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Théâtre
et archives de
guerre du Liban
A
voir absolument à
Paris
La
culture libanaise
est à son plus haut
niveau en France
avec deux événements
artistiques majeurs
se déroulant à
Paris : une pièce
de théâtre et une
exposition
d'archives, portant
sur la guerre du
Liban.
Non,
les Libanais et
leurs amis ne
peuvent oublier
vingt-cinq années
de guerres et de
violences, même si
la vie au quotidien
impose un voile sur
cette tragédie
ayant marqué
chacun de nous au
plus profond de
lui-même.
Notre
devoir est d'en
parler, de nous extérioriser,
afin de sensibiliser
la génération
montante à ce fléau,
pour que nous n'en
soyons plus jamais
les acteurs.
Tel
est le travail de Wajdi
Mouawad,
metteur en scène
libano-canadien de 35
ans, devenu
aujourd'hui une
personnalité
incontournable du
paysage théâtral
québécois. Il présente
(du 13 janvier au
1er février) au théâtre
Malakoff sa nouvelle
oeuvre,
"Incendies",
jouée par 9
comédiens de
talent, qui raconte
l'histoire de
Jeanne, Simon et
leur mère Nawal,
histoire d'une résistance
sur le territoire du
Liban-sud occupé
par l'armée israélienne
(de 1978 à 2000) et
déchiré par une
guerre larvée entre
miliciens chiites,
chrétiens et
palestiniens. Une
oeuvre d'actualité
étonnante, dure
mais magnifique
autour de la prison
de Khiam, où de
nombreux résistants
libanais ont été
torturés.
La
durée du spectacle
"Incendies"
de Wajdi Mouawad,
joué par Annick
Bergeron, Eric
Bernier, Gérald
Gagnon, Reda
Guerinik, Andrée
Lachapelle,
Maire-Claude
Langlois, Isabelle
Leblanc, Isabelle
Roy et Rychard Thériault,
est de 2h45. Les
représentations ont
lieu vendredi 30 et
samedi 31 janvier à
20h, dimanche 1er février
à 16h. Lieu : Théâtre
71, 3 place du 11
novembre, Malakoff,
tél.:
01.55.48.91.00.
Places à 20,4 Eur.
avec tarif réduit
variable. Ce
spectacle sera également
joué au théâtre
d'Angoulême les 10
et 11 février. Tél.:
05.45.38.61.62.
Pour
sa part, Walid
Raad, né
au Liban en 1967,
fondateur d'Atlas
Group afin de
retrouver des
documents sur
l'histoire
contemporaine du
Liban, présente
(jusqu'au 7 février)
à Noisy-le-Sec le
dossier du Dr
Fakhouri, historien
libanais qui, à sa
mort il y a dix ans,
a légué carnets et
films à l'Atlas
Group. Il s'agit du
Carnet de notes
volume 38, contenant
145 photos annotées
de voitures, répliques
exactes de celles
qui, piégées, ont
explosé entre 1975
et 1991 à Beyrouth,
provoquant la mort
de centaines de civils
libanais.
D'autres
carnets figurent également
dans cette
exposition
d'archives de la
guerre, ainsi qu'un
film de quelques
minutes de couchers
de soleil pris en
1993 sur la Corniche
du bord de mer de la
capitale - lieu de
rencontre d'espions
et agents en tout
genre -, réalisé jour
après jour par un
technicien
travaillant pour les
agents de la sécurité
libanaise et dont la
caméra (ainsi que
plusieurs autres) était
installée à l'intérieur
de
buvettes-camionnettes.
Lieu : Galerie Atlas
Group, 1 rue
Jean-Jaurès,
Noisy-le-Sec
(Seine-Saint-Denis),
tél.:
01.49.42.67.17. Ma,
Je, Ve de 14h
à 18h ; Me de 10h
à 18h ; Sa de 10h
à 12h30 et de 14h
à 18h.
Signalons
enfin un troisième
grand événement
artistique, qui aura
lieu le mercredi 24
mars à 20h au
palais de l'Unesco,
125 av. de Suffren,
Paris 7e. Le
compositeur et
pianiste libanais Zad
Moultaka donnera
un concert de
mouawashahs avec
piano, poèmes
arabo-andalous chantés
par Fadia Tomb
el-Hage, au profit
d'une oeuvre de
bienfaisance
libanaise pour
handicapés. Rés.
au 06.30.52.19.01.
Places numérotées
à 20 Eur. avec
tarif réduit à 12
Eur.
Les
"Incendies"
de Wajdi Mouawad
embrasent l'actualité
et la mythologie
par
MICHEL COURNOT,
publié dans le
Monde du 23 janvier
2004
La pièce
de l'auteur libanais
émigré au Québec
est jouée au Théâtre
71 de Malakoff.
Autour du personnage
d'une mère torturée
et violée, elle évoque
les conflits au
Liban, en Palestine,
en Irak.
"Moi
la première, je
prendrais les
grenades, je prendrais
la dynamite, les
bombes et tout ce qui
peut faire le plus de
mal, je les mettrais
autour de moi, je les
avalerais, et j'irais
tout droit au milieu
des hommes imbéciles
et je me ferais sauter
avec une joie que tu
ne peux pas même soupçonner."
L'auteur, Wajdi
Mouawad, émigré au
Québec, est né au
Liban, et la femme,
Nawal, qui s'exprime là
est présente dans
toute la pièce, à
des âges différents,
14 ans, 30, 60... Il
la fait parler, juste
ici, au conditionnel.
Elle n'ira pas se
faire sauter avec ses
grenades. Parce
qu'elle a fait une
fois la promesse d' "apprendre
à lire, à écrire,
à compter, à penser,
à parler".
Wajdi Mouawad vous
montre quand même,
sur la scène, une
femme se dévêtir,
s'enrouler autour du
torse un chapelet
d'explosifs et
remettre sa veste.
Dans un pays d' "incendies",
guerres, massacres,
Nawal a été torturée,
puis violée à tant
de reprises qu'elle a
donné naissance,
seule, dans sa
cellule, à une fille
et un garçon, des
jumeaux. Devenus
grands, ils se voient
priés, par le
testament de leur mère,
de retrouver leur père,
et c'est là que la pièce
quitte le réel et
touche à la
mythologie, aux Grecs
: "Ta mère
fut torturée par son
fils et le fils a violé
sa mère. Le fils est
le père de son frère,
de sa sœur (...).
On dirait la voix
des siècles
anciens."
Echos
des camps
Ici
et là, des mots,
des faits rappellent
des camps (Sabra,
Chatila), le Liban,
la Palestine, le
Golfe ou l'Irak. Les
accessoires sont des
téléphones
portatifs ou des
cassettes qui ont été
enregistrées,
durant des semaines,
dans la chambre de
la mère. Aucune
voix : les enfants "écoutent
le silence de la mère".
La mise en scène évoque
les travaux des
cours de théâtre :
nombreuses chaises
dans toute sorte de
rôles, escabeaux.
Beaucoup d'eau, en
pluie ou en jets
d'arrosage, puisque
ces incendies, il
faut parfois les éteindre
: ce spectacle, dans
son ensemble, n'a
pas peur des métaphores.
Des acteurs, il peut
se dire que chacun
fait un parcours
sans faute, et le
texte est long. De
deux choses l'une :
ou bien vous êtes
embarqués, conquis,
magnétisés par
l'intelligence de
cette œuvre, la
force de son
imagination, la
qualité d'approche
d'événements
actuels, majeurs, et
Incendies est
une grande et belle
chose, pas
quelconque. Ou bien
vous êtes désemparés
par l'interférence
des époques, par la
dimension de la
parabole, et aussi
par les rires
constants des
spectateurs du Québec,
qui réagissent aux
jeux du vocabulaire
employé là-bas,
qui nous échappent.
La soirée reste néanmoins
passionnante.
Le
Liban, terre de feux
A
Malakoff, une quête
des origines en
forme de fable par
le Québéco-Libanais
Wajdi Mouawad
par
MAOEA BOUTEILLET,
publié dans Libération
le 27 janvier 2004
Incendies
Texte et m.s. de
Wajdi Mouawad au théâtre
71 de Malakoff,
3, place du
11-Novembre.
Jusqu'au 1er février,
mar.-sam. 20 heures,
dim. 16 heures. Tél.
: 01 55 48 91 00.
Et au théâtre
d'Angoulême les 10
et 11 février. Tél.
: 05.45.38.61.62.
Rarement,
on aura éprouvé au
théâtre une telle
sensation de traversée.
Histoire de Jeanne
et de Simon partis
sur les traces de
leur mère Nawal, et
d'abord histoire de
celle-ci,
Incendies, du québéco-libanais
Wajdi Mouawad, gagne
à chaque pas une
dimension plus
universelle pour
atteindre à la
fable. Où la quête
des origines conduit
tout droit aux déchirements
du Proche-Orient
berceau du Livre judéo-chrétien
autant que terre de
naissance de
l'auteur.
Emotion
Au
terme des trois
heures que dure le
spectacle, chacun
trouve enfin sa
place au côté des
autres, sur une rangée
de chaises dépareillées,
pour s'abriter sous
la même bâche
d'une pluie dense et
fine. On se sent
alors tout proches.
Pris par l'émotion
en tout cas. "Maintenant
que nous sommes
ensemble, ça va
mieux",
ne cesse de se répéter
Nawal, 14 ans, séparée
de son amour et à
qui bientôt on
arrachera le bébé.
Lequel, placé dans
un orphelinat,
deviendra plus tard
sniper, puis violeur
de sa propre mère
dans la prison de
Kfar Rayat.
Laquelle, après
avoir appris à lire
et à écrire, est
partie sur les
routes pour
retrouver son
enfant, a traversé
les camps de réfugiés
et répandu "des
idées dans la tête
des gens"...
A
vue de nez, on est
au Liban, au début
des années 1980. De
la rencontre de
Nawal et de son
fils, devenu le
tortionnaire Abu
Tarek, naîtront les
jumeaux Janaane et
Sarwane Jeanne et
Simon, que l'on
retrouve vingt ans
plus tard à Montréal,
si on se fie à
l'accent. Histoire
d'une résistance ?
d'une transformation
? Il n'est pas
certain que le
testament de la mère
morte qui ouvre la
pièce marque le départ
du voyage. Il n'y a
ni début, ni fin,
mais le mouvement de
l'éternel retour,
avec ses morts, ses
naissances et ce qui
se transmet des uns
aux autres. Trois
actrices se
transmettent le rôle
de Nawal une pour
chaque âge , qui
par leur chassé-croisé
donnent à entrevoir
l'évolution du
personnage.
Mouvements
croisés
Et
c'est ce mouvement où
passé et présent
se croisent sans
cesse que Wajdi
Mouawad réussit
particulièrement.
Avec deux fois rien
et une grande
fluidité. Des
acteurs parfaitement
dirigés sur un
plateau nu excepté
ce mur en verre dépoli
derrière lequel ils
errent comme des
ombres avant
d'entrer en scène.
Et une circulation
d'objets très
simples, qui
traversent les époques
et la géographie
pour relier les pièces
du puzzle. Ainsi, l'échelle
sur laquelle Nawal
adresse un dernier
regard à son amant
devient l'instant
d'après la table
d'accouchement sous
laquelle passe la
sage-femme et, plus
tard, les hauteurs
d'où le sniper vise
ses victimes. Les
trois seaux d'eau
que réclame le
notaire à
l'enterrement de
Nawal sont aussi ces
récipients où
seront jetés les bébés
non désirés et les
percussions de la révolte...
Tout
l'art de Wajdi
Mouawad tient dans
la qualité du
geste, davantage que
dans une écriture
à la candeur par
moments trop
lyrique. "Lorsqu'on
vous demandera votre
histoire, écrit
Nawal à ses
enfants, dites
que votre histoire,
son origine, remonte
au jour où une
jeune fille revint
à son village natal
pour y graver le nom
de sa grand-mère
Nazira sur sa
tombe." Un
jour, semble espérer
Wajdi Mouawad, l'écriture
et le savoir
transmis viendront
briser le cycle de
la violence.
Petite
fabrique
d'archives de
guerre
Walid
Raad mêle faits
historiques et
fiction pour
raconter seize ans
de conflit au
Liban
par
ELISABETH LEBOVICI,
publié dans Libération
le 24 janvier 2004
Extraits
du dossier
Fakhouri par Walid
Raad/The Atlas
Group à la
Galerie, 1, rue
Jean-Jaurès,
Noisy-le-Sec. Tél.
: 01.49.42.67.17.
Jusqu'au 7 février.
Performance de
Walid Raad aux
Laboratoires
d'Aubervilliers le
30 janvier à
20h30.
Présentées
en 2002 au sein de
la mégaexpo Documenta
XI à Kassel
(Allemagne), les Extraits
du dossier
Fakhouri, séries
d'images et de
textes évoquaient
quelques moments
des seize ans de
guerres au Liban
(1974-1990). Des
documents sur
l'histoire torturée
du pays avaient
alors pu passer
pour des témoignages,
appelant
l'attention du
milieu de l'art
sur sa méconnaissance
du Moyen-Orient.
Sous une signature
collective, The
Atlas Group, ce
qui se donnait
pour un centre
d'archives et un mémorial
sur la destruction
de la culture
libanaise se révéla
moins une fiction
qu'une
interrogation sur
la réalité, mêlant
faits et
fabrications.
Derrière The
Atlas Group se fit
connaître
l'artiste Walid
Raad, né en 1967
à Chbanieh et
exilé du Liban en
1983, après les
massacres de Sabra
et Chatila (1982).
Il vit à New York
et y enseigne.
Munie du
sous-titre "La
vérité sera
connue lorsque le
dernier témoin
sera mort",
son exposition à
la galerie de
Noisy-Le-Sec coïncide
avec l'intérêt
architectural porté
par la France au
Liban, via le prix
équerre d'argent
remporté en 2003
par Yves Lion et
Claire Piguet pour
l'ambassade de
France à
Beyrouth.
Dans
cette exposition,
on entre par la
porte du
personnel. Les
oeuvres ont la
couleur, la forme,
l'odeur de l'art
conceptuel : une
arborescence récapitule
sur un mur l'état
des recherches, la
situation des
travaux exposés.
Deux écrans vidéo
introduisent au
sujet traité :
l'un montre la
corniche de
Beyrouth (la
promenade longeant
la mer) dans une
suite de couchers
de soleil, vision
pacifique d'un land
art inconscient
du contexte
politique.
L'autre, à caractère
fragmentaire, Hostage
: The Bachar Tapes
(17 et 31),
("Otage, les
bandes de Bachar n°
17 et 31"),
2001, fait apparaître
l'image un peu
brouillée d'un
captif arabe présenté
comme le 6e homme
enfermé (et oublié)
avec les otages américains,
à Beyrouth en
1985, tandis
qu'une voix
masculine demande
en arabe à être
doublée par "une
voix féminine et
un ton
monocorde".
Dans
trois salles
adjacentes se
trouvent les
carnets du docteur
Fakhouri.
Celui-ci, donné
comme un historien
de la guerre
civile, aurait légué
ses papiers au
groupe Atlas. Une
série de photos
noir et blanc référée
aux années 1950
nous en montrent
la silhouette,
devant les
monuments et
jardins de Paris
et de Rome. Un
autre ensemble (My
Neck Is Thinner
than a Hair, 2001)
dispatche, sur des
feuilles
identiques, un
collage de pub
automobile découpée,
avec la
description du véhicule,
la date de
l'attentat à la
voiture piégée
et le nombre de
morts. Chaque
feuillet d'un
autre ensemble (Missing
Lebanese Wars, 1999)
comprend un vieux
bout de journal,
avec photo d'un
cheval de course
et série de
calculs lacaniens
: l'explication de
la chose tient
dans
l'avant-propos. Dr
Fakhouri aurait
tenu le registre
des passions des
historiens
libanais, qui,
quelle que fût
leur faction,
auraient
compulsivement
parié sur les
champs de course.
Glissant sans arrêt
de l'authenticité
historique à
l'originalité
artistique, de la
mémoire au
montage, Walid
Raad traite la "peinture
d'Histoire" (le
plus noble des
genres picturaux
jusqu'au XIXe siècle)
comme autant de
symptômes hystériques.
Des
archives retrouvées-inventées
de la guerre à
Beyrouth
A
Noisy-le-Sec, le
collectif libanais
Atlas Group expose
des documents
troublants
par
CATHERINE BEDARIDA,
publié dans le
Monde du 20
janvier 2004
Walid
Raad, né en 1967
au Liban, a passé
une grande partie
de son enfance et
de son adolescence
dans un pays en
guerre. Alors que
les dirigeants
actuels cherchent
à en occulter la
mémoire, Walid
Raad fait partie
de ces artistes
libanais qui
travaillent sur
ces événements
qui marquent
encore le
quotidien. En
1999, il a fondé
l'Atlas Group,
afin de produire
ou retrouver des
documents -
images, textes,
vidéos,
bandes-son - sur
l'histoire
contemporaine du
Liban. Ses travaux
ont été exposés
à la Documenta de
Kassel et à la
Biennale de
Venise. Pour cette
première
exposition en
France, La
Galerie, à
Noisy-le-Sec
(Seine-Saint-Denis),
présente le
dossier du Dr
Fakhouri, un
historien libanais
qui, à sa mort,
en 1993, a légué
carnets et films
à l'Atlas Group.
Le Carnet de
notes volume
38 contient 145
photos annotées
de voitures, répliques
exactes de celles
qui, piégées,
ont explosé entre
1975 et 1991. "Dans
la presse
libanaise, on
apprenait tout sur
la marque et la
couleur des
voitures, la
taille du cratère
creusé par la déflagration,
mais presque rien
sur les victimes
humaines", expliquait
Walid Raad lors de
sa conférence-performance
inaugurant
l'exposition.
Voitures
et couchers de
soleil
Sur
chaque feuille du
carnet, on peut
voir une
reproduction de la
voiture et lire
des informations
chiffrées sur
l'attentat. "Nissan
blanche. 23 mai
1985. 14 heures.
Beyrouth. 55
morts. 174 blessés.
300 kg de TNT. Périmètre
500 mètres. 35 véhicules
brûlés."
"Mercedes
2805 grise. 20
janvier 1986.
Beyrouth 11h21. 30
morts. 132 blessés.
200 kg TNT. Cratère
5 mètres × 1,5 mètre."
Autant de stèles
qui, dans leur
style faussement
froid, saluent la
mémoire de ces
morts oubliés. Le
Carnet de notes
volume 72 manie
l'ironie : les
historiens
libanais auraient
été des parieurs
forcenés qui se
retrouvaient au
champ de courses
hippiques pendant
toute la durée de
la guerre. "On
raconte, dit
Walid Raad, mêlant
fiction et réalité,
que marxistes
et islamistes
pariaient de la
première à la
septième course,
maronites
nationalistes et
socialistes de la
huitième à la
quinzième." Dans
cette société
malade de la
guerre, un autre
"document"
du Dr Fakhouri est
un film faisant défiler
à toute vitesse
une série de
photos d'enseignes
de médecins
prises dans les
rues de Beyrouth,
telle une
ritournelle inquiétante.
Il aurait aussi
pris une image de
sa ville à chaque
fois qu'il pensait
la guerre terminée
; "dernière
photo de la
guerre"
multipliée par
autant de fois
qu'il y a eu
d'espoirs déçus.
Dans
la même lignée
des archives
retrouvées-inventées,
Walid Raad présente
I Think it
Would Be Better If
I Could Weep ("Je
pense que ce
serait mieux si je
parvenais à
pleurer"),
une série de
couchers de soleil
sur la Corniche, célèbre
promenade de la
capitale libanaise
au bord de la Méditerranée,
où les habitants
de toutes les
communautés déambulent
et bavardent. Le
texte de Raad
affirme que, "en
1993, les agents
de la sécurité
libanaise y
installèrent des
caméras",
le lieu étant un
rendez-vous
d'espions et
agents en tout
genre. "Les
caméras étaient
actionnées
manuellement et
placées à l'intérieur
de
buvettes-camionnettes,
alignées à 18 mètres
d'intervalle les
unes des
autres."
Un opérateur
aurait pris la
liberté de
pointer sa caméra,
chaque soir, sur
le coucher du
soleil. "Cet
opérateur fut
licencié en 1996,
mais on lui permit
de garder les
cassettes
contenant les
couchers de
soleil. En 1998,
le ministère de
l'information a
confisqué tous
les films de
couchers de soleil
(...), à
l'exception de
quelques minutes.
Les voici, telles
quelles",
avertit
l'introduction du
film. Image et
politique, trace
et censure : le
travail subjectif
de Walid Raad
semble une
constante
interrogation sur
l'histoire et la
création. "Au
cœur du projet,
un trouble", note
Jean-Pierre Rehm,
critique d'art,
commissaire de
l'exposition avec
Hélène Chouteau,
directrice de la
Galerie. Qu'est-ce
qu'un fait
d'actualité ? Une
guerre peut-elle
être imaginaire ?
Une mémoire
peut-elle rester
enfouie ? L'œuvre
de l'Atlas Group
s'inscrit dans ce
tâtonnement
contemporain.
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Copyright 2004 RJLiban
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