste, je suis un
social-libéral très
bien entouré. Ma réussite
est aussi celle des gens
qui travaillent avec
moi, un petit groupe de
quarante «exécutifs»
motivés et agressifs
qui font du très bon
travail.
-
Parmi lesquels il y a
50% de femmes ?
Dans mon entreprise,
nous avons décidé que
toutes les nouvelles
recrues seraient des
femmes. Elles représentent
aujourd'hui 50% des
effectifs et sont à des
postes clés. Je veux
prouver que les femmes
saoudiennes sont aussi
valables que les hommes.
-
Qu'en pensent les
autorités ?
Je travaille toujours
dans le respect de
l'islam et de mes
dirigeants, qui se
trouvent être mes
oncles. Pour ce qui
concerne les femmes, il
ne s'agit pas d'un problème
religieux, c'est un
problème culturel. Il
n'est, par exemple, écrit
ni dans le Coran ni dans
notre Constitution
qu'une femme ne doit pas
conduire de voiture !
J'essaye de changer
cette culture qui la
rend inférieure en
utilisant ma position
publique, mon ouverture
et ma transparence.
-
Le mot de la fin ?
Une anecdote... Le
George-V, mon hôtel,
est numéro un dans le
monde depuis quatre ans.
Eh bien, il est installé
dans une capitale chrétienne,
financé par des
musulmans et géré par
des juifs. Numéro un !
C'est sans doute cela le
secret...
Un
pas de deux pour
l’aventure de
Pierre-Alain
Perez
Une
académie française
de danse installée
à La Sagesse
depuis le 23
octobre
par
COLETTE KHALAF,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 26 octobre
2005
Une
passion, un rêve.
Puis un jour, un
projet qui prend
forme et une
folle aventure
qui commence.
Pour
Pierre-Alain
Perez –
danseur à
l’Opéra de
Paris, comédien
et chorégraphe
désireux de
transmettre aux
autres tout son
savoir sur la
danse – cette
aventure porte
un nom, le
Liban. Mince, le
teint clair, les
cheveux en
bataille et une
barbe de deux
jours, le
danseur parle
avec fougue et
ne dissimule pas
son amour pour
le Liban. Une
flamme qui l’a
animé depuis
qu’il est
venu, il y a
quelques années,
à
l’invitation
de Josiane
Boulos, et qui
ne s’est pas
éteinte depuis.
Deux mises en scène
pour deux
spectacles différents,
un conte de Noël
présenté au
Casino du Liban
et un cirque réalisé
avec une troupe
canadienne où
il a engagé des
danseurs sur
place pour
collaborer aux
deux projets. Il
s’était ainsi
fait remarquer
pour son charme,
sa fantaisie
mais surtout
pour sa rigueur
et sa discipline
au travail.
Depuis, le
danseur d’opéra,
qui s’était
tourné
volontairement
vers la chorégraphie
à l’âge de
trente-deux ans,
n’avait
qu’un seul désir
: ouvrir une
académie de
danse au pays du
Cèdre dont il
s’est épris.
C’est
maintenant chose
faite, depuis le
23 octobre.
Petit, Béjart
et les autres
Aussitôt
la décision
prise (en juin),
une série de démarches
allaient suivre
afin de trouver
le local, l’aménager
et lancer les
inscriptions.
C’est qu’on
ne badine pas
avec la détermination
de Pierre-Alain
Perez. Pour
l’enfant
rebelle du corps
de ballet, la
vie n’a pas
toujours été
un long fleuve
tranquille.
Ayant effectué
ses premiers pas
à l’âge de
onze ans à
Montpellier (ce
qu’il considère
comme tardif),
le danseur est
engagé par
Roland Petit, à
quinze ans, pour
un rôle de
soliste.
Talentueux et
perfectionniste,
l’étoile
montante de
l’Opéra de
Paris allait
parfaire son
apprentissage
auprès
d’autres
compagnies,
comme celles de
Béjart et
Forsythe. Un
apprentissage
panaché de
techniques variées
signant ainsi
son identité :
"En voulant
retransmettre
aux autres un
bagage
professionnel
accumulé durant
mon parcours de
danseur, j’ai
trouvé encore
plus de plaisir
à
enseigner",
avoue-t-il en
rejetant à
l’arrière une
mèche rebelle
qui dissimule
son regard
couleur
noisette. Et de
poursuivre :
"C’est ce
plaisir que
j’ai voulu
perpétuer en
fondant une école
de
professionnels
au Japon et puis
cette académie
au Liban."
Ecole de
vie
De la rigueur et
du maintien,
deux devises que
Pierre-Alain
Perez s’est
faites siennes
dans la danse,
"véritable
école de
vie"
dit-il, en
citant
Christiane
Vaussard, Yvette
Chauvirée…
qui ont affiné
son éducation.
"Enseigner
aux autres est
un véritable défi
que je relève.
C’est comme
polir un
diamant.
L’académie
n’aura pas
pour rôle de
former seulement
des danseurs
professionnels,
mais
d’apprendre le
maintien,
l’harmonie du
corps et une
certaine
discipline de
vie." Et
d’enchaîner:
"Tiens-toi,
me disait un
professeur.
Formule qui me
rappelait
toujours à
l’ordre et que
je voudrais
faire entendre
à mes futurs élèves."
C’est cet élan
qui a poussé le
jeune chorégraphe
à s’installer
au Liban et à
aménager un
local, rue de La
Sagesse, à
Achrafieh, à
l’image des
grandes salles
de théâtre
françaises.
Parquet
similaire,
plafond de 3m50
de hauteur,
miroirs partout
et un pianiste
pour accompagner
les danseurs.
"Aujourd’hui,
c’est peut-être
une académie de
danse qui ouvre
ses portes, mais
demain réserve
aussi d’autres
surprises car
j’ai mille
projets en tête.
Chant, sculpture
et peut-être ébénisterie
pourraient
s’ajouter au
programme",
conclut-il, le
sourire aux lèvres.
Des métiers
d’art, labels
de l’élégance
française que
Pierre-Alain
Perez voudrait
voir adaptés
aux Libanais,
"ce
peuple-enfant
qui porte en lui
la joie
d’apprendre".
Romain
Servillat a
trouvé son port
d’attache à
Byblos
De la sculpture
ornementale à
la sculpture
contemporaine…
par ZENA
ZALZAL, publié
dans l'Orient-le
Jour le 9
septembre 2005
Il avait envie
de changer de
vie, de cadre,
d’horizon…
Parti de Lyon,
il y a sept
mois, Romain
Servillat,
sculpteur sur
bois français
de 29 ans, a échoué
sur les rives
ensoleillées du
Liban. Pas tout
à fait par
hasard. Pas
vraiment
programmé non
plus, son
parcours vers
d’autres cieux
l’a mené à
bon port : le
vieux souk de
Byblos, où il a
installé son
atelier et pris
un nouveau départ…
toujours dans la
sculpture.
Dans le vieux
souk de Byblos,
le grand blond
à
queue-de-cheval
n’est pas un
inconnu. Les
commerçants,
devant leurs échoppes,
le hèlent
gentiment au
passage. Des
"Salut
Romain, comment
tu vas Romain
?" fusent
par-ci et par-là.
L’athlétique
jeune homme fait
la bise à une
dame assise à
un café, échange
quelques mots
avec les
restaurateurs du
coin, avant de
se retirer dans
l’ombre de son
atelier pour
travailler sur
fond de musique.
Seul, mais pas
isolé, car de
derrière sa
porte vitrée,
il aperçoit le
va-et-vient des
passants de
cette matinée
ensoleillée de
septembre. Pour
Romain Servillat,
cette vie-là
est celle dont
il a toujours rêvé,
sans même le
savoir. Tout
a commencé,
l’été
dernier, grâce
à un "ami
d’enfance
libanais.
J’avais envie
de visiter son
pays. Je suis
venu avec lui en
août 2004.
J’ai beaucoup
aimé, notamment
le contact
humain. Je m’y
suis immédiatement
bien senti, et
de ce fait
j’ai eu envie
de
m’installer",
raconte le jeune
Français. Qui
forme alors le
projet, avec son
ami libanais et
un second français,
de revenir
s’installer
dans les
prochains mois
et d’y développer
une plage dans
la région de
Jbeil.
La plage tombe
à l’eau
"Malheureusement,
nous avons débarqué
quatre jours
avant
l’attentat
contre Rafic
Hariri, à la
suite duquel
notre financier
nous a lâchés."
La plage tombe
à l’eau.
L’ami libanais
repart pour la
France. Mais
Romain Servillat
et son copain
français
n’ont pas pour
autant envie de
quitter.
"Nous avons
décidé de
rester malgré
tout et
d’essayer de
trouver du
travail."
Les deux compères
se retrouvent
donc à courir
le pays,
jusqu’au jour
où, "à
force de passer
devant le Eddé
Yard, à Byblos,
où l’on
entendait
toujours de la
bonne musique,
on a eu envie de
s’arrêter. On
y a rencontré
Armelle (qui
avec Olivier
s’occupe de la
gérance et de
la cuisine de ce
petit café-restaurant
convivial du
vieux souk), on
a sympathisé et
à partir de là
tout a changé".
En effet, français
eux-mêmes,
Armelle et
Olivier
proposent à
leurs
compatriotes de
les héberger
et, après avoir
vu le travail de
Romain, ils lui
suggèrent de
reprendre son
activité à
Byblos. Le
couple met même
à sa
disposition la
salle d’hiver
du restaurant,
qui servira à
Romain
d’atelier
transitoire.
Depuis quatre
mois, Romain
Servillat a donc
repris ses
outils et
s’est remis à
la sculpture.
Mais, au lieu
des angelots
baroques et des
motifs
ornementaux
classiques, il
s’est tourné
vers des réalisations
contemporaines. Abandonnant
les dorures et
autres ciselures
pour des œuvres
nouvelles
minimalistes et
épurées,
Servillat a eu
envie de changer
même de concept
artistique, en
faisant de ses
créations des
sculptures
utilitaires. En
quatre mois de
travail, il a
ainsi conçu une
première série
de sculptures
luminaires, en
bois de mogano (à
la couleur
chaude), de
poirier (un beau
rosé) ou de
framiré (du
beige pâle).
Des pièces
uniques qui
jouent à
merveille les
alliances de
matières et de
lumières.
En effet, les
formes oblongues
et sinueuses,
rondes et lisses
qu’il cisèle
et accorde aux
abat-jour d’un
blanc uniforme,
mettent en
valeur autant
les nuances, les
veinures et la
douceur du bois
que sa sensualité
ou sa fantaisie.
Comme dans
"E.T.",
une pièce
pyramidale se
terminant par
une
lampe-ampoule à
tête
d’extraterrestre
ou
"Culbuto",
une base
circulaire en équilibre
instable mais
qui ne tombe
jamais… De
l’ébénisterie
et de la
sculpture
ornementale
qu’il exerçait
en France,
Romain Servillat
est ainsi passé
vers d’autres
rivages, à la
fois millénaires,
ceux de
l’antique port
phénicien, et,
paradoxalement,
plus
contemporains
dans sa pratique
sculpturale. Et
de conclure,
satisfait et
serein :
"En fait
c’est très
bien que tout se
soit passé
comme ça."
Concert
de la chanteuse
Nayla à Barcelone
www.soynayla.com
L'artiste
libanaise Nayla, résidant
à Madrid, présentera
le 10 novembre à
22h à la salle l'Espai
à Barcelone, un
concert
exceptionnel de
chansons, musique
et danse
flamenco-orientales.
Elle sera
accompagnée d'un
orchestre (oud, guitare, derbaké, percussions,
saxophone) et des
danseurs José el
Alamo (flamenco)
et Paz Corrales
(danse orientale).
Le
grand art de vivre
d'Edmond J. Safra
par
BEATRICE DE
ROCHEBOUET, publié
dans le Figaro le
29 octobre 2005
Ce
n'est pas le goût
XVIIIe
d'un Wildenstein
au parfum un peu
suranné. Ni celui
d'un Hubert de
Givenchy identifié
aux puissantes
marqueteries d'écaille
Boulle. Ni même
celui d'un
Djahanguir Riahi
en quête des plus
belles provenances
royales. Le goût
de feu Edmond
Safra et de son épouse
brésilienne Lily
est totalement
actuel. Il n'est
pas figé. Pas
cloisonné à un
style ou à une époque.
Toujours en
mouvement. A la
pointe de l'éclectisme.
Ce couple qui a défrayé
la chronique du
monde des arts et
des affaires a su
marier perfection
et confort. Il a démontré
que l'on pouvait
mettre en scène
l'ancien d'une
manière
contemporaine. En
achetant toujours,
ou presque, le
meilleur comme cet
unique bureau plat
et cartonnier
Louis XVI de
Joseph, icône de
la collection du 1er
Lord de Malmesbury
et de Lady Baillie
au château de
Leeds, acquis chez
Sotheby's à
Monaco en 1981,
estimé 4 à 5,6
millions d'euros.
Le manifeste d'un
grand art de vivre
que prône l'élite
des décorateurs
d'aujourd'hui.
Des
objets de tous les
continents
Il
a osé les mélanges
de l'acajou d'une
suite Empire à tête
d'egyptienne "à
la ma nière de
Jacob" vers
1800
(162.000/243.000
euros) avec le
bois doré et le
velours prune d'un
canapé à
confidents de 1770
estampillé Pierre
Rémy
(56.000/81.000
euros). Il a osé
la confrontation
du mobilier français
(404.000/650.000
euros la commode
à palmes croisées
et branches de
lierre de
Cressent) et
anglais
(36.400/48.500
euros le cabinet
de George Bullock
aux colonnes de
marbre vers 1815)
aux objets de tous
les continents
comme le mobilier
anglo-indien
milieu XVIIIe
de Vizagapatam aux
extra-ordinaires
marqueteries
d'ivoire
(485.000/650.000
euros le cabinet
bureau).
Les
trois épais et
luxueux catalogues
blancs de la vente
estimée plus de
20 M euros (25 M$)
par Sotheby's les
3 et 4 novembre à
New York nous
plongent dans
l'univers intime
de ce
multimilliardaire
américain né à
Beyrouth en 1932
qui a fait la une
de la presse
people après
avoir péri dans
l'incendie
criminel de son
luxueux duplex de
Monaco en décembre
1999. La fin
brutale et énigmatique
à 67 ans de ce
richissime
banquier sur le
point alors de
boucler le dossier
de vente de la
banque américaine
Républic New York
qu'il avait fondée
ainsi que son
holding (SRH) pour
10,3 milliards de
dollars au groupe
britannique HSBC a
donné du piquant
à sa légende.
Les plus folles
hypothèses
avaient couru dans
les milieux
financiers, comme
l'intervention de
la mafia russe, sa
banque ayant été
l'une des grosses
victimes étrangères
de la crise
financière de la
Russie à l'été
1998. Or il
s'agissait d'un
acte dément, se
voulant héroïque,
de son garde du
corps et infirmier
qui en mettant le
feu à sa résidence
l'aurait ainsi
sauvé des
flammes.
C'est
finalement la peur
qui a tué ce
banquier parmi les
plus influents de
la planète, héritier
d'une famille
d'orfèvres juifs
dans l'Empire
ottoman. Vivant
dans la hantise
d'un attentat ou
d'une agression,
Edmond Safra
atteint de la
maladie de
Parkinson avait
multiplié les caméras
de surveillance et
les dispositifs de
protection si bien
qu'il avait refusé
d'ouvrir aux
sauveteurs la
porte blindée de
la salle de bains
où il s'était réfugié
malgré les appels
de Lily. Avec
cette vente
disparaît toute
une époque et
avec elle celle
d'un richissime
collectionneur
assidu des ventes
publiques
(81.000/122.000
euros la paire de
chenets de 1770
sur le modèle de
Quentin-Claude
Pitoin venant de
la collection
Gilbert de la
Rochefoucault, duc
de la Roche-Guyon
en décembre 1987
chez Sotheby's à
Monaco ;
485.000/650.000
euros la paire de
commodes en laque
de Coromandel exécutée
par Pierre
Langlois vers 1765
pour le premier
marquis de
Hertford à Ragley
Hall dans le
Warwickshire et
vendue à Londres
chez Christie's en
1996). Mais aussi
client fidèle des
marchands
Jean-Marie Rossi
ou Maurice Segoura
à Paris et
Partridge à
Londres
(485.000/730.000
euros l'incroyable
pendule George III
en bronze doré et
émaux en médaillons
signés W. H.
Craft).
Collectionneur
de Fabergé
L'ensemble
est impressionnant
par le volume.
Plus de 800 lots
sortis des résidences
de Londres, Genève,
Paris et New York,
toutes décorées
avec un grand
classicisme :
moulures de stuc
blanc, pilastres
dorés, rideaux
drapés, cheminées
Empire en granit
vert de Thomire
(122.000/243.000
euros), grands
tapis sur parquet
à la française
ou moquette épaisse.
L'ambiance cosy
des appartements
sur Central Park.
Comme tout
aristocrate bien né,
Edmond Safra se
devait de
collectionner les
Fabergé venant de
la cour impériale
de Russie. Une
passion qu'il
partagea
tardivement avec
sa femme Lily et
le poussa à acquérir
la merveilleuse boîte
à cigares bleu et
or aux couleurs de
Léopold de
Rothschild
(1845-1917) sur
les champs de
courses
(243.000/323.000
euros) ou le petit
bijou d'étui en
émaux mauve marqué
du sigle en
diamant de l'impératrice
Alexandra
Feodorovna
qu'adorait Lily.
Les époux Safra
n'avaient-ils pas
des rêves
d'empire ?
Exposition
à partir
d'aujourd'hui de
10 heures à 17
heures au 1334
York Avenue, New
York, NY 10 021.
Une partie du
produit de la
vente ira à des
oeuvres
caritatives. www.sothebys.com
Le
"Harem" dans
l'imaginaire des
peintres européens
paru
dans le Figaro le 6
octobre 2005
Lascives, joyeuses,
soumises, parfois
brutalisées, les
femmes du "Harem,
secret de
l'Orient", une
exposition à Krems
(Autriche),
témoignent d'abord
des fantasmes des
hommes et des artistes
occidentaux du 19e
siècle. Les 80 toiles
colorées des peintres
orientalistes
français, italiens,
austro-hongrois,
anglais, etc. font
imaginer aux
Européens de
l'époque les plaisirs
trouvés dans ce
"réservoir de
femmes",
expliquent les
organisateurs. Mais ce
sont bien des oeuvres
d'imagination puisque
par définition les
"harems" (de
l'arabe "haram":
sacré, protégé,
défendu), les
appartements des
femmes de hauts
dignitaires musulmans,
étaient interdits aux
hommes non-castrés, a
fortiori occidentaux.
Les
peintres
passent des féeries
sensuelles des "Mille
et une nuits" - évoquées
aussi par Mozart dans son
"Enlèvement au Sérail"
- aux faces sombres du
rapt, des marchés aux
esclaves, en tout cas de
l'enfermement. Les femmes
nues du "Bain
maure" de Jean-Léon
Gérôme voisinent avec
des scènes de la vie au
Maghreb d'Eugène
Delacroix ("Femme
d'Alger") et avec une
petite
"Odalisque" de
Jean-Baptiste Ingres. Les
"Odalisques" étaient
de jeunes esclaves chrétiennes,
faisant partie des
favorites du Sultan
ottoman dans son palais de
Topkapi Saray, explique
dans le catalogue de
l'exposition Tayfun Begin,
le directeur du musée des
beaux-arts de Krems (60 km
de Vienne), un Allemand
originaire d'Istanbul.
Il rappelle que Topkapi
compta aux 17e et 18e siècle
jusqu'à 1.200 femmes et
jeunes filles, attendant
les faveurs du sultan de
Turquie, société avec
ses codes, ses hiérarchies,
ses intrigues, dans une véritable
ville de 40.000 habitants,
régie par la mère du
souverain. Les femmes étaient
gardées par jusqu'à 800
eunuques. L'écrivain français
Pierre Loti, turcophile,
écrit certes en 1910 :
"je n'ai jamais vu
des gens qui aient l'air
plus heureux d'être au
monde que les eunuques de
Turquie". Mais ces
esclaves, généralement
noirs, avaient subi de
terribles mutilations
sexuelles.
La réalité fut, sans
doute, différente de
l'imagination des
romantiques : "le
harem dut être au départ
un lieu d'amour (...) de
passions, mais ce n'était
plus qu'une institution
fausse, d'où la sensualité
était partie", a écrit
la princesse hongroise May
Török, qui connut un
harem du Caire en tant qu'épouse
du dernier Khédive d'Egypte
au début du 20e siècle.
Des historiens turcs ont
cependant présenté le
harem comme une "école
de femmes", où les
courtisanes les plus
intelligentes purent se
hisser au rang de reine mère.
Des personnages, comme la
sultane Roxelane, épouse
préférée de Soliman le
Magnifique au 15e siècle,
ont ainsi fait leur
apprentissage au sein du
harem.
L'exposition se clôt
par une série de photos
de femmes prosaïques,
prises vers 1860 par le
chah d'Iran dans son harem
de Téhéran. Andrea
Winkelbauer,
conservatrice, estime pour
sa part que les fantaisies
projetées des
"harems" ne sont
finalement guère différentes
des images voyeuristes de
femmes "objets
sexuels" que montrent
la mode et le cinéma
contemporains ("Harem,
Geheimnis des
Orients" - Kunsthalle
Krems
, jusqu'au 13 novembre).
Le
monde mystérieux
du harem exposé
en
peinture
à Krems
(Autriche)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2005 RJLiban
|
|