www.rjliban.com - Lundi 31 juillet 2006
par le GENERAL PIERRE MARIE GALLOIS, ancien collaborateur du GENERAL DE GAULLE
Le général Pierre Marie Gallois, né en 1911, est le rédacteur de l'ouvrage "Stratégie de l'âge nucléaire", Paris, 1960, qui a fondé la doctrine de l'emploi de l'arme nucléaire française sous la présidence du général de Gaulle. Pendant la guerre, il a été officier de la RAF (Royal Air Force), section des bombardements stratégiques sur l'Allemagne. Il est considéré comme l'un des premiers fondateurs de la force nucléaire française, et l'un des plus remarquables géopoliticiens européens.
L’étude de l’Histoire enseigne que durant certaines courtes périodes s’accumulent les signes annonciateurs des grandes tourmentes qui, par la suite, vont bouleverser durablement les rapports de force entre les peuples. Ce pourrait être le cas de ce mois de juin 2006. En effet, tandis qu’étaient réunies les conditions de la guerre qui ravage à nouveau le Liban, sur l’autre versant du monde, le 15 juin, Moscou et Pékin célébraient le 5ème anniversaire de la mise sur pied de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Cette OCS rassemble aussi quatre des républiques musulmanes ex-soviétiques d’Asie Centrale (le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan) et intéresse l’Iran et l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan qui participaient à la réunion en candidats à l’adhésion ou en observateurs. Ainsi, quelque 60 ans après la signature du traité de l’Atlantique Nord, voici qu’à l’initiative de Pékin et de Moscou, se constitue une organisation politique antagoniste, le monde d’Asie-Pacifique se préparant à affronter le monde Euro-Atlantique. Affrontement politique, économique, social et aussi culturel, les deux civilisations ayant été, séculairement, très différentes. Ce gigantesque heurt sera dominé par les trois facteurs déterminants du siècle : la disponibilité des ressources énergétiques indispensables au développement, l’accès aux matières premières nécessaires à la frénésie de production et de consommation, enfin, la faculté d’être en état d’innovation scientifique permanente. Il s’agit là, d’hypothèses vérifiables au cours des prochaines années. Aujourd’hui, au Moyen-Orient, ce sont les faits qui commandent. Une série d’événements relativement mineurs si on les compare à leurs terribles conséquences aurait exacerbé, localement, les tensions latentes, déclenché l’explosion et la montée aux extrêmes au moment que les deux adversaires ont jugé opportun. Voici les faits :
1° Le 15 juin, Damas et Téhéran, par l’intermédiaire de leur
ministre de
2° Le Monde daté du 22 juillet nous apprend que, le 25 juin, le premier ministre israélien Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas, président palestinien ont eu un entretien à Pétra en vue de reprendre la négociation OLP-Israël. La rencontre aurait eu lieu à l’initiative du roi de Jordanie, probablement à la demande du Département d’Etat.
3° Le même 25 juin le caporal israélien Gilad Shalit a été capturé par des commandos palestiniens opérant dans la bande de Gaza, tandis que des roquettes tombaient sur le nord de l’Etat d’Israël. S’agissait-il de négocier avec Israël la libération de prisonniers palestiniens en échange de la liberté rendue à Shalit ? Ou, dans le même temps que se déroulait la rencontre de Pétra, était-ce le moyen de mettre fin à ce début de dialogue, le Hamas violemment anti-israélien ayant eu les faveurs de l’électorat palestinien ?
4° Le 27 juin, Tsahal intervient à Gaza sanctionnant la capture de son caporal. Le gouvernement israélien refuse d’échanger 1000 Palestiniens incarcérés contre la liberté de Gilad Shalit (3 juillet) et ré-occupe militairement un secteur nord de la bande de Gaza.
5° Le 12 juillet, escarmouche à un poste frontière entre le Hezbollah
et une petite formation israélienne. Trois soldats de Tsahal ont été capturés
et huit autres tués. Le lendemain, Tsahal réagit fortement par des
bombardements visant, au Liban, le déploiement du Hezbollah et en pratiquant le
blocus terrestre, aérien et maritime du Liban. Un mois après la signature du
traité Irano-Syrien une nouvelle guerre israélo-arabe commence et, le 15
juillet Haïfa est la cible d’un tir d’engins Katioucha.
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Moins d’un mois après le déclenchement des hostilités, ses conséquences – aux répercussions quasi-mondiales - sont bien malaisément discernables. En revanche, les événements contemporains constituent autant de constats dont l’avenir tiendra compte.
1° D’abord ceux qui ont directement trait à la victime, le Liban, théâtre
de cette nouvelle guerre israélo-arabe. Ses quelque 4 millions d’habitants
sont fractionnés en une vingtaine de communautés ethniques et
confessionnelles, autant de partis politiques, eux-mêmes dominés par des
mouvements tels, dans la majorité musulmane, le Amal de Nabib Berri maintenant
associé au Hezbollah, le parti de Dieu,
dirigé par Hassan Nasrallah, formations farouchement anti-sionistes et anti-américaines.
Le retrait des forces syriennes, le respect de la souveraineté libanaise (selon
les exigences de
2° Passons aux pays de l’Islam considérés dans leur ensemble.
Grande, également, est leur diversité, 300 groupes ethniques et 120 langues,
selon le recteur Gérard François Dumont (J. Dupâquier – Yves-Marie Laulan.
L’avenir démographique des grandes religions. F.x.
de Guibert. Paris. 2005. p. 34). Aux divisions internes, d’ordre
religieux : sunnisme, chiisme, wahhabisme, ismaélisme, etc….
s’ajoutent les clivages créés par la politique pétrolière des Etats-Unis
et par leur soutien inconditionnel du sionisme. Si une certaine unanimité
anti-juive rallie les populations musulmanes, leurs gouvernements ont des
positions plus nuancées. Tous déplorent l’existence de l’Etat d’Israël
là où il est mais certains s’en accommodent, ce qui leur permet d’être en
bons termes avec la superpuissance, de bénéficier de ses subsides et de
commercer avec l’Occident industrialisé. A cet égard la réunion de
3°
4° L’Iran. Le soutien financier et militaire fourni au Hezbollah par le gouvernement de Téhéran est de notoriété publique. On comprend que le régime des mollahs, en quête d’indépendance politique et stratégique entretienne l’atout que représente pour lui le fait d’avoir une sorte de relais militant à la frontière septentrionale de l’Etat d’Israël. Si les forces américaines sont présentes aux approches occidentales (Irak) et orientales (Afghanistan) de l’Iran, celui-ci par Hezbollah interposé, tient l’Etat d’Israël sous la menace de ses engins à courte et moyenne portée. Il ambitionne d’inspirer une politique anti-américaine et, comme on l’a vu précédemment, il souscrit aux nondits du pacte de Shanghaï. Le Hezbollah bénéfice de l’audience que lui confère le fait que non seulement il tient tête à Israël mais qu’il l’attaque, détruisant ses agglomérations. Il rivalise, ainsi, dans l’anti-sionisme et l’anti-occidentalisme, avec Al Qaeda, l’emportant sur Amal, son allié du moment. On conçoit que les gouvernements musulmans majoritaires - sunnites - en arrivent sinon à admettre la victoire de l’Etat d’Israël du moins à souhaiter l’affaiblissement des mouvements chiites.
5° Les Etats-Unis. La politique énergétique de Washington, la quête
et l’appropriation des sources d’énergie fossile et de ses voies
d’acheminement ont amené les Etats-Unis à pratiquer un bellicisme dont il
leur faut, maintenant, payer le prix. Occuper et détruire l’Irak y a créé
le chaos et, en ce qui nous concerne ici, fait le jeu de l’Iran débarrassé
d’un adversaire entreprenant. De surcroît Téhéran peut avoir une certaine
influence sur la majorité chiite irakienne formant – démocratiquement -
le gouvernement de Bagdad ce qui ne laisse pas d’être inquiétant pour les
Etats-Unis. Pour Washington les représailles exercées par l’Etat d’Israël
présentent l’avantage de viser – et d’obtenir au moins partiellement -
le désarmement du Hezbollah et, par conséquent, de battre en brèche la
politique de l’ennemi iranien au Moyen-Orient. Le rejet, par
6° Union européenne. Au crédit de cette partie du vieux monde il faut
porter la rapidité avec laquelle ont été organisées et pratiquées les évacuations
des populations fuyant les
bombardements. En revanche, « l’Union Européenne puissance » a
adopté un profil bas, ne sachant guère que parler pour clamer les banalités
sur les épreuves de la guerre, l’obligation d’y mettre un terme, l’évaluation
des dégâts etc… Ce fut également une occasion de se faire apprécier par
l’électorat en tenant des propos généreux et en apparaissant le plus
souvent possible sur les écrans de la télévision. La politique intérieure
commande et cette guerre offrait une occasion à ne pas manquer. Certes,
l’envoi d’une force d’interposition est une solution, au moins temporaire
à laquelle il est facile – et commode -
de se rallier. Mais rares sont les gouvernements prêts à fournir les
contingents nécessaires. Les événements de 1983 et les attentats visant les
soldats américains et français incitent à la prudence. Les gouvernements de
l’Union Européenne rechignent à intervenir militairement, ce qui reviendrait
à prendre parti aux dépens des Palestiniens. Aussi invoque-t-on de nombreux
obstacles : d’abord être sollicité par l’Etat libanais et par l’Etat
d’Israël, obtenir un mandat précis des Nations Unies, avoir l’accord de
Mons (OTAN) et de Bruxelles (UE) et tout cela en dépit des réserves de
Washington qui a déjà annoncé ne pas vouloir participer à cette force
d’interposition. Le double échec de la mission Rice (délibéré) et de la
rencontre de Rome est un succès pour Washington qui entend laisser à Israël
le temps d’éliminer le Hezbollah affronté à terre au sud Liban (d’où la
« bavure » dont a été victime
7° L’Etat d’Israël. On a vu précédemment que la transformation du
Sud Liban en camp retranché par le Hezbollah semble avoir échappé à la
vigilance des services de renseignements israéliens, ce qui est surprenant.
Comme est surprenante la passivité des Nations Unies devant l’armement du
Hezbollah, la non observation des prescriptions de

Le général Pierre Marie Gallois

Le 14 juillet 2006. Mettant ses menaces à exécution, l'armée israélienne vise dans la nuit la banlieue sud de Beyrouth, repaire du Hezbollah