LES LIBANAIS DANS LE MONDE
www.rjliban.com
Palio de Sienne : Ali Hassoun, un peintre exceptionnel au service de la foi *****
par Naji FARAH | lundi 23 août 2010
|
Le
sujet passionne et devient très actuel avec la fête de l’Assomption
qui prend de l’ampleur, la vénération des musulmans pour la Sainte
Vierge augmentant de par les continents. Ce phénomène, étrange pour
certains, apparaît au grand jour au Liban, terre de paix et de
coexistence, un exemple pour le monde, où des centaines de musulmans
arabes et perses, venant de Syrie, de Jordanie, d’Irak et d’Iran en
particulier, se joignent aux chrétiens orientaux pour prier
quotidiennement dans le sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa,
surplombant la belle baie de Jounieh.
D’autant plus qu’une autre fête mariale, celle
de l’Annonciation, célébrée le 25 mars, est devenue en 2009 une fête
nationale au Liban. Ce qui met en exergue les profondes traditions
pacifiques émanant du pays du Cèdre, terre de Phénicie, tout en
attisant l’inimitié de certains, voyant d’un mauvais oeil le
rapprochement entre chrétiens et musulmans.
Le
tableau de Saint-Georges au Palio de Sienne
La polémique a ainsi vite surgi le mois dernier lors de la fameuse course
annuelle de chevaux du Palio, une fête médiévale dédiée depuis 700
ans à la Vierge Marie, qui s’est tenue à la “Piazza del campo” à
Sienne en Toscane, mettant en compétition 17 villages du voisinage. Ali
Hassoun, Libanais renommé en Italie pour son talent de peintre, est sélectionné
pour réaliser la banderole du Palio, qui sera remise au vainqueur.
C’est la première fois qu’un musulman se voit confier la tâche de
symboliser une course fortement liée aux convictions chrétiennes. Ce
choix intervient alors que Sienne célèbre cette année les 750 ans de sa
victoire contre Florence, le 4 septembre 1260 : l’illustre bataille de
Montaperti nécessita l”intervention, entre autres, de fantassins et
cavaliers arabes musulmans envoyés en renfort par le roi Manfred de
Sicile, et fit 10.000 morts côté florentin et 600 morts côté siennois.
Ali dessine pour le Palio un portrait de Saint-Georges portant la
keffiyeh. Au-dessus de lui, l’image de la Vierge Marie avec une couronne
surmontée d’un croissant de lune, de l’étoile de David et d’une
croix, et le titre de la sourate du Coran écrit en arabe, “sourate de
Mariam”. L’artiste, fier de sa nomination, présente son oeuvre comme
étant une expression en faveur du dialogue, destinée à trouver un
terrain d’entente entre les cultures.
Controverse
dans les médias
La cité
de Sienne qualifie la banderole de “jolie”, mais le débat ne tarde
pas à être lancé autour des symboles musulman et juif. Leur utilisation
est qualifiée par le diocèse romain catholique de “problématique”,
alors que Ali Hassoun explique que la croix surplombe le croissant et l’étoile
conformément à la religion dominante en Italie. Pour sa part, le maire
de Sienne, Maurizio Cenni, dont la ville aspire au titre de “capitale
culturelle de l’Europe” en 2016, justifie le choix de
l’administration locale en raison de “l’art traditionnel, hautement
figuratif et facile à apprécier” de l’artiste.
Autre
sujet de polémique : la keffieh revêtue par Saint-Georges, qui représente
de nos jours la résistance palestinienne, et qui vaut à l’oeuvre de
Hassoun la qualification de “blasphème” dans plusieurs journaux, avec
des titres suggestifs comme “le guerrier et la rose”. Ceci n’est pas
sans rappeler l’histoire de Rima Fakih, libano-américaine originaire
elle-aussi du Sud-Liban, du village de Srifa dans la région de Tyr, élue
en mai dernier Miss USA, certains l’accusant d’être liée à la résistance
islamique. Toujours est-il que la course du Palio s’est bien déroulée
en Toscane, et le gagnant a été heureux de recevoir son trophée à la
valeur inestimable.
Portrait
de Ali Hassoun
Né à
Ghazieh au sud de Saïda en 1964, Ali Hussein Hassoun part à l’âge de
18 ans en Italie, où il étudie à l’Académie des Beaux-Arts à
Florence, et obtient également un diplôme en architecture. Il vit et
travaille actuellement à Milan, avec la double nationalité libanaise et
italienne, lui conférant une dimension européenne et occidentale
s’ajoutant à son univers arabo-méditerranéen. Avec le concours du
gouvernement italien, il effectue en 1997 trois grandes expositions à
Beyrouth, à Damas et au Caire, et participe à de nombreuses
manifestations culturelles comme l’exposition des peintres arabes à la
Chambre des députés à Rome, en juillet 2009, qui lui vaut une
couverture médiatique confirmant sa célébrité.
Le thème
dominant dans sa recherche picturale est relatif au voyage, “un
instrument pour explorer des expériences et des visions hétérogènes”.
Hassoun propose l’idée de “l’humanité comme qualité universelle
et commune entre tous les peuples”, et prône la diversité religieuse
et politique. Les personnages de l’Islam et de l’Afrique ressortent
dans ses tableaux à l’imagination créative, dans lesquels
s’imbriquent un jeu de citations et de renvois indirects entre la forme
et le fond. De nombreux artistes italiens et arabes ont fait son éloge,
considérant son oeuvre comme étant avant-gardiste.
Contact : alihussein.hassoun@fastwebnet.it
. Site internet : www.alihassoun.it
Le peintre libano-italien Ali Hassoun
|
La Vierge Marie portant la couronne aux trois symboles de Ali Hassoun
|
« Al-Mahdi », peinture à l’huile sur canevas (2001)
|
« Hommage à Picasso », peinture à l’huile sur canevas (2000)
|