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Le juste pousse comme un palmier, s’étend comme un cèdre du
Liban. (Ps 92: 13). De cette région foulée par les pieds du Christ,
sauveur du monde il y a plus de 2000 ans; de ce pays où Jésus a prêché et
accompli des miracles, des monts du Liban et de l’Hermon, où retentit
l’écho des paroles du salut prononcées en Galilée; de notre Liban biblique
qui fut parmi les premiers pays à recevoir la bonne nouvelle, de cette
superficie si exiguë, nous accueillons un nouveau Saint. Quelle grâce
divine!
Ne savez-vous pas que les athlètes dans le stade courent tous, mais
qu’un seul gagne le prix? Courez donc de manière à le remporter (1
Corinthiens 9: 24). Le dimanche 16 mai 2004, les cloches des églises du
Liban sonneront à toute volée. Une foule immense, des milliers de visages
et de milliers de cœurs avec leurs attentes, leurs souffrances, leurs
espoirs seront au rendez-vous à la basilique Saint-Pierre, avec la
canonisation du père Néemtallah al-Hardini qui sera élevé à la gloire des
autels.
Biographie: Né Youssef Kassab à
Hardine (caza de Batroun) en 1808. Son père est Gergès Kassab, sa mère
Mariam Raad. Il entre à l’école du monastère Saint-Antoine de Hboub à
Tannourine, dépendant de l’Ordre Libanais Maronite et y reste de 1816 à
1822. En novembre 1828, il entre au monastère Saint-Antoine de
Kozhaya, comme novice. Là, il apprend l’art de la reliure des livres et
prononce, le 14 novembre 1830, ses vœux monastiques. Au monastère, il
s’engage sur le chemin de la perfection avec ferveur et fidélité. Eclairé
par la Parole de Dieu et inspiré par la lecture de l’Evangile, il avance
vers la sainteté et place l’amour au cœur de son existence. Après avoir
achevé ses études théologiques au monastère de Kfifane, il est ordonné
prêtre le 25 décembre 1833, par l’imposition des mains de Mgr Semaan
Zouein. Comme éclairé par la Sainte Trinité, la charge d’Assistant général
de l’Ordre Libanais Maronite, lui est confiée à trois reprises: de 1845 à
1848, de 1850 à 1853 et de 1856 à 1858. Même Assistant général, il
continue à pratiquer l’art de la reliure. Il enseigne dans les écoles de
l’Ordre Libanais Maronite, en particulier au monastère de Kfifane où le
frère Charbel Makhlouf est parmi ses élèves, de 1853 à 1858. Le 14
décembre 1858, le moine Néemtallah décède au monastère Saint Cyprien et
Justine à Kfifane, des suites d’une grave maladie. Sur l’insistance des
nombreux pèlerins et sur ordre du patriarche Paul Massaad, sa dépouille
est déplacée intacte, en 1862, à une cellule située à l’est du monastère
de Kfifane. Son corps, jadis imprégné de tout l’Amour régénérateur dont
il avait comblé sans relâche l’humanité entière, ne s’est pas
désintégré.
Aujourd’hui, des milliers de pèlerins, toutes confessions confondues,
affluent de tous horizons, pour se recueillir devant la crypte où repose
le saint moine qui a à son actif plus de 600 guérisons physiques et
spirituelles! Sur ordre de sa Béatitude, Mar Nasrallah Boutros Sfeir, on
découvre sa dépouille qui est transférée dans un nouveau cercueil le 18
mai 1996. Par son intercession, plusieurs guérisons sont accomplies. Il
guérit un aveugle, un paralytique, ranime un bébé mort et sauve un
cancéreux… S.S. Jean-Paul II a célébré sa béatification à la basilique
Saint Pierre de Rome, le dimanche 10 mai 1998. Le 19 février 2004, le
consistoire des cardinaux, présidé par le Saint-Père, fixe au dimanche 16
mai 2004 sa canonisation.
La statue de Hardini devant le
couvent.
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Des handicapés visitant le couvent de
Kfifane.
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Béatification et canonisation Après le
déplacement de la dépouille et l’apposition des scellés, la cause de
béatification est déférée au Saint-Siège à Rome, le 4 mai 1926. Il est
déclaré vénérable le 7 septembre 1989. Par la bénédiction de Sa Béatitude,
Mgr Nasrallah Sfeir, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des
maronites, le procès de sa béatification s’ouvre le 2 mai 1996 et la
guérison d’André Najem, né le 29 octobre 1966 est reconnue. Un comité ad
hoc, présidé par Mgr Khalil Abi-Nader, est chargé de suivre le
procès. Le 27 septembre 1996, le dossier de la guérison est accepté par
le dicastère des saints à Rome. Le 27 février 1997, le comité médical
admet, à l’unanimité, le miracle de la guérison d’André Najem. Le 29
février, c’est le tour du comité théologique de voter, lui aussi, à
l’unanimité. Le 1er juin 1997, l’assemblée générale formée de 24
cardinaux, vote à l’unanimité le miracle de la guérison. Le 7 juin est
consacré à la lecture du miracle devant le pape Jean-Paul II, en présence
du père général de l’Ordre Libanais Maronite, du secrétaire général, le
R.P. Antoine Abi-Ghanem et du postulant du procès de canonisation, le R.P.
Boulos Azzi. La date de la béatification est fixée au 10 mai 1998.
Ouverture du cercueil pour prélèvement des
reliques.
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Vitrail représentant le Père Néemtallah
Hardini.
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Un miracle a déclenché le processus de la
canonisation Le jour de la béatification, au moment où S.S.
Jean-Paul II élevait le moine libanais au rang de bienheureux, Rose Saad,
souffrant depuis dix ans d’une cécité incurable, suite aux épreuves
qu’elle a endurées au cours de son existence, se jette sur les barreaux
qui la séparent du cercueil de Néemtallah au couvent Saint Cyprien et
Justine à Kfifane, l’implore les bras ouverts, les yeux tournés vers le
ciel, de la guérir. Eprouvée par la souffrance, elle crie: “Sur cette
terre, foulée par tes pas, guéris-moi, je veux te voir”. Aussitôt,
emportée par une douleur profonde, se dessine devant ses yeux le Cèdre
incrusté du reliquaire du Saint. C’est, alors, que Mgr Roland Abou Jaoudé
qui célébrait la messe, parallèlement à la messe de Sa Sainteté,
interrompt la cérémonie religieuse pour lui demander de témoigner devant
les fidèles. Certes, ce miracle ne fut pas le seul; toutefois, le tribunal
ecclésiastique s’y est appuyé dans le procès de canonisation, en raison de
sa coïncidence avec la cérémonie de béatification. Le 30 août 2001, est
entamée l’enquête destinée à confirmer la guérison de Rose Saad. Elle est
présidée par Mgr Boulos Matar. Y participent: le supérieur général de
l’OLM, l’abbé Athanasios Jalkh; le R.P. Boulos Azzi, postulant du procès
de canonisation, ainsi que bon nombre de moines libanais. On déclare le 16
mai 2004, date de la canonisation. Celle-ci marquera, sans aucun doute,
l’Eglise maronite tout entière. En effet, 2004 sera “l’année Hardini” dans
toutes les écoles, les universités et les paroisses relevant de l’Ordre
Libanais Maronite. A cette fin, le supérieur du monastère Saint Cyprien et
Justine de Kfifane, le R.P. Milad Torbey, affirme que l’ancien couvent où
les saints passèrent leurs derniers jours, a été rénové. Les places
extérieures ont été aménagées pour accueillir les pèlerins et organiser
les cérémonies et des parkings supplémentaires ont été aménagés.
Conclusion Symbole de discrétion et
d’humilité, Néemtallah al-Hardini a su “s’étendre comme le cèdre du Liban”
par la seule force de l’Amour. Ses paroles et ses actions, ses idées et sa
vie, sa vision du monde et ses prières continuent à être une source
d’inspiration évangélique et une base de fidélité inventive. Sa sainteté
est donc une grâce et un don. Elle nous permet d’entrer dans la sphère
mystérieuse de la pureté, de la bonté, de la gratuité, de la miséricorde
et de l’amour de Jésus. Sa sainteté est une source dans laquelle nous
puisons la foi, l’espérance et l’amour de Dieu. Sa vie est une offrande
qui, avec sérénité et patience, se concrétise jour après jour. Néemtallah
a accepté les épreuves et les joies quotidiennes dans la certitude que,
pour Dieu, tout acte est une fin en soi, si commun soit-il. Il est
l’image résolument vivante du saint porteur d’espoir. Le message est
clair: la sainteté n’est pas ce que nous avons accompli, c’est plutôt
quand notre amour pour Dieu devient une réflexion de son amour pour nous.
Justement, parce que nous sommes héritiers de saints, nous Libanais,
sommes appelés à prouver, par une authentique et intense vie chrétienne,
la vitalité de notre patrimoine religieux. La canonisation de
Néemtallah al-Hardini montre que le Liban se distingue par son Histoire
séculaire, sa vocation spirituelle, sa diversité confessionnelle et ses
valeurs patriotiques. Le Liban est, comme l’a dit le pape Jean-Paul II,
“plus qu’un pays; c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme
pour l’Orient, comme pour l’Occident”. Dans cette région, la foi en
Jésus-Christ demeure toujours vivante. La canonisation de notre Saint,
ouvrira une nouvelle ère dans la vie des Eglises catholiques au Liban. Le
semeur sèmera le bon grain dans le cœur de cette foule qui se souviendra
longtemps de cette date historique. Que Dieu fasse croître la semence, car
là où la mort l’avait emporté, la vie triomphera. L’espérance renaîtra au
pays des cèdres. Heureux soit ce petit pays qui donne de grands
saints. |