LES LIBANAIS DANS LE MONDE
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Les
Libanais de Guadeloupe, une émigration ancienne et une population bien
intégrée
par Naji FARAH | lundi 21 février 2011
L’avocat et homme de lettres Hugo Tolentino Dipp, vice-président du Parti révolutionnaire dominicain
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A partir des années
1870, une nouvelle émigration est venue s’ajouter aux différents
groupes humains constituant la population des Antilles et de la Guyane
françaises. Elle provenait du Proche-Orient et était la conséquence
directe des conflits confessionnels, de la politique des autorités
turques et des difficultés liées à l’économie et à la croissance
démographique. Une première vague de Libanais et de Syriens, en
majorité chrétiens, émigra en direction de l’Egypte, de la France
et de l’Amérique. Quelques familles s’installèrent aux Antilles et
furent à l’origine d’un courant migratoire qui fonctionna de la fin
du XIXe siècle à nos jours.
Dans son livre “Les
Libanais et les Syriens de Guadeloupe” publié aux éditions Karthala
- Le Phénicien en 1999, Gérard Lafleur, professeur en Guadeloupe et
auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire des Antilles, retrace les
aventures de cette composante de la population des départements français
d’Amérique. Cette étude originale et inédite permet de clarifier
aux familles voyant naître les quatrième et cinquième générations
les circonstances et les raisons de l’arrivée de leurs parents et aïeux.
L’un d’entre eux, Bady Chidiac, fils de Joseph Bey et d’Angèle
Chidiac, né en 1887 à Haret Kittinet el Boton au Mont-Liban, a été
immatriculé à Pointe-à-Pitre en 1917.
Une nationalité singulière
Le président de la Société
d’histoire de la Guadeloupe, Jacques Adélaïde-Merlande, s’attarde
sur la question de l’identité de ces émigrants et de leurs
descendants au début du siècle dernier : “Singulière situation que
la leur, au plan de la nationalité. En l’espace de quatre générations,
ils furent successivement sujets de l’Empire ottoman, ressortissants
des mandats français de Syrie-Liban (après la première guerre
mondiale), ressortissants des Etats indépendants de Syrie et du
Liban...” Signalons que les mouvements d’indépendance au Liban et
en Syrie dans les années 1940 ont suscité une certaine rancoeur : des
journalistes parmi d’autres intellectuels ont estimé que le refus de
la présence française dans ces pays devait entraîner des représailles
dans les Antilles françaises où l’activié purement commerciale des
Libanais et Syriens de l’époque - pour la plupart devenus citoyens
français - provoquait encore des sentiments xénophobes.
Les premiers immigrants
s’étaient installés essentiellement dans les agglomérations de
Pointe-à-Pitre, de Basse-Terre et du Moule. Avec leurs descendants, ils
ont largement contribué, comme dans toute l’Amérique, à
l’histoire économique, culturelle et religieuse de leur pays
d’accueil. Ça et là des mariages
mixtes étaient célébrés, même si la pratique de l’endogamie
demeurait dominante. Les événements récents du Liban (guerre
libano-palestinienne, interventions syrienne et israélienne) ont
provoqué une nouvelle vague d’immigration, posant de nouveaux problèmes
d’intégration toutefois mineurs.
Personnalités politiques d’origine libanaise
dans les Antilles
Plusieurs hommes de la
communauté proche-orientale se sont distingués dans la politique en
cette région du monde. Parmi eux figurent Edward Seaga, qui fut Premier ministre de la Jamaïque (1980-1989) et leader du
Jamaica Labour Party (1974-2005) : né en 1930 à Boston (Massachussets)
de parents jamaïcains d’ascendances libanaise, écossaise et
indienne, il épousa en 1965 miss Jamaïque, Elizabeth Constantine. A
Haïti, nous trouvons Rindel Assad, qui fut ministre du Tourisme en
1958, ainsi que Carlo Boulos, ministre de la Santé. En République
dominicaine, Jacobo Majluta Azar a assuré la présidence de la République
durant 43 jours suite au décès du président Antonio Guzmán (1982)
puis a été président du Sénat (1982-1984) ; Elias Wessin y Wessin a
été candidat à la présidence, Jottin Cury ministre en 1965, et
l’avocat Hugo Tolentino Dipp, actuel vice-président du Parti révolutionnaire
dominicain, ministre des Affaires étrangères en 2000 et grand homme de
lettres.
L’association “Le Phénicien” à Saint-Claude
L’association “Le Phénicien”
a été fondée en 1992 à Saint-Claude dans le but de regrouper, autour
d’activités socio-culturelles et sportives, les compatriotes
guadeloupéens d’origine libanaise ou syrienne ainsi que leurs
sympathisants et amis. Elle a participé à plusieurs manifestations
(foires culinaires, soirées et défilés carnaval...), dont le FEMI en
1999, Festival international de la femme et du cinéma, qui avait pour
thème la Femme du Proche-Orient et du Sahel. “Le Phénicien” a également
organisé des campagnes d’aide alimentaire en faveur de populations démunies
suite aux cyclones et secousses telluriques comme récemment à Haïti.
Parmi ses premiers présidents figurent Antoine Atallah, Christian
Hajjar, Tony Madi, Ibrahim Aboud et Issam Eddoaises.
Un Antoine Atallah, président-fondateur
de l’association “Le Phénicien”, explique ses motivations :
“Comme beaucoup de mes compatriotes, j’étais émerveillé dans mon
enfance par les histoires que nous racontaient nos anciens à propos de
leurs périples, leurs aventures, leurs vies. Ils s’inscrivaient dans
la lignée des grands voyageurs et des grands marchands qu’étaient
les Phéniciens dans l’Antiquité. Les tout premiers arrivants méritent
notre admiration car ils quittaient leur pays sans savoir où ils
allaient. Ils fuyaient les combats et les massacres liés à des guerres
religieuses ou confessionnelles, entretenues bien souvent, d’ailleurs,
par des puissances extérieures qui avaient intérêt à entretenir ces
conflits afin de mieux exercer leurs pouvoirs. Ils partaient pour l’Amérique
pris dans un sens large, sans savoir s’ils reviendraient un jour.”
Poème de Maryse
Romanos
Et la mer, en nous,
tressaillante, / tresse des souvenirs rebondissants / sur les rochers
saillants.
Et la mer, en nous,
tressaillante, / tresse sur sa chevelure / les reflets d’un exil
exaltant l’aventure. / Et que vive / la puissance d’un exil relatant
l’image soyeuse / des cèdres en dormance.
Et la montagne, en nous,
tressaillante, / tresse l’histoire rebondissante / de ses neiges éternelles
“labné” / de la rosée qui perle au sein des crosses de fougères.
Et gémit en ton coeur,
maman, / la fraîcheur du cèdre et sa natte de tendresse. / Et remonte
lentement, lentement, / l’histoire d’un monde qui s’enfuit, /
celui du grand-père, prêtre maronite.
Et danse et danse encore
cette lance, / frange de la sentence de l’exil. / Et au soir de ta
vie, / danse et danse encore cette relance / d’une boule de neige dans
ta main / qui fait le tour du soir bleuté / où se dévoilent les
caravelles.
Mais ces caravelles
continuent leur destin vers le quai de l’exil / foulant
l’incandescence de semailles de l’absence
Et ce ministre de Dieu, tu le revois, t’attendant sur le pas de ta
porte, / délice de ton enfance en danse. / Naissance frissonnante en
puissance d’un silence sifflant la danse / et une belle blessure forgée
dans ce Nouveau Monde aux rivages multiples.
Et s’estompent ces neiges éternelles dans le goût amer de l’exil.
/ Et les races pacifiées jouent pour toi la mangrove biguinée de son
Nouveau Monde. / Et l’alizé en écumeux ourlets contre la Pointe-à-Pitre
/ vibrante en ton nid exhale la couleur phénicienne.
Et la mer, en nous, frissonnante, / éprise de liberté, vibre dans ton
regard apaisant du sourire du Liban. / Ce regard garde nuage d’exil
aux rivages de ce Nouveau Monde.
Mais tes mains baptisent les prières de la passion / aux rivages de la
créolisation. / Et le pitt du soleil fait aux cèdres / une grâce
amicale où rayonne la tendresse.
Une jolie baie de Saint-Martin
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